Fais péter les watts 17/07/2012 à 11h39

Puissances sur le Tour : Froome meilleur grimpeur, Pinot super régulier

Frédéric Portoleau - Ingénieur


Ils vont vite, n’est-ce pas, les cyclistes du Tour de France ? Ils grimpent les cols plus vite que vous ne dévalez la rue de Rivoli en Velib’. Vous vous dites : « C’est impossible ». Dans les années 1990, Frédéric Portoleau, ingénieur et cycliste amateur, s’est posé cette question. Il s’est mis à calculer les puissances développées par les coureurs du Tour de France pour savoir si les performances des meilleurs pouvaient être humaines.

Le principe du « coureur étalon »

Ce coureur qui pèserait 70 kg, avec un équipement de 8 kg, est utilisé par Frédéric Portoleau pour comparer les coureurs et les époques. Il l’utilise car la masse des coureurs n’est pas connue avec assez de précision. Leur poids varie selon les sources d’information et les années, ils peuvent se déshydrater en cours d’étape et le nombre de bidons portés est variable.

Ses calculs, qu’il explique ici, offrent une vue d’ensemble de la force des leaders et de l’évolution d’un coureur d’une année sur l’autre. Ils n’expriment pas la puissance réelle mais la puissance théorique, avec le principe du « coureur étalon ».

C’est comme si l’on plaçait un coureur fictif dans le peloton en regardant la puissance qu’il doit développer pour suivre les meilleurs coureurs du Tour de France. Cela donne une échelle de performance en watts. Si un coureur pèse en réalité moins lourd (comme la plupart des favoris du Tour actuel), sa puissance réelle développée pour grimper sera inférieure. S’il pèse plus lourd (comme Bradley Wiggins), elle sera supérieure.

Les chiffres de Frédéric Portoleau sont fiables. Lorsqu’il les les compare avec ceux des capteurs de puissance mis en ligne par le fabricant SRM, la marge d’erreur n’est pas supérieure à celle des instituts de sondage.

Après les premiers cols du Tour 2012, Frédéric Portoleau a fourni ses données à Rue89 et au Monde, pour la chronique de l’ancien entraîneur de l’équipe Festina Antoine Vayer. Voici les premières conclusions que l’on peut en tirer sur les performances de trois acteurs de ces premiers massifs.

Après les Pyrénées, nous pourrons analyser celles de Bradley Wiggins et des dix meilleurs sur l’ensemble du Tour.

1

Froome aussi fort qu’à la Vuelta


Chris Froome lors de sa victoire à la Planche des Belles Filles, 7 juillet 2012. (Laurent Bonaventure/AFP)

Chris Froome s’impose comme le meilleur grimpeur de ce Tour de France. Il a remporté au sprint l’étape de la Planche des Belles Filles et a décroché son leader Bradley Wiggins en attaquant dans la montée de La Toussuire, avant de se faire rappeler à l’ordre par son directeur sportif.

Pour la plupart des spectateurs du Tour, c’est une immense surprise : ils n’avaient jamais entendu parler de ce Britanniqué né Kényan. Mais Froome a terminé deuxième du Tour d’Espagne l’an dernier avec des performances similaires à celles qu’il réalise cet été. Niveau qu’il n’a jamais approché avant ni après la Vuelta.

Dans la Planche des Belles Filles, montée à toute berzingue par l’équipe Sky, il a développé 467 watts sur 16 minutes. Sur le Tour d’Espagne, il avait remporté une étape à Pena Cabarga, en fin de Vuelta, en développant une puissance étalon similaire : 470 watts sur 17 minutes.

Comme Contador et Evans au col de Manse

La performance des Sky sur cette ascension a époustouflé certains, dégoûté d’autres. Mais elle ne fut pas plus grandiose que celle, l’an dernier, de Cadel Evans et Alberto Contador dans le col de Manse. Lors de l’étape arrivant à Gap, Contador avait attaqué ses adversaires. Sur l’ensemble de ce col de deuxième catégorie, lui et Evans avaient développé 460 watts pendant 20 minutes – toujours en puissance étalon.

