Ombre et lumière 11/07/2012 à 17h00

Brice Guyart, star de l’escrime qui rit de sa fin de carrière frustrante

Alain Mercier | Alinea (agence de presse sportive)


Brice Guyart aux JO d’Athènes le 16 août 2004 (Thomas Coex/AFP)

Brice Guyart est champion olympique d’escrime. En fleuret. Double champion olympique même. D’abord, par équipe en 2000 à Sydney. Puis en individuel quatre ans plus tard à Athènes. Quand lui prend l’envie de faire briller ses coupes et ses médailles, un sac entier de chiffons y passe. Trois titres mondiaux, des breloques à la pelle. Une vedette de la discipline.

Pourtant, à Londres, cet été, Brice Guyart suivra les compétitions de fleuret depuis les tribunes. Tout champion olympique qu’il est, le Parisien a été recalé. Enfin, presque. Il l’explique d’une voix blanche :

« Je suis le suppléant de l’équipe de France de fleuret. Le deuxième remplaçant, quoi. En cas de blessure d’un titulaire, je deviendrais remplaçant par le jeu des chaises musicales. Autant dire que j’ai fait une croix sur mes chances de participer au tournoi. »

Il a tourné une parodie du comité de sélection

A 31 ans, sa technique et ses états de service auraient dû lui épargner cette fin de carrière en queue de poisson. Le comité de sélection de la Fédération française d’escrime n’a pas été de cet avis. Le sportif en veut à peine à ses membres :

« Je ne remets pas en question leur décision. Si j’avais fait ce qu’il fallait, sur les pistes, pour me rendre indiscutable, je n’en serais pas là. »

Il aurait pu, du haut de son palmarès, invoquer la malchance ou faire profil bas. Il a préféré en sourire. Mieux : Brice Guyart a choisi de cacher sa déception derrière un solide vernis d’humour.

Avec ses potes de l’équipe de France, il a tourné en vidéo un remake du comité de sélection pour les Jeux de Londres, postée sur son site perso. On le voit attendre d’être appelé, puis terminer la scène en coupeur de citrons. Il raconte :

« Quand j’ai appris que je ne serai pas retenu, un truc s’est cassé à l’intérieur de moi. Mais j’ai préféré l’autodérision. Ça me fait du bien. Et c’est mieux pour les autres. Tout cela n’est quand même pas la fin du monde. »

http://vimeo.com/43932469

A Londres, il aidera les jeunes

A l’écouter, il serait victime de son âge, ses 31 ans passés dont il avoue sentir parfois le poids les soirs d’entraînements plus violents que la moyenne. Mais l’échec serait aussi, croit-il, un effet pervers d’une carrière trop joliment dorée sur tranche. Il l’avoue :

« En y réfléchissant, j’en suis arrivé à penser que je payais mon passé. Quand on a presque tout connu et beaucoup gagné, il devient difficile de trouver le juste milieu entre motivation et détachement. A l’évidence, je n’avais plus la même envie. »

Remplaçant du remplaçant, Brice Guyart sera du voyage vers Londres, fin juillet. Au cas où. Bon camarade, il cherchera à aider le jeunot de la bande, Enzo Lefort, 20 ans, invité surprise de la sélection. Il explique :

« Je peux l’accompagner dans sa découverte des Jeux. Par des détails, des conseils, un regard d’ancien. Je veux lui montrer, par exemple, comment tracer sa route sans s’occuper de tout ce qui brille. Aux Jeux, entrer dans la salle le jour de la compétition peut être flippant. Je suis passé par là. Je sais qu’il faut être conscient de tout cela, pour pouvoir jouer de cette émotion et en tirer profit. »

Supporteur de sa soeur et de sa compagne

A Londres, Brice Guyart sera aussi supporter de sa petite sœur, Astrid, sélectionnée pour la première fois au fleuret, et de sa compagne, Léonore Perrus, seule représentante française dans le tournoi féminin de sabre. Il raconte :

« J’aurai plaisir à les encourager, sans être stressé par ma propre performance. Et je leur serai plus utile en restant sur le côté. A l’extérieur, on prend moins de place. »

Astrid Guyart, sa cadette de deux ans, aurait bien fait ses premiers pas aux Jeux en posant ses pas dans ceux de son illustre frère. Elle le dit :

« J’aurais aimé débuter dans un tournoi olympique au moment où Brice quittait la scène en disputant la compétition. Mais c’est la loi du sport. Dans l’escrime française, nous formons tous les jours les jeunes espoirs pour qu’ils soient un jour capables de prendre notre place. »

Un sparring-partner de luxe

En attendant, Brice Guyart se prépare en « faisant comme si ». Il était du voyage aux championnats d’Europe, à la mi-juin, avec les titulaires olympiques. Comme remplaçant, déjà.

