Yogi yoga 19/01/2012 à 15h57

Quand on le prend pour un sport, le yoga peut abîmer le corps

Renée Greusard | Journaliste Rue89


Un homme fait du Yoga (Ron Sombilon Gallery/Flickr)

« Comment le yoga peut bousiller votre corps », titrait la semaine dernière le New York Times un long article de plus de cinq pages. « Ah bon ? », a-t-on pensé. Le yoga, on l’associe généralement au calme et à la douceur.

Le récit est écrit à la première personne. L’auteur, William J. Broad, qui pratique le yoga, explique :

« En 2007, alors que je travaillais la posture de l’angle étiré, saluée comme un soin pour beaucoup de maladies, mon dos m’a lâché.

En perdant mon dos, j’ai aussi perdu la foi, naïve – je dois le reconnaître à posteriori – que le yoga était source de guérison. Il peut aussi faire mal. »

Le journaliste évoque ensuite le travail du neurophysiologiste W. Ritchie Russell, qui, en 1972, a publié un article dans un journal médical anglais. Il explique que certaines postures du yoga pouvaient –quoique rarement– causer des attaques, même chez des personnes jeunes et en bonne santé.

Ce sont les mouvements au niveau du cou qui seraient en cause. En 1973, d’ailleurs, un chercheur de l’université médicale de Cornell, Willibald Nagler, relatait un cas étrange. Celui d’une jeune femme de 28 ans qui avait eu une attaque.

« Incapable de marcher sans assistance »

Elle était en train de travailler la posture de la roue quand :

« Son cou s’est penché un peu trop en arrière. Elle a commencé à ressentir un mal de tête lancinant. Puis elle a ressenti des difficultés à se lever, et une fois aidée à se mettre debout, elle était incapable de marcher sans assistance. »

Les médecins ont découvert qu’une de ses artères vertébrales avait réduit tandis que l’artère alimentant son cervelet avait subi de sérieux déplacements. Ce n’est que deux ans plus tard qu’elle a pu recommencer à marcher.

Qu’on puisse se faire mal en faisant du yoga, « c’est certain », dit Christine Laurion. Cette passionnée de yoga le pratique depuis quinze ans et l’enseigne à Paris depuis cinq ans. Cependant, elle pense qu’une blessure est d’abord le signe d’une mauvaise pratique.

« On va se faire mal, si on change de prof tout le temps ou si on essaie d’aller trop vite. Pour faire du yoga, il faut de bonnes bases. »

L’ahimsa : « ne pas nuire »

Isabelle Morin Larbey, présidente de la Fédération nationale des enseignants de yoga :

« Le yoga c’est un point de vue sur le monde, une sagesse et l’un de ses premiers principe c’est l’ahimsa : “ne pas nuire.” Il n’est donc pas question de se faire mal. C’est l’essence même du yoga. »

Si les gens se font mal, c’est en fait surtout parce qu’ils font des choses qui ne ressemblent pas tellement à du yoga.

Devenue super à la mode, la pratique de la philosophie indienne a attiré vers elle de plus en plus de monde. Aujourd’hui, en France, 3 millions de personnes déclarent faire du yoga. Autant que le tennis.

Aux Etats-Unis, l’engouement est particulièrement fou. Le New York Times raconte, dans son article, un passage de 4 millions de pratiquants en 2001 à 20 millions aujourd’hui.

« Les gens font de l’acrobatie, pas du yoga »

La prof Christine Laurion :

« Il y a de nouvelles formes de yoga, qui ont émergé pour attirer le public, comme le “yoga trend” notamment ou “l’ahstanga yoga” d’abord destinés aux ados. Ce sont des déclinaisons du yoga qui ont été introduites comme des sports et sont aujourd’hui en pleine effervescence.

Les cours sont nombreux... Trouver un bon cours de yoga aujourd’hui, c’est comme chercher une bonne assurance : c’est la jungle. »

Isabelle Morin-Larbey martèle :

« Le yoga, ce n’est pas du sport. Il n’est jamais question de compétition dans le yoga. Il faut que le corps soit dilaté pour accéder à la méditation.

Ces nouvelles pratiques, ce sont des “curiosités”. Les gens font de l’acrobatie. Ce n’est pas du yoga. »

« Tout le cours a été super bizarre »

Louise a 28 ans. Elle faisait déjà du « power yoga » mais elle a voulu tenter un cours d’ « ashtanga yoga ». Habituée à des mouvement plus doux, elle a un peu halluciné.

« C’était super sportif, et tout le cours a été bizarre. Le prof a commencé par chanter une chanson en indien, tout le monde l’a suivi. Ensuite, il fallait tenir sur les deux mains avec les bras pliés. Je ne sais pas faire ça moi ! »

C’est typiquement dans ce genre de situations que Louise aurait pu se blesser. Elle a d’ailleurs été surprise par le manque d’encadrement de ce cours.

