blabla 16/06/2012 à 17h22

Thierry Roland est mort : la machine à hommage médiatique s’emballe

Renée Greusard | Journaliste Rue89
Imanol Corcostegui | Rue89 Rue89

La mort de Thierry Roland a donné lieu, ce samedi, à un cirque médiatique à la fois convenu et souvent consternant. Comme chaque fois qu’une personnalité médiatique meurt, notre corporation (les journalistes, quoi) a tendance à vouloir gommer les travers, pour ne plus parler que de l’émotion. La mort efface tous les défauts.

Que le décès de Thierry Roland émeuve, on le comprend très bien. C’était un incontournable du foot, LA voix de ce sport à la télévision. A l’antenne depuis 1960, il a marqué des générations entières de supporters, commenté 1300 matches, couvert 13 Coupes du monde et 9 Euros.

De l’avis de tous ceux qui ont travaillé avec lui, c’était quelqu’un d’adorable. A chaque fois que nous l’avons appelé, il nous a répondu avec une très grande gentillesse. Il avait appris à lire en lisant l’Equipe, il collectionnait les France Football (c’était le seul au monde à les avoir tous). Le foot était sa vie.

Cependant, le commentateur sportif était aussi connu pour ses sorties bien racistes et sexistes. Et faut-il réellement les gommer lorsqu’on fait le portrait posthume du personnage ?

« Ses sympathiques “gauloiseries” »

Aujourd’hui, il est mort et les articles qui parlent de ces propos – ce n’est pas toujours le cas – évoquent « son franc parler légendaire », « ses sympathiques “gauloiseries” », « ses coups de gueule », « ses dérapages », « ses petites phrases ».

Petit rappel tout de même des « sympathiques gauloiseries » que regroupe très bien le site Foothese.com :

  • Pendant un match Corée du Sud-France, avant la Coupe du Monde 2002 : « Il n’y a rien qui ne ressemble plus à un Coréen qu’un autre Coréen. D’autant plus qu’ils mesurent tous 1m70 ! »
  • Pendant un Maroc-France : « Pour les Marocains, le couscous est cuit ! »

  • Pendant un France-Roumanie : « Les Roumains sont des voleurs de poules ! »

  • Dans une interview à l’Equipe : « Un Bulgare sera toujours plus con qu’un Israélien. »

  • En 1986, pendant le 1/4 de finale du Mondial entre l’Angleterre et l’Argentine. Il s’en prend à l’arbitre tunisien : « Honnêtement, Jean-Michel, ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance ? »

Dans un tweet, Lawrence Leenhardt, journaliste sportive à l’Equipe parle aussi du sexisme du commentateur.

OK, et on veut bien le croire, acceptons à la limite que, par cette manière de parler, Thierry Roland a rendu le foot moins ennuyeux, plus léger. Que voir un match de foot à la télé n’est parfois intéressant que parce qu’il est raconté par ce genre de personnages.

Mais, tout de même, n’y a-t-il à ce point rien d’autre dans l’actualité pour que cette information prenne toute la place. Ce samedi, à la veille du deuxième tour des législatives, les médias n’ont pas le droit de parler politique. Est-ce pour cette raison que tous les journaux n’ont parlé que de ça ?

Sur BFM : « l’information principale de la journée »

Samedi, en tout cas, le temps est à l’é-mo-tion.

Thierry Roland est mort à 3h du matin, mais à 13h30, la journaliste de BFM-TV répète encore, sûrement pour la centième fois de la journée :

« Je vous le rappelle encore, l’information principale de la journée, Thierry Roland est mort. »

Pour l’événement, la chaîne d’info en continu s’est fendue d’un bandeau de réactions diverses, diffusé en bas de l’écran.

Ici, on a le droit à une réaction con à la seconde. Bernard Tapie :

« Il faisait partie de ces personnages qui rentraient dans toutes les maisons. »

Evidemment et comme toujours, le journaliste sportif Pierre Salviac décroche le pompon.

« Le foot est un salaud parce qu’il l’a tué. »

« C’est comme Molière, il est mort en scène »

Mais aussi :

« C’est comme Molière, il est mort en scène. »


Une capture d’écran de BFM TV

Nouveau reportage sur la chaîne : un micro-trottoir sur Thierry Roland à La Rochelle. Un monsieur rougeaud donne son avis indispensable.

« J’aimais bien l’écouter avec son compère Larqué, ça fait partie du patrimoine. »

Il y a aussi cette interview d’une indécente complaisance que BFM-TV passe en boucle. Jean-Michel Larqué, présentateur et ami de Thierry Roland, est interviewé. Ses larmes passent en boucle pendant des heures. BFM-TV les revendique comme une exclusivité.

