verbatim 07/03/2012 à 10h53

Pourquoi Sarkozy n'aime pas Hélène Jouan de France Inter

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

A la toute fin de « Des paroles et des actes », quand les deux journalistes Franz-Olivier Giesbert et Hélène Jouan ont « débriefé » la prestation du Président, une allusion de Nicolas Sarkozy a piqué la curiosité des téléspectateurs :

« Madame Jouan, quel regret qu’entre 2005 et 2007 vous n’ayez pas été aussi élogieuse dans vos chroniques sur France Inter, sur la magie de ma campagne...

– J’en ai fait d’élogieuses, vous ne les avez pas toutes retenues, certainement.

– ... sur la magie de ma campagne. Vous vous souvenez certainement que vous avez été la première à parler des problèmes personnels qui étaient les miens, et des difficultés...

– Non, d’une défection à une émission de télévision, ce qui était assez différent.

– ... des difficultés qui étaient les miennes dans cette campagne que vous décrivez comme magique à l’époque. Hé bien je vais vous dire une chose, madame Jouan : vous êtes très impressionnée par le succès, et vous vous faites une drôle d’idée de l’échec. Attendez que le match se joue...

– Je ne dis pas que vous êtes en échec.

– ... et on jugera dans deux mois. Je suis sûr qu’à ce moment-là, vous porterez un autre jugement sur cette campagne. »

Nicolas Sarkozy face à Hélène Jouan

A partir de 6’16

Nicolas Sarkozy a une mémoire d’éléphant. Quand il mentionne « 2005 », ce n’est pas par hasard : la chronique d’Hélène Jouan à laquelle il fait allusion date précisément du 23 mai 2005.

(Extrait de mon livre « La Voix de son maître ? », Nova Editions. Les intertitres sont de la rédaction de Rue89)

Hélène Jouan est une des bêtes noires de Sarkozy sur cette antenne depuis qu’elle a fait allusion, en 2005, à ses problèmes conjugaux.

Sarkozy décline in extremis le 20-Heures de TF1

A la fin de la campagne du référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe, un éléphant du PS livre à un journaliste de la radio et à un autre du Figaro une information qui peut sembler typiquement « pipolitique » :

« Cécilia n’est plus avec Sarkozy, elle est avec le mec de Publicis. »


La Voix de son maître ? , d’Augustin Scalbert (Nova Editions)

La chef du service politique [Hélène Jouan] s’interroge : info ou intox ? Elle actionne ses contacts : c’est vrai. Elle décide donc de faire un papier, diffusé le 23 mai 2005.

Jouan ne mentionne pas les choses de manière aussi détaillée et impudique ; de plus, son info n’est en fait pas seulement « pipolitique » : la veille, un dimanche, Nicolas Sarkozy, qui devait être l’invité du journal de 20 heures de TF1, s’est fait remplacer au pied levé par Jean-Louis Borloo. Tous les commentateurs se demandent pourquoi.

L’absence de Sarkozy au JT et son explication constituent le premier titre du journal de 8 heures de Patrick Roger :

« Bonjour. Le blues dans la campagne du “ oui ”. Malmené dans les sondages à une semaine, maintenant, dans le dernier sprint, l’une des voix favorables à la Constitution a été étrangement absente hier : Nicolas Sarkozy a décliné l’invitation à la télévision. Un coup de pompe, ou peut-être même un début de déprime ? Explications tout à l’heure d’Hélène Jouan. »

Le reportage de la journaliste arrive à 8h04 et 27 secondes après des interviews strictement politiques de Laurent Fabius et Jean-Louis Borloo, et un lancement de Patrick Roger qui rappelle que Sarkozy s’est déclaré « fatigué ».

« Un Nicolas Sarkozy [...] blessé, et inquiet »

Le papier d’Hélène Jouan dure moins d’une minute :

« Fatigué ? L’excuse est tellement décalée dans la bouche de Nicolas Sarkozy qu’elle n’a pas convaincu ses propres amis. Alors à ceux qui, du coup, se sont inquiétés de sa défection au 20 heures de TF1, il a été servi, en “ off ” comme on dit, que le “ non ” montait, que ça sentait le roussi, et que donc Nicolas préférait se mettre en retrait.

En réalité, sa “ fatigue ” serait bien réelle. Dans son proche entourage, on parle même de “ début de déprime ”. Une déprime qui serait due à des problèmes familiaux.

Ce sont des proches du couple qui l’assurent : depuis leur arrivée à l’UMP, Cécilia, sa femme, n’est pas heureuse. Elle regrette la vie ministérielle et ne s’est pas adaptée à son job de chef de cabinet de son président de mari.

