Ligue des Champions 20/05/2012 à 03h12

Chelsea champion d’Europe : le plus mauvais a gagné

Clément Guillou | Journaliste Rue89

Ce n’était pas un beau match de foot mais c’était un grand moment de suspense qui mérite sans problème le prix du scénario. Chelsea a remporté samedi la finale de la Ligue des Champions contre le Bayern Munich, à Munich et aux tirs aux buts.

Un héros : Didier Drogba, qui remporte enfin une finale internationale, à 34 ans. Des centaines de milliers de bonhommes tristes : les supporters du Bayern, qui rêvaient d’un titre à domicile et ont vu leur équipe dominer outrageusement..pour rien.

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Dominer ne sert à rien


Didier Drogba avec le trophée de la Ligue des Champions, 19 mai 2012. (Kai Pfaffenbach / Reuters)

L’affiche de cette finale de la Ligue des Champions ? Les deux équipes les moins sexy du gotha européen. Le niveau de jeu ? A peine mieux qu’un Lyon-Nicosie. Le dénouement ? Injuste mais tellement prévisible.

On a longtemps regretté d’être passé à côté de la finale Real Madrid-FC Barcelone, celle qui était écrite avant les demi-finales. Le Bayern joue juste mais son trio d’ordinaire décisif, Robben-Ribéry-Gomez, manque d’efficacité face à une défense de Chelsea qui a fait ses preuves, même privée de ses piliers Terry et Ivanovic.

Les Munichois arrosent – 16 tirs à la mi-temps – la cage de Petr Cech, qui détourne un tir de Robben sur le poteau. Jusqu’à la 37e minute, Manuel Neuer ne voit pas la couleur du ballon. Mais la mi-temps est sifflée sur un 0-0. Chelsea a gagné la première période.

La deuxième est un peu plus équilibrée – lire ennuyeuse –, Ribéry marque un but de peu hors-jeu et le match semble se jouer sur une tête aussi moche que le reste de la rencontre : celle, piquée, de Thomas Müller, à la 83e minute sur un centre de Toni Kroos, dont on ne jurerait pas qu’il lui était vraiment destiné.

Le but de Thomas Müller

La finale de la Ligue des Champions commence vraiment. Chelsea se met à jouer au foot – mais Florent Malouda, entré en jeu, n’y est pour rien – et obtient, à la 87e minute, son premier corner de la partie. Ça tombe bien, c’est son seul moyen de marquer. Drogba court au premier poteau, fait l’hélicoptère et gifle le ballon vers la cage de Neuer, le gardien allemand. 1-1.

L’égalisation de Didier Drogba

La prolongation est moins fermée qu’on pourrait s’y attendre. Drogba, effrayé de remporter enfin une grande finale, tape dans le talon de Ribéry qui s’incrustait dans la surface. Pénalty, que Robben tire évidemment. Pourquoi pas Schweinsteiger ? Parce que Robben se rêve l’égal de Ronaldo et Messi et que, comme eux en demi-finales, il veut rater un péno. Mission accomplie.

Le pénalty raté de Robben

Tout ça doit se jouer aux tirs aux buts. Les Allemands ne perdent jamais. Neuer a quelque chose dans le ventre, il arrête le premier tir de Chelsea, marque le troisème du Bayern mais Cech renverse la séance avec une superbe claquette sur la tentative d’Olic. Schweini se charge d’envoyer le sien sur le poteau et Drogba de marquer d’un plat du pied tranquille. Pour la première fois, un club londonien remporte la C1.

Le résumé complet
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« Chelski », neuf ans et un milliard d’euros plus tard

Le titre de Chelsea est l’aboutissement d’une quête entamée il y a neuf ans, lorsque le milliardaire russe Roman Abramovitch a racheté le club. Dans le cercle aujourd’hui bien large des grandes fortunes propriétaires d’un club de foot, il était précurseur. La coupe aux grandes oreilles est la seule qui le fasse vraiment rêver et il pensait la toucher beaucoup plus vite, en investissant massivement dès les premières années.

