Buzz de l’Euro 12/07/2012 à 18h09

FootPouf.com : ne rien connaître au foot, c’est être une pouf’ ?

Renée Greusard | Journaliste Rue89

Vanessa se fait appeler « la brune », Emilie « la blonde ». Elles signent leurs e-mails comme ça. En septembre dernier, elles ont créé le site Foot Pouf, un site « pour les poufs mais pas que », comme on peut le lire sur la page d’accueil. On y voit un beau gazon sur lequel traînasse un soutif rose.

Un site qui entend parler de foot aux femmes.


Capture d’écran de la bannière du site Foot Pouf

Pendant l’Euro, le site a fait parler de lui, dans les médias et sur Twitter. France Info a interviewé Vanessa. Les deux créatrices du site ne veulent pas donner leurs chiffres de visites – elles espèrent faire migrer leur créature sur un grand média – mais reconnaissent avoir vu leurs visites multipliées par trente par rapport au début.

Sur Foot Pouf, il y a des informations diverses et variées sur les ballons, les joueurs, les règles du jeu, des interviews de joueurs...

La rubrique « Le foot pour les nulles » est géniale pour qui n’a jamais rien compris au foot. Enfin, on apprend ce que veut dire une panenka, une aile de pigeon, ou le coup du foulard.

A un footballeur : « Si tu étais une princesse de Disney ? »

Le tout est volontairement raconté sur un ton léger, très girly. En jouant aux abruties. Exemple sur le coup du foulard.

« En tant que nana normale et à peu près sensée (j’avais écrit sensée mais LaBrune a corrigé en “a peu près” je comprends pas…) me suis peut-être dit que les mecs voulaient se démarquer du traditionnel maillot et short larges en y ajoutant une touche d’originalité avec un petit carré Hermes. »

Ou cette interview rigolote où Vanessa demande au milieu de terrain du Havre, Julien François :

« Si tu étais une princesse de Disney, tu serais qui ? »

Pour la petite histoire, il répond :

« La princesse Jasmine dans Aladdin, en espérant faire son rêve bleu. »

Nous avons voulu rencontrer Vanessa et Emilie. Finalement, on n’a vu que la brune (Vanessa), à Paris. Emilie (la blonde) vit à Barcelone ; on l’a eue par téléphone. Toutes les deux sont des filles très sympathiques et enjouées.


Vanessa, à Paris, en juillet 2012 (Renée Greusard/Rue89)

Ni Vanessa ni Emilie ne sont journalistes. Elles sont toutes les deux dans la com’ et le marketing, mais c’est au lycée qu’elles se sont rencontrées. A Lens. Après le bac, elles ont fait ensemble un DUT de communication.

« La discussion part sur le match. Bim. C’est fini, t’es exclue »

Et pendant tout ce temps, elles étaient entourées par des tas de fervents supporters, ce qui les plongeait dans une incompréhension totale. Vanessa :

« Le lundi matin, t’arrives, tu parles avec les collègues. ’Ça va ? Ton week-end s’est bien passé ? Oui. Et toi ? ’ Et là, la discussion part sur le match. Bim ! C’est fini, t’es exclue. »

Au-delà des règles, c’est tout l’engouement des amateurs de ballon rond qui leur échappait.

« On s’est rendu compte qu’on était pas les seules. On s’est dit : ’On va lancer un site d’utilité publique qui servira à toutes les fans ou copines de joueurs pour mieux comprendre cet écosystème et pouvoir discuter avec ces messieurs qui sont fans de foot.’ »

Elles se sont débrouillées sans l’aide de personne. Juste avec Internet. Elles ne voulaient surtout pas demander à leurs copains des explications.

« Sinon, on n’aurait rien compris. »


Les doigts de Vanessa, à Paris, en juillet 2012 (Renée Greusard/Rue89)

« Beaucoup de trucs chiants dans la presse »

Lire la presse ? Ça ne leur allait pas non plus.

