19/05/2012 à 13h46

Foot : A Lyon, au coeur du premier club de supportrices d’Europe

Anne Dory - Journaliste


Le 6 mai, 17 heures. Dans la douceur de la fin d’après-midi lyonnaise, mêlée à l’excitation d’un jour d’élection, le stade Gerland accueille ses joueurs. Le stade n’est pas plein pour le match qui oppose Lyon à Brest, le premier depuis la victoire de l’Olympique Lyonnais en coupe de France.

Tribune Jean Jaurès, l’ambiance est tranquille, familiale. Sur quelques rangées se rassemblent une trentaine de femmes. C’est le coin d’O’elle, le premier club de supporters exclusivement féminin en Europe.

Que des filles pour supporter les mecs de l’OL, alors que les joueuses de la section féminine règnent sur l’Europe. Gaby, la doyenne de 77 ans, se félicite de leur succès parce que « c’est bien joli qu’il n’y en ait toujours que pour les hommes, mais les filles aussi marchent bien ». Mais s’il faut choisir, les hommes l’emportent.

« Avant de venir, on est allé voir jouer les femmes mais on est parti à la fin de la première mi-temps. Il fallait venir à Gerland, le match allait commencer. »

« Ne pas être obligée de m’exprimer de façon masculine »

O’elle a été créé en 2004 par Geneviève Maselli, une supportrice de 56 ans qui venait dans les virages de Gerland depuis des années avec son fils, là où les supporters sont les plus fervents. Et puis elle s’est lassée, a voulu créer un espace plus calme, sans excès de testostérone.

« Je ne cherchais pas particulièrement à m’exprimer de manière féminine au stade. Ce qui m’intéressait, c’était surtout de ne pas être obligée de m’exprimer de façon masculine.

Au milieu d’hommes qui ont une gestuelle et un verbe qui leur sont propres, je me reconnaissais de moins en moins dans le foot. »

En 2005, elle décide de créer un club ouvert exclusivement aux femmes avec le consentement de Jean-Michel Aulas, le président de l’OL. L’ambiance y est conviviale, « fraternelle », se plaît-elle à souligner.

Sortir de l’image de garçon manqué

Avant le coup d’envoi, les adhérentes arrivent, s’embrassent, échangent quelques mots sur la composition de l’équipe, les joueurs restés sur le banc, le week-end de l’une, et les partiels à venir de l’autre.

Etudiantes ou retraitées, bibliothécaire, employée de banques, les supportrices sont d’âges et de milieux très différents. La plupart d’entre elles ont en commun d’avoir été amenées au football par leur parents, le plus souvent par leur père.

Beaucoup d’adhérentes ont fréquenté les virages auparavant. Comme Régine, quinquagénaire aux longs cheveux bouclés, pattes d’éph’ et boots à talon. Avant de rejoindre l’O’elle Club, elle était abonnée dans le virage Nord avec sa fille. L’idée de l’entre-soi l’a séduite.

Toutes expriment leur besoin de sortir de l’image de garçon manqué, qui colle aux supportrices de foot. C’est ce qui a motivé Geneviève Maselli :

« Ce qui me dérange le plus, ce n’est pas qu’on dise que le foot est un sport masculin. C’est plutôt l’image d’Epinal de la femme qui vient au stade, pas vraiment celle d’une femme féminine. L’image de la femme qui vient au foot est péjorative et ça, je ne le supporte pas. »

Insultes interdites

Pour s’en départir, les adhérentes défendent une conduite qui va à contre-courant de l’image caricaturale du supporter, grossier et violent. Les insultes sont bannies, même si quelques-unes peuvent fuser « quand la pression est trop grande et que la passion prend le dessus ».

Trente-septième minute, but de Yoann Gourcuff. Anaïs se lève en criant puis se rassied rapidement. Elle craint déjà l’égalisation. Cette saison, elle est habituée. Cette étudiante en psycho appartient à l’O’elle Club depuis trois ans. Elle vient aussi du virage Nord, où elle a côtoyé trois ans les Bad Gones, le principal groupe de supporters lyonnais.

« L’ambiance m’a un peu déplu au bout d’un moment. C’était pesant les insultes. »

Quand à la 42e minute – en référence au département de la Loire –, Gerland entonne « Emmenez-moi à Geoffroy Guichard, emmenez moi au pays de bâtards », un chant hostile à Saint-Etienne, les supportrices gardent les lèvres closes.

« Quand une femme parle de foot, on ne l’écoute pas »

Sandra a bientôt 45 ans. Depuis 15 ans qu’elle fréquente Gerland, elle a vu les femmes prendre petit à petit leur place en tribune. Avant, il n’y avait pas d’attente pour la palpation à l’entrée du stade. Il n’y avait même pas d’agent de sécurité en charge de la fouille des femmes. Aujourd’hui les supportrices doivent bien souvent faire la queue avant de pouvoir gagner les tribunes.