Et peut-être souhaite-t-elle aujourd’hui prendre un peu de champ avec tout ça, avance un proche. Nicolas Sarkozy “ fatigué ” paraît-il, c’est donc un Nicolas Sarkozy surtout blessé, et inquiet. Cécilia, c’est celle qui l’humanise, celle qui prouve aux yeux du monde qu’il est un homme aimant et pas seulement un homme de pouvoir.

Craindre de la perdre, c’est craindre de perdre son équilibre personnel et, sans doute aussi, un atout essentiel dans sa stratégie politique. »

Comme on peut le constater, la journaliste de France Inter ne fait aucunement allusion à l’incartade extraconjugale de Cécilia Sarkozy avec Richard Attias. Mais pour le président de l’UMP, c’est trop. « Sarkozy était ivre de rage », rapporte un journaliste politique d’Inter à l’époque :

« Franck [Louvrier, conseiller en communication de Nicolas Sarkozy] et Jean-François [Achilli, chargé de suivre l’UMP à France Inter] ont essayé d’arrondir les angles, mais pour Sarkozy, c’est une sorte de péché originel. De là est née sa rancœur contre Hélène Jouan. »

Interrogé sur ce point, Franck Louvrier dément.

MERCI RIVERAINS ! Marielb
Infos pratiques
La Voix de son maître ?
France Inter et le pouvoir politique, 1963-2012

Une enquête d'Augustin Scalbert. Nova Editions, 284 pages, 18,25 euros.

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  • beral
    • Posté à 11h13 le 07/03/2012
    • Internaute 37914

    Utiliser sa vie privée l’arrange bien aujourd’hui. Le fouquet’s ? Le Yacht de Bolloré ? Une conséquence de ses ennuis conjugaux... On croit rêver.
    Hier soir, Sarkozy l’a jouée comme Domenech ! Si si ! Souvenez-vous. A la fin d’un match catastrophique pour l’équipe de France qu’il dirigeait, la seule réponse qu’il a trouvée pour se justifier a été de demander publiquement sa compagne en mariage... Cette irruption du personnel, de l’intime et de l’émotionnel pour éviter de reconnaître ses torts, c’est précisément la stratégie qu’a suivie NS hier soir. On voulait des explications politiques et on a eu Gala.

  • Rivendell
    Rivendell
    Toléré par [censored] Guéant.
    • Posté à 13h25 le 07/03/2012
    • Internaute 102483
      Toléré par [censored] Guéant.

    Loin de moi l’idée de soutenir les opinions politiques de Sarkozy, mais c’est vrai qu’à l’époque, concernant « l’affaire Cecilia » les journaux étaient tombés bien bas, dans de la peopolitique odieuse et une certaine forme de puritanisme gerbant (genre : hin hin, Sarko il s’est fait planter des cornes ! ahahah !). C’est allé à un tel point que LES DEUX candidats du second tour de 2007 s’étaient affiché comme étant toujours en couple (alors que pour l’un ou pour l’autre, ce n’était plus le cas) pour éviter d’être victime de cette peopolitique bien merdique... Et on appelle ça du « journalisme » ! C’est limite si ces journalistes ne se sont pas emparés du suicide récent de l’épouse de Luc Châtel pour pouvoir servir de bases à leurs analyses politiques pourries. Et je dis ça, je suis sûr que certains l’ont fait.

  • phil135
    phil135
    normal
    • Posté à 13h48 le 07/03/2012
    • 179105
      normal

    mettre la vie privée des uns et des autres, utiliser la sienne, en argument politique comme une « américanisation » moderne était à double tranchant. c’était évident depuis le début

    la question suivante est : ces rancœurs personnelles, intimes, sont-elles surpassées ou pas au moment de prendre des décisions administratives ou politiques ? .... gros doute ....

  • la champenoise
    • Posté à 14h26 le 07/03/2012
    • Internaute 27942

    vous méritez largement votre titre de suppot de satan car, concernant le suicide de Mme Chatel, malgré la lecture de nombreux journaux papiers et internet, je n’ai jamais lu autre chose que les 2 ou 3 lignes l’annonçant.

    Concernant les ennuis conjugaux du p’tit monarque, cela lui est arrivé, comme à beaucoup d’autres, et, s’ils ont été exploités dans la presse, c’est que c’est lui le premier qui avait affiché sa vie conjugale, ses fils, etc ... que cela lui revienne en boomerang n’a rien d’étonnant.
    Moralité : si vous ne voulez pas que l’on parle de votre vie privée, ne l’étalez pas.

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