Un mardi au soleil 31/05/2012 à 16h22

Roland-Garros : une journée sur le court 17, celui dont on se fout


Au tennis, il y a les stars et les autres. Tout au bout des allées, un court attire moins l’attention que le Central. Celui des anonymes et des abîmés.


Double Stephens-Wickmayer contre Dekmeijere-Tanasugarn sur le court 17 le 29 mai (Imanol Corcostegui/Rue89)

Ce qui est agréable la première semaine à Roland-Garros, c’est de picorer le tennis. De passer de la balade de Nadal sur le Central à la sensation créée par un Français des qualif’ face à un grand joueur sur un court annexe. Par contre, la télé ne s’arrête pas souvent sur le court 17, le moins prestigieux, tout au bout des allées. Le court des anonymes et des abîmés.

Il ressemble à un beau terrain de quartier, avec deux petites tribunes posées à 5 m de la terre battue et des arbres derrière. Des gradins toujours bien remplis, par l’entourage des joueurs, les curieux de passage et les supporters étrangers mais on n’y croise jamais le président du PSG ou Pierre Richard.

Ce mardi, on y est resté toute la journée.

11 heures, match 1 : on se retourne pour voir Nadal

Ça commence à 11 heures : un Allemand contre un Espagnol. Un match très court 17. Mayer est tête de série n°32, un bon joueur qui flotte autour de ce classement depuis des années, une valeur sûre du circuit mais qui n’a pas marqué les esprits. Gimeno-Traver, 125e mondial, casquette à l’envers posée sur des cheveux longs, un inconnu pour le grand public.

La partie est agréable quoiqu’un peu plate, les deux joueurs sont placides, le public va et vient en demandant qui est qui, les coups sont longs et ça ne tape pas très fort. L’Espagnol perd en trois sets, il a fait trop d’erreurs.

Pendant une bonne partie du match, le spectacle était ailleurs. Des dizaines de spectateurs se sont mis debout, dos au court, accoudés à la rembarde pour voir Nadal s’entraîner sur le terrain d’à côté.

L’arbitre n’a rien dit. On laisse faire sur le court 17.

13 heures, match 2 : deux cogneuses pas charismatiques

Avant le match suivant, un employé du tournoi vient arroser la terre battue asséchée par le cagnard. Au passage, il a pas mal mouillé le public. On rigole bien sur le court 17.

La rencontre suivante incarne assez bien le déclin du tennis féminin. On pourrait presque croire qu’en programmant ce duel sur le court 17, les organisateurs voulaient le cacher. Une Russe (n°22) contre une Hongroise (104e mondiale). Deux cogneuses pas très charismatiques. Les échanges sont brefs, la balle finit souvent dehors ou dans le filet. C’est plié en à peine plus d’une heure.

Pavlyuchenkova, la blonde russe un peu enrobée, gagne tranquille. Elle a tapé plus fort.

14h45, match 3 : le duel des abîmés

Après s’être encore pris un peu d’eau sur la tronche, on assiste, impatient, au duel de deux anciennes attractions du circuit masculin. En 2006, le Finlandais Nieminen faisait sensation : 13e joueur mondial, quart-de-finaliste régulier des tournois du Grand Chelem.


Jarkko Nieminen sur le court 17 le 29 mai 2012 (Jacques Demarthon/AFP)

En face, c’est le Russe Andreev, qui s’était aussi fait remarquer il y a quelques années, 18e en 2008, un des seuls joueurs à avoir vaincu Nadal sur terre battue. Deux tennismen techniques, capables, garde-t-on en mémoire, d’être captivants.

Depuis, les deux hommes ont chuté au classement. Un duel d’anciens espoirs, c’est aussi très court 17. On n’est pas déçu, le match est superbe. On dirait un Nadal-Federer, du pauvre certes, mais tout de même. Bandeau autour du front comme le Suisse, Andreev lifte des coups droits puissants, finit souvent ses points à la volée, varie ses effets. Et domine la première manche.

Le gaucher Nieminen écrase la deuxième. Ses coups secs rasent le filet, il est inépuisable, il a la peau dure, inexpressif comme un reptile. 6-3, 2-6, on se frotte les mains. Mais à peine le troisième set démarre-t-il qu’Andreev va voir l’arbitre et abandonne, le corps vaincu par une énième blessure.

Le plaisir a été de courte durée.

17h30, conférence de presse : un Russe par trois journalistes russes en russe

On les suit en conférence de presse, dans le petit bureau n°4, là où quelques chaises sont posées autour d’une table. Pour interroger le Russe, il n’y a que trois de ses compatriotes.

