Etoile des neiges 21/02/2012 à 16h52

Du ski alpin en centre-ville... Et puis quoi encore ?

Clément Guillou | Journaliste Rue89


Le Suisse Carlo Janka lors du slalom parallèle de Munich, 2 janvier 2011 (Michael Dalder/Reuters)

Le Français Alexis Pinturault a remporté mardi sa première victoire en Coupe du monde de ski. Sauf qu’il l’a fait en plein Moscou et que ça ne ressemblait pas vraiment à du ski.

Les sports d’hiver, normalement, ce sont les sommets enneigés, la bonne poudreuse dans laquelle on tombe la tête la première, les remontées mécaniques en panne et le vin chaud au petit déjeuner... La Fédération internationale de ski a, elle, une vision très large des sports d’hiver.


Le stade Loujniki de Moscou, en hiver (koraxdc/Flickr)

Ce mardi, elle organisait un slalom parallèle à Moscou (altitude : 150m), baptisé « City Event ». Sur une structure inclinée posée sur un parking, à côté du stade Loujniki ( où avait lieu, dans la foulée, un match entre le CSKA Moscou et le Real Madrid).

Une course de 20 secondes

Trente-deux engagés (16 hommes et 16 femmes) s’affrontaient sur cette neige artificielle, en parallèle, selon un format éliminatoire classique. Chaque course durait une quinzaine de secondes, contre près d’une minute d’ordinaire : on ne peut pas reproduire la Streif de Kitzbühel sur un plan incliné.

Le but : faire de bonnes audiences - un échec sur Eurosport France pour l’instant - et populariser le ski alpin en Russie à deux ans des Jeux olympiques de Sotchi, alors qu’un seul Russe a marqué des points en Coupe du monde cette saison.

Le slalom parallèle de Munich, en janvier 2011

« C’est un spectacle »

Le seul problème, c’est que cette course fait partie de la Coupe du monde et qu’elle rapporte autant de points qu’une manche classique. Gagner ce slalom parallèle rapportait autant qu’une victoire dans le redoutable slalom de Schladming ou la descente de Val d’Isère.

L’Autrichien Marcel Hirscher en a même profité pour prendre la tête du classement général de la Coupe du monde au Croate Ivica Kostelic, blessé.

Est-ce encore du ski ? Gilles Brenier, directeur sportif du ski alpin masculin en France, ne se pose pas la question et va droit à l’essentiel :

« La forme du slalom parallèle est une bonne chose car c’est hyper visuel, c’est un spectacle. Les coureurs sont contents de participer à ce type de choses. Après, on ne peut pas comparer ça à une autre épreuve, c’est une course-spectacle. »

Alexandre Pasteur, skieur et commentateur de l’alpin sur Eurosport, n’est vraiment pas fan :

« D’un point de vue purement sportif, je trouve ça dégueulasse car seuls les quinze premiers à la Coupe du monde sont invités.

La lutte d’homme à homme a un sens sportivement mais il ne faut pas faire passer ça pour une épreuve de Coupe du monde. C’est un format hybride, avec des portes à mi-chemin entre le slalom et le géant. »

Le circuit semble unanimement convaincu de la nécessité « d’amener la montagne à la ville ». Gilles Brenier irait volontiers avec ses skieurs à Paris, New York ou Montréal.

« J’espère que ce n’est pas l’avenir du ski »

Mais l’Américain Bode Miller, qui a toujours son avis sur tout, juge que c’est une menace pour l’avenir du ski alpin. L’an dernier, après sa troisième place dans le slalom parallèle de Munich, il grognait :

« J’espère vraiment que ce n’est pas ça l’avenir du ski. Ce n’est pas dans la tradition. C’est un bon élément dans la saison pour donner de l’intérêt, pour amener le ski à la ville. Mais il n’y a pas moyen qu’on en fasse toute la saison et qu’on appelle ça une Coupe du monde. On doit aller dans le sens opposé. Ça, c’est pour le show. »

Sans les fortes incitations sous forme de billets verts et de points en Coupe du monde, il y a fort à parier que peu de skieurs se fatigueraient à faire le déplacement jusqu’en Russie en fin de saison.

Après sa victoire, Alexis Pinturault n’exultait pas comme s’il avait gagné une vraie compétition.

La montagne à la ville

Pour Alexandre Pasteur, il serait risqué de généraliser ce genre de compétitions.

« Sur le spectacle en lui-même... pourquoi pas. Mais il faut que ça se limite à deux par saison. Il ne faut pas faire croire aux gens qu’on déplace la montagne à la ville, là on sera sur un plan incliné de 60 mètres de haut... »

On lui objectera qu’on peut faire gober ce qu’on veut aux gens après un certain nombre de vins chauds : en fin de soirée, le plan incliné passera pour une piste noire et le parking du stade Loujniki pour la réplique de Val d’Isère.

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  • Bntk
    • Posté à 18h15 le 21/02/2012
    • 181875

    « Et puis quoi encore » ? Il y a déjà eu des épreuves « atypiques » en ski, comme le parallèle de Munich (qui cette année a été annulé), ou encore les championnats de France Indoor à Amnéville, en passant par des épreuves du Tour de ski (ski de fond) en milieu urbain...

    Certes, ça marque une certaine distance avec le ski que l’on connait, et si on tombe dans l’abondance d’épreuves de ce genre, ça sera pas très bon pour l’image du ski (ça va faire comme pour la F1, une multiplication d’épreuves qui sont là râce aux sous...)

    MAIS, le slalom parallèle est hyper télégénique, facile à comprendre, et ça plait aussi aux compétiteurs (affrontement direct). Les runs de 20 secondes sont courts, mais ça rajoute à l’explosivité pour ce genre de course. Un parallèle plus conventionnel fera 45-50 secondes à la manche, pas plus...

    Donc en résumé, du parallèle, ce serait bien d’en voir plus en coupe du monde, mais principalement sur « piste réelle », et sur un format plus équitable : 2 runs de qualification, puis tableau en KO system.

  • Wookie
    Wookie
    Forestier
    • Posté à 18h38 le 21/02/2012
    • Internaute 131298
      Forestier

    C’est pas si mal puisque ça permet au ski de se faire connaitre. Parce que il faut bien le dire, en dehors de la Suisse et de l’Autriche, le ski ne déplace pas les foules...
    Par contre, AMHA, un « vrai » slalom serait beaucoup plus spectaculaire et cohérent sportivement que cet espèrce de mini slalom géant.

  • Dark Homer
    Dark Homer répond à Bntk
    Aucune
    • Posté à 19h02 le 21/02/2012
    • 176147
      Aucune

    Ouais mais ski = sport de montagne, pas sport de plan incliné sur le parking du Auchan. Ça à des spécificités un sport, que ça soit télégénique, on s’en fout, et les slaloms classiques sont faciles a comprendre aussi, mais bon faut montrer ça aux gens de la haute qui ne veulent pas aller se cailler les miches a 1800 mètres de haut, accolés au peuple des montagnes sentant le vin chaud, le vieux rebloch’ et qui casse les oreilles avec les cloches a vaches !

  • Gros_Lapin_Blanc
    • Posté à 20h36 le 21/02/2012
    • Internaute 18019

    Le ski en ville, en toute simplicité.

    La classe !