Tribune 24/02/2012 à 18h01

Eva Joly sur le halal : « Remettre l'animal au centre du débat »

Eva Joly | Candidate à l'élection présidentielle

Depuis quelques jours, Marine le Pen a tenté de mettre au cœur de la présidentielle un débat malsain. Elle s’est saisie de la souffrance animale uniquement pour stigmatiser la population musulmane. Cette méthode est dangereuse, non seulement parce qu’elle met en cause des citoyens, mais surtout parce qu’elle détourne l’attention de la cause animale. Je veux remettre l’animal au centre de ce débat.

En réduisant la souffrance animale à la seule technique de l’abattage, l’instrumentalisation frontiste est totale. Les pratiques brutales, cruelles, indignes que subissent les animaux vont en réalité des méthodes d’élevage à leur transport, de l’abattage bien sûr, à l’exploitation sauvage des bêtes dans les animaleries, les cirques ou encore à l’expérimentation dans la recherche scientifique.

Toute personne qui occulte ces aspects ne traite pas la souffrance animale dans son ensemble. L’élevage intensif, par exemple, illustre le rapport cruel que l’on entretient avec les animaux. Confinés dans des cages, mutilés, certains poulets ne voient jamais la lumière du jour. Des porcins, sevrés trop tôt, finissent par manger la queue de leur congénère. Pire que cela, l’élevage intensif amène à effectuer une sélection des races d’animaux les plus productives.

Le transport des animaux est lui aussi extrêmement choquant. Entassés comme une marchandise quelconque, les animaux sont maltraités pour accélérer chargement et déchargement.

Donner un nouveau statut à l’animal

Sans faire la liste effrayante de toutes les pratiques dégradantes pour les animaux, il convient d’élever le débat et de poser la question de la relation au vivant dans ce monde. Le modèle productiviste a contribué à occulter l’animal comme sujet et à le traiter de facto comme objet.

C’est pourquoi, avec les écologistes rassemblés autour de ma candidature, nous militons pour ne plus nous contenter de symboles. La protection des animaux ne doit pas simplement égayer une campagne ou servir de prétexte fallacieux à des candidatures en mal de combats, nous voulons que le droit des animaux devienne un enjeu national.

C’est pourquoi, je m’engage à donner un nouveau statut à l’animal, faisant passer celui-ci de « bien meuble » à celui d’être vivant tout simplement. C’est une question de bon sens qui ne peut qu’amener à grandir l’humanité.

Le droit à un repas végétarien équilibré

Il existe des méthodes de production, des pratiques d’élevage, des normes plus respectueuses du vivant et du bien-être des animaux. Mais il faut aller au-delà et questionner notre consommation de viande et notre régime alimentaire. Si certains continuent à manquer de tout, les Françaises et les Français en général mangent une quantité de viande bien supérieure aux standards d’une alimentation saine.

C’est aussi cette surconsommation qui enferme l’élevage, le transport ou l’abattage des animaux dans une logique industrielle, qui rime bien souvent avec souffrance. Ainsi, lutter contre la souffrance animale, c’est aussi garantir à chacune et chacun, dans la restauration collective, le droit à un repas végétarien équilibré.

J’appelle les Françaises et les Français sincèrement préoccupés par la question de la souffrance animale à dénoncer la manipulation de Marine Le Pen et à élever le débat. C’est à cette condition que le débat présidentiel fera avancer la cause animale plutôt que la haine de l’autre.

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  • ATWA
    ATWA
    Etudiant
    • Posté à 18h55 le 24/02/2012
    • Internaute 131646
      Etudiant

    Tout d’abord, merci Mme Joly d’enfin sortir du silence sur cette question, de mettre un terme au doute planant (même si certains subsistent... j’y reviendrai), et d’affirmer vos convictions et votre projet présidentiel pour la cause animale.
    Je suis sûr maintenant que vous avez conscience de l’enjeu que cela représente !

    Néanmoins vos positions claires et engagées dans cette tribune ne coïncident pas avec votre interview à Rue89 en juin dernier qui avait vexé plus d’un militant (de la protection animale et même d’EELV !). Vous n’abordez pas la corrida et la chasse dans votre tribune, mais la remise en cause du statut de l’animal imposera forcément de réfléchir à ces deux questions. La corrida n’est qu’une dérogation à la reconnaissance de la souffrance animale. C’est à mon avis la raison qui fait que plus personne n’ose modifier la loi relative aux animaux afin d’éviter de remettre en question le loisir tauromachique...
    Je serai ravi que vous nous disiez que la réflexion a mûri chez vous sur ces sujets depuis juin 2011. Je crois que nous sommes sur la bonne voie pour bien nous entendre (vous et les militants de la protection animale).
    Les personnes qui se soucient vraiment de la souffrance animale iront au delà des prétextes religieux pour dénoncer les souffrances animales. Même si Marine Le Pen a instrumentalisé le rite halal (mais le casher est tout aussi concerné) la question de la souffrance endurée par les animaux doit se poser quand même ! Vous n’êtes pas sans ignorer que de nombreux pays de l’UE ont interdit cette pratique... Cela mérite au moins d’y réfléchir, et d’au moins indiquer aux consommateurs ce qu’ils achètent.