Neuf ans après le premier match européen du Chelsea d’Abramovitch, un tour préliminaire à ZIlina, Terry et Lampard sont encore là. Avec Petr Cech et Didier Drogba, arrivés l’année suivante, ils sont la colonne vertébrale de « Chelski », comme on a rapidement surnommé cette équipe rebâtie à coups de gros chèques.

Certes il y a cet argent dépensé à tort et à travers, certes il y a ces sept entraîneurs virés en dépit du bon sens, certes il y a ce jeu tout sauf séduisant.

Mais la victoire finale de Chelsea récompense la ténacité de l’équipe la plus régulière en Ligue des Champions toutes ces années. Chelsea a atteint cinq fois le dernier carré entre 2004 et 2009 et perdu une finale aux tirs aux buts, en 2008.

C’est l’année où l’on envoyait à la retraite Terry, Lampard et Drogba qu’ils soulèvent la Ligue des Champions. L’année où tellement d’équipes étaient, pour une fois, supérieures à Chelsea.

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Drogba, l’abnégation

Drogba est un homme de finales mais seule l’Angleterre le savait, elle qui le voit marquer en finale de coupes presque tous les ans. Jusqu’à samedi soir, l’Ivoirien avait perdu ses quatre finales internationales en passant à chaque fois à côté de son match.

Cette fois, il n’a eu qu’un ballon et l’a mis dedans, d’un coup de tête féroce, dans lequel il a mis toute son envie de Ligue des Champions. Le salut de Chelsea passait par lui, comme l’expliquait son ami Yaya Touré dans L’Equipe du jour :

« Les Allemands peuvent être bousculés derrière et Didier devrait vraiment leur poser beaucoup de problèmes par sa force athlétique, sa vitesse, son jeu aérien. C’est un match pour lui. Cette coupe lui fait encore défaut, il est ultra-motivé. Ce qu’il a fait contre Barcelone, il peut le refaire contre le Bayern. »

Drogba disait avant la finale se sentir investi d’une grande responsabilité, « pour le club, (ses) coéquipiers, les supporters ».

« Je joue pour eux. Je dois être bon pour eux. »

A 34 ans, cette finale avait tout du last hurrah, comme disent les Anglais. Son pénalty vainqueur est peut-être le dernier ballon qu’il a touché avec Chelsea. Il est en fin de contrat et Abramovitch renâcle à le prolonger au même salaire.

Avant de devenir une légende en Angleterre, Drogba a traversé la France : Besançon, Dunkerque, Abbeville, Tourcoing, Vannes, Levallois, Le Mans, Guingamp, Marseille. Après la finale, il a remercié « tous (ses) entraîneurs et tous (ses) coéquipiers passés ». Cette Ligue des Champions, il la doit aussi à Marc Westerloppe et Stéphane Carnot.

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Que faire de Di Matteo ?


Roberto Di Matteo lors de la demi-finale retour contre le Barça, 24 avril 2012. (Stefan Wermuth / Reuters)

C’est la question que se posera dimanche Abramovitch, réalisant qu’un entraîneur italien inconnu lui a amené sur un plateau la Ligue des Champions, ce que des entraîneurs chevronnés – dont Mourinho et Ancelotti – n’avaient pas réussi à faire.

Le bilan de Di Matteo est extraordinaire : il a repris une équipe en perdition pour lui faire gagner la Cup et la Ligue des Champions. Il a relancé Drogba et la catastrophe industrielle qu’est Fernando Torres. Il a éliminé le Barça de Messi et Guardiola.

Malgré tout, le propriétaire russe n’était pas convaincu de le garder, disait-on jusqu’à la finale. Peut-il virer demain un type qu’il a étreint la veille, ivre de joie ? Oui. Peut-on virer un entraîneur qui vient de gagner la Ligue des Champions ? Oui, le Real Madrid l’a fait avec Jupp Heynckes – l’entraîneur du Bayern Munich – en 1998.

