Rupture 27/02/2012 à 12h22

Ecolos de toujours (ou presque), ils voteront Mélenchon

Marie Kostrz | Journaliste Rue89

Déçus par l’accord EELV-PS, séduits par un Mélenchon plus clair sur le nucléaire, des écologistes expliquent pourquoi ils se tournent vers le Front de Gauche.


Un cœur brisé (CarbonNYC/Flickr/CC)

Quand Clémentine Autain, porte-parole du Front de Gauche, s’adresse aux militants d’Europe Ecologie - Les Verts, cela donne : « Bienvenue au Front de Gauche ! »

Depuis l’accord passé avec le PS en novembre, les déçus d’EELV ont les yeux tournés vers Jean-Luc Mélenchon. Et selon Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l’écologie du Parti de Gauche, il seraient nombreux.

Beaucoup, ajoute-t-elle, confient vouloir voter Mélenchon sans pour autant quitter EELV. Le Front de Gauche a multiplié les gestes de bienvenue à leur égard dès la fin 2011.

Dans un texte intitulé « Camarades, et si l’herbe était plus verte ailleurs ? », Stéphane Lavignotte, ancien responsable des Verts, et Clémentine Autain, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, encouragent les militants d’EELV à les rejoindre :

« Nous nous adressons fraternellement et en toute sororité à nos amis – depuis parfois plus de vingt ans – qui militent à EELV pour une vraie alternative au système actuel et que nous voyons malheureux. [...]

Si vous quittez EELV, ne disparaissez pas dans la nature : l’écologie politique a toujours besoin de votre engagement. Nous pensons possible et utile de militer ensemble. »

Ceux qui ont répondu à l’appel expliquent leur choix.

1

EELV, « satellite du PS »

Non seulement Thomas Giry votera pour Jean-Luc Mélenchon, mais il participe désormais à la campagne du Front de Gauche. Le départ de ce membre du conseil fédéral d’EELV n’est pas passé inaperçu.

Ancien cadre d’Europe Ecologie - Les Verts, il a rendu publique sa décision en janvier. Deux mois après la conclusion de l’accord avec le PS, « parce qu’après dix-huit ans dans un parti, on ne part pas comme ça ». Pourtant, c’est bien l’alliance avec les socialistes qui a motivé son départ :

« Je me suis posé beaucoup de questions quand j’ai réalisé que l’accord signifiait qu’en cas d’une possible alternance, EELV renonçait à s’opposer à une vraie politique d’austérité. »

Il est loin d’être le seul pour qui l’accord a été une véritable ligne de faille. L’héritage d’extrême gauche qu’ont en commun une partie des militants écolos a motivé leur ralliement à Jean-Luc Mélenchon.

Quand le côté extrême gauche des écolos les rattrape

Mireille Teulé est « née chez les communistes ». Petite-fille d’une première adjointe au maire PCF qui l’a beaucoup influencée, cette ancienne professeure d’histoire-géographie a rejoint Europe Ecologie - Les Verts il y a deux ans. Elle aussi a décidé de confier sa voix au candidat du Front de Gauche :

« Je ne peux plus que voter pour lui ! EELV s’est placé comme satellite du PS, or c’est pour moi le symbole du néolibéralisme. »

Etablie dans l’Aquitaine, elle a milité pour la première fois en 2005 contre le Traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE). La retraitée a exprimé son opposition au TCE au sein des comités anti-libéraux « auxquels des militants PS proches de Jean-Luc Mélenchon faisaient aussi partie ».

Le bilan local des élus PS d’Aquitaine a également pesé dans la balance :

« Ils soutiennent le projet de TGV-Aquitaine qui a endetté la région pour les cinquante ans à venir alors qu’il ne va absolument pas contribuer à désenclaver les petites communes isolées. »

2

Mélenchon, plus clair sur le nucléaire

Une chose est sûre : la campagne de Jean-Luc Mélenchon se drape de vert et cela plaît aux militants écolos. Sandrine Figuié, élue EELV à Martigues (Bouches-du-Rhône), a annoncé qu’elle mettait entre parenthèses son appartenance politique le temps de la campagne... afin de se consacrer au Front de Gauche.

