Puissances sur le Tour : Voeckler fait du Virenque, Wiggins moins fort que Contador
Le Tour de France 2012 est la preuve que le vélo n’est pas forcément plus intéressant lorsqu’il avance plus vite. Le Tour 2011, le plus passionnant de ces dernières années, avait donné lieu aux performances d’ensemble les plus faibles depuis une dizaine d’années. Mais en ce laborieux mois de juillet, les puissances mesurées sont remontées.
Frédéric Portoleau, ingénieur et cycliste amateur, calcule depuis les années 90 les puissances développées par les coureurs du Tour de France, pour avoir une vue d’ensemble de la force des leaders et de l’évolution d’un coureur d’une année sur l’autre.
Ses calculs, qu’il explique ici, n’expriment pas la puissance réelle mais la puissance théorique, avec le principe du « coureur étalon ».
Ce coureur qui pèserait 70 kg, avec un équipement de 8 kg, est utilisé par Frédéric Portoleau pour comparer les coureurs et les époques. Il l’utilise car la masse des coureurs n’est pas connue avec assez de précision. Leur poids varie selon les sources d’information et les années, ils peuvent se déshydrater en cours d’étape et le nombre de bidons portés est variable.
C’est comme si l’on plaçait un coureur fictif dans le peloton en regardant la puissance qu’il doit développer pour suivre les meilleurs coureurs du Tour de France. Cela donne une échelle de performance en watts. Si un coureur pèse en réalité moins lourd (comme la plupart des favoris du Tour actuel), sa puissance réelle développée pour grimper sera inférieure. S’il pèse plus lourd (comme Bradley Wiggins), elle sera supérieure.
Les chiffres de Frédéric Portoleau sont fiables. Lorsqu’il les les compare avec ceux des capteurs de puissance mis en ligne par le fabricant SRM, la marge d’erreur n’est pas supérieure à celle des instituts de sondage.
Frédéric Portoleau a fourni ses données à Rue89 et au Monde durant ce Tour de France. Après les analyses des performances de Froome, Pinot et Voeckler dans les Alpes, voici ce que l’on peut dire sur l’ensemble du Tour.
- Voeckler fait du Virenque
- Peyragudes : le groupe Wiggins face au Contador de 2007
- Wiggins au niveau du meilleur Evans, pas de Contador
Voeckler est le nouveau héros de la France du vélo. Après son Tour en jaune l’an dernier, le voilà à pois, avec la même méthode que la dernière star du vélo français : Richard Virenque. Une échappée dans les Alpes, deux dans les Pyrénées et des sprints au sommet des cols pour marquer des points.
Au passage, il gagne deux étapes, dont la plus belle à Bagnères-de-Luchon, après un enchaînement classique de quatre cols : Aubisque, Tourmalet, Aspin, Peyresourde.
Voeckler a construit sa victoire dans cette étape de la sorte : l’échappée de 38 coureurs grimpe l’Aubisque a un rythme très modéré, de sorte que même les sprinteurs peuvent suivre le rythme, à 333 watts en puissance étalon. Le temps d’ascension est supérieur de dix minutes au record établi par Michael Rasmussen en 2007, en fin d’étape.
390 watts dans Peyresourde
C’est dans le Tourmalet que le rythme s’accélère. Sur l’ensemble de la montée, en 58 minutes, Thomas Voeckler et Brice Feillu développent 375 watts (385 watts sur la deuxième moitié de col). Une performance semblable à celle réalisée une semaine plus tôt dans le Grand Colombier, lors de la première victoire d’étape de Voeckler : 383 watts pendant 50 minutes.
Les deux Français restent ensemble dans le col d’Aspin, avec une puissance de 375 watts sur les cinq derniers kilomètres – la puissance sur le début du col n’est pas mesurable de manière fiable en raison de la pente trop faible.
Enfin, dans Peyresourde, le coureur d’Europcar se débarrasse de Feillu avec une performance de 390 watts, soit 30 de moins que le trio Nibali-Wiggins-Froome.
Le lendemain, Voeckler remet ça
A l’inverse de ses adversaires de l’échappée, Voeckler n’a jamais faibli durant son effort en montagne de plus d’une heure et demie. Il a tourné à plus de 380 watts de moyenne (en puissance-étalon) sur les trois derniers cols du jour. Une performance comparable à celles de Richard Virenque, avant et après l’affaire Festina : dans l’étape de Luz Ardiden en 1994 (380 watts), à Cauterets en 1995 (390 watts), à Courchevel en 1997 (375 watts), à Morzine en 2003 (375 watts), à Saint Flour en 2004 (385 watts).
En revanche, Voeckler n’aurait pas existé face à Michael Rasmussen et ses 400 watts de moyenne sur trois cols des Alpes en 2007.
Paradoxalement, la performance la plus impressionnante de Voeckler sur ce Tour est celle du lendemain : à froid, après une échappée de cinq heures en motnagne et les sollicitations qui s’ensuivent, il réalise une performance jamais vue dans le col de Menté : 442 watts sur 28 minutes et 20 secondes, pour défendre son maillot à pois face à Frederik Kessiakoff, de l’équipe Astana.
Voeckler et Kessiakoff réalisent une performance équivalente à celle produite l’an dernier par Alberto Contador et Andy Schleck, lorsqu’ils avaient battu le record de l’ascension du Télégraphe, au début de l’étape de l’Alpe d’Huez : 444 watts sur 30 minutes 26 secondes. L’étape ne faisait que 109 kilomètres et ils avaient faibli par la suite.
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Il faut préciser concernant voeckler qu’il a certes fait un bel effort dans le col de Menté mais qu’après il a disparu de la circulation car il était carbo. Il s’est contenté de marquer son concurrent direct pour le maillot du meilleur grimpeur qui n’avançait guère vite.
Après il faut voir la difficulté du tour, des étapes de montagne etc .. hors cette année, mis à part les chutes, le tour n’était pas très exigeant par rapport à d’autres années, ni même les étapes de montagne.
Enfin il y a une donnée qui nous échappe, c’est celle de l’individu hors norme. Bolt en est un exemple : il a réussi un chrono que beaucoup prétendait impossible des années avant. Il y a de même la faculté d’endurer la douleur physique et mentale qui ne se mesure pas.
J’ai envie de croire à une majorité de coureurs « propres » sinon la beauté de leurs efforts ne serait qu’illusoire.




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