Voilà le scoop donc. Larqué a dit en pleurant :

« Il se sentait partir, il se sentait faible. Il m’avait dit que s’il lui arrivait quelque chose, il me regarderait de là-haut depuis la grande prairie. »

Après cette citation, le journaliste aurait pu lâcher l’affaire. Mais non, alors que Jean-Michel Larqué lui dit : « qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ? », il lui réclame plus de bonbons :

« Se rappeler des bons souvenirs, des choses qui peuvent venir comme ça, racontez nous des bons souvenirs. »

Emporté dans le tourbillon de la journée, les hommes politiques ne sont pas en reste. François Hollande se contente de quelques banalités d’usage :

« Le monde du football perd l’un de ses plus ardents supporteurs. »

« Un exemple à suivre pour tous les journalistes »

En conférence de presse, les footballeurs français en Ukraine ne manquent pas d’être interviewés par nos confrères sur le sujet. Nouvelles réactions donc, comme celle de Gaël Clichy.

« C’est un exemple à suivre pour tous les journalistes. »

Sur Twitter, Bastien Hugues, journaliste à France Télévision, tweete un communiqué du Front national. Le parti d’extrême-droite rend hommage à ses prises de position pour la peine de mort :

« Nul n’oubliera sa prise de position courageuse pour le rétablissement de la peine de mort pour les assassins d’enfants et de policiers. »

Un samedi pluvieux, comme un autre mais exceptionnel pour BFM-TV.

A 17h34, BFM-TV continuait d’ouvrir ses journaux sur la mort de Thierry Roland et d’en parler en boucle. Nous, on se demande ce qu’il se passera le jour où Johnny mourra.

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  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 17h43 le 16/06/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Les 12 premières minutes au 13h d’inter, un hommage du Président...
    Un peu délirant bien sur mais aussi bien pratique pour boucler en un samedi sans politique puisque veille d’élections.

    Pour moi, avant que le foot ne devienne tendance, il incarnait les 3 valeurs du sport : nationalisme, beauferie et star business
    La coupe du monde 98 ou les succès des clubs francais dans les 90’s ont propulsé ce monsieur à un rang qui fait qu’il est plus honoré que n’importe quel salarié de la télévision mort au travail.
    Le buzz d’aujourd’hui dans une fenêtre de tir favorable achève de lui construire une statue, dont on se demande encore quelle va être l’utilité mémorielle ou historique. Le monde entier va encore nous chambrer.

  • Bobus Trucus Bidulus Maximus
    Bobus Trucus Bidulus Maximus
    Gros con de droite
    • Posté à 17h56 le 16/06/2012
    • Internaute 169879
      Gros con de droite

    Thierry Roland est mort à Roncevaux alors qu’il boutait l’anti-France hors de la Mère Patrie.
    Aussitôt, la grande multitude des immenses talents de plume de la presse écrite et orale s’attaque à la rédaction d’un monument de la littérature qui perdurera pour les siècles des siècles : la Chanson de Thierry Roland.

    Et on dit que la littérature française est en perte de souffle...

  • Vico_lachips
    Vico_lachips
    Etudiant
    • Posté à 18h11 le 16/06/2012
    • Internaute 153965
      Etudiant

    La comparaison à Molière est à mourir de rire, désolé pour le jeu de mot. Un présentateur qui meurt à 74 ans, ça émeut toute la France mais quand il s’agit de parler de tous ceux qui meurent de faim et de froid chaque jour, pas une larme ? Je cherche l’erreur, un homme n’en vaut il pas un autre ?

  • Le Yéti
    Le Yéti
    voyageur à domicile
    • Posté à 18h21 le 16/06/2012
    • Internaute 6095
      voyageur à domicile

    Oui, je crois que quand quelqu’un meurt, on peut faire silence sur les mauvais côtés de la personne.
    D’abord parce que mort, les « mauvais côtés » de cette personne ne trouveront plus à s’exprimer.
    Et qu’elle n’a plus la moindre chance de les corriger. Ou de s’en défendre.
    Ensuite parce que tout le monde, absolument tout le monde, garde de son vivant une face cachée un peu malodorante.
    Et que disséquer les petits et gros travers des morts est souvent pour les vivants une façon un peu médiocre de se dédouaner des leurs.
    La Justice doit-elle juger les morts par contumace ?
    Mourir, c’est retourner à l’innocence de la naissance.

