Barbecue 06/05/2012 à 11h47

En Caroline du Nord, on a voté puis on a mangé du cochon

Hélène Crié-Wiesner | Binationale

(De Caroline du Nord) A cause du décalage horaire, les Français des Etats-Unis ont voté samedi. Après le dépouillement, les électeurs inscrits à Raleigh ont fait la fête dans le bureau de vote en « picorant un cochon » (« pig picking »). Quand on vit à l’étranger, les amitiés sont moins corrélées qu’en France avec les étiquettes politiques.

Le barbecue était prévu sur les pelouses de Skema, l’école de commerce française installée sur campus de la NC State University. Le matériel de vote était arrivé vendredi d’Atlanta. Les étudiants ont aidé à l’aménagement, et la consul honoraire a vérifié que le drapeau américain était bien planté à gauche du drapeau tricolore, en vertu de la loi américaine.

L’ambiance était d’autant plus chaleureuse que le bureau de vote de Raleigh est peut-être voué à disparaître. Car seulement 222 électeurs, soit moins de 50% des 556 inscrits, se sont déplacés samedi pour voter. Il faut admettre que la circonscription est vaste : de la frontière virginienne au nord à la Caroline du Sud, de la vieille cité d’Hillsborough sur la route des Appalaches aux Outerbanks sur l’Atlantique, un carré d’environ 90 000 km².

Raleigh est plus ou moins au centre de cette zone, et il est vrai que le gros de la communauté française locale, environ 3 000 personnes, vit dans les parages.

Pas de bureau de vote français, pas le moral !

Je suis arrivée ici avec ma famille en 2006, démoralisée par l’absence de consulat à Raleigh. Il allait falloir prendre l’avion vers Atlanta pour la moindre démarche administrative. Voter allait être un problème, puisque nous ne connaissions personne en Géorgie à qui donner procuration. Impossible de se rabattre sur la France, où nous n’avons pas d’adresse.

Nous venions de Houston, au Texas, où les Français sont tellement nombreux qu’ils ont droit à un vrai lycée.Très pratique pour que les enfants conservent leur langue maternelle. J’étais loin de me douter que j’allais trouver autant de Français à Raleigh. Et surtout, qu’ils allaient être si différents de ceux installés au Texas, lesquels bossent presque tous dans le pétrole.

Les Français de Caroline du Nord sont le plus souvent des entrepreneurs, ou des salariés d’entreprises locales sous contrat américain. Les expatriés, qui ne restent que deux ans en moyenne et bénéficient toujours des conditions de travail françaises – vacances, Sécu, retraite – sont la minorité.

Ils travaillent essentiellement dans les biotechs et l’informatique, activités phares du Research Triangle Park, sorte de Silicon Valley de la côte Est. Ou bien ils ont créé leurs boîtes : fabrication de mâts de drapeaux, importation de comptoirs en lave du Massif central, boulangerie haut de gamme, restaurants… Evidemment, ce n’est pas l’immigration prolétarienne francophone du XIXe siècle !

Les Français de Raleigh se mélangent aux autochtones

Surtout, ils envoient leurs enfants dans les écoles américaines. Et ça change tout pour leur intégration dans la société locale. Les Français de Raleigh ne vivent pas en vase-clos, comme c’était le cas à Houston. Mais en 2006, à l’approche d’une élection au pays natal qui s’annonçait excitante – Sarko contre Royal –, traumatisés par le résultat du FN en France en 2002, ils réclamaient à cor et à cri un bureau de vote local.

En inaugurant ce second bureau de vote en Caroline du Nord, lors des présidentielles de 2007, le consul général d’Atlanta avait prévenu : pour être maintenu, le bureau allait devoir faire ses preuves, c’est à dire mobiliser au moins la moitié des inscrits, soit 200 sur 400 à l’époque.

Marie-Claire Ribeill, professeure agrégée d’anglais en disponibilité de l’Education nationale, qui a été nommée consul honoraire à Raleigh en 2008, me rappelait samedi notre enthousiasme à tous, nous les assesseurs du second tour de 2007, quand le 200e électeur avait déposé son bulletin dans l’urne :

« Il était juste 17h58, on l’a applaudi et on lui a offert un cookie pour fêter ça. Et le président du bureau a aussitôt bouclé les portes du bureau, laissant des tas de retardataires furieux à l’extérieur. »

Installés depuis vingt ans aux Etats-Unis, ils sortent du bois

Grâce à ce premier bureau de vote à Raleigh, la communauté française a fait connaissance. Des volontaires s’étaient postés à l’extérieur pour collecter les adresses courriel et les numéros de téléphone.