  • David Chauvet
    David Chauvet
    Juriste
    • Posté à 19h46 le 24/02/2012
    • Expert 89141
      Juriste

    Chère Eva Joly,

    Permettez-moi de vous féliciter.

    Ces déclarations, manifestement consécutives à un recadrage, n’en sont pas moins à votre honneur.

    Ces derniers temps, vous avez multiplié sans réserves les bourdes sur la condition animale, allant même jusqu’à prétendre sur Europe 1, le 22 février dernier, que l’animal ne souffre pas lorsqu’il est tué selon les rites halal ou casher.

    Vous exprimez dans cet article une prise de position plus constructive, en montrant vos bonnes intentions en matière alimentaire, que nous connaissions déjà mais qu’il devenait urgent pour vous de réaffirmer.

    Nous savons tous l’importance que la question alimentaire revêt quant aux souffrances des animaux, concernant lesquelles vous affichez enfin quelque préoccupation durant cette campagne. Il est certain que Madame Le Pen, à la fois pro-chasse et pro-élevage, ne pourra vous concurrencer sur ces points.

    Que n’auriez-vous dû comprendre tout cela plus tôt. A quelques mois des élections, on peut douter qu’un article sur Rue89, aussi honorable soit ce média, suffise à inverser l’image désastreuse que vous laissez auprès des défenseurs des animaux.

    Il faudrait un engagement fort, comme revenir sur vos réserves concernant l’abolition de la corrida et de la chasse à courre, que vous avez fait passer derrières les susceptibilités régionalistes chères à EELV.

    Des propositions de lois d’abolition sont, rappelons-le, sur les rails depuis longtemps. Ces questions ont le soutien de la majorité des français. Qu’attendez-vous ?

  • borntobegreen
    borntobegreen
    antispeciste
    • Posté à 08h36 le 25/02/2012
    • 182099
      antispeciste

    Merci Eva, vous remontez bien haut dans mon estime en abordant enfin un sujet sur lequel on vous avait peu entendu.
    Regarder un animal se faire égorger à vif est ignoble, regarder un animal se faire tirer une cartouche dans la tête et se faire égorger, c’est tout aussi ignoble... il ne faut pas se tromper de débat...
    Le système de « production » de la viande est devenu irrationnel et omet totalement les valeurs éthiques, écologiques et sanitaires. Il suffit de faire une recherche « pourquoi devenir végétarien » sur le web et on comprend bien vite qu’il devient essentiel de diminuer drastiquement la consommation d’animaux.
    le problème, ce n’est pas la viande Halal, le problème c’est la viande !

  • Eva Joly
    Eva Joly répond à ATWA
    Auteur(e) de l'article Candidate à l'élection (...)
    • Posté à 08h46 le 25/02/2012
    • Internaute 171968
      Candidate à l'élection (...)

    Je vous remercie de ce message.
    Je ne pourrais revenir sur ce que j’ai déclaré à Rue89 en juin dernier et notamment sur la corrida ou la chasse à cour en particulier car il fallait rappeler que ce n’était plus l’heure des questions symboliques mais l’ensemble des traitements qui devaient être revus. Mais vous avez raison, la création d’un statut du vivant posera nécessairement ces questions, qui selon moi, devront être tranchés par les populations locales concernées sous forme de référendum.
    Il convient évidemment d’établir un système de transparence des abattoirs pour un meilleur respect des normes sanitaires, nous voyons depuis quelques jours trop de chiffres farfelus sortir de nul part. La création et le respect d’un label d’élevage et d’abattage en rapport avec cette question devront aussi être mis sur la table.

  • Eva Joly
    Eva Joly répond à David Chauvet
    Auteur(e) de l'article Candidate à l'élection (...)
    • Posté à 09h08 le 25/02/2012
    • Internaute 171968
      Candidate à l'élection (...)

    Cher David,

    Longtemps la dimension politique de ces questions ne m’a même pas effleurée. Puis en rentrant en écologie, j’ai compris que le règne sans partage de l’humain au détriment de la nature et des animaux était porteur de destruction.

    Le sort des animaux laisse indifférent, dès lors que l’on sort des cercles de militants. Au mieux, ceux qui ont des animaux domestiques s’émeuvent du sort des animaux abandonnés. Mais le sort des animaux d’élevage est un point aveugle de la pensée politique.

    Aujourd’hui, mes propositions sont devant vous, si je n’ai pas souhaité revenir sur la corrida ou la chasse à cour en particulier, c’est que je ne veux pas être la candidate des positions symboliques mais bien celle qui relance le débat de l’ensemble des mauvais traitements faits aux animaux.