Elle a été déçue par l’amollissement du combat écologique de son parti, conséquence directe de la signature de l’accord avec le PS :

« Les socialistes ne sont pas opposés au nucléaire. Quand je vois aujourd’hui que les Verts sont les alliés du PS, je me dis qu’on a beaucoup plus de choses à faire avec le Front de Gauche. On ne voit pas les militants PS mobilisés sur cette question. »

Au contraire, elle remarque que ceux du Front de Gauche sont « des gens de terrain, ancrés dans le monde associatif, au coude à coude dans les manifs ». Bref : des personnes « avec qui une alliance naturelle se noue ».

Consulter les citoyens sur le nucléaire : « Tout à fait d’accord »

C’est également la raison qui, après 38 ans de vote écolo, a mené Anne-Marie Imbert à se pencher sur le programme du Front de Gauche :

« J’habite non loin de la centrale nucléaire de Tricastin dans la vallée du Rhône et ici, beaucoup des militants de Sortir du nucléaire sont au Parti de Gauche en même temps. »

Selon elle, Jean-Luc Mélenchon est cette année « le seul candidat qui convient ». Europe Ecologie - Les Verts est à ses yeux très en retrait par rapport à ce qu’il aurait dû conclure avec le PS sur le nucléaire, c’est-à-dire l’arrêt total de l’activité des centrales. Elle ajoute :

« Même si toutes les formations du Front de Gauche ne sont pas d’accord sur ce point, ils proposent d’organiser un référendum, ce avec quoi je suis tout à fait d’accord. »

3

Lassés des luttes internes à EELV

Cette « ouverture d’esprit » reconnue au Front de Gauche a également plu aux militants d’EELV, souvent désabusés par les luttes internes qui ravagent leur parti.

Le lynchage dont Eva Joly est la victime au sein de son propre parti a démobilisé Sandrine Figuié :

« Ça me choque en tant que femme, ça me choque en tant que personne. »

Quasi unanimement, les militants et élus interviewés dénoncent l’arrivisme de la direction du parti : « Cécile Duflot ou Jean-Vincent Placé ont les dents longues », « tout le monde chez les écolos veut être élus, alors ça crée des problèmes »... Ils finissent par aller voir ailleurs.

Cette exaspération n’a pas échappé à Jean-Luc Mélenchon. Dès novembre, alors qu’Eva Joly est malmenée par son parti divisé sur l’accord avec le PS, il faisait d’une pierre deux coups en redoublant de sympathie envers Eva Joly la « courageuse » :

« Elle prend des engagements très forts sur le nucléaire et l’EPR et elle se fait faucher et démentir, je comprends que ça l’atteigne. »

4

Un vote « utile »

Aucun écolo sur le départ ne considère cependant Jean-Luc Mélenchon comme l’homme providentiel. Il s’agit avant toute chose de voter utile. Simon Imbert-Viers, conseiller fédéral EELV et responsable de la commission immigration, a lui aussi décidé de ne pas renouveler son adhésion à Europe Ecologie - Les Verts. Il votera Mélenchon dès le premier tour.

En désaccord total avec la politique d’immigration prônée par le PS, il estime au contraire que le Front de Gauche « ne commet pas d’erreur sur ces questions ». Il précise :

« Ce n’est pas un vote d’adhésion totale au Front de Gauche. Je ne suis pas en train de dire “c’est super, c’est magnifique”. Je me prononce en tant que citoyen, pour faire passer un message. »

Le but est souvent d’accroître le poids du Front de Gauche afin, dans le cas où François Hollande serait au second tour, de faire pression sur les décisions prises dans le futur par le PS. « Assurer une alternance et pas une simple alternative », résume un militant.

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  • street90
    street90
    impasse
    • Posté à 12h46 le 27/02/2012
    • Internaute 166386
      impasse

    Si les Verts se mélangent aux Rouges, ce sont les Roses qui vont rire jaune…

  • lebondoscié
    lebondoscié
    Clair-obscurantiste
    • Posté à 13h14 le 27/02/2012
    • Internaute 150550
      Clair-obscurantiste

    Il ne s’agit pas de savoir si les adhérents Verts (je préfère ne rien dire sur EELV) sont déçus ou non, la déception occupe déjà une large place au programme des partis quels qu’ils soient, rien qu’à la projection qu’on s’en fait. Je peux cependant confirmer pour une personne, la mienne, l’entrée de cet article.

