Mélenchon le mécréant et la « brûlure » de la foi
C’est peut-être l’interview de candidat à la présidentielle la plus intéressante de la semaine. L’interviewé s’appelle Jean-Luc Mélenchon et le journal, La Vie.
Dans cet entretien, l’ancien enfant de chœur parle de la foi, cette « brûlure » qui « vous laisse des marques que vous gardez toute votre vie » et peut « vous ouvrir les yeux sur une dimension du réel matériel auquel vous n’auriez jamais pensé ».
« J’étais le seul mécréant »
Il flatte les lecteurs de cet hebdomadaire chrétien, qu’il invite à ne pas avoir « honte de leurs idées » :
« Les gens qui ont la foi [...] se situent dans un espace comparable au mien, dans un domaine plus grand que soi [...]. J’ai plus de facilité à parler avec des chrétiens qu’avec des traders ! »
Il étend d’ailleurs sa conception de la laïcité à « l’obscurantisme mercantile », cette religion de substitution où la publicité a remplacé le curé.
Propos de campagne ? Pas seulement. Son intérêt pour le sujet sonne juste. Il explique qu’il connaît les cathos comme sa poche pour avoir milité à leurs côtés :
« Tous les hommes qui composaient ma section socialiste à la fin des années 70 à Montaigu venaient de l’Action catholique ouvrière. J’allais les chercher à la sortie de la messe. J’étais le seul mécréant ! »
Celui qui se définit comme « matérialiste » se vante de lire les encycliques et si, dans un meeting, il lui arrive de citer « saint Martin qui partage son manteau », c’est pour mieux l’opposer aux « chrétiens des croisades de madame Le Pen ».
« Eteindre moi-même la lumière »
Avec l’Eglise, sa première déception date du jour où sa mère, qui « chantait divinement » à la messe, a été privée de communion : elle venait de divorcer.
Il a fini par s’éloigner pour de bon. Comme Mitterrand, il croit aux « forces de l’esprit » :
« Chacun a un tribunal de sa conscience où se trouvent les êtres qu’il a aimés et qui ne sont plus là. »
En franc-maçonnerie, il se dit « croyant, mais pas pratiquant ». Il précise :
« J’ai le sentiment d’appartenir à une longue histoire, à laquelle avaient pris part mon père et mon grand-père. »
Ce chantre de la liberté de conscience voudrait l’exercer jusqu’au bout :
« Je voudrais pouvoir éteindre moi-même la lumière. A supposer que j’en sois empêché, j’aimerais être aidé à passer avec amour par une main fraternelle. C’est pourquoi je suis partisan du suicide assisté. »
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D’une manière générale, sur ces sujets-là, Mélenchon est beaucoup plus subtil et nuancé que ce qu’on pourrait croire à s’en tenir aux caricatures qui sont faites de lui. Pour ceux qui veulent s’en convaincre, les éditions Bruno Leprince ont publié un petit texte intitulé Laïcité : Réplique au discours de Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, ça ne coûte que 5 € et ça les vaut.




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