Après tout, Abramovitch veut du spectacle et Di Matteo ne fait pas bien jouer Chelsea. Il est revenu aux fondamentaux de l’équipe, jeu long et en contre, et c’est bien en bétonnant que cet admirateur d’Arrigo Sacchi a gagné cette Ligue des Champions.

Après tout, Chelsea finit sixième du championnat, aurait pu perdre la Cup sans une erreur d’arbitrage, n’aurait pas éliminé le Barça sans un pénalty raté de Messi et aurait pu perdre cette finale de Munich 3-0 sans qu’il y ait scandale.

Mais on a appris à aimer Di Matteo, un « family man », un parfait Européen – Suisse de naissance, Italien de coeur, Anglais de résidence –, un ancien joueur de devoir et un type suffisamment curieux pour avoir quitté le foot italien pour l’Angleterre en 1996.

Son parcours est atypique. A 14 ans, il était commis boucher dans sa ville natale de Suisse. A 35 ans, il mettait un terme à sa carrière après une double fracture de la jambe. Il y a trois ans, il entraînait en troisième division anglaise.

Alors on serait triste de voir Di Matteo pointer au chômage. Avec ses yeux plissés et son sourire gêné, il a le potentiel pour rendre cette équipe sympathique.

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Ribéry hors jeu

Franck Ribéry avait labellisé ce match « le plus important » de sa vie. Avant de dire que bon, la finale de la Coupe du monde 2006, c’était assez important aussi mais vous voyez l’idée. Ribéry a mal joué le match le plus important de sa vie.

Il a fait tous les mauvais choix, n’a pas humilié son arrière droit – Jose Bosingwa – comme il le fait d’ordinaire en Bundesliga, a eu un déchet technique inhabituel. Les jambes qui flageolent au moment où il se sait attendu, comme lorsqu’il joue en équipe de France ou pour son quart de finale à Marseille ?

Paradoxalement, il aurait pu, dû être le joueur décisif du match : il marque à la 53e mais est hors-jeu d’un rien ; c’est sur lui que Drogba fait une faute dans la surface en prolongation.

Cette quatrième faute provoquée – il est le meilleur joueur de la compétition dans cette statistique – sera sa dernière : pris de crampes, Ribéry est sorti juste après. Il est allé chercher sa médaille au bord des larmes. On le reverra en Ukraine, peut-être pas longtemps s’il joue comme samedi soir.

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  • farphe
    farphe
    farfadet
    • Posté à 11h33 le 20/05/2012
    • Internaute 102340
      farfadet

    C’est fatigant quand même tous ces stéréotypes et ces idées bien définies sur un certain football... le foot c’est autant savoir défendre que savoir marquer des buts. Quand je lis « Les deux équipes les moins sexy du gotha européen » j’ai envie de me pendre (ou plutôt de pendre quelqu’un)... Au niveau des demi-finales je n’avais qu’une envie : éviter un énième « clasico » en finale, parce que si c’est pour encore devoir contempler les simulations impunies des barcelonais (l’ange Messi en tête) ou les agressions tout autant impunies des madrilènes (le diable Pepe en tete), alors je prefere encore m’abstenir. Et hier personnellement j’ai vu un bon match de foot, entre les attaques des allemands et l’abnégation défensive des anglais... et au final le meilleur a gagné, et je suis bien content pour Drogba !

    En quoi le dénouement serait injuste ? Une équipe qui marque à 5 min de la fin en finale de Ligue des Champions ne peut s’en prendre qu’à elle-même si elle ne gagne pas, une équipe qui revient à la marque à 2 min de la fin mérite tout autant pour sa preuve de mental. Et je ne parle même pas du péno en prolongations, le Bayern a eu toutes les cartes en main pour gagner mais a finalement perdu, c’est aussi ça qui fait des grands moments de foot, sinon on aurait pu leur donner le titre sur tapis vert avant de le jouer. Après tout, jamais un club londonien ne s’était imposé dans cette compétition alors que le club munichois l’a déjà fait à 4 reprises, donc statistiquement l’issue du match ne devait souffrir d’aucune surprise, n’est-ce pas ? Eh bien surprise, il y en a eu une !

