« Pom pom pom » 27/01/2012 à 11h33

Au temps où les pom-pom girls avaient du poil aux jambes

Frédéric Autran | Journaliste

(De New York) Quel est le point commun entre George W. Bush, Cameron Diaz, Samuel L. Jackson, Madonna et Ronald Reagan ?

Tous ont été… « cheerleaders » ! Oui, car contrairement à ce que l’appellation française (pom-pom girls) ou québécoise (meneuses de claques) pourrait laisser penser, le cheerleading n’est pas la chasse gardée de la gent féminine.

C’était même à l’origine une activité 100% masculine, comme l’explique Mary Ellen Hanson, auteur du livre « Go ! Fight ! Win ! Cheerleading in American culture » :

« Le cheerleading est apparu à fin du XIXe siècle, dans les universités pour hommes du nord-est des Etats-Unis. C’était une activité d’hommes blancs, qui consistait à encourager les équipes sportives, notamment de football américain.

Les hommes galvanisaient les cris d’encouragements du public et réalisaient des figures acrobatiques au bord du terrain. »

A l’époque, donc, ni jupe, ni pompons : l’objectif des cheerleaders n’est pas de titiller la libido mais de canaliser la foule. D’où l’expression « cheer-leader » : celui qui dirige (leader) les encouragements (cheer).

En 1911, la virilité du « vaillant cheerleader »

Un rôle prestigieux, comme l’écrit en 1911 le célèbre hebdomadaire américain, The Nation :

« Le fait d’avoir été un vaillant cheerleader est l’une des choses les plus précieuses qu’un garçon puisse retenir de son passage à l’université.

C’est une expérience très valorisée dans la vie professionnelle et publique, au moins autant que celle d’avoir été quarterback. »

Pamela Bettis, co-auteur avec Natalie Adams de « Cheerleader ! An American Icon », complète :

« C’était une activité de pouvoir. On pensait que si vous étiez capable de contrôler le public pendant un match, alors vous aviez les atouts pour devenir capitaine d’industrie . »

Voire même… président des Etats-Unis ! Quatre anciens locataires de la Maison Blanche sont en effet d’anciens cheerleaders :

  • Dwight Eisenhower à l’Académie militaire de West Point,
  • Franklin D. Roosevelt à Harvard,
  • Ronald Reagan à l’Eureka College,
  • George W. Bush à Andover, l’un des lycées privés les plus côtés du pays.

Georges W.Bush en cheerleader (automne 1963) (Phillips Academy Yearbook)

Les femmes, elles, ont dû attendre les années 20 pour se voir ouvrir les portes des équipes de cheerleaders, avant d’en prendre le contrôle durant la Seconde Guerre mondiale, remplaçant les hommes partis au front.

Quatre millions d’adeptes aux Etats-Unis

Aujourd’hui, le cheerleading compte près de quatre millions d’adeptes aux Etats-Unis, dont une majorité d’adolescentes. Dans les lycées, c’est une véritable tradition. Chaque vendredi soir, sur les terrains de football et de basket, les mêmes acteurs : joueurs, parents, et au milieu, pimpantes, les cheerleaders.

Ce vendredi 19 janvier, les basketteurs de la Brooklyn Technical High School accueillent ceux de Bedford, un autre lycée du quartier. Autour du parquet, une cinquantaine de filles, uniformes et pompons bleus et blancs. Parmi elles, Martha, 16 ans.

« Je suis cheerleader depuis l’âge de 12 ans, et je n’imagine pas ma vie sans cela. C’est amusant, mais c’est aussi beaucoup de travail pour répéter les chorégraphies. On s’entraîne trois fois par semaine, pendant deux heures. »

Quand on demande à Martha – qui veut devenir « ingénieur biomédical » – ce qu’elle pense de l’image sexy, voire érotique, des cheerleaders, sa réponse est sans appel :

« Cette image vient des films et des séries, mais elle est complètement fausse. Dans le groupe, il y a des filles totalement différentes. Et de toute façon, on n’a pas le temps de faire attention aux garçons ! »

« Cette image de petite garce dévergondée »

Le coach de l’équipe, Caitlin Wockenfuss, elle-même ancienne cheerleader, veille au grain :

« Cette image de petite garce dévergondée, c’est bon pour les films. Je les sanctionne si elles se comportent mal en classe, je les sanctionne aussi si elles ont un comportement inapproprié avec les garçons. »


Les cheerleaders de la Brooklyn Technical High School (Frédéric Autran)

Mais alors, comment en est-on arrivé à cette image de fascination érotique qui colle aujourd’hui à la peau des cheerleaders ? La première explication est à chercher du côté de Dallas.

Au début des années 70, le patron de l’équipe de football, les Cowboys, décide de rendre ses cheerleaders plus sexy. Il exclut les garçons, sélectionne une poignée de déesses et raccourcit les jupes.

Le mythe des Dallas Cowboys Cheerleaders est né, et avec lui l’image moderne de la pom-pom sulfureuse, poitrine généreuse, regard aguicheur et danse lascive.

Autre raison : le cinéma, qui a contribué à faire de la cheerleader une icône érotique, un objet de désir. Qui n’a pas en mémoire cette scène d’« American Beauty », où un Kevin Spacey en pleine crise de la quarantaine fantasme sur une copine de sa fille, souriante, blonde, sexy… et cheerleader, bien sûr !

