Prête-moi ton cerveau 21/06/2012 à 11h06

Euro 2012 : l’intelligence (de jeu), cette qualité que les Bleus envient tellement à l’Espagne


(D’Ukraine) A la bourre, la mine cafardeuse, Laurent Blanc s’est présenté ce mercredi devant les journalistes pour tenter d’expliquer la baffe reçue la veille par ses joueurs. Aplatis par une équipe déjà éliminée, à une poignée de jours du quart de finale contre les champions du monde espagnols.

L’équipe de France, comme un acteur qui ne souviendrait plus de la moindre ligne de son texte à la veille de la première.

Le sélectionneur n’a pas parlé, comme beaucoup, de suffisance.

« Ce qui nous manque, c’est de l’intelligence de jeu, c’est une qualité de plus en plus rare dans le football. Si on avait ça, ce serait mieux que des joueurs qui sont capables d’exploits individuels. »

55 % de possession de balle en moyenne

Quand, il y a deux ans, Blanc a pris la tête des Bleus, il s’était fixé deux objectifs sur le terrain :

  • que son équipe maîtrise le ballon
  • et qu’elle le fasse circuler vers l’avant par des passes courtes.

La première partie du boulot a été bien remplie, à la lueur d’une belle série, morte mardi, de 23 matches sans défaite. Depuis le début de l’Euro, la France a toujours la balle dans les pieds plus souvent que ses adversaires (55 % du temps en moyenne).

Les passes courtes, par contre, les joueurs offensifs français n’y arrivent pas. Ils mettent beaucoup trop de temps à lâcher le ballon, croyant pouvoir faire la différence tout seul. Contre la Suède, les joueurs offensifs tricolores, surtout Nasri et Ben Arfa, ont gardé la balle pendant des plombes.

Les tricoteurs

On appelle ça des tricoteurs. Cette équipe de France en déborde. En première mi-temps contre l’Islande déjà, ça nous avait sauté aux yeux. Quand ça marche (Ménez contre l’Ukraine), on crie au génie. Sinon, ils passent pour de sales égoïstes. Ce qui crée des tensions (cette engueulade dans le vestiaire) et ce qu’on retient pour l’instant parce qu’avec la Grèce, la France est la plus mauvaise attaque des équipes encore en lice à l’Euro.

Pour être capable de faire des passes courtes, il faudrait donc, selon Blanc, de l’intelligence de jeu. Pour ceux qui trouvent cette notion étrange, sachez qu’elle n’a pas grand-chose à voir avec les qualités intellectuelles hors des pelouses ou le fait d’être cultivé.

Les Bleus passent leur temps à écouter du r’n’b commercial et ne sont pas connus pour la fulgurance de leurs propos mais ce n’est pas grave, ce n’est pas ce qu’on attend d’un footballeur professionnel.

« J’aimerais avoir un cerveau sous la main »

Ce que Blanc jalouse à l’Espagne, c’est la capacité à jouer vite et juste, et à réfléchir à la construction d’un mouvement collectif.

Dans France Football début juin :

« J’aimerais bien avoir sous la main un cerveau comme Xavi ou Xabi Alonso, un type qui m’analyse le truc au quart de tour et décide : on fait ci ou ça. Bien sûr que je serai preneur ! Mais pour ça, il faut avoir de la bouteille, s’être imposé en club comme en sélection et avoir atteint un niveau exceptionnel. »

Blanc ajoute :

« Depuis que je suis entraîneur ou sélectionneur, il y a très peu de joueurs qui viennent taper à ma porte pour parler et échanger football, pour ne pas dire aucun. […]

C’est une évolution à l’image de celle de notre société, de plus en plus individualiste. S’il reste un sport profondément collectif, je trouve que le foot devient pourtant de plus en plus égoïste. On s’intéresse d’abord à ses stats, à son match plutôt qu’à celui de l’équipe. »

Et Martin ? Et Valbuena ?

Fataliste, Blanc a quand même sa part de responsabilité dans l’échec de son idéal. On n’évoquera même pas la non-sélection de Gourcuff, que l’on aime, vous le savez. On la comprend.

Mais des joueurs intelligents, Blanc en a sous la main. Inexpérimentés certes, mais bon, c’est mieux que des tricoteurs, non ? Cabaye, dont l’absence a été si pesante contre la Suède. Martin aussi, que Blanc a emmené en Suède mais dont il n’a jamais fait, depuis qu’il le sélectionne, un titulaire régulier. Valbuena, même, très collectif lors de la victoire contre l’Allemagne.


Xavi félicite Iniesta en septembre 2011 contre le Chili à Saint-Gallen (Christian Hartmann/Reuters)

En Espagne, l’intelligence de jeu est une valeur sacrée, partagée par tous, incarnée à la perfection par les Barcelonais Xavi et Iniesta, petites jambes, gros cerveaux.

D’autant plus efficaces qu’ils jouent ensemble depuis toujours, en club et en équipe nationale.

La France ne pourra jamais rattraper son retard en trois jours. Alors, elle ne peut que rabâcher sa jalousie.

