23/09/2011 à 15h25

A Manchester United, c'est la guerre entre propriétaires et fans

Violette Nahmias | Blogueuse et économiste


un supporter de Manchester United porte un masque d’Eric Cantona lors du jubilé de Paul Scholes le 5 août (Nigel Roddis/Reuters)

Pendant que sur le terrain Manchester United continue à tout écraser sur son passage (cinq victoires en cinq matches de championnat en ce début de saison), la famille Glazer, les propriétaires américains du club, manœuvrent en coulisses.

Ils s’apprêteraient d’une part à repousser une offre d’achat mirobolante venue du Qatar (on parle de deux milliards d’euros), et de l’autre, ils viennent d’obtenir l’autorisation d’introduire une partie du capital du club à la bourse de Singapour.

Propriétaires et supporters : des positions irréconciliables

Singapour offre l’avantage de renforcer les positions de MU sur un marché asiatique en plein développement, mais surtout, elle permet aux Glazer de lever des fonds sans accorder de droit de vote aux futurs actionnaires minoritaires.

Ce procédé peu conventionnel vise à garder à distance les supporters mancuniens qui se sont juré de déloger les Glazer de Manchester depuis qu’ils ont acheté le club en 2005.

C’est qu’indifférents à l’histoire romantique du club, à la mémoire de l’accident d’avion à Munich en 1958 qui a décimé une génération dorée de jeunes joueurs formés au club, aux exploits de Bobby Charlton et de George Best, les Glazer ne voient en Manchester qu’une marque puissante et hyper rentable.

Pour se l’offrir, les Américains ont contracté une dette monumentale (de l’ordre de 850 millions de livres) garantie sur le club lui-même, grevant ainsi lourdement les finances d’un club jusque là bénéficiaire.

De quoi provoquer la colère des supporters, qui leur reprochaient de vouloir ainsi s’enrichir sur le dos du club et sur le leur, et qui craignaient, à raison, que pour rembourser cette dette, les nouveaux propriétaires ne limitent les sommes allouées au recrutement et augmentent considérablement le prix des places dans le stade.

Des supporters punks fondent un club alternatif

Dès l’annonce du rachat de MU par les Glazer, 4 000 fans, exaspérés par les dérives mercantiles de leur club, ont déserté Old Trafford pour fonder un nouveau club à partir de rien, le FC United of Manchester, un club à but non lucratif, possédé et géré démocratiquement par les supporters, afin de faire renaître à Manchester l’idéal une véritable communauté de fans unie autour d’un club vraiment populaire.

Malgré le succès de l’entreprise (le club a monté trois divisions les trois premières années de son existence, et l’affluence au stade est énorme pour un club de ce niveau), pas de quoi émouvoir les coeurs froids de la famille Glazer, ni entraîner l’adhésion de la masse des supporters qui considèrent les autoproclamés « Red Rebels » comme des traîtres qui ont abandonné leur club.

« On peut changer de femme mais pas d’équipe de football »

Comme l’illustre une très belle scène du « Looking for Eric » de Ken Loach, c’est plus compliqué que ça. La scène se déroule dans un pub mancunien, c’est une soirée de Ligue des champions. Les supporters sont rassemblés devant la télé quand une bataille d’héritage éclate entre un fan du FC United et les autres, qui l’accusent d’avoir laissé tomber Manchester United.

Au fan du FC United qui justifie sa désertion par sa fidélité aux valeurs authentiques du vieux club populaire et des glorieux Busby Babes, le pro-Manchester réplique vertement le classique

« On peut changer de femme, on peut de parti politique, on peut changer de religion, mais on ne peut jamais, jamais, jamais, changer d’équipe de football. »

Et en effet : lorsque le premier quitte le pub excédé, les Mancuniens célèbrent bruyamment un but imaginaire provoquant le retour de la victime qui court vers l’écran en demandant « Qui a marqué ? » sous un éclat de rire général. (voir la vidéo).

