Making of 04/04/2012 à 10h45

Alerte politique vous prévient lorsque vous arrivez à Marine-sous-Bois

Nicolas Kayser-Bril | Co-fondateur de Journalism++

Ah, un bon Picon, l’été, dans un bistro au bord du Rhône dans la ville médiévale de c... ça fait rêver. Jusqu’à ce que le patron déclare que vraiment :

« Ces Arabes qui nous volent notre travail, ça suffit. »

Bienvenue à Roquemaure (Gard), capitale régionale de l’extrême droite, où, en moyenne depuis dix ans, un électeur sur trois vote pour le FN, le MNR ou leurs émanations locales. Pourtant, il suffirait de traverser le Rhône pour terminer son Picon à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse), où vous aurez deux fois moins de chances de tomber sur un extrémiste.


Alerte politique

Pour éviter ce genre de situation, nous avons développé Alerte politique, une application mobile (iOS et Android, 2,99 euros), qui vous donne les résultats des élections dans chaque commune en France et permet de mettre en place une alerte qui vous prévient lorsque vous pénétrez dans une ville où telle ou telle tendance politique est trop présente.

Vous avez également la possibilité de télécharger les applications par tendance pour 79 centimes :

  • Alerte rouge (iOS, Android) pour l’extrême gauche,
  • Alerte rose (iOS, Android) pour le PS,
  • Alerte verte (iOS, Android) pour les écologistes,
  • Alerte bleue (iOS, Android) pour l’UMP et les divers droite,
  • Alerte brune (iOS, Android) pour l’extrême droite.

Peut-on ranger ensemble Bruno Mégret et Jean-Marie Le Pen alors qu’ils se détestent ? Que faire de François Bayrou, qui oscille entre PS et UMP ? (On l’a rangé à droite.) Communistes et trotskystes peuvent-ils être tous les deux classés sous l’étiquette « extrême gauche » ? (Oui.) La liste complète des familles politiques est disponible sur la page AlertePolitique.fr.

Foire aux questions

Cela a-t-il un sens de faire une moyenne sur des élections aussi différentes que la présidentielle, les législatives, les européennes, les régionales et les cantonales ?

Oui. Nous avons volontairement exclu les élections municipales, où les problématiques et les personnalités locales dominent. Les autres scrutins ont toujours des connotations nationales, y compris les cantonales et les européennes.

N’est-ce pas une manière de stigmatiser l’électorat d’extrême droite ?

C’est une manière de le mettre en évidence. Le vote d’extrême droite est très localisé en périphérie des centres urbains. Il est très difficile pour un Toulousain (extrême droite à 6,7%) ou pour un Nancéien (6,6%) de se rendre compte du visage de la France qui vote Le Pen à plus de 30%.

En voiture ou dans le TER, Alerte politique permet de voir quels sont les territoires extrémistes. Les connaître est une étape indispensable si l’on veut pouvoir les comprendre et non pas les dénigrer.

D’où proviennent les résultats ?

Le ministère de l’Intérieur nous a transmis les résultats, aujourd’hui disponibles sur Data.gouv.fr.

Alors vous vendez des données publiques disponibles gratuitement ailleurs ?

Les données du ministère sont gratuites, mais brutes. Elles contiennent des erreurs, que nous avons corrigées. Nous les avons également réorganisées afin qu’elles soient plus faciles à utiliser pour les développeurs.

Quel est le niveau de détail des applications ?

Les applications donnent les résultats au niveau communal (arrondissements à Paris). Dans les communes possédant plusieurs circonscriptions ou plusieurs cantons, les résultats des législatives et des cantonales sont harmonisés. Quand le ministère de l’Intérieur publiera les résultats par bureau de vote – qu’il possède déjà –, nous publierons une nouvelle version d’Alerte politique.

L’application fonctionne-t-elle outre-mer ?

Théoriquement, oui. Nous avons cependant remarqué qu’il y avait plusieurs bugs, notamment à Mamoudzou et à Pointe-à-Pitre. N’étant pas sur place, il nous est plus difficile de les tester et de les corriger. Si il y a des bêta-testeurs dans les DOM, n’hésitez pas à nous contacter !

Qui est derrière Alerte politique ?

Les applications ont été réalisées par Journalism++, une start-up créée par Nicolas Kayser-Bril (qui écrit régulièrement sur Rue89), Pierre Romera et Martin Untersinger, journaliste chez Rue89.

Pour chaque application vendue 79 centimes, l’Etat prend 12 centimes de TVA, Apple ou Google 26 centimes. Rue89 et Journalism++ se partagent ensuite les 40 centimes restants.