  • frani
    frani
    Nord-Ouest
    • Posté à 19h20 le 20/05/2012
    • 180274
      Nord-Ouest

    Chelsea a dans son équipe deux choses qui ont manqué au FC Barcelone cette saison : Un gardien de but et un avant centre. Car effectivement, si le jeu pratiqué par les Anglais n’est pas franchement excitant, ils ont très bien intégré la finalité de ce jeu basique : arrêter le ballon qui se dirige vers votre but à l’aide d’un grand gaillard certes peu esthétique mais impressionnant de présence, et ceci fait, le propulser dans celui de l’adversaire par l’entremise d’un athlète puissant obsédé par la cage adverse...
    Quand au Bayern de Munich, ils ont Robben....qui ignore depuis sa plus tendre enfance que le foot est un sport collectif...

  • supmaite
    supmaite
    Vendeur
    • Posté à 10h17 le 21/05/2012
    • Internaute 187563
      Vendeur

    Déjà le titre aurait du être entre « », car c’est une phrase d’un des joueurs de Kroos il me semble après le match.
    Ensuite le plus mauvais a bel et bien perdu. Robben, Ribery et Gomez-l-homme-translucide n’ont fait que des mauvais choix. Robben a son habitude à proposé une variété dans son jeu incroyable, « je pars tout droit, je repique aux 20mètres... Mais pourquoi Ashley Cole il m’embete ? » Ribery « je tire, non je vais passer, tient Kroos démerde toi. »
    Finale terne en terme de jeu mais superbe en terme tactique, mais ça à l’air de vous dépasser, comme si seul le REAL et le Barça étaient détenteur du beau jeu...
    Je pense que vous n’avez rien compris. Barcelone propose un jeu ultra offensif, mais Guardiola, votre maitre footballistique à penser a dit, « La possession est l’arme défensive de Barcelone. »
    Mourinho et le REAL ont marqué la grande majorité de leur buts sur des contres.
    Je suis pas sur qu’une finale Clasico aurait été plus sexy, le festival de fautes grossières de Carvalho et Pépé aurait c’est sur été beaucoup plus exemplaire pour le foot international. Alors que c’est moche de défendre proprement à 10 ! ! !
    Di Matteo a proposé un vrai casse tête tactique à l’entraineur du Bayern et comme Guardiola celui-ci n’a pas su y répondre. Que devient le foot moderne ? Attaque, possession, attaque, qui comme le barca, est un football prévisible qui ne brille que par des éclairs comme Messi. Bayern propose un foot moderne avec des génies éteints ! ! !
    Pour une fois qu’on voit du foot tactique, comme l’avais fait Mourinho avec l’Inter, on dit que le match a été mauvais et que « le plus mauvais a gagné ». FAUX, les plus mauvais étaient bien du côté bavarois.
    Le Champion d’Europe a plutôt belle allure, il a subit sans broncher, a déjoué tous les prono, et montre que tout est possible... On a clairement pas vu le même match...
    Ils vous reste plus que les poster de Messi et ses ballons d’or pour baver ! !

  • super_lapin
    super_lapin
    couillon de la classe moyenne
    • Posté à 12h26 le 21/05/2012
    • Internaute 135884
      couillon de la classe moyenne

    J’annonce, j’ai pas vu le match, mais au vu du résumé et de la vidéo du but de Drogba, c’est les gardiens qui ont fait la différence, non ?

    Manuel Neuer se troue complétement sur la tête de Drogba : sa main est là mais le ballon passe quand même. Alors que Cech, je sais pas sur ce match, mais sur l’ensemble de la compétition, on peut dire qu’il mérite ce trophée, largement. Pour moi c’est un des meilleur gardiens du monde.

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