Sacré Graal 09/06/2012 à 12h54

Fantasmé et martyrisé, le Brennus, trophée ultime du rugby français

Eric Mugneret | Journaliste


Les Toulousains Patricio Albacete (à dr.) et William Servat (à g.) portent le Bouclier de Brennus après leur victoire en finale du championnat, le 4 juin 2011 (Lionel Bonaventure/AFP)

Toulouse champion de France
Ce samedi, le Stade Toulousain a battu Toulon 18 à 12 et a remporté le 19e titre de champion de son histoire, un record.

« Soulever le Brennus ». Voilà ce dont rêve un rugbyman français. Brennus, c’est un drôle de nom pour le trophée d’une vie. Le « bout de bois », comme on l’appelle affectueusement, est un trophée à part dans le sport français.

Samedi soir, lorsque le capitaine de Toulouse ou Toulon soulèvera le Bouclier, cela fera 120 ans qu’il a été remis pour la première fois au champion de France de rugby.

Derrière ce drôle de nom se cache le personnage de Charles Brennus, de son vrai nom Brennus Ambiorix Crosnier. Ses parents avaient eu la drôle d’idée de lui donner comme prénoms les patronymes de deux chefs gaulois. Le rugby a donc échappé par un miracle de l’état-civil au Bouclier d’Ambiorix.

Charles Brennus, orfèvre du Marais, fondateur du Scuf

Charles Brennus a organisé avec Pierre de Coubertin la première finale du championnat de France de rugby au sein de l’Union des sociétés françaises des sports athlétiques (USFSA). Orfèvre dans le Marais, à Paris, fondateur et président historique du club de rugby du Scuf, c’est lui qui a donné vie au Bouclier de Brennus.

Depuis, l’objet continue à faire tourner les têtes des joueurs de rugby. Jean Lacouture, historien, biographe du général De Gaulle et grand amateur de rugby, résume avec bonheur :

« Le Brennus, c’est comme l’agrégation pour un type qui fait du grec ou du latin. C’est un couronnement. A mon sens, ça vaut une sélection en équipe de France »

« Lourd, dur à manier, majestueux, luisant »

Ils sont légion ceux qui ont laissé leurs noms dans la légende du XV de France sans jamais avoir eu l’honneur de soulever le Brennus. Il y a aussi ceux qui ont eu les deux.

Emile Ntamack, 46 sélections en équipe de France, a soulevé à six reprises le Bouclier. En 1989, alors qu’il est junior au Stade Toulousain, le jeune homme avait eu droit d’entrer dans les vestiaires du Parc des Princes pour fêter la victoire du Stade Toulousain face à Toulon – la dernière finale entre les deux équipes.

« Le Brennus, pour nous, c’était le rêve suprême, le trophée suprême », se souvient le trois-quarts toulousain. Plus tard, Emile Ntamack a remporté la Coupe d’Europe. Mais rien ne semble pourvoir remplacer le lien si particulier qui unit les joueurs à ce fameux « bout de bois ».

« Le Brennus, il est lourd, difficile à manier, majestueux, luisant. Il est forcément à partager avec le collectif. Quand tu le gagnes, tu règnes sur l’hexagone », tranche Emile Ntamack.

Des dimensions hors normes

Sur la planète sport, le Brennus reste un ovni. Ni plateau, ni coupe, juste un bouclier. Il n’y a guère que le trophée de la Bundesliga, le championnat allemand de foot, qui s’en rapproche.

La dimension du trophée est, elle aussi, hors norme : un mètre de long, 75 cm de largeur et 2,5 cm d’épaisseur. Et ce fameux disque de cuivre de 52 cm de diamètre installé dans la partie supérieure du panneau de bois, qui vaut au trophée le nom de Bouclier.

Pour Daniel Herrero, ancien troisième ligne de Toulon dans les années 70 et entraîneur de l’équipe sacrée championne de France en 1987 :

« C’est un symbole de gloire. Un symbole absolu de domination, de grandeur et de conquête. La tonalité du bouclier renvoie à l’affrontement, au guerrier. »

Le Brennus dans la rade de Toulon

Car il y a dans ce trophée quelque chose qui semble remonter au fond des âges. « Quelque chose d’ancestral », estime Aubin Hueber, demi de mêlée de la dernière équipe de Toulon à voir remporté le Brennus.