Samedi, au-delà de l’intelligence de jeu, d’autres éléments entreront en compte : bien récupérer la balle, défendre efficacement, ne pas faire d’erreurs, être réaliste face au but.

Fort heureusement, pour réussir l’exploit de battre l’Espagne, personne n’est obligé de jouer comme elle.

Pas si grave de renier ses principes

On peut protéger ses buts comme on couve un bébé en attendant une lueur (la Suisse en 2010) ou lui planter des piques quand elle a le dos nu (la France en 2006). Benzema, Ribéry et sans doute Ménez devront relever cette mission.

Pour Blanc – qui disait mardi : « Il faudrait se tourner vers le modèle espagnol mais on est très loin de ça » – gagner d’une de ces manières, ce serait renier ses principes. Mais tant pis, on n’en est plus là. Les Bleus n’ont plus le temps d’être jaloux.

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  • Julie79
    Julie79
    Autoentrepreuneuse
    • Posté à 12h18 le 21/06/2012
    • 184840
      Autoentrepreuneuse

    Il existe plusieurs théories sur l’intelligence, ou plutôt sur les intelligences multiples. Une des théories les divise en 7 catégories (basée sur les neurones - cf : Gardner Lien). Donc oui, on peut se moquer du fait que les joueurs ne savent pour la plupart pas parler correctement, mais on s’en fiche. ce dont on a besoin, c’est qu’ils possèdent les intelligences corporelle-kinesthésique et spatiale.

    Corporelle-kinesthésique : capacité à utiliser son corps pour réaliser une activité physique. Permet de se déplacer avec le ballon, mais également à dribbler et à faire une passe correctement, cad à évaluer la distance pour faire la passe. Je trouve que sur les trois premiers matchs, ils ont un peu de mal avec les passes. C’est peut être en partie le reflet de ce qu’exprime Blanc lorsqu’il parle d’individualisme. Mais en général, tous les joueurs sont doués de cette intelligence, à des degrés différents (Diarra, par exemple, a souvent des difficultés avec ses passes).

    Spatiale : (je reprends la définition de Wiki) L’intelligence spatiale permet à la personne d’utiliser des capacités intellectuelles spécifiques pour avoir mentalement une représentation spatiale du monde. Je pense que c’est ça, l’intelligence du jeu (mais peut être que je me trompe, en fait ! ! ! - :)). Des joueurs qui savent se placer, anticiper les coups. J’imagine que c’est de cela dont voulait parler Blanc l’année dernière lorsqu’il parlait de la formation du même type de joueurs (des baraques).

    Ces intelligences ne sont pas liées nécessairement les unes aux autres, même si en développant l’une, cela permet souvent de développer les autres. Je pense qu’il en manque une :

    L’intelligence logico-mathématique (j’imagine qu’elle ne nécessite pas d’explication).

    PS : Merci de ne pas me faire de procès d’intention par rapport à ma dernière phrase concernant blanc. Pour éviter tout contresens, merci de noter que parmi les grands joueurs dotés d’une intelligence de jeu se trouvent Zidane et Pelé.

  • ulhgard
    ulhgard
    Citoyen binaire
    • Posté à 13h21 le 21/06/2012
    • Internaute 80832
      Citoyen binaire

    En France depuis des années voir des dizaines d’années tout les jeunes footballeurs qui souhaitent devenir pro passent des tests. Ces tests se déroulent dans les centres de formations des clubs, dans les infrastructures fédérales ou dans les collèges et lycées « sport études ».
    Si un garçon est trop petit pour son âge il est recalé. Si il n’est pas suffisamment musclé il est recalé. Si sa VO2 Max est trop faible : recalé, si il cours moins vite que la moyenne : recalé.
    Depuis 20 ans à aucuns moment de la formation des jeunes joueurs l’esprit de ceux ci n’est pris en compte, jamais leur intelligence de jeu n’est un critère. Seul rentrent en compte comme critères éliminatoires les capacités physiques des jeune gens.
    Après 20 ans de ce régime voir les instances fédérales se plaindre du manque d’intelligence des joueurs me sidère.

  • gabonet
    • Posté à 15h38 le 21/06/2012
    • Internaute 14523

    les espagnols je ne sais pas s’ils sont plus intelligents ou moins intelligents ,le problème à mon avis n’est pas là , c’est de mettre son égo dans sa poche et son mouchoir par dessus et jouer collectif .
    de ne pas faire jouer des joueurs comme giroud qui sont à la fois passeurs et butteurs absurde , c’est ce genre joueurs dont on a besoin ,qui ,dans le jeu ne pensent qu’a faire gagner l’équipe ; on voit le résultat à montpellier ,tous ont joués pour le résultat collectif .
    à vouloir mettre ensemble les meilleurs joueurs en soit ça se tient , mais comme dans le cinéma pour avoir de grandes stars il faut avoir d’excellant second rôles ! !

