Dans l’ombre et le sacrifice, voici les « porteurs d’eau » du Tour de France

Bradley Wiggins reçoit de l’eau de la part de Mark Cavendish sur le Tour de France à Bellegarde-sur-Valserine le 11 juillet 2012 (Lionel Bonaventure/AFP)
Le vélo est un sport de sacrifices. Sacrifice de son corps, de sa vie familiale, de sa jeunesse. Et pour beaucoup, sacrifice des ambitions personnelles.
Prenez Chris Froome, le lieutenant du maillot jaune Bradley Wiggins. Il pourrait peut-être remporter le Tour de France. Il l’a dit, il le sait, mais il ne le remportera sans doute pas. Car il est équipier. Il fait ce qu’on lui dit car s’il contrevient, sa réputation sera faite.
Le vélo est un sport d’équipe. Il n’y en a qu’un qui montera sur le podium après l’étape ou à la fin du Tour mais ils sont huit à bosser pour lui, sans parler du staff. Chaque jour, le Tour apporte la preuve à ceux qui en doutent que sans leurs équipiers, les leaders d’équipe ne seraient pas grand-chose.
Prenez Cadel Evans. Ce dimanche, il était en rade au sommet du Mur de Péguère, piégé comme tant d’autres par un tapis de punaises. Sans ses coéquipiers, qui l’ont ramené sur le peloton de tête, combien d’énergie et de temps aurait-il perdu dans la mésaventure ?
Nous avons rencontré trois de ces coureurs qui se sont mis au service d’un autre. Ces « porteurs d’eau » qui peuvent apporter des bidons d’eau, donner leur roue si besoin, font tout pour soutenir leur leader. Ils racontent leur travail, leurs motivations et leurs petites joies.
- Jens Voigt : « Rouler pour Cancellara est un honneur »
- Amaël Moinard : « J’ai eu ma chance. Je n’ai pas envie de surjouer »
- Jimmy Engoulvent : « J’ai toujours couru pour que mon équipe gagne »
Jens Voigt est le plus illustre des « porteurs d’eau ». Quand il se retirera – il a 40 ans passés –, cela fera un grand vide. Successeur de Jacky Durand au palmarès des éternels baroudeurs, il sait aussi se montrer sans pitié pour les échappées lorsqu’il doit défendre le maillot de son leader.
Polyvalent, costaud et audacieux, Voigt a eu tout le loisir de garnir son palmarès (52 victoires) à l’apogée de sa carrière, avant et après avoir soutenu Stuart O’Grady, Thor Hushovd, les frères Schleck ou Fabian Cancellara, dont il a défendu le maillot jaune toute la première semaine du Tour.
« Ta carrière, c’est comme un cercle. Dans la première partie du cercle, tu apprends, avec des gars expérimentés, et tu travailles pour l’équipe. Dans la deuxième partie, tu prends : tu réclames l’aide de l’équipe, tu veux avoir des résultats, car tu es au mieux de ta forme.
Et dans la dernière partie, à la fin du cercle, c’est “payback time”. Tu rends aux jeunes ce qu’on t’a donné, tu es l’ancien : “Entraîne-toi comme ça, suis tel mec, prends telle échappée et pas une autre.”
Je suis dans cette partie. Il n’y a aucune partie que je préfère. Il faut juste que le cercle se referme et qu’il soit équilibré. La loyauté que tu as demandée à ton équipe, il faut que tu la rendes.
La loyauté, c’est quelque chose de très important pour un coéquipier. Si tu dis “oui oui je vais bosser, je vais aider l’équipe” mais que tu gardes 10% de ton énergie pour aller faire une place de neuvième, ça ne va pas. »
« Détendre l’atmosphère, faire sourire le leader »
« Aujourd’hui par exemple [l’interview a été réalisée après l’étape de Boulogne-sur-Mer, ndlr], à six kilomètres de l’arrivée, j’ai compris que je ne pouvais pas travailler davantage. J’aurais pu rester dans le premier peloton en allant au bout de mes forces mais sans pouvoir aider. Je suis loyal donc j’ai laissé filer pour garder de l’énergie pour le lendemain.
C’est mon boulot. C’est dur et il faut apprendre à le faire car ton instinct, ta volonté première, c’est de tout donner pour être le mieux placé à l’arrivée. Mais non : être professionnel, c’est garder de l’énergie.
Pour moi qui connais mon ami Fabian depuis tant d’années, rouler devant lui en tête du peloton est un honneur. C’est un honneur d’avoir été choisi pour faire le Tour, que l’équipe se soit dit : “Oui, prenons Jens, il peut encore être utile.” C’est un honneur de bosser pour Fabian, qui est un leader solide.
Être de bonne humeur, c’est important. Les leaders ont beaucoup de pression, ils la ressentent donc si quelqu’un dans l’équipe peut faire des blagues, détendre l’atmosphère, faire sourire le leader ou lui apporter un peu de soutien, ça aide. »
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Sur Rue89Etourderie ou gastro, ils ont fini derniers d’une étape du Tour - Sur liberation.frLe porteur d'eau du maillot jaune
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Bisounours de combat
Bisounours de combat
ha que serait notre société du spectacle sans ses fidèles serviteurs en effet...




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