Sur ce genre d’effort de durée moyenne, à mi-chemin entre le raidard de cinq kilomètres et les grands cols des Alpes et des Pyrénées, la performance de ces dernières années est celle d’Alberto Contador à Verbier, sur le Tour 2009 : 490 watts sur 21 minutes. A l’époque, Chris Froome courait encore dans une équipe de seconde zone, la Barloworld. Notons que Contador est plus léger que Froome.

Sur la Vuelta 2011, la puissance au seuil – niveau qu’il ne doit pas dépasser sous peine d’exploser rapidement – de Froome était de 420 watts, selon les valeurs de son capteur de puissance, communiquées par Sky. Soit 6,1 watt par kilo ou un équivalent, en puissance étalon, de 430 watts. Ce niveau, le Britannique ne l’a pas encore atteint sur un col long dans ce Tour.

Sa puissance étalon dans l’ascension de la Toussuire était de 400 watts, avec une pointe à 412 watts durant les 11 dernières minutes, pour reprendre Nibali et lâcher momentanément Wiggins. Froome ayant réédité à la Planche des Belles Filles sa performance de la Pena Cabarga, il n’y a pas de raison qu’il ne puisse hausser son niveau, si son équipe le permet, dans les Pyrénées.

L’équipe Sky avait aussi réalisé un exploit sur le dernier Dauphiné Libéré, dans le col de Joux-Plane : Wiggins, Froome, Porte et Rogers avaient, avec Cadel Evans, développé 415 watts pendant 35 minutes 37 secondes.

2

Thibaut Pinot, prix de la régularité


Thibaut Pinot s’impose à Porrentruy, 8 juillet 2012. (Pascal Pavani/AFP)

Thibaut Pinot s’est révélé au grand public en l’espace d’une semaine, en remportant l’étape de Porrentruy, en Suisse, puis en suivant les meilleurs du peloton dans les Alpes. Il a été d’une grande régularité, ce qui montre à la fois sa capacité de récupération et ses limites.

Dans son étape victorieuse, par exemple, il attaque en contre derrière l’hommee de tête, Frederik Kessiakoff, dans la côte de la Carquerelle. En puissance-étalon, il développe environ 425 watts – légèrement sous-estimée en raison du vent de face – durant près de 12 minutes. Puis, dans le col de la Croix, il rattrape et dépasse Kessiakoff avec 430 watts durant 12 minutes également.

C’est là le potentiel maximum actuel de Thibaut Pinot : la veille, dans la montée de la Planche des Belles Filles, il s’était longtemps accroché aux leaders grâce à une puissance de 424 watts durant 17 minutes 47 secondes.

Dans les cols plus longs, sa puissance est évidemment inférieure. Dans le col du Grand Colombier, sur lequel il a attaqué au sommet et donc réalisé le meilleur temps (49 minutes et 30 secondes), il a produit 392 watts. Et dans l’arrivée au sommet de La Toussuire, où là encore il a réalisé le meilleur temps, il a atteint 400 watts sur 45 minutes.

Record à la Toussuire

Pinot se paye le luxe de grimper La Toussuire six secondes moins vite que Carlos Sastre en 2006. L’Espagnol avait alors attaqué seul à dix kilomètres du sommet, dans une étape remportée par Michael Rasmussen. Les coureurs ont bénéficié jeudi dernier d’un vent favorable de dos dans la première partie de l’ascension : la puissance-étalon de Pinot est donc moins forte que celle de Sastre en 2006.

Voir Thibaut Pinot développer ses puissances n’est pas nouveau : à La Toussuire en 2011, il était enregistré à 390 watts sur 35 minutes et demie, lorsqu’il avait pris la deuxième place de l’étape derrière Joaquin Rodriguez.

Deux mois plus tard, sur le Tour de l’Ain, il remportait l’étape au sommet du Grand Colombier avec 405 watts durant 47 minutes et 30 secondes, soit deux minutes plus vite que sur le Tour. Mais ce n’était pas après dix jours d’une course nerveuse et c’était une ascension finale, donc un effort maximal.

Il faut relever que Thibaut Pinot est un poids léger de 63 kilos, selon le site officiel de son équipe, la FDJ-Big Mat. La puissance réelle qu’il a développé est donc à chaque fois inférieure à la puissance étalon.

