Champions de la deuxième heure 25/01/2012 à 11h47

Le gagnant a été disqualifié, ils récupèrent la médaille : youpi...

Alain Mercier | Alinea (agence de presse sportive)


Un canard médaillé (jdsmith1021/Flickr)

Grégory Baugé aura été champion du monde de cyclisme pendant dix mois. L’Anglais Jason Kenny, battu en deux manches sèches sur la piste d’Apeldoorn (Pays-Bas), le restera pour l’éternité. Il explique :

« Je ne m’y attendais pas du tout. Et même si je considère ce premier titre mondial comme un honneur, j’aurais préféré l’obtenir dans d’autres circonstances. »

Pour avoir manqué aux obligations de localisation, imposées à tous les athlètes par le code de lutte antidopage, le pistard français Grégory Baugé a dû rendre ses deux médailles d’or de champion du monde de cyclisme, décrochées en mars dernier aux Pays-Bas.

La première, gagnée dans l’épreuve de vitesse individuelle, sera remise à son second en finale, l’Anglais Jason Kenny. La deuxième, obtenue avec Kevin Sireau et Michael d’Almeida en vitesse par équipe, prendra le chemin de l’Allemagne.

« On m’a volé des moments d’émotion »

En août 2003, aux Mondiaux d’athlétisme au Stade de France, Marc Raquil avait crevé l’écran en venant chercher, au terme d’une ligne droite de mort-de-faim, la troisième place du 400 m.

Puis, il avait uni ses efforts à ceux de Stéphane Diagana, Leslie Djhone et Naman Keita pour aller décrocher la médaille d’argent du 4x400 m.

Deux ans plus tard, la disqualification pour dopage de l’un des relayeurs américains, Calvin Harrison, offre aux quatre Français le titre mondial. En février 2009, il gagne un rang au palmarès du 400 m après le déclassement, toujours pour dopage, de l’Américain Jerome Young.

« L’impression qu’on me donnait une médaille en chocolat »

Aujourd’hui, Marc Raquil raconte :

« On m’a volé des moments d’émotion et de joie pour lesquels je m’étais entraîné dur pendant des années. Certes, une cérémonie de podium a été organisée deux ans plus tard au Stade de France. Mais j’ai eu l’impression qu’on me donnait ce jour-là une médaille en chocolat. »

Financièrement, Marc Raquil préfère ne pas calculer le manque-à-gagner de ces deux médailles obtenues à retardement. Son équipementier, Asics, a joué le jeu et versé à l’athlète ses bonus de titre et de deuxième place mondiale, même plusieurs années après les courses. Le Français explique :

« Les fédérations française (FFA) et internationale (IAAF) nous avaient assuré que nous aurions notre dû, mais je n’ai jamais vu la couleur de ces primes. »

Mais Marc Raquil avoue, amusé de l’ironie de la situation :

« On m’a remis une médaille d’or et une argent après coup, mais j’ai conservé les deux breloques que j’avais eues sur le moment. Il ne servait à rien de les rendre, il y avait mon nom dessus ! “

Soupçonnée de dopage, Marion Jones rembourse ses sponsors

Pris de court par les premières affaires, les équipementiers se disent aujourd’hui armés pour y répondre, comme la marque japonaise Asics :

‘Une clause spécifique à ces questions figure désormais dans nos contrats. Elle prévoit un délai de plusieurs mois au-delà duquel il ne nous est plus obligatoire de verser un bonus pour un titre ou une médaille.’

En clair, pas question de verser à coup sûr sa prime à un champion du monde ou olympique désigné plusieurs années après la compétition.

‘Médiatiquement, sa performance n’aurait plus du tout le même impact.’

A l’inverse, un athlète condamné à rendre sa médaille à la suite d’une affaire de dopage devra rembourser son partenaire. Sa ‘ faute professionnelle ’ l’obligera également à lui verser des pénalités, parfois exorbitantes.

En juin 2007, le Los Angeles Times révélait que la sprinteuse américaine Marion Jones, soupçonnée de dopage dans l’affaire Balco, était au bord de la banqueroute, pour avoir dû rembourser certains de ses sponsors et payer ses frais d’avocat.

Sacré trois ans et 4 mois après la course

Asbel Kiprop, un coureur kenyan, a patienté plus de trois ans avant de voir son nom inscrit dans le marbre. Aux Jeux de Pékin, en août 2008, il n’a que 18 ans mais parvient à glisser sa silhouette à la deuxième place de la finale du 1500 m.