« Il y a beaucoup de trucs chiants dans la presse », dit Vanessa.

« On est dans la technique, les stats... Et même quand c’est plus décalé, ça n’est pas si facile d’accès.

So Foot, par exemple, c’est pas chiant mais c’est pour des avertis. Il faut bien commencer par les bases quand on ne s’y connaît pas du tout. »

Il y a quelque chose d’émouvant et de séduisant chez ces filles. Parce qu’elles n’ont pas peur de dire qu’elles ne savent pas. Parce qu’elles se démerdent seules.

Avec leur site, Vanessa et Emilie posent une question qui n’est pas inintéressante. Il est bien connu que, sociologiquement et pour des raisons culturelles, les femmes s’intéressent moins au foot que les hommes. En 2010, dans un sondage Ifop pour Sud Ouest Dimanche, on apprenait que « 50% des hommes disent s’intéresser au foot contre seulement 27% des femmes ».

Alors, comment parler à celles qui sont curieuses du foot sans être chiant ? Comment ne pas adopter un ton pédago-infantilisant ?

Des questions légitimes, mais pourquoi parler de « poufs » ? Il y a d’ailleurs des hommes qui les lisent. Quel besoin ont-elles eu de faire passer pour des gourdasses toutes les femmes qui n’y connaissent rien au foot ?

Et celles qui n’aiment pas sont forcément des « poufs » ?

Se dire poufs. Voilà qui n’a pas plu à tout le monde. Sur le site Vie de Meuf qui recense les sexismes du quotidien, Elise, une internaute, peste :

« Ce matin, revue de presse des journaux gratuits. Premier journal, on vante un “site de survie pour les femmes de footeux”, “Footpouf”.

Les femmes n’ont pas le droit d’aimer le foot ? Et celles qui n’aiment pas sont forcément des “poufs” ? Le site a été créé par deux femmes, l’article rédigé par une femme. »

Sur Foot Pouf, difficile de nier que l’air chanté lasse un peu. Des conseils de poufs pour « retirer son homme de la déprime post Euro 2012 » à la men’s room, où l’on apprend comment épater son mec en 5 leçons ; on a clairement l’impression – en tant que femme qui n’y connaît rien au foot – d’être prise pour une écervelée.

Et si le vrai culot, c’était d’assumer qu’on ne sait pas et qu’on a envie d’apprendre, sans dire qu’on est une pouf pour autant ?

« C’est quand même un peu pour pécho »

Ces critiques, Vanessa et Emilie ne les comprennent pas trop. Elles expliquent être dans le second degré. Vanessa :

« Pour moi, c’est cliché contre cliché. D’un côté, il y a le foot qui est censé être hyper masculin ; de l’autre, il y a la pouf, cette nana qui ne comprend rien et qui est censée faire la vaisselle. »

En fait, à discuter avec elles, on comprend que ce qui les intéresse, c’est cet état d’étonnement, de curiosité. Vanessa raconte d’ailleurs :

« Je n’ai pas de passion, j’aime juste découvrir pleins de trucs. Je suis hyper curieuse. »

Elles disent clairement ne pas se sentir féministes. Vanessa se sent concernée par les problèmes de parité. Emilie trouve qu’il y a des combats plus importants que le « mademoiselle » dans les formulaires administratifs. Vanessa :

« C’est quand même aussi un peu pour pécho qu’on donne ces conseils, même si dans la réalité, t’as d’autres moyens. »


Les pieds de Vanessa, à Paris, en juillet 2012 (Renée Greusard/Rue89)

Très prosaïquement toujours, la Barcelonaise explique que les femmes, c’était aussi une stratégie :

« On vient du milieu de la com’. Parler aux femmes du foot, c’est aussi un positionnement. »

Pour elles, « pouf », ce n’est pas nécessairement négatif, ni forcément féminin. Dans un article, elles estiment d’ailleurs que les footeux sont de vrais poufs.

