XV de France : le « French flair », la note bleue d'un rugby créatif

Photo : le XV de France après sa victoire contre le pays de Galles le 19 mars au Stade de France (Benoit Tessier/Reuters). (Benoit Tessier/Reuters)
On pourrait ne retenir que l’odeur âcre du vestiaire, les traces de boue, les chocs, les vilains bleus. Mais parce que le geste, l’intention qui le précède et l’intelligence qui l’a façonné donnent souvent l’envie de s’enthousiasmer, le rugby rejoint ces notes bleues qui donnent leur sel aux sports collectifs et les font sortir des partitions écrites.
Au-delà du combat physique, le rugby est aussi un sport d’évitement, avide d’intervalles, de mouvements et de grandes chevauchées. Viennent alors la création, l’improvisation, la volonté de produire de l’inattendu.
Cette inspiration a trouvé un nom, dans les années 60 : le « French flair », expression aux origines douteuses, qui serait née de la plume d’un journaliste anglais séduit par le fantasque jeu français. Pierre Villepreux, ancien arrière puis entraîneur du XV tricolore :
« Il y a eu une époque où, comparé au jeu anglais plus pragmatique et stéréotypé, la France a developpé un jeu plus inventif.
Le French flair, c’est cette prise d’initiative, souvent inhabituelle. Cela demande de l’intelligence dans la lecture d’une situation, ce dont tout le monde n’est pas capable. »
Le French flair, c’est aussi l’amour du beau jeu, l’envie de continuer quand d’autres « auraient tapé en touche » pour se débarrasser du ballon. Concrètement, cela donne des essais d’anthologie, comme celui inscrit par Philippe Saint-André, futur coach des Bleus, contre l’Angleterre lors du Tournoi des cinq nations 1991.
Cette aptitude à mettre en panique les lignes adverses a depuis une dizaine d’années quelque peu disparu, victime de l’évolution du rugby moderne. Les défenses, passées au crible, se sont resserrées, le jeu s’est fait plus physique, les enjeux liés la professionnalisation ont tempéré les prises de risque.
Les triomphes de l’Angleterre, lors de la Coupe du monde 2003, puis de l’Afrique du Sud, en 2007, ont consacré ce nouveau style quand Bernard Laporte, lui aussi, suivait cette évolution à la tête de l’équipe de France.
Le French flair aurait la tête à l’envers
« Il semble qu’on en soit revenu », observe toutefois Pierre Villepreux, citant les traits de génie des Néo-Zélandais Sonny Bill Williams et Dan Carter, vainqueurs du Tonga ce vendredi en ouverture du Mondial, ainsi que la séduisante équipe nationale australienne.
Le French flair, estampillé bleu-blanc-rouge, aurait désormais la tête à l’envers. La finale du Super 15 – le championnat des provinces de l’hémisphère Sud − entre les Australiens des Queensland Reds et les Néo-Zélandais des Crusaders a ainsi livré de superbes essais qui présagent de belles passes d’armes à la Coupe du monde.
Les systèmes de jeu paraissent désormais un peu moins contraignants, réhabilitant la place du mouvement, de l’incertitude, de la prise de risque. « Il faut laisser aux joueurs la liberté et l’opportunité de faire des choses », plaide Villepreux.
Le spectateur, en tout cas, ne peut qu’acquiescer. Car durant ces quelques secondes de jeu, le temps est comme suspendu au ballet des corps, à la musicalité des gestes. Et le pont entre rugby et art est établi. Entre sport collectif et art, même.
Yaron Herman est un jazzman de talent, qui, à 30 ans, parcourt la planète de concerts en concerts. Avant de s’asseoir au piano pour la première fois, à l’âge de 16 ans, il a passé ses journées à « analyser les cassettes de Michael Jordan, regarder tous les matches NBA ».
Meneur de jeu – évidemment – il écume les parquets, intègre les sélections nationales israéliennes, puis se blesse gravement à une cuisse. Immobilisé, il découvre alors la musique.