Devant, l’ancien Marocain Rashid Ramzi enveloppe sa victoire de larmes. Devenu citoyen du Bahreïn, il vient d’offrir à son nouveau pays sa première médaille d’or olympique. L’instant est historique et il le fait savoir.

En avril 2009, Rashid Ramzi est déclaré positif à la CERA, l’EPO troisième génération, détectée dans ses urines aux Jeux de Pékin. Trois mois plus tard, l’échantillon B confirme la nouvelle. En novembre, le coureur du Bahreïn est officiellement déchu de son titre olympique. Asbel Kiprop est déclaré vainqueur.

Mais les choses vont traîner. Rashid Ramzi doit d’abord rendre sa médaille à son comité national olympique. Puis elle doit revenir au siège du CIO, à Lausanne, avant d’être envoyée à son nouveau propriétaire. Asbel Kiprop la reçoit pour de bon le 8 décembre dernier, à Nairobi, soit trois ans et quatre mois après la course.

‘Je ne voulais pas gagner ainsi’

La cérémonie n’a rien de mémorable. Elle se tient dans un salon de l’hôtel Intercontinental, au centre de Nairobi. Dans l’assistance, quelques journalistes et plusieurs officiels. Asbel Kiprop a 22 ans. Depuis les Jeux, il a décroché le titre mondial du 1500 m en 2011 à Daegu.

Sa médaille d’or olympique lui est remise par Kip Keino, le premier des grands coureurs africains, titré sur 1500 m aux Jeux de Mexico en 1968. L’hymne national est joué. Le drapeau du pays levé. Le Kenyan raconte :

‘Je ne voulais pas gagner ainsi, plus de trois ans après. J’aurais voulu être le premier sur la piste, comme le veut la tradition. Mais au moins, justice est faite. J’ai enfin récupéré mon bien.

En plus, je suis devenu le premier Kenyan sacré champion olympique sur le sol national. Cela peut sembler anecdotique, mais voir le drapeau s’élever et entendre notre hymne en plein Nairobi restera un moment gravé pour toujours dans ma mémoire.’

Sydney 2000 : finalement personne n’a eu le titre

Ekaterini Thanou, la sprinteuse grecque, ne pourra jamais en dire autant. Deuxième de la finale du 100 m aux Jeux de Sydney, en 2000, elle aurait dû hériter du titre après la disqualification de l’Américaine Marion Jones, déchue en 2009 de toutes médailles.

Mais Thanou fait elle-même l’objet d’une menace de suspension, pour avoir simulé un accident de moto, à la veille des Jeux d’Athènes, afin d’échapper à un contrôle antidopage.

Après réflexion, le CIO décide de n’accorder à personne le titre du 100 m des Jeux de Sydney. A la première ligne du palmarès, pas le moindre nom, mais un simple blanc.

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  • les bulles
    les bulles
    avocat
    • Posté à 13h46 le 25/01/2012
    • Expert 150814
      avocat

    « Après réflexion, le CIO décide de n’accorder à personne le titre du 100 m des Jeux de Sydney. A la première ligne du palmarès, pas le moindre nom, mais un simple blanc. »

    Deux tricheuses ont été punies mais la meilleure « propre » aussi puisque le titre ne lui a pas été attribué ... N’importe quoi.

    Ca me rappelle le blanc qui figure en face du titre « champion de France de D1 saision 92-93 » .... Le premier ayant été convaincu de tricherie (une histoire de cagnotte enterrée au fin d’un jardin dans le nord de la France ..), le deuxième n’a curieusement pas été sacrée champion ... Allez savoir pourquoi ? C’était peut-être politique ...

    • A déménagé le 24-12-2012
      A déménagé le 24-12-2012 répond à les bulles
      non connue
      • Posté à 16h02 le 25/01/2012
      • Internaute 154051
        non connue

      Je vois un seul avantage « au blanc dans un classement », ne pas oublier que l’épreuve a été entaché de dopage avéré ou d’une tricherie avérée...

      Pour revenir au cas du « pistard » Baugé, le plus grave c’est que la F.F de Cyclisme l’ai laissé concourir sachant qu’il avait contrevenue à la règle de géolocalisation qui équivaut dans les textes du code mondial antidopage à un contrôle positif.
      - Soit la F.F de cyclisme n’était pas au courant et le DTN et le staff médical doivent être sanctionné pour faute grave.
      - Soit la F.F de cyclisme était au courant et cela signifierait que le dopage est bel et bien pratiqué au sein de la F.F de Cyclisme.

