Coup au casque 12/12/2011 à 16h49

Boxeurs, vos neurones en prennent un coup dans l'indifférence

Ramses Kefi | Journaliste


Mohammed Ali (à droite) face à Joe Frazier (philipp_mcgruder / FlickR)

« Quand il sera grand, je l’inscrirai à la boxe. Ca sert toujours de savoir mettre une droite. Mais un an, pas plus, je ne veux pas qu’il perde tous ses neurones », lance Tarek, son bébé de 6 mois dans les bras.

La trentaine grisonnante, le jeune conseiller en insertion habite à quelques mètres du club de boxe anglaise de Chanteloup-Les-Vignes (Yvelines). Quand je lui demande de préciser pour « les neurones », il hausse les épaules :

« Bah, je n’ai pas envie qu’à 40 ans, il devienne barjot. Tu as vu ce qu’est devenu Mohamed Ali ? A force de prendre des pains, tu t’en sors pas indemne ! »

« Tant que le sportif a l’air d’aller bien, tout va bien »

Des coups puissants, rapides et répétés. Quand ils montent sur le ring, les boxeurs s’en mettent plein la tête et finissent parfois en mauvais état. Si les casques sont obligatoires en amateur, si les gants sont passés du cuir à la mousse, les commotions cérébrales sont nombreuses et souvent ignorées.

En général, le sportif ne sait pas quand il court un risque pour sa santé. Aya Cissoko, ancienne championne du monde de boxe et blogueuse sur Rue89, confirme :

« Tant que le sportif a l’air d’aller bien, tout va bien. Personne n’ira chercher plus loin. »

Des conséquences sur le long terme

En octobre 2010, le neurologiste Jean-François Chermann a sorti un livre, « KO, le dossier qui dérange », dans lequel il alerte sur les dangers des sports où les traumatismes au niveau de la tête sont fréquents. Le rugby, le foot américain mais aussi la boxe :

« Sur le court terme, il peut y avoir des troubles du sommeil, du comportement ou des maux de tête. Mais sur le long terme, après la carrière d’un boxeur, peuvent s’installer des pathologies neurologiques plus graves, connues sous le nom de démence pugilistique. »

Selon Jean-François Chermann, 30% des boxeurs développent après leur carrière ces symptômes de démence. Des troubles de l’équilibre, de la mémoire ou encore de la motricité à des degrés plus ou moins graves :

« Plus on prend de KO et plus les risques sont élévés. Les amateurs ne sont pas épargnés. Ils font plus de combats, sont moins suivis et travaillent moins leur défense que les pros. »

Dans son livre, Jean-François Chermann revient sur le cas de Mohamed Ali, atteint de la maladie de Parkinson :

« A la fin de ses entraînements, il baissait sa garde et demandait à son sparring-partner de lui mettre des coups à la tête pour montrer qu’il était le plus fort. Il y a un lien entre sa maladie actuelle et ce genre de pratiques. »

Mohamed Ali porte la flamme olympique aux JO d’Atlanta (1996)

La solitude du boxeur

Aya Cissokho a raccroché les gants. Elle reconnaît la solitude et l’ignorance du boxeur face aux risques :

« Tu es livré à toi-même. Quand un boxeur est mis KO, il est arrêté mais on t’oriente le plus souvent vers un généraliste. Or, ce sont des problèmes d’ordre neurologique. »

Elle raconte aussi le désarroi du mauvais coup sur un ring, qui surprend, « celui où l’on se sent deconnecté mais conscient qu’il faut rassembler ses forces pour rester debout » :

« Le KO, ce n’est pas seulement le boxeur à terre qui a perdu connaissance. Il y aussi le KO debout, très fréquent. Il est moins spectaculaire mais peut être dévastateur pour le cerveau si le traumatisme n’est pas soigné. »

Elle ajoute :

« Je crois que même chez les médecins, il y a pas mal de méconnaissance. Donc au niveau de la sensibilisation, on est très loin du compte. »

Une visite médicale rapide

Rudy, 17 ans, boxe à Chanteloup-Les-Vignes. Il explique fièrement qu’il n’a jamais été KO. Il passe professionnel l’année prochaine et reconnaît qu’il ne sait pas trop ce qui se passe, ni quoi faire quand on prend un mauvais coup :