La consul honoraire de Raleigh avec une lycéenne stagiaire (Hélène Crié-Wiesner)

Des Français installés en Caroline du Nord depuis vingt ans, devenus depuis longtemps binationaux, ont réalisé qu’ils avaient des voisins parlant la même langue. Des parents ont initié des rencontres entre leurs ados pour qu’ils parlent français entre jeunes. La petite Alliance française locale, jusque-là surtout fréquentée par des Américains, a vu débouler des renforts natifs francophones.

Pour finir, galvanisée par cette effervescence, Marie-Claire Ribeill a créé L’Ecole, French School of Raleigh, qui fonctionne l’après-midi et le soir, pour répondre à une angoisse très répandue chez les immigrés : que leurs enfants ne sachent plus ni lire, ni écrire autre chose que l’anglais.

Samedi soir, le bureau de vote est resté ouvert jusqu’à 20 heures. Il y avait du monde pour le dépouillement. Moins pour entendre les résultats locaux que pour faire la fête un peu plus tard autour du cochon grillé. Et peu importe le vainqueur (on ne peut dévoiler le résultat avant dimanche 20 heures) !

De droite ou de gauche, on mange des crêpes au Nutella

L’avantage d’être installé à l’étranger, c’est que les passions politiques sont en veilleuse parce qu’on ne vit pas la réalité sociale française au quotidien.

On sait que les électeurs des Etats-Unis votent davantage à droite, mais après tout, fans de Sarko, Hollande, Mélanchon, Bayrou ou Joly (dans cet ordre au premier tour), ils se retrouvent pour manger des crêpes au Nutella et des galettes des rois, regardent « Les Guignols » sur Internet, organisent des commandes groupées de crème de marron et de sirop Tesseire, et adorent le même boulanger français.

Et tous, sans exception, auraient voté s’ils l’avaient pu, ou revoteraient, pour Obama. Sauf, peut-être, les dix qui ont choisi Le Pen au premier tour. Mais ceux-là, je ne les ai jamais vus, ou, du moins, identifiés.

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  • 18 réactions
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  • sylvain24
    • Posté à 12h28 le 06/05/2012
    • Internaute 33981

    Vous pourriez quand meme eviter d’ecorcher le nom de ce pauvre Melenchon...

    • AutistReading
      AutistReading répond à sylvain24
      Au snack elle prend pas de kebab
      • Posté à 14h33 le 06/05/2012
      • 184876
        Au snack elle prend pas de kebab

      Sarkozy n’a même pas son nom en entier...

    • donaldo
      donaldo répond à sylvain24
      indignado
      • Posté à 15h40 le 06/05/2012
      • Internaute 159867
        indignado

      Ca rime avec ce qu’ils ont mangé ensuite !

  • licia
    licia
    de-ci de-là
    • Posté à 12h38 le 06/05/2012
    • Internaute 118601
      de-ci de-là

    Crêpes au nutella, galettes des rois, crème de marron, sirop Tesseirre...

    Que du riche ! ! !
     ; -))

    • Moby Dick37
      Moby Dick37 répond à licia
      Se jouer des tempêtes ...
      • Posté à 18h45 le 06/05/2012
      • Internaute 114534
        Se jouer des tempêtes ...

      Et on s’étonnera de l’épidémie d’obésité.

  • chalou
    chalou
    Professeur d'université/ (...)
    • Posté à 12h49 le 06/05/2012
    • Expert 92579
      Professeur d'université/ (...)

    Il est dommage que l’ambassade ferme ces petits bureaux. Ici, à Pittsburgh, la demande d’avoir un bureau implanté n’a pas été respectée, si bien qu’un très faible nombre des français inscrits sur les listes électorales a voté. Il fallait en effet se rendre à Washington, a 4h30 de voiture de là. Dommage tout de même !

    • carolus2
      carolus2 répond à chalou
      retraité
      • Posté à 14h50 le 06/05/2012
      • Internaute 82451
        retraité

      On ne va tout de même pas aller installer, à nos frais, un bureau de vote devant la porte de chaque Français qui a quitté la France !
      Après tout, il ne devrait même plus avoir le droit de voter pour la France.