« Love United Hate Glazer »

En janvier 2010, l’annonce d’une dette abyssale qui menace l’équilibre du club provoque une nouvelle grande vague de protestation anti-Glazer. La principale association de supporters, le Manchester United Supporters Trust (Must), répand la contestation dans les tribunes d’Old Trafford.

Les spectateurs se parent d’écharpes vert et or, les couleurs originales du club, et aux quatre coins du stade, ils brandissent des drapeaux, fanions et banderoles marqués de l’acronyme LUGH, pour « Love United Hate Glazer ».

Dans le même temps, le Must se rapproche d’un groupe de riches supporters mancuniens, les « Red Knights » (« Chevaliers Rouges »), composé entre autres du chef économiste de Morgan Stanley et de l’ancien dirigeant de la banque d’investissement de HSBC, pour tenter de racheter le club.

Aux banquiers de préparer la proposition financière, aux supporters de base d’organiser un boycott d’Old Trafford pour mettre la pression sur les propriétaires. Echec sur les deux fronts, puisque les Glazer ont dédaigné les propositions des « Red Knights » tandis que le Must n’a pas réussi à convaincre les fans de rester chez eux (95% d’entre eux ont renouvelé leur abonnement).

Finalement, dans leur lutte pour se réapproprier Manchester contre l’argent et la morgue de la famille Glazer, la principale faiblesse des supporters, c’est leur amour, véritablement inconditionnel, pour leur club.

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  • oldmc
    oldmc
    abstentionniste volontaire
    • Posté à 15h58 le 23/09/2011
    • Internaute 67746
      abstentionniste volontaire

    1st one

  • oldmc
    oldmc
    abstentionniste volontaire
    • Posté à 15h58 le 23/09/2011
    • Internaute 67746
      abstentionniste volontaire

    but the least

  • Tmal
    Tmal
    Parti rider...
    • Posté à 16h00 le 23/09/2011
    • Internaute 112672
      Parti rider...

    Le Qatar lance une OPA sur le foot on dirait !

    • enfumage
      enfumage répond à Tmal
      parti de rien pour arriver (...)
      • Posté à 16h40 le 23/09/2011
      • Internaute 97031
        parti de rien pour arriver (...)

      et bientot sur les banques francaises comme la BNP ...Pourquoi tu crois que Sarko est pote avec l’émir ...suveillons d’urgence les valises entre le Qatar et l’Elysée elles vont devenir de plus en plus lourdes .... !

      • Tmal
        Tmal répond à enfumage
        Parti rider...
        • Posté à 19h05 le 23/09/2011
        • Internaute 112672
          Parti rider...

        C’est un autre sujet, mais c’est clair que les temps sont durs pour les valisophiles, casserolophiles, et autres kraftophiles :)

  • XavierB
    • Posté à 16h37 le 23/09/2011
    • Internaute 27788

    C’est le principal problème du supporter : de passionné il est devenu « client captif » d’une entreprise de sport.
    Et fort d’un bombardement médiatique massif et permanent, le football (seul dans ce cas en France pour l’instant, le rugby suivra sans doute, vu la vitesse à laquelle il s’adapte) peut de toute façon vivre sa vie SANS le supporter, au moins un temps.
    Bref, il ne peut pas s’en sortir sans abandonner complètement sa passion.

    D’où cette litanie d’aberrations (salaires monstrueux de joueurs déconnectés, salaires à l’avenant de cadres dé fédérations ou des dirigeants, corruption, dettes, invasion du pari sportif, stades centres-commerciaux, médias de complaisance, matchs le vendredi, samedi, dimanche, lundi, mardi, mercredi, jeudi !) qui gangrènent un sport (une industrie) qui ne rend plus de compte qu’à lui-même.

    En Angleterre, c’est fini, le football est mis en coupe réglée. En France, seuls les mouvement ultras ont à peu près compris la mécanique, ils arrivent même à en discuter entre eux. Mais quand on représente 10% des effectifs et 90% des emmerdes dans une industrie, on a de grandes chances de se faire exterminer avant de parvenir à devenir un quelconque contre-pouvoir.