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  • 109 réactions
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  • Psicarpax
    Psicarpax répond à Yann Guégan
    Voleur de miettes
    • Posté à 13h44 le 04/04/2012
    • 175858
      Voleur de miettes

    Et moi, je ne comprends pas que vous ne compreniez pas que l’on puisse trouver, comment dire… scabreuse, hasardeuse, déplacée, une telle application.
    Sans vouloir vous faire un procès d’intention, pourquoi ne pas imaginer, dès lors et dans la même veine, des appli. « alerte musulman d’apparence », « alerte millionnaires », « alerte chômeurs », « alerte squatteurs » ou que sais-je encore…

  • Yann Guégan
    Yann Guégan répond à Psicarpax
    red. chef adjoint Rue89
    • Posté à 13h51 le 04/04/2012
      éditeur
    • Journaliste 1836
      red. chef adjoint

    Parce que dans une démocratie, s’intéresser à ce que votent les gens, ça n’a rien à voir avec le fait d’être raciste ou anti-chômeurs. Ou alors il faut interdire tout travail de sociologie politique, toute carte des suffrages après une élection, sous prétexte que « ça stigmatise les Alsaciens de montrer qu’on vote FN en Alsace ».

  • Waphy
    Waphy répond à Yann Guégan
    Intermittent du travail
    • Posté à 14h02 le 04/04/2012
    • Internaute 89688
      Intermittent du travail

    « Vous partez du principe que les utilisateurs d’une telle appli sont des imbéciles bornés. »

    Du tout ! Mais vous vous doutez bien qu’il va y avoir des imbéciles bornés qui ne s’intéressent pas au rapport de force mais veulent juste « casser du faf » qui vont télécharger l’appli.

    Et puis, venir dire que cette application est faite pour les personnes qui s’intéressent au rapport de force locaux dans une commune X alors que le premier paragraphe dit ceci :

    « Bienvenue à Roquemaure (Gard), capitale régionale de l’extrême droite, où, en moyenne depuis dix ans, un électeur sur trois vote pour le FN, le MNR ou leurs émanations locales. Pourtant, il suffirait de traverser le Rhône pour terminer son Picon à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse), où vous aurez deux fois moins de chances de tomber sur un extrémiste. »...

    Ce n’est pas s’intéresser à un rapport de force là, c’est carrément faire un blocus : -)

  • MarxForEver
    MarxForEver répond à Yann Guégan
    Fioraso murdered Zola
    • Posté à 15h05 le 04/04/2012
    • Internaute 124072
      Fioraso murdered Zola

    Au début, j’ai pris cette affaire pour une blague et j’en ai profité pour tacler un peu les fachos, ce qui ne fait jamais de mal. Je ne me doutais pas non plus que cela engendrerait un tel foin. Néanmoins, à la lecture des commentaires, il apparaît que vous auriez plutôt mis le doigt sur des problèmes plus profonds, par rapport auxquels, votre appli agirait comme une sorte de révélateur :

    1/ tous ceux d’entre nous qui ont des amis prénommés Adam ou Farid les ont déjà entendus exprimer le fait qu’ils ne sentaient pas libres de circuler au travers le pays, car se sentant en danger dans certains secteurs. AnarchoStalinien a bien résumé la chose en disant qu’on ne parlait pas de « chances de rencontrer un facho » mais de risque. Tout le monde sait que cette situation existe mais nombreux préferreraient sans doute qu’on n’y donne pas trop de publicité

    2/ votre appli n’est qu’un aggrégateur de données par ailleurs facilement accessibles au public (j’utilise moi-même ce service) : en fait c’est une carte électorale améliorée. Cela soulève des questions : montrer une carte électorale au soir des élections doit-il être vu comme stigmatisant ? A quel état de déliquescence sociétale sommes-nous arrivés pour vouloir cacher les cartes électorales ?

    3/ votre appli revèle peut-être aussi que la société française n’est plus une société : la sécession des classes supérieures et les communautarismes ont pour conséquences que des segments de la population n’ont plus rien à partager ou à se dire, voire sont dans l’inimitié. Beaucoup d’entre nous ont connu la France d’avant le libéralisme, dans laquelle on considérait l’autre comme bien intentionné par défaut (c’est à dire à moins qu’on ait une preuve formelle des ses mauvaises intentions) et voudraient continuer à vivre dans cette illusion louable, même à l’époque du darwinisme social sarkozyste triomphant

    4/ voter c’est aussi endosser une responsabilité. Ceux qui utilisent leur bulletin pour se défouler et ne lisent même pas le programme de la candidate, n’admettent plus cette dimension de responsabilité et se refusent à assumer les conséquences qui en découlent comme par exemple la mauvaise publicité faite à leur collectivité.

    Certes, le terme alerte que vous employez et qui est la cause des cris d’orfraies est peut-être un peu excessif. Mais je me demande si casser votre appli, ce ne serait pas un peu casser le thermomètre.

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