    Voilà pourquoi, oui, je trouve que lorsque quelqu’un meurt, petit ou grand, on ne doit retenir de lui que le bon grain et oublier l’ivraie.
    Ou alors, pas grave, on n’en parle pas. On l’oublie.

  • Saul
    Saul
    visiteur
    • Posté à 21h56 le 16/06/2012
    • 173990
      visiteur

    Logique que sa mort soit une « info de la journée »
    Thierry Roland faisait partie du patrimoine.
    il faisait partie des meubles de la maison France en somme.
    qu’on l’aimait bien ou pas, qu’on soit footeux ou pas (et c’est mon cas, jamais été fan de foot) il est normal que sa mort touche aussi en dehors du foot : c’est un autre pan de notre univers, de notre environnement qui disparait.
    pourquoi la mort de Thierry Roland ne laisse pas insensible autant de monde ?
    parce qu’avec elle, on prend conscience que le monde dans lequel on a grandi est en train de disparaitre.
    on se rend compte que la « France d’avant » dont la nostalgie traverse le pays, est de moins en moins réelle

  • setori
    setori
    retraité
    • Posté à 12h00 le 17/06/2012
    • Internaute 43503
      retraité

    A peu de mois près ,nous avions le même âge et donc j’ai connu le jeune journaliste (frisotté ) à ses débuts jusqu’à cette triste nouvelle. C’était l’un des rares à qui je ne coupais pas la parole quand il commentait (foot ou boxe) car il s’il il y avait de l’emphase ,des préjugés ,des réflexions foireuses ,il y avait une chaleur humaine dans sa voix et c’était ça l’important . Pour sûr tu vas me manquer Thierry !

  • GeeC
    GeeC
    Assis
    • Posté à 12h55 le 17/06/2012
    • 184834
      Assis

    « Comme chaque fois qu’une personnalité médiatique meurt, notre corporation (les journalistes, quoi) a tendance à vouloir gommer les travers, pour ne plus parler que de l’émotion. La mort efface tous les défauts. »

    Thierry Roland était plus qu’une personnalité médiatique, c’est la voix d’une passion commune à des millions de gens. Que l’on accepte ou pas ses travers, il demeure LE commentateur des français fans de football. Peu importe le club de son cœur, peu importe le parti politique de son cœur, peu importe le style de déco intérieure de son cœur...
    Peu importe ses dérapages, même les plus grossiers et les plus dépassés, il demeure cette voix qui a accompagné tant de joies et de détresses de supporters. C’est ainsi.

    La mort n’efface pas plus ses errements que sa vie elle-même. Je ne l’ai pas condamné de son vivant malgré un non-partage certain de ses déclarations, pourquoi devrais-je le faire dans sa mort ?
    Si Rue89 n’est plus capable de comprendre la rue, la vraie, celle de monsieur tout-le-monde (qu’il soit beauf, cadre sup’ fan de sport, et j’en passe), je suggère de trouver un autre nom au site.

    Faut-il faire un procès aux médias alors que les citoyens eux-même ont commenté en masse le décès du commentateur (Facebook et Twitter en sont témoins).
    Qui sont ces bien-pensants osant prétendre encore nous éclairer alors qu’il sont dans le déni le plus total de ce qui touche les français ?

  • clemlam
    clemlam
    Bonne
    • Posté à 14h23 le 17/06/2012
    • 183253
      Bonne

    Ce n’est pas seulement Thierry Roland que les passionnés de foot pleurent, mais les bons et moins bons moments passés en sa compagnie. Surtout ceux de notre enfance, quand un match perdu ou gagné pouvait nous faire chavirer de bonheur ou de détresse !

  • Métamec05
    Métamec05
    Libertaire
    • Posté à 15h41 le 17/06/2012
    • 183211
      Libertaire

    A chaque fois qu’un personnage médiatique décède, ce sont des paquets de louanges qui lui tombent dessus.
    Et cela, même si le type était infréquentable.
    Malgré la mort, ça devient du comique haut de gamme.
    Méditons sur ces quelques vers de Brassens :
    « Il est toujours joli le temps passé
    Une fois qu’ils ont cassé leur pipe
    On pardonne à tout ceux qui nous ont offensés
    Les morts sont tous des braves types. »
    Il avait tout compris Tonton Georges !

  • Orangemecanique
    Orangemecanique
    toltchoke
    • Posté à 18h40 le 17/06/2012
    • 182456
      toltchoke

    Il ne reste donc plus que BHL comme grand intellectuel français encore en vie ?

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