  • Riketzy
    Riketzy
    retraite
    • Posté à 15h58 le 21/06/2012
    • 184096
      retraite

    Il me semble évident que les joueurs français passent trop de temps à jongler au milieu du terrain. C’est peut-être bon pour exprimer les qualités individuelles dans les passes et les dribles... Mais tout ce temps passé au milieu du terrain fait l’affaire de l’équipe adverse... Le temps passe et rien ne se passe, sinon de s’exposer à des contre-attaques incisives de l’adversaire... Nos joueurs ne relancent pas assez vite et pas assez long vers l’avant. Nos joueurs avant ne reçoivent pas assez souvent le ballon, car nos milieux de terrain le gardent pour faire « leur » jeu en milieu de terrain.
    C’est pourtant évident : à chaque match, les contre-offensives de l’équipe adverse sont plus rapides et plus offensives. Pourquoi n’adopte t-on pas ce jeu plus long et plus rapide ?

  • pouniah74
    pouniah74
    Fiste de butte !
    • Posté à 16h46 le 21/06/2012
    • 185502
      Fiste de butte !

    Oui il manque a cette équipe de France un meneur, un leader technique capable de peser sur la rencontre ! Quand la France a gagne ses compétitions on avait un Platini, un Zidane des mecs qui portaient le jeu et changeait le cours d’une rencontre ! La a la limite on peut avoir Ribery qui , si il est dans un grand soir, peut nous sauver la baraque...Le probleme c’est qu’en face des leaders techniques il y en a 4 ! Entre Xavi, Iniesta, Xavi Alonso et Busquet difficile de trouver mieux niveau milieu de terrain technique (Allez peut etre Ozil et bien sur Pirlo)...
    Je pense que ce qui peut nous sauver c’est Giroud avec le Benzema en 9 derrière, je comprend pas pourquoi L.Blanc ne l’a pas titularisé contre la Suède, on doit avoir un profil Trezeguet en attaque, on en a toujours eu un ! Bellone, Cantona, Trezeguet...

    Mais surtout les mecs doivent retrouver l’humilité ! Meme s’il ont des QI de mouettes ils doivent être digne et mouiller le maillot...Je pense que l’anti exemple parfait a ce jouer c’est Nasri qui est d’un pédant digne de Louis XIV !
    J’espere juste que le match face a l’Espagne va les faire retomber sur terre ! Sinon comme le dit bien Florent Malouda c’est une belle valise qu’il vont se prendre...

  • Bobitchouk
    Bobitchouk
    Traducteur
    • Posté à 16h49 le 21/06/2012
    • Internaute 113430
      Traducteur

    « Mais des joueurs intelligents, Blanc en a sous la main. Inexpérimentés certes, mais bon, c’est mieux que des tricoteurs, non ? Cabaye, dont l’absence a été si pesante contre la Suède. Martin aussi... »

    Tout à fait d’accord pour Cabaye mais pour Martin...c’est quand même pas le plus futé. Par contre il a ce don pour délivrer la bonne passe d’instinct. Et souvent en première touche de balle.

    Julie79 est incomplète dans sa définition de l’intelligence spatiale. Il faudrait y ajouter la capacité à savoir où l’on se situe dans l’ensemble du système de jeu « coéquipiers + adversaires », c’est-à-dire savoir analyser où sont les meilleures zones de passe pour ses coéquipiers en fonction non pas de leur seul placement, mais aussi de celui de leurs adversaires, et de leur mouvement à l’instant T.

    Une passe peut faire très mal dans une zone d’où un adversaire s’éloigne, mais être vouée à l’échec si l’adversaire a commencé à lancer sa course dans cette direction. L’analyse porte donc sur les deux paramètres obligatoires (+ 1 optionnel) [zones libres de tout marquage] + [mouvements des défenseurs dans la zone] (+ éventuellement [meilleur pied du joueur réceptionnant la passe], pour savoir s’il convient de passer le ballon de préférence sur le pied droit ou gauche du joueur à qui l’on destine la passe).

  • Azo
    Azo
    • Posté à 16h14 le 22/06/2012
    • Internaute 111072

    Le problème de l’équipe de France ? Nasri ( et en plus Ben Arfa pour le match contre la Suède). En conséquence, Benzema n’a pas les ballons ou pas dans le bon timing. Ca fait 3 joueurs off, c’est largement suffisant pour avoir l’air d’être moins nombreux que l’adversaire comme certains le font remarquer. La Suède n’avait rien à perdre, elle pouvait jouer l’esprit libre, c’est un avantage. Après le 1-0 Blanc n’a pas fait les changements dans les temps. Le match aurait peut être même terminé sur une victoire dans le cas contraire....L’Espagne avec son « intelligence de jeux » fait des petits scores et connait souvent des moments de difficultés.
    Faut être un peu plus rationnel et arrêter de faire des analyses imbibées d’émotions. Italie-Espagne 1-1, « l’intelligence de jeux » c’est vraiment magnifique (l’Italie a aussi son Xavi, chose que n’a pas l’EDF).. Croatie-Espagne 1-0.
    Maintenant que vont être les conséquences de cette défaite sur les joueurs avant d’affronter une équipe qui est clairement dans le top 2 des favoris ? Notez que l’Espagne c’est pas le Barca au cas où certains font la confusion....c’est pas la même puissance de feu..hein..

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