Revue de presse 24/02/2012 à 11h48

Mélenchon le mécréant et la « brûlure » de la foi

Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89


Capture d’écran de LaVie.fr et son entretien avec Jean-Luc Mélenchon (LaVie.fr)

C’est peut-être l’interview de candidat à la présidentielle la plus intéressante de la semaine. L’interviewé s’appelle Jean-Luc Mélenchon et le journal, La Vie.

Dans cet entretien, l’ancien enfant de chœur parle de la foi, cette « brûlure » qui « vous laisse des marques que vous gardez toute votre vie » et peut « vous ouvrir les yeux sur une dimension du réel matériel auquel vous n’auriez jamais pensé ».

« J’étais le seul mécréant »

Il flatte les lecteurs de cet hebdomadaire chrétien, qu’il invite à ne pas avoir « honte de leurs idées » :

« Les gens qui ont la foi [...] se situent dans un espace comparable au mien, dans un domaine plus grand que soi [...]. J’ai plus de facilité à parler avec des chrétiens qu’avec des traders ! »

Il étend d’ailleurs sa conception de la laïcité à « l’obscurantisme mercantile », cette religion de substitution où la publicité a remplacé le curé.

Propos de campagne ? Pas seulement. Son intérêt pour le sujet sonne juste. Il explique qu’il connaît les cathos comme sa poche pour avoir milité à leurs côtés :

« Tous les hommes qui composaient ma section socialiste à la fin des années 70 à Montaigu venaient de l’Action catholique ouvrière. J’allais les chercher à la sortie de la messe. J’étais le seul mécréant ! »

Celui qui se définit comme « matérialiste » se vante de lire les encycliques et si, dans un meeting, il lui arrive de citer « saint Martin qui partage son manteau », c’est pour mieux l’opposer aux « chrétiens des croisades de madame Le Pen ».

« Eteindre moi-même la lumière »

Avec l’Eglise, sa première déception date du jour où sa mère, qui « chantait divinement » à la messe, a été privée de communion : elle venait de divorcer.

Il a fini par s’éloigner pour de bon. Comme Mitterrand, il croit aux « forces de l’esprit » :

« Chacun a un tribunal de sa conscience où se trouvent les êtres qu’il a aimés et qui ne sont plus là. »

En franc-maçonnerie, il se dit « croyant, mais pas pratiquant ». Il précise :

« J’ai le sentiment d’appartenir à une longue histoire, à laquelle avaient pris part mon père et mon grand-père. »

Ce chantre de la liberté de conscience voudrait l’exercer jusqu’au bout :

« Je voudrais pouvoir éteindre moi-même la lumière. A supposer que j’en sois empêché, j’aimerais être aidé à passer avec amour par une main fraternelle. C’est pourquoi je suis partisan du suicide assisté. »

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  • thierry reboud
    • Posté à 12h04 le 24/02/2012
    • Internaute 20923

    D’une manière générale, sur ces sujets-là, Mélenchon est beaucoup plus subtil et nuancé que ce qu’on pourrait croire à s’en tenir aux caricatures qui sont faites de lui. Pour ceux qui veulent s’en convaincre, les éditions Bruno Leprince ont publié un petit texte intitulé Laïcité : Réplique au discours de Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, ça ne coûte que 5 € et ça les vaut.

  • defix
    defix
    Dessins de presse pas chers, (...)
    • Posté à 13h17 le 24/02/2012
    • Internaute 6431
      Dessins de presse pas chers, (...)
  • piecam
    piecam répond à thierry reboud
    capenoule
    • Posté à 14h41 le 24/02/2012
    • Internaute 60079
      capenoule

    D’une manière générale, Mélenchon s’inscrit dans la lignée de Marx qui est beaucoup plus subtil et nuancé que les caricatures de sa pensée qui ont pu en être faites.

    La misère religieuse est, d’une part, l’expression de la misère réelle, et, d’autre part, la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’une époque sans esprit. C’est l’opium du peuple.
    (Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel - 1843)

    Ce qui est un peu plus « subtil et nuancé » que : la religion, c’est l’opium du peuple.

    Ce en quoi, Mélenchon se démarque des lénino-staliniens laïquards et des critiques religio-crispés, réducteurs de pensée.

  • amarré
    amarré répond à piecam
    • Posté à 16h02 le 24/02/2012
    • 174877

    La citation est incomplète
    Marx poursuit :
    « L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence de son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc, en germe, la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. La critique a dépouillé les chaînes des fleurs imaginaires qui les recouvraient, non pour que l’homme continue à porter des chaînes sans fantaisie, désespérantes, mais pour qu’il rejette ces chaînes et cueille les fleurs vivantes. La critique de la religion détruit les illusions de l’homme pour qu’il pense, agisse, façonne sa réalité comme un homme sans illusions parvenu à l’âge de la raison, pour qu’il gravite autour de lui-même, c’est-à-dire de son soleil réel. La religion n’est que le soleil illusoire qui gravite autour de l’homme tant que l’homme ne gravite pas autour de lui-même. » (l’introduction à la Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel)
    S’alliant avec les débris du PCF, Mélenchon reprend leur politique habituelle de main tendue vers les chrétiens... tournant le dos à la pensée de Marx

  • piecam
    piecam répond à amarré
    capenoule
    • Posté à 16h25 le 24/02/2012
    • Internaute 60079
      capenoule

    Continuons...
    Et la première tâche de la philosophie, qui est au service de l’histoire, consiste, une fois démasquée l’image sainte qui représentait la renonciation de l’homme à lui-même, à démasquer cette renonciation sous ses formes profanes. La critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique.
    Ce qui appelle à une critique un peu plus constructive de la religion que le rejet pur et simple.
    Quant au PCF, dont je suis un débris encore vert, je suis assez bien placé pour dire que ses membres passés, mais un peu moins présents, ne comprenaient rien au « marxisme » (si on peut appeler sa philosophie comme ça).
    D’ailleurs, on peut se demander aussi si Lénine y avait compris quelque chose.