« Charles Barkley pourrait être Thelonius Monk »
Naturellement, il admet « beaucoup de parallèles entre le sport et l’art, surtout à très haut niveau. Quand on voit Zinedine Zidane jouer, ce n’est plus du foot, c’est de la danse. » Ainsi, pour lui, le grand Michael Jordan s’apparenterait au pianiste de jazz Keith Jarrett, car les deux « peuvent tout faire, ils ont une maîtrise totale ».
« Et Charles Barkley pourrait être Thelonious Monk. Barkley, ce n’est pas forcément beau de le voir jouer. Monk, lui, ne fait pas des accords romantiques, jolis. Ce sont des choses un peu dissonantes, étranges mais avec un charme incroyable et une telle efficacité. Les deux ont le même engagement, à 100%. »
De ses années à orchestrer le jeu de son équipe, chercher la perfection collective, il garde des souvenirs intenses, proches des émotions de création artistique.
« Je ne sais pas si une belle action en sport vaut une belle phrase ou une belle envolée, mais c’est le même rush d’adrénaline, d’accomplissement. Tout est mélangé, c’est intellectuel, physique. C’est un truc analytique, d’expérience, de réflexes, pour lequel tu t’es entraîné et en même temps, c’est très émotionnel. »
Fan de Keith Jarrett – « capable de ne rien préparer du tout, de monter sur scène et d’improviser pendant une heure et demie » – Herman aime réinventer, chercher la créativité partout. Y compris sur du Britney Spears ou du Radiohead, devant un public pas toujours conquis d’avance.
Au final, relève Yaron Herman, créer de la musique ou une action collective demande les mêmes choses. Il faut bien sûr de la technique − « apprendre lire une partition, savoir traverser le terrain en dribblant » − beaucoup d’entraînement, de la compréhension et de l’écoute entre membres du groupe. Villepreux renchérit :
« Il faut donner aux partenaires les mêmes références, il faut qu’ils voient la même chose au même moment. »
« Il peut y avoir un lâchage total »
Ensuite, viennent les dispositions psychologiques, déterminantes. De la confiance, mais pas seulement. Yaron Herman :
« Il y a des fois où je n’ai pas joué depuis deux semaines, je suis fatigué, ma valise est coincée quelque part, je dois monter sur scène dès ma sortie d’aéroport. Et le concert se passe pourtant au mieux.
En fait, tu es tellement épuisé qu’il y a ce lâchage total, il n’y a plus de barrières. Comme Michael Jordan, qui arrivait à jouer avec 40° de fièvre et passait tout de même 40 points. »
Ou comme l’équipe de France de rugby, qui, acculée, loin de ses terres, donnée perdante, a la réputation de donner ses exploits les plus retentissants.
Enfin, il y a l’apport personnel, nommé talent, ou intelligence, ou sensibilité, bref, ce petit supplément difficilement définissable. Mais qui, exprimé dans un collectif, permet d’atteindre une forme d’accomplissement artistique.
« Quand on crée quelque chose avec les autres, c’est magnifique. On est comme porté », note Herman. De cette harmonie collective, fondée sur la prise de risque, naissent alors « des choses exceptionnelles », insiste le musicien. « Et au final, selon Villepreux, c’est cette créativité qui fait gagner. »
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Sur Rue89A la recherche de la nouvelle star du rugby français - Sur rugbyworldcup.comLe site officiel de la Coupe du monde de rugby 2011
- Sur france3.frYaron Herman reprend "Toxic" de Britney Spears à "Ce soir ou jamais"
- Sur yaron-herman.comLe site officiel de Yaron Herman
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Punaaaaaaaaise !
Mais c’est quoi cette finale Reds-Cruisaders ? Un match de foot ?
J’ai rêvé ou les types font des petites danses et se caressent et se montent les uns sur les autres comme des footballers dès qu’ils marquent un essais ? ? ? ? ?
Non mais je rêve, si j’en vois un seul se prendre pour une danseuse du Crazy pendant la coupe du monde, ça va chier.




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