« En match, il y a un médecin, c’est sûr. A l’entraînement, on a les pompiers pas loin qui nous donnent les premiers secours si on te pète le nez par exemple. »

A la visite médicale préalable à la signature de la licence, il est passé « comme tout le monde » chez un généraliste et chez un ophtalmo :

« Les examens sont très rapides. Jamais de tests pour mon cerveau, non. Le généraliste regarde le coeur, mais c’est très rapide. »

« Insister sur la défense »

Son entraîneur, Vendelin Weiss, a son brevet de secourisme, au cas où, et jure ne jamais jouer avec la santé de ses boxeurs. Il avoue néanmoins ne pas être très renseigné sur les complications neurologiques :

« Il y a un manque, un vide qu’on essaie de compenser avec nos propres moyens. Il n’y a pas de campagne de sensibilisation, rien pour nous aider à mieux cerner les risques. »

« Coach Weiss » parle beaucoup à ses boxeurs pour évaluer leur aptitude à monter sur le ring. Il leur inculque que le KO n’est pas une fin en soi et insiste beaucoup sur la défense :

« Il n’y a jamais eu d’accident grave dans mon club. Un coup de chance. Après, pour le long terme, je ne sais pas. Plus que des problèmes de santé, je connais des boxeurs à la retraite qui ont sombré dans la drogue et l’alcool. »

En match, Venderlin Wiess a une politique très claire. Si un boxeur lui dit qu’il ne va pas bien, il jette l’éponge :

« Il faut tout remettre dans la dimension sportive. Je ne demande pas des exploits. Je veux juste qu’ils prennent du plaisir, même s’ils passent pros. »

La mort de Leavander Johnson passe inaperçue en France

Valérien, 25 ans, a boxé dans plusieurs clubs de la capitale avant de finalement arrêter :

« Quand tu es sportif, tu fais souvent le guerrier. Quand tu es fort, ton club veut te voir enchaîner et toi aussi d’ailleurs, même si un médecin te l’aurait déconseillé. Tu veux monter sur le ring et le reste, ce n’est pas très important. Tu ne penses pas au long terme. »

Le jeune homme regrette le manque d’informations sur les décès liés à la boxe, qui, pour lui, ne sont pas assez médiatisés en France :

« Il y a un boxeur américain, Leavander Johnson, qui est mort sur un ring. Quand tu tapes son nom sur Google en français, c’est comme s’il n’avait jamais existé. »

Leavander Johnson est décédé en 2005 après son combat contre le Mexicain Jesus Chavez. L’arbitre arrête le combat à la 11e reprise. L’Américain essuye une pluie de coups. Il s’écroule dans les vestaires puis meurt cinq jours plus d’une hémorragie cérébrale.

Fin du combat entre Leavander Johnson et Jesus Chavez (2005)

Ne pas se priver de sport

Jean-François Chermann est néanmoins catégorique : il ne faut pas se priver de faire du sport. D’ailleurs, il n’estime pas la boxe plus dangereuse qu’une autre discipline quand on prend des précautions :

« J’insiste beaucoup sur le repos après une commotion. Un coup sur la tête n’a rien d’anodin et si la fréquence des chocs est repétée, ça peut avoir des conséquences très graves. »

Il regrette surtout la prise en charge parfois légère du traumatisme dans certains clubs :

« Ils (les clubs) mettent parfois la pression aux médecins pour pouvoir les aligner au plus vite, même après un choc. Alors qu’il faudrait leur faire consulter un spécialiste et surtout, rigoureusement respecter son avis. »

Top 50 des KO en boxe anglaise
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  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working Class Blero
    • Posté à 17h14 le 12/12/2011
    • Internaute 164574
      Working Class Blero

    Ali a peut être perdu quelques neurones mais a fait beaucoup pour la conscience noire américaine : refus de la guerre du vietnam, lutte pour les droits civiques et contre la ségrégation raciale
    Jouant de l’arrogance que lui permettait son incroyable style et ses titres acquis pour les US, des pains, il en a plus surement donnés que reçus.On peut critiquer quelques erreurs, mais en tous cas il m’apparait plus sympathique -même parkinsonien sur la fin- que ces prétendus warriors de salon qui lui ont succédé et ont tenté de l’’imiter alors qu’ils n’étaient que des brutes intéréssées par le pognon et une gloire éphémère, sans aucun neurone dès le départ (genre Tyson), ils ne risquaient donc pas d’en perdre en boxant.

