Témoignage 05/03/2012 à 15h10

Virés du meeting de Sarkozy pour délit de gauchisme

Claude Vergez | Bordelais


Des partisans de Nicolas Sarkozy à Bordeaux, le 3 mars 2012 (Caroline Blumberg/Reuters)

Samedi 3 mars, 13 heures. Tout commence par un couscous dans le quartier bordelais de Saint-Michel. Ben oui : quand on a appris que le meeting du président-candidat Sarkozy aurait pour thème « La République, la citoyenneté et l’immigration », il a fallu prendre des mesures préventives.

Un peu potaches, on anticipe l’ambiance de fête qu’impliquent le thème du discours, la présence du MIL [Mouvement initiative et liberté, ndlr] et la venue attendue de Claude Guéant. Un peu anxieux, on se dit qu’il vaut mieux se mettre en route suffisamment tôt pour pouvoir rentrer et s’asseoir dans la salle.

14h15. On monte en voiture, direction le hall 3 du parc des expositions de Bordeaux-Lac. A l’approche du parc, on se retrouve pris dans les embouteillages. On y côtoie des cars de pensionnaires de maisons de retraite, des BMW et autres 4x4 pilotés par des caricatures.

Un blondinet à peine majeur circule entre les voitures en distribuant des T-shirts estampillés « Les jeunes avec Sarkozy » à tous les moins de 30 ans. On se met dans l’ambiance en écoutant la musique qui fait peur, celle que Nicolas a choisie comme chanson de campagne.

La musique de campagne de Nicolas Sarkozy

15h10. Finalement garés, on suit le flot humain jusqu’au hall 3. Entourés de gens à l’hexis corporelle de droite, on décide d’arrêter les blagues de potaches. Un jeune à la tête étrangement familière nous tombe dessus et nous sert la pince avec enthousiasme à l’approche du bâtiment, les bras chargés de T-shirts :

« Le militant, happy face : Salut, vous êtes de quelle fédé ?

Mon pote, interloqué : Euh, aucune, on est étudiants et on vient voir le meeting.

L’autre, un sourire en coin : Ah ouais, OK.

Mon pote, réalisant : Eh mais… T’es Benjamin Lancar ? ! »

Ah ben oui tiens, c’est lui. Curieusement, il ne nous donne pas de T-shirt. « C’est pour les militants. »

« Venez, on rassemble des jeunes ici ! »

15h15. On passe les portiques de sécurité et la fouille sommaire par des molosses mal aimables. Dans la salle, pourtant pas encore bondée, l’ambiance est au rendez-vous : « La Marseillaise » résonne, des drapeaux français sont agités dans tous les sens et les « Sarkozy, Président ! » régulièrement scandés.

On cherche une place jusqu’à ce qu’un militant nous harponne : « Venez, on rassemble des jeunes ici ! » Les jeunes, cette ressource rare qu’il faut à tous prix rendre visible.

Making-of
L’auteur de ce témoignage a demandé à rester anonyme. Nous avons donc changé son nom, et nous avons également respecté le souhait des deux personnes « virées » – le jeune homme aux cheveux longs et son amie maghrébine – de respecter leur anonymat. BG

15h20. Par contacts avec les jeunes UMP locaux, on se retrouve propulsés au 5e rang, face à la tribune et à l’énorme slogan « La France Forte ». Vaut mieux en rire qu’en pleurer, mais c’est un peu « too much ».

En attendant le discours, prévu pour 17 heures, on s’occupe en discutant science politique, ethnographie des meetings et modalités de l’enquête. L’ambiance monte dans la salle, on est en plein « build-up ».

16 heures. « CO-PE, CO-PE ! » A quelques mètres de nous, dans un tourbillon de drapeaux et en gros plan sur les écrans géants, le secrétaire général de l’UMP vient prendre un bain de foule. Au micro, il harangue les militants et stigmatise les revirements incessants du candidat PS, les sondages sortis d’on ne sait où, et les médias partisans. Il dit tout son bonheur de retrouver sa « famille » et insiste : il faut occuper le terrain et convaincre chaque Français.