      Il faut se rendre à l’évidence, la lutte anti-dopage progresse ! Et c’est bien.
      De nos jours les sportifs dopés ont plusieurs façons de contourner un contrôle positif qui signifie lynchage médiatique et fuite des sponsors :
      1- non géolocalisation ( rugbyman avant coupe du monde cet automne, Longo, Baugé...) les gens les défendent bien souvent en prétextant une négligence... L’honneur est sauf...
      2- contamination par l’alimentation (Contador...)
      3- désistement « surprise » la veille d’une épreuve justifié par le résurgence d’une ancienne blessure... on évite ainsi un contrôle durant l’épreuve
      4- arrêt de carrière annoncée à la presse puis retour 2 ans après ( le temps de purger l’arrêt de carrière pour 2 ans suite à un contrôle positif non médiatisé en accord avec sa fédération, exemple Justine Henin en tennis...)

      • vaugoubert
        • Posté à 17h23 le 25/01/2012
        • Internaute 31921

        Bof, je me demande si en droit public, on ne pourrait pas considérer ces obligations de localisation comme une entrave à la liberté d’aller et venir, qui est tout de même une liberté fondamentale.

         
        • A déménagé le 24-12-2012
          A déménagé le 24-12-2012 répond à vaugoubert
          non connue
          • Posté à 18h52 le 26/01/2012
          • Internaute 154051
            non connue

          Oui, on pourrait aussi considérer que le dopage est un droit fondamental pour tout individu et faire monter sur les podiums les laboratoires pharmaceutiques qui sont à l’origine de la distribution des molécules aux sportifs...

        1 autres commentaires
  • lidiot du village-
    lidiot du village-
    imbécile heureux
    • Posté à 13h47 le 25/01/2012
    • Internaute 106647
      imbécile heureux

    Baugé est déchu de ses titres pour ne pas s’être plié aux contraintes du suivi longitudinal. Pendant ce temps, on décèle des traces de produits dopants dans les urines de Contador mais celui-ci n’est pas suspendu.

    Où est la cohérence ?

    Bon, quand on y pense, il y en a une : la privation du titre individuel de Baugé bénéficie à un coureur anglais, et quand on sait que l’Union Cycliste Internationale est livrée, telle une jeune vierge sans défense, aux « bons soins » du démoniaque Pat McQuaid (j’vous explique, en gros, c’est le Emile Louis des instances du vélo...), on comprend un peu mieux cette différence de traitement.

    Bref, pour conclure, je dirais que c’est encore un coup de ces salauds d’Anglais...

    • Cannibal Ferox-
      Cannibal Ferox- répond à lidiot du village-
      mangeur de chouineur
      • Posté à 14h39 le 25/01/2012
      • Internaute 159072
        mangeur de chouineur

      Euh, en parlant de l’Emile Louis rosbif, insinuerais-tu que les coureurs cyclistes sont des déficients mentaux ?

      C’est mal.

      • lidiot du village-
        lidiot du village- répond à Cannibal Ferox-
        imbécile heureux
        • Posté à 17h34 le 25/01/2012
        • Internaute 106647
          imbécile heureux

        Clair !

        Et qu’il aime sacrément tâter du jarret rasé de frais, l’animal !

    • les bulles
      les bulles répond à lidiot du village-
      avocat
      • Posté à 14h41 le 25/01/2012
      • Expert 150814
        avocat

      Avant McQuaid il y avait le fabuleux Hein Verbruggen ! Il était super aussi.

      « J’espère simplement que M. Roger Bambuck [alors Ministre français des sports] arrêtera de faire n’importe quoi et de dire que le dopage fausse les résultats. C’est de la bétise ! C’est lui faire une publicité incroyable ; c’est affirmer l’efficacité des produits ! ». (L’Equipe 10/12/2001, cité par Jean-Pierre de Mondenard dans son Dictionnaire du dopage, page 323.)

      Sûrement du second degré ...

      « Je mange un plat de spaghetti le matin du marathon, mais n’est-ce pas là que commence le dopage ? ». (Libération - 06/07/2001)

      C’est faire une publicité incroyable à la cuisine italienne ! ! !

    • Joseph Gratteur
      Joseph Gratteur répond à lidiot du village-
      Working class bléro
      • Posté à 19h08 le 25/01/2012
      • Internaute 164574
        Working class bléro

      Les cyclistes ne se dopent jamais.

  • Sakae Osugi
    Sakae Osugi
    Squatt neun und hartzig
    • Posté à 15h01 le 25/01/2012
    • Internaute 101522
      Squatt neun und hartzig

    tu triches ? tu rembourses...ça serait juste cool que ça soit applicable à tout le monde...

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