« Mèche rebelle, effet coiffé/décoiffé, queue de cheval, rehaussé d’un bandeau, crête, crâne rasé, blond, brun, platine, peroxydé. Ils osent. »

Vanessa trouve le personnage de la pouf attachant, « mignon ». Entre elles, elles s’appellent poufs. Un peu comme les noirs américains qui s’appellent « niggers » ? « Oui, un peu », répond Vanessa après hésitation.

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  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 19h06 le 12/07/2012
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    Y a de l’idée, et de la fraîcheur.
    Si elles ne comprennent pas les critiques, surtout qu’elles ne changent rien, et qu’elles ne fréquentent pas trop Rue89, au risque de devenir des tristos comme la susnommée Elise, ou comme la personne qui a trouvé le titre de cet article, qui toutes 2 ne voient pas plus loin que le mot pouf’. (Toujours cette satanée BienPensance89, hein !).

  • hoshiko
    • Posté à 19h15 le 12/07/2012
    • Internaute 28938

    Bon, perso, j’aime pas le foot. Ni à peu près aucun sport, d’ailleurs... Ni à pratiquer ni à regarder. Regarder, c’est encore pire : au moins quand on pratique, on se dépense, on se défoule, on entretient son corps, on libère des endorphines (enfin, je ne pratique pas, hein, c’est ce qu’on m’a dit).
    Après, je peux admettre qu’on aime : je suis graaave fan d’Egypte antique, mais je sais que la plupart des gens n’en ont rien à battre, donc je ne les embête pas avec ça.

    Par contre, le double standard qui consiste pour une fille (qui donc statistiquement n’aime pas le foot) à aimer le foot pour pouvoir discuter avec les mecs (statistique inverse, tout ça), ça me court un peu sur le haricot.
    Parce que la réciproque n’est pas vraie. Une fille qui aime le foot (remplacer « foot » par tout intérêt typiquement masculin), c’est vaaachement bien !
    Alors qu’un mec qui aime la mode (remplacer « mode » par tout intérêt typiquement féminin), c’est qu’une grosse tapette ! (Notez que je n’ai personnellement rien contre les « tapettes », c’est juste ce que pense une bonne partie de la population).
    L’idée sous-jacente, c’est que « parler foot, c’est une discussion d’adultes (mouais...) pas comme ces c*nneries qu’aiment les meufs ».

    Notez bien qu’une fille qui aime vraiment le foot, tant mieux pour elle ! Sérieusement, si c’est sa passion, je suis heureuse pour elle. Mais faire un site pour pouvoir entrer dans le monde des hommes (i.e. tout ce qui est masculin est mieux que ce qui est féminin), ça m’énerve.
    Et moi, contrairement à LaBlonde et LaBrune, je suis féministe et je le dis. Et je sais changer une roue. Et je bosse dans l’informatique. Et je me maquille.
    Je rêve du jour où chacun pourra choisir ses intérêts (perso ou pro) sans préjugé de genre...

  • LaBruneFootPouf
    LaBruneFootPouf
    co-fondatrice footpouf.com
    • Posté à 19h47 le 12/07/2012
    • Internaute 189959
      co-fondatrice footpouf.com

    Bonjour, bonjour...

    Nous ne parlons nullement de « pouf » mais de « foot pouf ». Mot fictif ne figurant pas dans le Larousse, inventé de toute pièce pour désigner ces femmes (et hommes) qui s’interessent au foot pour diverses raisons sans forcément être supporter... Des novices, des gens qui aiment prendre le contre pied de cette tendance de passionnés.
    Sinon, on a aussi une fanpage Lien et même des comptes Twitter pour répondre à toutes vos interrogations ou recueillir vos chaleureux encouragements.

    LaBrune : @LaBruneFootPouf
    LaBlonde : @BlondeFootPouf

    Nous aussi on vous aime.

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