    • Scif
      Scif répond à chalou
      patatoïde
      • Posté à 17h55 le 06/05/2012
      • Internaute 48662
        patatoïde

      On pourrait imaginer accepter le vote par internet pour les expatriés, faire des bureaux n’a pas vraiment de sens pour d’aussi grandes distances.

  • AutistReading
    AutistReading
    Au snack elle prend pas de kebab
    • Posté à 14h31 le 06/05/2012
    • 184876
      Au snack elle prend pas de kebab

    .

    Il se passe quand même des trucs plus importants que les élections françaises, aux USA !

    • Hélène Crié-Wiesner
      Hélène Crié-Wiesner répond à AutistReading
      Auteur(e) de l'article Binationale
      • Posté à 17h50 le 06/05/2012
      • Internaute 57
        Binationale

      ...

      • AutistReading
        AutistReading répond à Hélène Crié-Wiesner
        Au snack elle prend pas de kebab
        • Posté à 18h40 le 06/05/2012
        • 184876
          Au snack elle prend pas de kebab

        Pardon, j’ai pas pu m’empêcher, mais c’est à cause de vos collègues de France, il n’ont pas dit un mot pour la mort d’Adam Yauch.

        Sauf canal= qui a rendu hommage au groupe de l’album Licensed to three... Lien

        Licensed to ill. Lien

        Mais j’ai bien aimé votre billet d’ambiance.
        On s’y croit, comme d’hab.
        Je me voyais presque taper le barbeuk avec les umpistes...

  • AutistReading
    AutistReading
    Au snack elle prend pas de kebab
    • Posté à 14h36 le 06/05/2012
    • 184876
      Au snack elle prend pas de kebab

    Vous avez le droit de voter Mélenchon depuis les USA !

    Ça a évolué quand même ...

  • zygzornifle
    zygzornifle
    Poussière d'étoiles
    • Posté à 14h38 le 06/05/2012
    • Internaute 160367
      Poussière d'étoiles

    En Caroline du Nord, on a voté puis on a mangé du cochon

  • AutistReading
    AutistReading
    Au snack elle prend pas de kebab
    • Posté à 14h40 le 06/05/2012
    • 184876
      Au snack elle prend pas de kebab

    .

  • Le Gaspésien
    • Posté à 17h16 le 06/05/2012
    • Internaute 119587

    Merci de nous donner de vos nouvelles. Avec une bonne nouvelle à la clef, Madame Murène n’est pas dans les 5 premiers.
    J’avais crains un moment que vous renonciez à publier dans la Rue.

    Préservez vous

  • Kermitt
    • Posté à 07h27 le 07/05/2012
    • Internaute 28127

    Qu’ils profitent de manger du cochon, car, si il reviennent en France le halouf sera interdit d’ici peu

  • Tuxy
    Tuxy
    victime de la ploutocratie
    • Posté à 09h19 le 07/05/2012
    • 178477
      victime de la ploutocratie

    « L’avantage d’être installé à l’étranger, c’est que les passions politiques sont en veilleuse parce qu’on ne vit pas la réalité sociale française au quotidien. »...
    c’est justement ça qui manque aux USA, parler politique à l’échelle de la famille
    et avec des amis. Comme l’urbanisation, isolement, fracture familiale a détruit cette échelle de regroupement de personnes... ces passions politiques n’existent pas. C’est très difficile de discuter politique avec des gens aux USA.
    Donc je ne vois pas en quoi « c’est un avantage ». Au contraire, c’est bien là le malheur, ce désintérêt croissant du politique qui fait que chacun se frotte les mains, vote une personne pour « sa bonne tête » et ne lit pas le programme.

  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    Aintgonnaworkformaggiesfarm
    • Posté à 10h43 le 07/05/2012
    • Internaute 12434
      Aintgonnaworkformaggiesfarm

    @Hélène Crié-Wiesner

    Tenez, une nouvelle fracassante sur la campagne Républicaine....Ron Paul vient de leur faire une jambette assez extraordinaire. Il est encore dans la course.
    Les délégués Républicains de l’etat du Maine se sont tous mit derrière sa candidature....or, si un délégué obtient plus de 5 etats....ce qui est le cas, on ne peut l’exclure de la course. Il doit donc se rendre à Tampa pour la nomination du GOP. Ron Paul rides again

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