Pour autant, dans leur entourage, les clichés ont la peau dure.

« Quand une femme parle de foot à des hommes, ils ne l’écoutent pas pendant les cinq premières minutes, et après seulement, ils se disent qu’elle a des choses à dire et qu’elle s’y connaît. »

Dans la famille de Sylvana, l’amour du foot se transmet de mères en filles. Elles viennent au stade à trois et peu importe si « ça surprend tout le monde ».

Sa fille aînée, Serena, a 10 ans. Assise un peu à l’écart, elle a les yeux rivés sur le ballon. Serena joue au foot en club et se verrait bien finir à l’OL. Mais elle se sent souvent seule dans la cour de récréation.

« Les autres filles restent dans leur coin, elles ne jouent pas au foot. L’année dernière, les garçons ont fait un match, les nuls contre les forts. Ils m’ont mis chez les nuls parce que je suis une fille, alors que je sais jouer. »

« J’ai mis des années avant d’oser »

Deux rangées plus haut, Gaby, doyenne à la mise en plis impeccable, ne perd pas une miette du match. Sa famille est très foot, elle même supporte l’OL depuis des décennies, mais pour adhérer à O’elle, elle a dû passer outre les remarques de ses amis.

« Encore aujourd’hui, je n’en parle pas. J’ai mis des années avant d’oser contacter O’elle Club. Je me disais que j’étais trop vieille et j’avais peur de ce que les gens allaient dire de moi. »

A la 75e, les Brestois égalisent. Il n’y aura pas de Ligue des Champions l’an prochain. Gaby a la même réaction qu’un ultra de 19 ans en quête de voyages en car et de frissons européens :

« Ce qui m’embête, c’est qu’on va faire moins de déplacements ! »

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  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 15h17 le 19/05/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    Les femmes qui vont faire les applaudissements d’usage ou les « Ola » sur les stades sont juste des femmes qui n’ont pas envie de se prendre une claque par leurs copains du moment, passionnés de foot avant tout, cela va de soi.
    ( la femme d’un footballeur vaut moins à ses yeux que son T.Shirt et son ballon )

    Aucune sincérité là-dedans, je suis désolé de vous l’affirmer.
    Les pulsions qui mènent les individus au foot-ball n’ont rien de féminin.
    ( ou alors les femmes considèrent non infantile de courir à 22 derrière un ballon )

    PS : Cherchez moi donc une seule femme vivant seule, qui va au match et qui hurle !

    • A déménagé le 10-10-2012
      • Posté à 15h37 le 19/05/2012
      • 180180
        non connue

      Ca se trouve très bien ... deux amies célibataires, respectivement footeuse et rugbywoman qui assistent régulièrement aux matchs de foot (entre autres) en gueulant bien fort.

      • Yvon le Zébulon
        Yvon le Zébulon répond à A déménagé le 10-10-2012
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
        • Posté à 16h05 le 19/05/2012
        • Internaute 65781
          L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

        ... et qui vont assister ensuite ensemble à un match de boxe, pour finir par la dernière manifestation « culturelle » de la soirée...
        Un combat de chiens Pitt-bulls illégal ou un combat de coqs.

        Un comportement individuel imbécile et plutôt bestial, oui !
        ( c’est ce genre de comportement qui discrédite la « sportivité » )

        C’est vrai, vous avez raison,
        avec ces gens là, on peut vraiment appréhender et parler de l’avenir.

        PS : Le foot-ball est un jeu, et je n’y vois pas de violences particulière,
        mais je crois que ceux qui aiment ça, ont quelque violence en eux-même.

         
        • patoche999
          patoche999 répond à Yvon le Zébulon
          professeur de guitare
          • Posté à 20h10 le 19/05/2012
          • Expert 171862
            professeur de guitare

          Quand je pense que l’on dit que les femmes sont moins violentes que les hommes. Pas toutes, apparemment. Cela arrive très fréquemment dans les sports US.

          • Yvon le Zébulon
            Yvon le Zébulon répond à patoche999
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
            • Posté à 20h27 le 19/05/2012
            • Internaute 65781
              L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

            De toutes façons, aux USA, vous n’êtes considéré que si vous êtes bon au sein de l’équipe de Base-Ball du collège...
            ...et même si vous êtes champion en matières à thèmes comme les maths, les sciences ou la physique...

            ...vous serez toujours mal vu si vous n’arborez pas avec fierté le maillot de votre école et que vous ne marquez aucun but.