    • Tmal
      Tmal répond à XavierB
      Parti rider...
      • Posté à 16h43 le 23/09/2011
      • Internaute 112672
        Parti rider...

      « Mais quand on représente 10% des effectifs et 90% des emmerdes dans une industrie, on a de grandes chances de se faire exterminer avant de parvenir à devenir un quelconque contre-pouvoir. »

      Ce qui est déjà arrivé aux parisiens ? Leur bannissement était probablement un préalable à la revente. Le problème c’est qu’ils ne sont pas tout blanc non plus.

      • XavierB
        XavierB répond à Tmal
        • Posté à 09h06 le 24/09/2011
        • Internaute 27788

        Exact, il est encore un peu tôt pour parler des ultras parisiens au passé, mais ce sont bien eux qui ont essuyé les plâtres.
        Ils ne sont pas tout blanc, ( par la force des choses, aucun groupe ultra n’est vraiment blanc, même si les changements de comportement positifs sur les 10 dernières années sont impressionnants hors-paris), c’est ce qui les isole et les rend inaudibles (au figuré !). On n’oublie pas que les groupes Parisiens drainent aussi d’authentiques barbares (auxquels toutes les villes de province ont eu droit à un moment donné), mais il y a les autres !
        Le nouveau capitalisme du football se sert et se servira de leurs dérapages pour aseptiser le football, monter les tarifs et renvoyer les classes populaires à leur télévision et aux boutiques. Tout comme le football anglais a brandi le hooliganisme comme épouvantail (difficile de trouver mieux), non pas pour le combattre, mais pour le déplacer hors de ses futures usines à fric, en même temps que toute personne n’ayant pas 50 livres à claquer par semaine pour voir du foot.

  • RUE.DEMAGO
    RUE.DEMAGO
    Rentier et heureux
    • Posté à 17h38 le 23/09/2011
    • Internaute 160316
      Rentier et heureux

    Les supporteurs de MU font penser aux gauchos de RUE89 qui te saute dessus parce que tu n’est pas du même avis.

    Le fanatisme ne reflète pas l’intelligence ...

    • 0173dom
      0173dom répond à RUE.DEMAGO
      retraité
      • Posté à 07h20 le 24/09/2011
      • Internaute 111751
        retraité

      et quand le désir de fric est porté comme une religion...

      l’intelligence peut refléter la pourriture....

      • RUE.DEMAGO
        RUE.DEMAGO répond à 0173dom
        Rentier et heureux
        • Posté à 12h45 le 24/09/2011
        • Internaute 160316
          Rentier et heureux

        Mouai comme bon nombre de « politiques “... c’est du sport la politique tu sais.

  • Mandrake-le-magicien
    Mandrake-le-magicien
    Celui qui inspira Garcimore
    • Posté à 20h25 le 23/09/2011
    • Internaute 119400
      Celui qui inspira Garcimore

    les problèmes des supporters de foot.... un bon gros sujet qui passionnent les foules d’abrutis qui votent à droite !

    • RUE.DEMAGO
      RUE.DEMAGO répond à Mandrake-le-magicien
      Rentier et heureux
      • Posté à 20h58 le 23/09/2011
      • Internaute 160316
        Rentier et heureux

      A majorité ouvrière !

      Reste plus grand monde pour les gauchos ma crotte ! ! !

      • Mandrake-le-magicien
        Mandrake-le-magicien répond à RUE.DEMAGO
        Celui qui inspira Garcimore
        • Posté à 23h00 le 23/09/2011
        • Internaute 119400
          Celui qui inspira Garcimore

        tu veux dire à majorité de chomeurs, des ouvriers il n’y en a plus ; o)

         
        • RUE.DEMAGO
          RUE.DEMAGO répond à Mandrake-le-magicien
          Rentier et heureux
          • Posté à 12h47 le 24/09/2011
          • Internaute 160316
            Rentier et heureux

          Défaitiste !

          Des ouvriers il en reste mais sur le seuil de la précarité. Même la gauche ne les intéresse plus.