D’autres films pourtant, comme « American girls », avec Kirsten Dunst, dépeignent avec une certaine justesse l’univers très compétitif du cheerleading, considéré désormais par beaucoup comme un véritable sport, athlétique et exigeant.

Pamela Bettis revient sur cette mutation, entamée dans les années 80 :

« Avec la multiplication des championnats régionaux et nationaux, le cheerleading offre aujourd’hui à de nombreuses filles l’opportunité de démontrer leurs prouesses athlétiques. Les pompons et les chants ne font plus partie de cette nouvelle approche.

Ils ont été remplacés par des chorégraphies de 2 minutes 30 faites d’effort physique intense, de figures acrobatiques et de pyramides, le tout réalisé face à des juges et en concurrence avec d’autres équipes. »

En clair, le cheerleading ne serait plus seulement un loisir, mais un sport, avec ses compétitions, ses athlètes de haut niveau et… son business-model. Sur ce dernier point, les exemples ne manquent pas. Depuis 1983, le réseau sportif de télévision ESPN diffuse les championnats nationaux et paie les droits qui vont avec.

Des bourses aux athlètes-cheerleaders

Plus récent, mais tout aussi révélateur, l’apparition d’agents de cheerleaders. Patrick H. Cowherd est le fondateur et le directeur de The Cheerleading agency :

« De nombreuses universités américaines accordent des bourses aux athlètes-cheerleaders. Or, nous pensons qu’un étudiant ne peut pas se contenter d’envoyer son CV pour être recruté.

Par conséquent, nous nous assurons que leur candidature parvienne entre de bonnes mains, celles des coachs des équipes universitaires. »

Un lobbying qui a un coût : entre 800 et 3 000 dollars, selon la qualité du service. Comme avec les cartes bancaires, il y a la formule Silver, Gold, Platinum et Diamond.

Dans ce dernier cas, le must, l’agence s’engage à remettre en mains propres vos photos et vidéos de démonstration aux entraîneurs de six universités de votre choix.

Autre signe de l’évolution du cheerleading : de nombreux pratiquants militent pour en faire un sport olympique. Aux Etats-Unis, bien sûr, mais aussi au Royaume-Uni ou au Japon, où la discipline séduit de plus en plus.

En attendant, les clichés ont la vie dure et la cheerleader trouve manifestement plus d’échos chez les réalisateurs de films X que dans les bureaux du CIO. La vidéo pour adultes la plus vendue au monde en 2009 ? « Cheerleaders », of course ! Voilà déjà une première médaille d’or.

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  • Frangipanier
    Frangipanier
    Plante verte, rouge et noire.
    • Posté à 13h27 le 27/01/2012
    • Internaute 106626
      Plante verte, rouge et noire.

    « Cette image vient des films et des séries, mais elle est complètement fausse. Dans le groupe, il y a des filles totalement différentes. Et de toute façon, on n’a pas le temps de faire attention aux garçons ! »

    Cette blague...des filles totalement différentes ? C’est bizarre qu’on n’y voit jamais de cageots, de grosses filles, de gonzesses flanquées de becs-de-lièvre et autres hasards de la nature. Différentes façon pub Benetton alors (une noire, une métis, une asiatique pour montrer qu’on est open mind) !

    Le jour où je verrais une équipe de nanas comme tout le monde & poilues (c’est quoi ce culte de la cuisse glabre, là !) , je reviendrais sur ma position... En attendant, c’est juste des équipes de poupées barbie. Un peu comme la danse classique, quoi. Par contre, je ne nie absolument pas le côté ultra-sportif de la chose...

  • Hélène Crié-Wiesner
    Hélène Crié-Wiesner répond à Frangipanier
    Binationale
    • Posté à 14h19 le 27/01/2012
    • Internaute 57
      Binationale

    Becs de lièvre, je ne sais pas, mais des filles rondes, petites et pas forcément très jolies, il y en a plein dans les équipes de cheerleaders des lycées ordinaires de l’Amérique. L’équipe de cheerleaders du lycée de mes fils (en provinve, ville moyenne, de toutes les couleurs) est très représentative à cet égard.
    Le problème avec les rondes, voyez-vous, c’est qu’elles sont plus lourdes. Or, comme le dit l’article, un des gros trucs des cheerleaders, c’est la pyramide. Quand on n’est pas assez mince, on se retrouve forcément à l’étage inférieur à porter les autres, et c’est moins valorisant. En plus, allez faire des sauts périlleux et des pirouettes élégantes quand vous n’êtes pas une sylphide !
    Quant aux poils sur les jambes, excusez, mais la traque aux poils commence à 10 ans, et aucune fille « normale » américaine, cheerleader ou pas, n’oserait sortir avec le moindre truc apparent sur sa peau. C’est idiot, mais c’est la normalité du jour.

  • HSEHNAMAP
    HSEHNAMAP répond à Frangipanier
    Votre commentaire a été (...)
    • Posté à 14h26 le 27/01/2012
    • Internaute 132226
      Votre commentaire a été (...)

    « Cette blague...des filles totalement différentes ? C’est bizarre qu’on n’y voit jamais de cageots, de grosses filles, de gonzesses flanquées de becs-de-lièvre et autres hasards de la nature »

    Pour ça y’a les majorettes...

    À propos de majorettes, voilà qui pourrait réconcilier les poils et le cheerleading (oui je sais majorettes et cheerleaders c’est pas pareil, mais bon :
    Majorettes Masculines de Blagnac

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