            Là bas, c’est quand même un peu la « prime aux cons » !

        • A déménagé le 10-10-2012
          • Posté à 22h17 le 19/05/2012
          • 180180
            non connue

          « ... et qui vont assister ensuite ensemble à un match de boxe, pour finir par la dernière manifestation “ culturelle ” de la soirée...
          Un combat de chiens Pitt-bulls illégal ou un combat de coqs.

          Un comportement individuel imbécile et plutôt bestial, oui ! “

          C’est pas vraiment le genre de la maison.

          Jolie généralisation à l’emporte pièce en tout cas. Vous feriez bien de vous défouler de temps à autre ...

        3 autres commentaires
    • Sebek
      Sebek répond à Yvon le Zébulon
      Assis debout
      • Posté à 15h47 le 19/05/2012
      • Internaute 148937
        Assis debout

      Et les Africains sont des oisifs, les Slaves des alcooliques, les sudistes des fainéants, etc ... pas la peine de poursuivre, on connaît la rengaine.

      • Yvon le Zébulon
        Yvon le Zébulon répond à Sebek
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
        • Posté à 16h19 le 19/05/2012
        • Internaute 65781
          L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

        ....et les « Sebek assis debout » seraient donc des idiots congénitaux ?

        ( Je pense que vous n’avez pas compris mon commentaire )
        ...et si vous êtes « footballeux », je dirais que c’est presque normal.

        Voyez, je ne suis pas si méchant que ça !
         ; -))

         
        • Dark Homer
          Dark Homer répond à Yvon le Zébulon
          Aucune
          • Posté à 17h06 le 19/05/2012
          • 176147
            Aucune

          Donc je suis fan de foot, je suis automatiquement quelqu’un qui ne comprends pas ?
          C’est bien gentil de venir crier que vous aimez pas le foot, mais dans ce cas, laissez nous entre cons, on a pas besoin de nous le rappeler on le sait déjà.

          • Yvon le Zébulon
            Yvon le Zébulon répond à Dark Homer
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
            • Posté à 19h30 le 19/05/2012
            • Internaute 65781
              L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

            Relis mon commentaire (pour toi) un peu plus bas, tu verras.
            - Tu verras dans quel registre taquin je m’inscris.

            Ce que je reproche en fait aux footballeux, c’est de ne pas réaliser que le pouvoir met la gomme en leur faveur, un peu pour faire diversion par rapport à ce qu’ils peuvent attendre.

            Du travail, de la dignité, ... et non un seul ballon pour 22 gus.

        • Sebek
          Sebek répond à Yvon le Zébulon
          Assis debout
          • Posté à 10h07 le 20/05/2012
          • Internaute 148937
            Assis debout

          Non mais c’est marrant 1 fois. Passer son temps à cela, ça devient pathologique. Faites vous plaisir avec une autre prose en guise de réponse, ça égaiera mon dimanche !

        3 autres commentaires
    • A déménagé le 24-12-2012
      • Posté à 17h11 le 20/05/2012
      • Internaute 154051
        non connue

      Cela fait partie de la stratégie commerciales de l’OL depuis leur introduction en bourse : Rentabiliser au mieux le futur stade des lumières qui sera livré en 2014. Cela passe par la création de l’équipe féminine de l’OL afin de faire venir les femmes et leurs jeunes enfants qui consommeront plus que les hommes et les adolescents dans les boutiques de la galerie commerçante qui entourera le stade.
      Pour celles et ceux qui ne connaissent pas bien le football féminin et qui se posent la question de leur niveau par rapport aux football masculin, je rappel pour info que l’équipe première OL femme double championne d’Europe en titre ne peut pas battre les U15 (U = under = moins de 15 ans) de l’OL... C’est dur, c’est vrai mais c’est la dure réalité... Ok, je sors...

  • watashi_baka
    • Posté à 16h16 le 19/05/2012
    • Internaute 47330
      ...

    Femme je t´aime parce que
    Lorsque le sport devient la guerre
    Y a pas de gonzesse ou si peu
    Dans les hordes de supporters
    Ces fanatiques, fous-furieux
    Abreuvés de haines et de bières
    Déifiant les crétins en bleu,
    Insultant les salauds en vert
    Y a pas de gonzesse hooligan,
    Imbécile et meurtrière
    Y´en a pas même en grande Bretagne
    A part bien sûr Madame Thatcher

  • rumpus
    rumpus
    friend/unfriend
    • Posté à 18h07 le 19/05/2012
    • Internaute 96441
      friend/unfriend

    Et même pas l’ombre d’une féministe pour s’offusquer qu’elles quittent le match des filles pour aller voir celui des mecs.
    Bérénice Béjo likes this.

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