        1 autres commentaires
  • Hola que tal
    Hola que tal
    Tranquille
    • Posté à 00h28 le 24/09/2011
    • Internaute 171249
      Tranquille

    Article intéressant (avec vidéos).
    Petite erreur : les « Red Knights » sont emmenés par Jim O’Neill, chairman de Goldman Sachs asset management et non Morgan Stanley.
    A-t-il la volonté de ne pas faire, lui aussi, que du fric ?

  • Mumbly
    Mumbly
    Repos à la montagne
    • Posté à 10h51 le 24/09/2011
    • Internaute 138651
      Repos à la montagne

    Faut-il plaindre ces supporteurs ? Faut-il dénigrer les prpriétaires du club ? Les premiers sont trop pris dans leur passion pour réagir. Ce qui me paraît sidérant de la part des supporteurs est de placer leur club au-dessus de tout : on peut quitter sa femme, mais pas son club. Une race de fanatiques, incapable d’exprimer leur mécontentement ? En tout cas, leur comportement ressemble à bien des égards à celui de membres de sectes religieuses. Quant aux propriétaires, que leur repprocher sinon leur envie de gagner de l’argent ? Ils n’ont pas d’opposition, ils ont les pleins pouvoirs, et tout cela, ils le doivent aux supporteurs. Lorsque ces derniers ouvriront enfin les yeux, réfléchiront par eux-mêmes, peut-être alors pourra-t-il y avoir une autre évolution.

  • no pasaran
    no pasaran
    psychosociologue
    • Posté à 04h19 le 25/09/2011
    • Internaute 67440
      psychosociologue

    Les faits relatés ici sont intéressants car ils ne sont pas indépendants de la crise de l’endettement privé et public que nous traversons . D’un côté un propriétaire qui cherche à se désengager du club et qui s’apprête à réduire sa dette pour faire à terme une opération financière rentable ou sans perte. De l’autre côté des supporters abonnés qui réalisent qu’on leur demandera une contribution financière pour payer la dette tout en sachant qu’ils n’auront pas voix au chapitre quand le club sera vendu à un fonds souverain ou un fonds de pension du Qatar ou de Singapour.
    Les supporters abonnés de Manchester sont comme le peuple grec : on les somme de payer les dettes , de renoncer à leur souveraineté et au Bien Commun.
    Chose que vous ne dites pas dans votre article : les supporters abonnés de Manchester United et ceux des autres grands clubs européens commencent à comprendre que leurs clubs risquent d’être délocalisés si la logique ultra-libérale persiste à leur tête ( il ne faut pas être grand mage pour savoir que des propriétaires ultra-riches rêvent d’un championnat mondial des clubs sur le modèle de la Formule 1 : c’est la condition de leur rentabilité à moyen terme pensent-ils !) . C’est ce pressentiment qui a conduit 4000 fans minoritaires à rompre avec la logique en place pour créer un club étiqueté AOC : le FC United. Nous savons tous ici que ce sont les minorités actives qui font l’histoire . Tôt ou tard la minorité ralliera la majorité des supporters de Manchester . Ces derniers finiront bien par comprendre qu’il est impossible d’agir à l’intérieur d’ un cercle non vertueux et que le seul moyen qu’il leur restera , pour infléchir le destin de Manchester United , sera le FC United .
    Dans tous les cas si la récession économique s’installe durablement dans le monde, MU sera mis dans l’obligation de décapitaliser (vendre des joueurs de renom à perte et baisser les salaires ) . Le club perdra alors de sa valeur donc il n’est pas exclu que des patrons anglais ou mancuniens ( aidés sous conditions par une majorité de supporters )en reprennent les commandes en contraignant la famille Glazer a essuyé une partie des dettes .
    Cette affaire est à suivre de très près car nous pourrions vivre un scénario imprévu : la dé-mondialisation du football européen . Pour cause d’endettement généralisé , de déflation accélérée des salaires et des transferts et de retour à des équipes de clubs beaucoup moins mondialisées , on pourrait assister à l’avènement d’un football professionnel de club plus enraciné dans son territoire ! Donc plus au service des hommes qui vivent dans son territoire !

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