« Il y a des meufs qui viennent pour l’exploit physique. Elles veulent une souplesse de fou. D’habitude, en yoga, il ne faut jamais forcer : le but, c’est d’être pile à l’endroit où tu te sens bien. »

Le yoga victime du marketing

Pour Isabelle Morin-Larbey, il s’agit bien d’un dévoiement du yoga. Elle conseille :

« Si un prof vous dit de vous mettre sur la tête, alors que c’est votre premier cours, partez en courant ! C’est un non-sens.

Un bon prof doit avoir été formé pendant quatre ans, il doit vous poser des questions si c’est la première fois qu’il vous voit, vous demander si vous avez des problèmes de dos, si vous êtes cardiaque, si vous faites de l’hypertension, si vous êtes spasmophile. »

Mais, le yoga est au coeur d’un nouvelle ère marketing, celle où l’on place le mot « zen » à toutes les sauces. Isabelle Morin-Larbey le déplore :

« On propose aux gens d’acheter plein de choses, il y a des cours hors de prix qui sont bondés.

Alors que pour faire du yoga, on n’a besoin de rien d’autre que soi : son corps et sa respiration. On prend l’homme tel qu’il est. C’est hyper subversif, en fait. »

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  • Denard
    Denard
    Consutologue
    • Posté à 17h52 le 19/01/2012
    • Internaute 143905
      Consutologue

    Il y a autant de « branches » de Yoga que de courants au sein des religions.

    Quand j’ai voulu m’y mettre une copine prof m’a expliquée quelle enseignait une variété qui n’était accessible qu’après au moins 5-6 ans de pratique et m’a orientée vers une forme qui ressemble plus au Tai Chi donc cool.

    le prof m’a vite gonflé avec un coté secte où il voulait nous endoctriner sur tout même en dehors des cours (ne plus fumer, boire, devenir végétarien limite végétalien...) j’ai vite arrêter.

    Un pote Indien m’a par la suite expliqué qu’il y avait des courants limites sport de combat comme quoi ils sont pas tous peace & love.

    Donc dépasser ses limites peut être cool mais faut savoir connaître ses limites tout le monde peux pas devenir contorsionniste.

  • Nain Glumeux
    Nain Glumeux
    Touriste
    • Posté à 19h22 le 19/01/2012
    • Internaute 148099
      Touriste

    Il explique que certaines postures du yoga pouvaient –quoique rarement– causer des attaques, même chez des personnes jeunes et en bonne santé.

    Rhâzut encore un truc dangereux qu’on savait pas qu’on risquait notre vie avec.
    Faudrait avertir aussi les gens que vivre est vachement dangereux : ça se finit toujours tragiquement.

  • Jobnemo
    Jobnemo
    Mobilis in mobile
    • Posté à 20h03 le 19/01/2012
    • Internaute 158639
      Mobilis in mobile

    Hum, il y a un amalgame/confusion très gênant dans cet article (bien involontaire, j’en suis certain)... ce que l’on connait en France sous le nom d’ashtanga viniyasa yoga est une pratique traditionnelle et ancienne directement inspirée du Yoga Korunta et enseignée depuis plus de trente ans chez nous... Rien à voir avec les déclinaisons anglo saxonnes de type « power yoga » qui elles s’orientent certes vers une logique de résultat commercial, physique, sensationnel, etc.

    L’ashtanga viniyasa yoga est une pratique dynamique et engagée, guidée par le souffle, et les professeurs qui l’enseignent selon les préceptes de Sri Pattabhi Jois le font dans le respect du principe de l’ahimsa, à l’instar de toute autre école de Hatha Yoga digne de ce nom.

    Ainsi, la pratique avancée de l’ashtanga n’est proposée qu’aux élèves prêts à s’y engager. Si cette pratique reprend des postures (simples ou avancées) communes aux différentes approches posturales du Hatha Yoga, c’est dans l’art de l’enchainement de ces postures et du contrôle du souffle que l’ashtanga yoga fonde sa spécificité.

    De plus, cette pratique se construit sur l’idée de la série : les postures s’enchainent selon un ordre immuable (la guirlande) d’abord dans une série simple, que l’élève doit pratiquer harmonieusement avant d’envisager de découvrir une série plus complexe. La grande majorité des pratiquants se contentent de la première série, le but n’étant pas d’accumuler les postures, mais de pratiquer en harmonie avec soi...

    Rien n’empêche, ensuite, les pratiquants les plus engagés, d’approfondir leur démarche corporelle, mais toujours dans le respect de ce principe ahimsa...

    On est très loin de la description proposée par l’article.

    L’ashtanga souffre de deux maux : des enseignants peu scrupuleux qui discréditent cette belle pratique en la réduisant à l’enchainement de postures acrobatiques à des fins commerciales et des détracteurs qui profitent de l’aubaine pour jeter le bébé avec l’eau du bain...

    Cet article a raison sur un point : il est aussi difficile de trouver un bon cours de Yoga que de trouver une assurance pour sa voiture... ou un article « serein » sur la question...