La victoire de Toulon contre Biarritz en finale du championnat de France 1992

C’était en 1992 au Parc des Princes. Venu de Lourdes et arrivé dans le Var un an plus tôt, Aubin Hueber découvrait alors l’incroyable ferveur toulonnaise. S’ensuit, comme le veut la tradition, une nuit endiablée de fête dans les rues de la capitale.

« Le Bouclier passait de mains en mains au sein du groupe au fil de soirée et dans des différents lieux. En compagnie de quelques joueurs, je me souviens l’avoir emmené au ’Stado’, un restaurant tarbais que je fréquentais. Je l’ai laissé vers trois heures du matin quand nous sommes arrivés au VIP chez Jean-Roch.

Le dimanche matin, nous sommes rentrés à Toulon puis sommes montés à bord d’un bateau pour entrer dans le carré du port de Toulon. Toutes sortes d’embarcations nous escortaient, sirènes hurlantes. Les supporteurs nous attendaient à Mayol. La ville était à feu et à sang.

En fin de soirée, dans l’euphorie et la liesse générale, le Bouclier a fini dans la rade de Toulon. Tous les joueurs, comme un seul homme, ont plongé pour que le Brennus ne coule pas. »

Ntamack, le bouclier du Bouclier

En 120 ans d’existence, le Bouclier a tout connu. Le meilleur comme le pire. Et quand on a tellement couru après lui, on a parfois tendance à le malmener une fois acquis…Ntamack raconte :

« Il a servi comme planche de surf ou de bouclier Arverne pour transporter un joueur un peu fatigué. Il a souffert comme une ’galette calzone’. On l’appelait l’enjoliveur. J’étais souvent le bouclier du Bouclier, j’essayais de le protéger, de le choyer dans les soirées. »

Alors évidement, au fil des années, le Bouclier a été rafistolé. Mais ne vous méprenez pas. Si le Brennus est malmené, le trophée n’a pas jamais été remis en cause. Richard Astre, qui a disputé sept finales et en a gagné six avec l’équipe de Béziers, ne dit pas autre chose.

« Le Bouclier, c’est quelque chose qui paraît inaccessible, comme le Graal. C’est la consécration de la performance collective. »

Portés en triomphe sur le Bouclier

Il se souvient du premier titre de la série biterroise, en 1971 :

« Quand nous sommes arrivés à deux kilomètres de Béziers, le train s’est arrêté. La foule avait envahi les voies. Il était impossible d’entrer dans la gare. Les supporteurs juchaient les joueurs sur le Bouclier pour les faire grimper jusqu’au centre-ville. »

Entre le coup de sifflet final et la fête avec les supporters, une étape incontournable : soulever ce sacré bout de bois. Et, après deux heures d’efforts et de tension, ce n’est pas si facile, explique Hueber :

« Au Parc des Princes, quand on m’a passé le Brennus pour le lever j’ai vraiment été surpris par son poids. Après, le match tu es relâché et là, tout à coup, il faut soulever cet énorme bouclier... »

Joe Van Niekerk et Thierry Dusautoir, les capitaines toulonnais et toulousain, sont prévenus.

  • 9128 visites
  • 15 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • Loescalade
    Loescalade
    Etudiant
    • Posté à 13h21 le 09/06/2012
    • Internaute 153210
      Etudiant

    Le Brenus il est même allé au sommet de la plus belle montagne du monde (Le Canigou pour les Parisiens)

    • rouba
      rouba répond à Loescalade
      astronaute
      • Posté à 23h49 le 10/06/2012
      • Internaute 114763
        astronaute

      Sempre Endavan !

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 13h40 le 09/06/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    ah ! le bouclier de Brennus ! Grenoble parle toujours de cette victoire volée contre Castres en 1993 et de cette belle équipe, mais pas du Sud Ouest, qui n’a pas pu soulever le bouclier en vainqueur.
    Attention ! Grenoble revient dans le top 14
    Toulouse-Toulon ? j’ai un tantinet une préférence pour Toulouse...
    A ce soir

  • jino83
    • Posté à 13h53 le 09/06/2012
    • 159282

    3eme finale Toulon -Toulouse , 20ans après j’espère que celle là c’est pour nous , a Toulon : -)
    Pilou Pilou

    • HSEHNAMAP
      HSEHNAMAP répond à jino83
      Votre commentaire a été (...)
      • Posté à 15h31 le 09/06/2012
      • Internaute 132226
        Votre commentaire a été (...)