Par exemple, un autre poids léger, Janez Brajkovic, dont les données sont publiées sur internet, n’a développé « que » 338 watts pour grimper la Toussuire une minute moins vite que Pinot. En puissance étalon, l’équivalent est de 390 watts.

3

A Bellegarde, Voeckler refait le coup de Bagnères


Thomas Voeckler après sa victoire à Bellegarde-sur-Valserine, 11 juillet 2012. (Nathalie Magniez/AFP)

Thomas Voeckler souffrait avant le Tour, disait-il. Il s’est aligné à Liège après deux semaines de complainte, et une impasse sur les championnats de France qui avaient vu l’équipe Europcar se faire houspiller par le reste du peloton français pour leur abus supposé de corticoïdes.

Après la première journée de repos, Thomas Voeckler allait mieux. Il a remporté à Bellegarde-sur-Valserine la première étape des Alpes, en faisant le ménage dans l’échappée dans le Grand Colombier.

Dans cette ascension, grimpée en 50 minutes 25 secondes – une minute de plus que le peloton –, les quatre meilleurs – Scarponi, Devenyns, Luis Leon Sanchez et Voeckler – ont développé 383 watts en puissance étalon.

C’est du même niveau que ce que Voeckler avait fait lors de sa dernière victoire dans le Tour, l’étape de Bagnères de Luchon en 2010, dans le Port de Balès.

Au milieu du col, il s’est maintenu à 408 watts durant 12 minutes et demie. L’an dernier, il avait maintenu cette puissance durant toute la montée de Luz-Ardiden, soit 38 minutes environ. Certes, il ne restait pas 43 kilomètres à couvrir.

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  • 17 réactions
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  • nono le simplet
    nono le simplet
    gauchiste placide
    • Posté à 12h11 le 17/07/2012
    • Internaute 9767
      gauchiste placide

    vraiment très intéressante cette manière scientifique, il me semble, d’observer et de jauger les performances avec un regard neuf et impartial ...
    ça change des commentateurs sportifs :)))

  • SuperJeannot
    SuperJeannot
    Rarement d accord sauf si
    • Posté à 12h35 le 17/07/2012
    • 180437
      Rarement d accord sauf si

    Toujours frustrant de se rendre compte qu’on développe moins de puissance qu’un sèche-cheveux.

  • Pas tripette.
    Pas tripette.
    Si j'aurais su, j'aurais po lu.
    • Posté à 14h32 le 17/07/2012
    • Internaute 117974
      Si j'aurais su, j'aurais po lu.

    Moi aussi j’ai fait du calcul :
    Ma deudeuche elle faisait trente chevaux (et j’ai bien fait plusieurs fois le tour de la France avec).
    Alors, 30 ch ça fait un peu plus de 22000W soit 47 Froome en grande forme.
    Déjà ça relativise et qu’en plus je suis pas sûr d’avoir envie de mettre 47 cyclistes grands-bretons dans mon garage.

    • cancelak
      cancelak répond à Pas tripette.
      Étudiant consentant
      • Posté à 18h15 le 17/07/2012
      • Internaute 163924
        Étudiant consentant

      Cela veut dire qu’il faut 1,56 Froome par cheval ?
      J’en doute, vu que des coureurs se sont déjà mesurés face à des chevaux (les exhibitions dans les hippodromes).

      Je propose une nouvelle unité de mesure pour pailler cette confusion : 1 Froome = 1 poney.

      • noname nobrand
        noname nobrand répond à cancelak
        used to be "outsider"
        • Posté à 20h02 le 18/07/2012
        • 180845
          used to be "outsider"

        le poney charge ou pas charge ?

         ; -)

  • Sam_des_bois
    Sam_des_bois
    Etudiant
    • Posté à 14h33 le 17/07/2012
    • Internaute 51616
      Etudiant

    Le Tour de France est une compétition qui fait rêver et cette approche permet de mieux se rendre compte de la puissance qu’il faut développer pour pouvoir y concourir.
    Malheureusement, semblable au JO et à ces logements insalubres pour femmes de chambres ( article vu aujourd’hui sur Rue 89), le Tour possède aussi son coté sombre notamment dans l’une des étape cité : l’impact qu’il possède sur les lieux où il passe et en particulier sur la Planche des Belles Filles.

