Eva Joly sur le halal : « Remettre l'animal au centre du débat »
Depuis quelques jours, Marine le Pen a tenté de mettre au cœur de la présidentielle un débat malsain. Elle s’est saisie de la souffrance animale uniquement pour stigmatiser la population musulmane. Cette méthode est dangereuse, non seulement parce qu’elle met en cause des citoyens, mais surtout parce qu’elle détourne l’attention de la cause animale. Je veux remettre l’animal au centre de ce débat.
En réduisant la souffrance animale à la seule technique de l’abattage, l’instrumentalisation frontiste est totale. Les pratiques brutales, cruelles, indignes que subissent les animaux vont en réalité des méthodes d’élevage à leur transport, de l’abattage bien sûr, à l’exploitation sauvage des bêtes dans les animaleries, les cirques ou encore à l’expérimentation dans la recherche scientifique.
Toute personne qui occulte ces aspects ne traite pas la souffrance animale dans son ensemble. L’élevage intensif, par exemple, illustre le rapport cruel que l’on entretient avec les animaux. Confinés dans des cages, mutilés, certains poulets ne voient jamais la lumière du jour. Des porcins, sevrés trop tôt, finissent par manger la queue de leur congénère. Pire que cela, l’élevage intensif amène à effectuer une sélection des races d’animaux les plus productives.
Le transport des animaux est lui aussi extrêmement choquant. Entassés comme une marchandise quelconque, les animaux sont maltraités pour accélérer chargement et déchargement.
Donner un nouveau statut à l’animal
Sans faire la liste effrayante de toutes les pratiques dégradantes pour les animaux, il convient d’élever le débat et de poser la question de la relation au vivant dans ce monde. Le modèle productiviste a contribué à occulter l’animal comme sujet et à le traiter de facto comme objet.
C’est pourquoi, avec les écologistes rassemblés autour de ma candidature, nous militons pour ne plus nous contenter de symboles. La protection des animaux ne doit pas simplement égayer une campagne ou servir de prétexte fallacieux à des candidatures en mal de combats, nous voulons que le droit des animaux devienne un enjeu national.
C’est pourquoi, je m’engage à donner un nouveau statut à l’animal, faisant passer celui-ci de « bien meuble » à celui d’être vivant tout simplement. C’est une question de bon sens qui ne peut qu’amener à grandir l’humanité.
Le droit à un repas végétarien équilibré
Il existe des méthodes de production, des pratiques d’élevage, des normes plus respectueuses du vivant et du bien-être des animaux. Mais il faut aller au-delà et questionner notre consommation de viande et notre régime alimentaire. Si certains continuent à manquer de tout, les Françaises et les Français en général mangent une quantité de viande bien supérieure aux standards d’une alimentation saine.
C’est aussi cette surconsommation qui enferme l’élevage, le transport ou l’abattage des animaux dans une logique industrielle, qui rime bien souvent avec souffrance. Ainsi, lutter contre la souffrance animale, c’est aussi garantir à chacune et chacun, dans la restauration collective, le droit à un repas végétarien équilibré.
J’appelle les Françaises et les Français sincèrement préoccupés par la question de la souffrance animale à dénoncer la manipulation de Marine Le Pen et à élever le débat. C’est à cette condition que le débat présidentiel fera avancer la cause animale plutôt que la haine de l’autre.
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Etudiant
Etudiant
Tout d’abord, merci Mme Joly d’enfin sortir du silence sur cette question, de mettre un terme au doute planant (même si certains subsistent... j’y reviendrai), et d’affirmer vos convictions et votre projet présidentiel pour la cause animale.
Je suis sûr maintenant que vous avez conscience de l’enjeu que cela représente !
Néanmoins vos positions claires et engagées dans cette tribune ne coïncident pas avec votre interview à Rue89 en juin dernier qui avait vexé plus d’un militant (de la protection animale et même d’EELV !). Vous n’abordez pas la corrida et la chasse dans votre tribune, mais la remise en cause du statut de l’animal imposera forcément de réfléchir à ces deux questions. La corrida n’est qu’une dérogation à la reconnaissance de la souffrance animale. C’est à mon avis la raison qui fait que plus personne n’ose modifier la loi relative aux animaux afin d’éviter de remettre en question le loisir tauromachique...
Je serai ravi que vous nous disiez que la réflexion a mûri chez vous sur ces sujets depuis juin 2011. Je crois que nous sommes sur la bonne voie pour bien nous entendre (vous et les militants de la protection animale).
Les personnes qui se soucient vraiment de la souffrance animale iront au delà des prétextes religieux pour dénoncer les souffrances animales. Même si Marine Le Pen a instrumentalisé le rite halal (mais le casher est tout aussi concerné) la question de la souffrance endurée par les animaux doit se poser quand même ! Vous n’êtes pas sans ignorer que de nombreux pays de l’UE ont interdit cette pratique... Cela mérite au moins d’y réfléchir, et d’au moins indiquer aux consommateurs ce qu’ils achètent.




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