A l’entraînement, au quotidien, il enfile masque et plastron avec la même application que si sa carrière en dépendait. Il doit aider les autres, jouer à fond et sans retenue un rôle de sparring-partner dont il a profité, à son tour, dans ses jeunes années.

Un remplaçant heureux, Brice Guyart ? La question l’amuse. Mais il hésite avant de répondre. Et fini par lâcher, avec ce sens de la mesure appris au quotidien sur les pistes d’escrime :

« Disons que je suis soulagé. Maintenant que la déception est digérée, je ressens un certain appétit pour l’expérience olympique qui m’attend à Londres. En étant à l’extérieur, je vais prendre de la hauteur sur l’évènement, observer les comportements des uns et des autres, m’intéresser au coaching.

C’est fou tout ce qu’on peut voir en prenant quelques pas de recul. »

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  • 7 réactions
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  • Maître Lupin
    Maître Lupin
    www.desillusions.fr
    • Posté à 19h34 le 11/07/2012
    • Internaute 171886
      www.desillusions.fr

    Son style fait mouche...
    Si toutes nos vieilles « gloires » (sportifs, chanteurs, acteurs, et surtout hommes politiques) avaient une aussi bonne capacité à voir quand leur temps est révolu, pour enfin tourner la page (si possible de façon humoristique), nous vivrions dans un monde plus sain. Et qui se renouvellerait plus fréquemment.
    Comme au casino, il faut apprendre à arrêter de jouer, et partir avec les honneurs, au faîte de sa gloire, avant qu’il ne soit trop tard.
    Bravo l’artiste !

  • Srgvlt
    Srgvlt
    Twitter @srgvlt
    • Posté à 20h28 le 11/07/2012
    • Internaute 23660
      Twitter @srgvlt

    Il doit pas être pote avec Nasri, lui

  • cibatro
    cibatro
    en vacances éternelles
    • Posté à 21h35 le 11/07/2012
    • Internaute 145203
      en vacances éternelles

    C’est beau la com’. C’est sa spécialité depuis son titre olympique : star autoproclamée de l’escrime.

    C’est surtout un sportif qui a pris la grosse tête après son titre olympique à athènes. Après son titre, il a sombré à la 70e place mondiale et il n’a jamais obtenu un résultat dans une compétition majeure depuis 2004 en individuel. Et pourtant, il a profité à fond des avantages liés à son titre olympique (qualifications pour les tournois majeurs, nombreuses participations aux épreuves par équipe pour étoffer son palmarès vierge depuis 2004 ...) D’autres escrimeurs français ont été beaucoup plus réguliers. Il est pour l’instant 46e mondial sans avoir brillé sur une compétition internationale cette année.

    • Enlendil
      Enlendil répond à cibatro
      Etudiant
      • Posté à 05h49 le 12/07/2012
      • Internaute 66802
        Etudiant

      C’est ce que j’allais dire à la base... « double champion olympique en 2000 », 2000... ça sonne proche... sauf qu’il faut se réveiller hého ! 2000 c’était il y a DOUZE ans.
      Si on doit qualifier les gens pour une compet en fonction de leurs résultats il y a 15 ans... on est mal parti pour obtenir des médailles : x

  • lemiere
    lemiere
    sf
    • Posté à 22h48 le 11/07/2012
    • Internaute 104285
      sf

    NOUS DEvONS ADMIRER TOUS LES SPORTIFS, les escrimeurs en tandem, les kayakistes bègues, ce sont des champions ils nous rapportent des medailleuuuuuuuh...et les medaillleuuh c’est bien quand on en a plein, la preuve l’allemagne de l’est en avait plein et pis l’Espagne est championne d’europe donc tout va bien en espagne...

    faire uen activité physique c’est très bien, un peu de compétition aussi sans doute, mais le culte imposé ( aie l’argent public mis la dedans) du sport est navrant et ruinant

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 16h02 le 12/07/2012
    • Internaute 42204
      en boule

    « sans s’occuper de tout ce qu’y brille »

    De tout ce *qui* brille (ou *qui y* brille, mais c’est moins joli).

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