« Vous pouvez pas rester ici »

16h20. L’incident. Un molosse interpelle mon pote à cheveux longs : « Monsieur, venez nous voir s’il vous plaît. Discutez pas, venez. » A sa copine, typée arabe : « Vous aussi mademoiselle ». Au type assis devant nous, qui a un sweat à capuche : « Monsieur, suivez-nous vous aussi. » Les intéressés se lèvent, les molosses attrapent leurs affaires : « Vous pouvez pas rester ici. »

A ce stade, aucune raison donnée. Ils sont embarqués sur le côté de la salle, un peu à l’écart. Complètement atterrés par ce qu’on soupçonne être un délit de faciès, moi et mon dernier pote décidons de suivre le mouvement, abandonnant nos places VIP à une hystérique qui trainait par là.

16h25. Sur le côté de la salle, l’un des molosses lâche le motif de l’intervention :

« Monsieur, vous êtes identifié comme militant de gauche ou d’extrême gauche. »

Pour les autres évacués, aucun motif évoqué. Mais la décision est sans appel :

« Vous devez partir. Si vous le faites pas, on va appeler les services de sécurité de la présidence, et ils rigolent pas. »

La scène, surréaliste, se termine par une expulsion manu militari filmée par un cameraman de BFM-TV, dans l’indifférence générale du public du meeting. Au meeting du FN, les mêmes personnes n’avaient eu aucun problème.

16h30. Je suis sonné et écœuré. Un quart d’heure a suffi à évacuer toute ma bonne humeur et mon second degré et, n’en déplaise à la science politique, je veux me barrer de cette atmosphère nauséabonde. Je prends sur moi et finis par me faire convaincre de rester.

Pendant ce temps, à l’extérieur, mes potes parlent à quelques journalistes et récupèrent les images de BFM sur leur portable. A l’intérieur, un quadra en costard lance : « Les crétins, ils les virent et ils les donnent aux médias. » Qu’il se rassure : finalement, aucun journaliste n’en parlera.

On a très envie de manger halal

La suite des évènements est connue : le discours le plus dur de la campagne sur la récidive, le « problème » de l’immigration, la burka, la place des églises dans la « civilisation » française, la viande halal, le droit de vote des étrangers, j’en passe et des meilleurs.

17h55. Fin du court discours dans l’apothéose de la marseillaise finale. On s’échappe rapidement, sonnés. On a faim, et très envie de manger halal.

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  • Blandine Grosjean
    Blandine Grosjean
    Rédactrice en chef Rue89
    • Posté à 10h17 le 06/03/2012
      éditeur
    • Journaliste 89094
      Rédactrice en chef

    Bonjour Claude Vergez

    ultramarine33 vous a envoyé un message depuis Rue89

    Message :
    même meeting et quelques minutes plus tard voici mon récit : Je suis
    arrivé au parc des expositions par le bus vers les 17h, un peu plus, un peu
    moins. j’étais habillé en costume, bien coiffé pour changer et en
    compagnie d’un vieux militant ump avec qui je discutai en mode jeune
    droitier. arrivé là bas je passe avec lui la sécurité, sous le portique,
    rien ne sonne, normal, j’ai rien en métal. mais ces étourneaux ne s’avisent
    pas que ma poche est étrangement gonflée. j’y cache un drapeau antifa tout
    replié. Sarkozy a déjà commencé son discours, je me glisse sans gêner
    personne sur le côté gauche quand on regarde l’estrade et à mi chemin
    déploie mon drapeau pendant quelques minutes. une première personne me
    demande ce que c’est. je lui réponds, il tire le drapeau pour le regarder
    mais me laisse continuer. puis une deuxième, puis un troisième. les deux
    autres sont plus insistants, me demandent à quoi ça rime. je parle des
    propos sur les civilisations, les roms, les musulmans, les accointances avec
    certains groupe au sanglier... bref ça dure quelques minutes, on me demande
    de m’écarter pour en discuter en coulisse, je refuse, et la sécurité
    m’amène devant par la force sur le parking où je suis pris en charge par la
    police. ils m’amènent au poste, me controlent et me lachent ensuite apres 3h
    de controle d’identité. en salle d’attente j’étais avec un sans pap et
    quand je lui ai parlé d’assos qui pourraient l’aider dans ses démarches on
    m’a menacé de me boucler pour entrave dans une enquete de police ! voilà un
    bel exemple de la démocratie de monsieur sarkozy....

    Vous pouvez lui répondre en cliquant sur ce lien :
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