  • sardanapal
    sardanapal répond à Jerome_B
    dilettante
    • Posté à 21h09 le 12/12/2011
    • Internaute 125561
      dilettante

    Alors.. ce n’est pas du tout osé d’un point de vue scientifique, Le fait que les boxer, et les joueurs de footbal américain sont victime d’un syndrome appelé « Dementia pugilistica » fait consensus dans la communauté. Cette démence est en fait très proche de la maladie d’Alzheimer (mais pas grand chose a voit avec Parkinson). Alors que ce sujet d’étude a tres longtemps été négligé par les spécialiste il revient sur le devant de la scène aux états unis, puisque l’armée américaine s’est rendu compte que le fameux « syndrome de la guerre du golfe » des années 92 était en fait apparenté aux démences des boxeurs. 30% des soldats revenants d’irak souffre de problèmes neurologiques. Les soldats sont soumis a des chocs de concussions et les ondes de chocs se propagent le long des trajets osseux. (explosions, dispersion de forces générées par l’impact des balles dans les gilets pare balles). le cerveau est particulièrement sensible aux cisaillements mécaniques (chez les enfant c’est encore bien pire : syndrome du bébé secoué). Bref, la notion émerge en ce moment que tous les sports violents sont bien plus dangereux qu’on ne le croit.

  • Lokiel
    Lokiel
    ex-étudiant
    • Posté à 01h27 le 13/12/2011
    • Internaute 129379
      ex-étudiant

    Penser qu’on saura mieux se défendre en apprenant la boxe demande quelques précisions préalables parce qu’en fait c’est (presque) faux.

    Les règles imposées par le marquis de Queensberry en 1865 ont changé ce qui était un vrai art martial en pratique sportive. En imposant les gants de protection, il a cependant limité l’utilité de la boxe en matière d’autodéfense.

    En effet, en temps normal, il est déconseillé de donner un coup de poing au visage dans les arts martiaux, non parce que ce n’est pas fair play mais parce que c’est très dangereux... pour l’attaquant. Les os du visage sont extrêmement solides (pour protéger le cerveau, entre autres) , qualité que ne revendiquent pas exactement les os de la main, ce qui se termine souvent pas des dégâts divers mais souvent graves à la main de l’attaquant (dans un vrai combat bien violent, s’entend) . Dit autrement, si vous voulez donner un coup de poing, il est bien plus prudent de viser les parties « molles » du corps et de laisser les dégâts osseux à des clés ou prises ou à des attaques avec d’autres parties du corps (les jambes peuvent être un choix approprié, je pense) .

    En imposant les gants de boxe, le marquis a de fait complètement changé la façon dont se pratique la boxe : les gants protègent les os de la main du boxeur en répartissant le choc, protection dont ne bénéficie pas la victime. Du coup, la pratique de la boxe (et les règles) encouragent à frapper au visage : sans le risque de se faire mal, c’est une façon simple et rapide de mettre KO un adversaire. Mais du coup, la boxe est devenu une vraie mine d’or pour tout médecin spécialiste des traumatismes crâniens. De fait, j’ai souvenir de statistiques indiquant que la probabilité de mourir lors d’un match de boxe s’était considérablement accrue depuis l’adoption des susdites règles.

    Or, je ne sais pas vous, mais lors d’un combat de rue, j’ai rarement mes gants de boxe sur moi et, si je les ai, j’ai tendance à manquer de temps pour les mettre. Le boxeur, du fait de ses automatismes, aura donc tendance à se casser quelque chose dans un « vrai » combat. De fait, bien que la boxe enseigne effectivement quelques trucs pratiques au cas où il faut sortir les poings (l’esquive, par exemple, ainsi qu’une bonne condition physique générale) , c’est loin d’être la panacée pour « mettre des coups de poings » .

  • ouanelache
    ouanelache
    sismologue amateur
    • Posté à 05h11 le 13/12/2011
    • Internaute 115933
      sismologue amateur

    Des études sont déja faites pour d’autres sports :

    Lien

    ce joueur de football américain s’est suicidé et a fait don de son cerveau à la sciences pour qu’il soit étudié.
    Et ce n’est pas le premier sur lesquel on remarque des lésions : en anglais : Lien