    Suivre ce lien : Lien

    Je doute personnellement que le jeu en valait la chandelle.

    • Alex.2.0
      Alex.2.0 répond à Sam_des_bois
      Article 35 24 juin 1793
      • Posté à 17h40 le 17/07/2012
      • Internaute 187341
        Article 35 24 juin 1793

      Merci pour le lien ce fut instructif , 1 million d’euro pour 1 journée pfff il y a des claques qui se perdent c’est bien dommage..

  • pebeg
    • Posté à 15h36 le 17/07/2012
    • Expert 140698

    Merci de continuer à publier les résultats des calculs de Frédéric Portoleau depuis l’arrêt de cyclismag.
    Sans être une preuve irréfutable du dopage d’untel ou untel, ça donne un bon indicateur des performances générales du peloton. Je verrais bien un rappel des puissances étalon développées par les grands champions du passé : Hinault aurait du mal aujourd’hui à faire mieux que le grupetto ...
    La mise en parallèle de ces chiffres avec ce que l’on sait maintenant des différentes méthodes de dopage des trente dernières années (les langues se sont déliées) montre bien à postériori que plus la puissance étalon est élevée, plus l’arsenal mis en oeuvre est terrifiant.

    • cancelak
      cancelak répond à pebeg
      Étudiant consentant
      • Posté à 18h21 le 17/07/2012
      • Internaute 163924
        Étudiant consentant

      « Je verrais bien un rappel des puissances étalon développées par les grands champions du passé : Hinault aurait du mal aujourd’hui à faire mieux que le grupetto ... »

      C’est pourtant un champion du passé qui détient le record : Bjarne Riis, avec 480 watts à Hautacam en 1996.(mesure coureur étalon)

      • Alicarfred
        Alicarfred répond à cancelak
        • Posté à 22h01 le 17/07/2012
        • Internaute 15244

        C’est aussi Bjarne Riis qui a avoué avoir gagné le tour de france en étant dopé à l’EPO. Mais il peut garder son titre, il y a prescription.

      • mr Klein
        mr Klein répond à cancelak
        jacobin
        • Posté à 22h59 le 18/07/2012
        • Internaute 188953
          jacobin

        « C’est pourtant un champion du passé qui détient le record : Bjarne Riis, avec 480 watts à Hautacam en 1996.(mesure coureur étalon) »

        Bjarne Riss surnommé à l’époque ( par ses pairs) Monsieur 60% en référence à son hématocrite...

  • la choukette
    la choukette
    libre penseur si possible
    • Posté à 18h19 le 17/07/2012
    • Internaute 90914
      libre penseur si possible

    c’est beau la science ...

  • sergio2
    • Posté à 18h19 le 17/07/2012
    • 178745

    Donc, si j’ai bien compris, certains coureurs sur le tour 2012, développent dans les ascensions des puissances comparables ou supérieures à celles développées par les plus dopés des dopés de la grande époque du dopage ?

    • mr Klein
      mr Klein répond à sergio2
      jacobin
      • Posté à 22h56 le 18/07/2012
      • Internaute 188953
        jacobin

      C’est bien cela !

  • kestucroa
    • Posté à 07h41 le 18/07/2012
    • Internaute 111844

    Deuxième « étape »
    Après les avoir laissé dégorger pendant un mois, on refait le test du kilowatt en montée.
    Résultat : celui qui présente le plus petit écart entre avant et après c’est celui qui est le plus mal rencardé sur les produits « aidants ».

  • mr Klein
    mr Klein
    jacobin
    • Posté à 22h55 le 18/07/2012
    • Internaute 188953
      jacobin

    Je crois qu’Antoine Vayer donne une puissance max de 385 W pour Bernard Hinault (époque des corticoïdes et des amphétamines...Ces coureurs auraient donc mis plusieurs minutes au blaireau dans l’ascension de la Toussuire...Les temps changent et les manières de se doper ont beaucoup progressé...

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 12h52 le 19/07/2012
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout
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