  • brogilo
    • Posté à 08h57 le 20/01/2012
    • Internaute 164675

    Avant de se lancer dans je ne sais quelle gymnastique intempestive à effets secondaires non désirés, je ne saurais trop recommander la lecture du Yoga-Sutra de Patanjali, « celui qui tomba dans les mains tendues des hommes », un assez vieux monsieur ;), mais qui se lit toujours très bien.
    Surtout dans sa version traduite et commentée par T.K.V. Desikachar ; cela remet très vite les pendules à l’heure par rapport à la dérive américaine actuelle.

  • Renée Greusard
    Renée Greusard répond à Jobnemo
    Auteur(e) de l'article Journaliste Rue89
    • Posté à 09h42 le 20/01/2012
      éditeur
    • Journaliste 69283
      Journaliste

    Cher-e Jobnemo,
    Merci pour votre commentaire très complet. Je ne pense cependant pas avoir fait cette confusion que vous évoquez. Si mon article vous a donné cette impression, c’est peut être que, malheureusement, nous ne pouvons pas donner autant de précisions dans un texte aussi court.

    Je vous remercie donc vivement des informations très intéressantes que vous apportez ici, car elles complètent et enrichissent mon article.
    Bonne journée :)
    Renée

  • Mike Yoga Paris
    Mike Yoga Paris
    Newbie yoga teacher
    • Posté à 09h47 le 20/01/2012
    • 179638
      Newbie yoga teacher

    Cet article fait débat sur les réseaux depuis sa publication sur le NYT. En effet, on peut se blesser en pratiquant. Mais ce qui est mis en avant ici reflète les excès du yoga anglo saxon, bien plus compétitif que ce qu’est en réalité le yoga.

    Quand je lis qu’une jeune pratiquante, débutante, se déplace une artère cervicale en faisant la roue, le prof que je suis sursaute sur son tapis. La roue est déjà une posture très avancée, donc on ne la propose pas aux débutants. Il y a des déclinaisons beaucoup plus simples pour en ressentir tous les bénéfices. De plus dans cette posture, on se doit de justement relacher les cervicales. Donc le prof avait tout faux.

    La problématique posée concerne plus l’information qui doit être donnée aux nouveaux pratiquants, attirés par un effet de mode. C’est vrai, pour connaitre pas mal de studios, que souvent on ne vous demande rien, à part « c’est la première fois ? » sans que le prof ne cherche à avoir plus d’infos. Ce qui est normal quand les cours s’enchainent et que des dizaines de personnes se bousculent. Tout va très vite. Pas le temps de parler. Or pour débuter, une discussion doit s’imposer, pour connaitre les ambitions, les motivations, les antécédents médicaux susceptibles d’être incompatibles avec une certaine forme de pratique, et le mode de vie de l’élève (sa sédentarité surtout).
    Cette étape dure (pour moi) en général au moins un quart d’heure.

    Pour info, il faut être vigilent si on a (ou on a eu) des problèmes au niveau de la nuque, des cervicales, du dos (je répondais sur un forum à une question : peut on pratiquer quand on a mal au dos ? Surtout pas ! ! ! même si le yoga renforce le dos bien entendu), les lombaires, les poignets, les coudes. Et aussi si on a des soucis de tension artérielle, ou de tyrroïde.

    Ce manque d’information vient aussi sûrement du fait qu’il n’y a pas d’organisation suffisamment large pour couvrir l’ensemble des enseignements de yoga, chaque école ayant en général sa propre fédération. De fait le plus grand nombre a du mal à s’y retrouver, et il ne faut pas compter sur les studios pour diffuser une information claire. Le bikram, forme pour moi la plus dangereuse pour un pratiquant novice, demande de signer une décharge en cas d’accident. Ceci n’est pas normal à mon sens, car les dispositions physiques réclament une condition excellente. Et comme par hasard, cette forme de pratique (au demeurant intéressante pour le pratiquant régulier) vient des Etats Unis et se développe en Europe (France, Belgique, Suisse ....)

    Cet article ne reflète pas la réalité de la discipline, axée sur un travail sur soi, une recherche de réconciliation entre son mental, sa conscience et son corps. L’engagement corpporel est un élément de cette recherche, et si on considère (comme l’article) le yoga que sous l’angle physique, oui on s’expose à des risques. Oui des personnes participent à des cours d’ashtanga hyper dynamiques, oui ces personnes ont une condition excellente à la base (danseuses qui s’entretiennent, gymnastes, ...) mais non ce n’est pas un modèle à suivre pour un débutant. C’est aux profs de le comprendre et le faire savoir, et c’est aussi aux élèves de ne pas s’exposer à une pratique trop exigente pour eux. Si ça force, il faut savoir s’arrêter. C’est d’allieurs un enseignement majeur du yoga que de respecter son corps.

    Sans cela, le yoga procure des effets bien positifs sur la santé et sur le mental.

    On ne le cite pas ici et c’est commage, mais il a été prouvé aujourd’hui, que la pratique par des patients cancéreux, diminuait de façon drastique les effets secondaires d’une chimiothérapie. Ou une autre étude qui confirme que la pratique, réalisée dans un encadrement propice, faisaient reculer les problèmes de dos d’une façon significative.

    Il faut le dire aussi.