      N’y comptez pas trop...
       : -)

      • jino83
        jino83 répond à HSEHNAMAP
        • Posté à 15h47 le 09/06/2012
        • 159282

        Mais si , je suis sûr qu’un petit bain dans la rade feras du bien au bouclier . Et puis faut partager bordel , vous l’avez assez eu a Toulouse ;)

         
        • HSEHNAMAP
          HSEHNAMAP répond à jino83
          Votre commentaire a été (...)
          • Posté à 03h33 le 10/06/2012
          • Internaute 132226
            Votre commentaire a été (...)

          Désolé... Le Bouclier est en route pour sa vraie maison.
           ; -)
          Sans rancune.

          • jino83
            jino83 répond à HSEHNAMAP
            • Posté à 06h47 le 10/06/2012
            • 159282

            Sans rancune , on viendras le chercher l’année prochaine , pas ce décourager comme ça quand même ; -)

        2 autres commentaires
    • caro
      caro répond à jino83
      délinquante avérée
      • Posté à 16h50 le 09/06/2012
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      Toulon, depuis le départ de Daniel Herrero, je m’y intéresse beaucoup moins et ce n’est pas Bernard Laporte qui peut le faire oublier ;)

      • jino83
        jino83 répond à caro
        • Posté à 17h24 le 09/06/2012
        • 159282

        J’irais pas vous contre dire la dessus , le départ de Herrero c’étais le point final au rugby a l’ancienne ou l’argent n’étais pas encore tout a fait le roi , enfin pas comme aujourd’hui .
        Laporte ... hummm voila ce que j’en pense , la porte ! Je râle encore plus que vous certainement de le voir ici ;)
        Ce qui n’a pas disparu par contre , c’est l’enthousiasme pour le rugby dans le coin , et même le foot local dans ses meilleurs période a jamais été comme ça .

  • arnaud.tlse
    arnaud.tlse
    sceptique
    • Posté à 15h13 le 09/06/2012
    • Internaute 109844
      sceptique

    Stade Toulousain Champion de France 2011 from Arnaud on Vimeo.

    ici, même après 18 victoires, on ne se lasse pas d’un tel spectacle :)

    • caro
      caro répond à arnaud.tlse
      délinquante avérée
      • Posté à 20h10 le 09/06/2012
      • Internaute 6484
        délinquante avérée

      vous allez pouvoir fêter la 19 e !
       : -)

  • Denard
    Denard
    Consutologue
    • Posté à 16h53 le 09/06/2012
    • Internaute 143905
      Consutologue

    cher amis du capitole,

    au vue du peu d’engouement relatif de vos supporters qui refusent des places sur les 20 000 qui sont réservés aux ans respectifs des clubs qui jouent la finale (le reste étant réservé aux invités) je vous serais grès de nous laisser un titre que nous attendons depuis si longtemps.

    J’espère que le match sera agréable à voir pour le « supporter » qui ne connait le rugby que par la télé et aussi pour les vrais amateurs qui ont souffert d’une absence d’essais en 1/2, je vous laisse et part rejoindre mes potes de la rade pour mettre le feu au SDF.

    Parce que Rouge Parce que Noir, Rouge et Noir.

    Pilou Pilou.

  • jabier
    jabier
    consultant dans les Landes
    • Posté à 10h05 le 10/06/2012
    • Internaute 31087
      consultant dans les Landes

    Putain la fin du match crispante et stressante à souhait. Je suis, de cœur, supporter du ST. Surtout je suis, avant tout, anti Laporte avec ce qu’il représente d’escroc, de stupidité et de cupidité. Alors je plains, un peu, les toulonnais. Qu’ils se débarrassent de cette tache de Laporte. C’est simple, il n’y a qu’à lui proposer moins de fric qu’à Montpellier par exemple.

  • rafael_monfort
    rafael_monfort
    Analyste
    • Posté à 17h04 le 11/06/2012
    • Internaute 139109
      Analyste

    240 miutes de jeu en 3 matchs , 90 joueurs en action , & pas un seul essai , le rugby au pays des fouteux ! ! ! Brennus dans les filets , stopppppppppppppppppppp, le fric vous grise ce qui vous reste de neuronnes ! ! !

Verbes thématiques