    Comme adhérent « histo(é)rique » des Verts depuis X (10) années je voterais Mélenchon au premier tour et ferais ce que je veux au second, autre chose que voter, sauf s’il est encore présent bien entendu.

    Lorsque j’entends Mélenchon j’entends quelqu’un qui par son parcours et ses capacités, réussit, le seul, à se construire comme homme d’état crédible possédant la connaissance du terrain politique à la dimension européenne et la force d’un homme réellement cultivé et intelligent, maniant les concepts, le seul homme vrai de ce scutin possédant une réelle vision de basculement des forces en la faveur du plus grand nombre, possédant disons une réelle capacité de contre-pouvoir institutionnel.

    Cet homme dépasse de loin par son audace et ses répartis les appparas-chiques du P.S., voir Hollande le toujours jeune cadre dynamique, Royal la madonne des costumes gris, (dommage pour Martine Aubry), je ne parle pas des autres fatigants, tous.

  • -Protagoras-
    -Protagoras- répond à aa77
    Relativiste relatif
    • Posté à 13h30 le 27/02/2012
    • Internaute 161557
      Relativiste relatif

    Je ne crois pas que ça ait quoi que ce soit a voir avec Eva, qui fait ce qu’elle peut. Je dit ça parce que je me reconnais exactement dans le portrait dressé par cet article : j’ai été militant Vert pendant 15 ans, et je soutiens maintenant le front de gauche.

    Qu’est-ce qui m’a fait changer de crémerie ? Le refus des Verts de se positionner clairement a gauche. Les errements de Hulot, les discours d’alliance avec le modem, etc. (Ca avait déja commencé il y a longtemps avec les positions pro-libérales de Cohn-Bendit) J’ai presque été déçu quand Eva Joly a gagné les primaires : si c’était Hulot, ça m’aurait donné une raison claire, nette, et précise de les quitter. Mais Joly, que j’aime beaucoup, est la victime plus que l’actrice de ce changement de cap chez les Verts.

    Pour résumer, les raisons qui m’ont fait quitter les Verts pour le Front de Gauche sont :
    * Le virage a droite des Verts (ou en tout cas au « centre »)
    * La petite cuisine politicienne entre les Verts et le PS
    * Le positionnement écologique (qui n’est pas feint, lisez leur programme) du FdG.

  • Samuel Vimaire
    Samuel Vimaire répond à Don_Lorenjy
    Dipolmate morporkien.
    • Posté à 14h02 le 27/02/2012
    • Internaute 140339
      Dipolmate morporkien.

    Honnêtement, j’aime bien Eva Joly, le problème, c’est que vous votez pour une personne et non pour un programme. Eva Joly peut être aussi sympathique qu’elle veut, elle ne gouvernera pas seule et elle est mal entourée.

    Mélenchon lui se présente comme le porte-étendard des idées de gauche et de pas mal d’idées écolos. Aux prochaines présidentielles, je ne voterai pas pour un homme mais pour des idées, pour un programme, je voterai pour le programme du Front de Gauche.

  • kawouede
    kawouede répond à Don_Lorenjy
    • Posté à 21h45 le 27/02/2012
    • Internaute 27995

    Mélenchon n’est pas clair sur le nucléaire puisqu’il s’est allié à un parti, le PCF, encore majoritairement nucléophile. Les communistes ont le droit, de même qu’ils ont le droit de revendiquer un certain repli national au nom d’une « Europe sociale » qui ne viendra pas en claquant des doigts. Mais les écologistes qui rejoignent le Front de gauche devraient y réfléchir aussi.
    Pour moi, l’écologie politique est toujours portée par EELV même si la direction de ce parti a commis des fautes qu’il faudra remettre à plat une fois les élections passées. La première d’ailleurs a été d’aller faire une campagne présidentielle pour laquelle le programme écologiste n’est pas adapté, car l’homme providentiel ça ne nous convient pas. La seconde a été de négocier avec le PS un accord qui a donné l’impression que ce qui comptait, c’étaient les places (c’est un peu plus compliqué, et il faut rappeler ici que Mélenchon au sein du PS, mais aussi le PCF depuis des années, pratique largement ces petits marchandages avec le PS).

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