Andreev affiche un sourire triste. On le sent épuisé par les blessures et cerné par le doute. Ça allait mieux depuis le début de la saison mais une douleur à l’épaule au tournoi de Madrid il y a quelques semaines a tout gâché. En sport, la confiance en soi s’en va souvent en même temps que les victoires. Lui qui a connu les plus beaux courts d’Europe est désormais un perdant du court 17.

« C’est plus facile de se motiver sur un grand court, quand il y a beaucoup de monde. Ça force à rester concentré, à mieux jouer. En même temps, la joie d’une victoire et la déception d’une défaite sont semblables quel que soit le terrain. Je suis déçu, ça fait un moment que c’est difficile mais cette année, je me sens bien, je retrouve mes sensations, je profite. »


Igor Andreev sur le court 17 le 29 mai 2012 (Jacques Demarthon/AFP)

A peine un peu plus de journalistes pour Nieminen. Le Finlandais de 30 ans assure ne rien avoir perdu de son talent mais constate que le tennis masculin a grandi vite, sans doute un peu plus vite que lui.

« Ces dernières années, la compétition est devenue plus dure, plus physique. Il y a de plus en plus de joueurs très en forme. Mentalement, c’est dur de rester toujours au top.

Je crois quand même que je suis meilleur que quand j’étais mieux classé. J’ai peut-être un peu perdu en vitesse mais j’ai amélioré mon placement. Je suis encore capable de briller. »

19 heures, dernier match : le double, c’est sympa

On retourne jeter un œil sur le court 17. Double féminin : une Américaine et une Belge contre une Lettonne et une Thaïlandaise. Une fois les premiers jours passés, les courts annexes servent surtout à accueillir ces rencontres de double, snobées par les médias mais sympas pour le public. Des cris, des volées dans tous les sens, des points euphorisants.

Ce jeudi, Mayer et Pavlychenkova jouent à nouveau sur le court 17, leur QG des premiers tours. Nieminen, lui, a foulé le Central, le paradis de Roland-Garros. Parce qu’il a affronté Andy Murray, le quatrième meilleur joueur de la planète qui l’a facilement battu. Celui-là, on ne peut décemment pas le traîner sur le court 17.

  • 38674 visites
  • 32 réactions
TAGS
Vous devez être connecté pour commenter : or Inscription
  • Arafel
    Arafel
    Post-doc expat'
    • Posté à 16h42 le 31/05/2012
    • Internaute 115097
      Post-doc expat'

    J’aime bien cet article, très agréable. Le finlandais me rappelle le personnage du film « Wimbledon » (la plus belle des victoires en français)

  • Sebek
    Sebek
    Assis debout
    • Posté à 17h10 le 31/05/2012
    • Internaute 148937
      Assis debout

    Article rafraîchissant et qui parle un peu de ce fameux court de fond de cour.

    Comme le décrit bien ce papier sur le dernier match simple, on y croise parfois d’anciens bien classés qui nous offrent de beaux matchs. Souvent moins soporifiques que le jeu stéréotypé des vedettes. Un peu comme au football ou dans d’autres sports, ce qui compte ce n’est pas forcément le niveau, mais l’opposition dans sa globalité.

    Merci à l’auteur !

  • miakhi
    miakhi
    ni frigide ni barjot
    • Posté à 17h25 le 31/05/2012
    • Internaute 168781
      ni frigide ni barjot

    Du Roland comme on en voit peu !

    Avec du vrai sport (imparfait), des vrais joueurs (qui ont des histoires loin de la gloire). Sans ces obscurs, ces ex et ces blessés, que seraient les grands ?
    Merci de nous le rappeler.

    Et demain... le court 16 ?

  • KayOo
    KayOo
    dans la Forêt Vierge.
    • Posté à 17h35 le 31/05/2012
    • Internaute 121002
      dans la Forêt Vierge.

    Waa.. ça rend un peu triste pour eux...
    Bel article, j’plussoie :)

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h24 le 31/05/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    J’ai eu l’occasion d’y aller il y a quelques années et ce n’est pas que triste et amer car ce court sert aussi pour les rencontres juniors et vétérans. On pouvait y voir aussi bien des chinois, japonais, français,.... en devenir que des rencontres avec des Ili Nastase, Mc Enroe ou Leconte au toucher encore magique, accrocheurs dans les points et cabotins avec le public.

  • moignon71
    moignon71
    satisfait mais pas encore (...)
    • Posté à 09h19 le 01/06/2012
    • 180753
      satisfait mais pas encore (...)

    Cet article est sympa.

    Je voulais juste apporter un petit élément historique mais kuerten lors de son premier sacre à RG a du passer par ce cours (ou un cours semblable).

    Un ami qui avait été cette année là pour la journée des enfants ,était revenu et m’avait dit « j’ai vu un brésilien il va gagner cette année ». La prophétie s’est réalisée...

Verbes thématiques