la campagne à vélo 23/02/2012 à 18h06

Marcel : « On n'aurait pas pollué la terre, on ne serait plus paysan »

Raphaël Krafft | Journaliste
Alexis Monchovet | Journaliste

Les deux journalistes de La Campagne à vélo se sont arrêtés à Bure, dans la Meuse. Une commune animée par un projet d’enfouissement de déchets nucléaires. Agriculteur à la retraite, Marcel, 75 ans, a une vision de l’écologie toute relative.


Des éoliennes, à deux pas du futur site d’enfouissement de déchets nucléaires de Bure (Raphaël Krafft)

« Bure stop », lit-on sur le bitume. Il ne nous en fallait pas plus pour obtempérer : la nuit approche, les pluies seront vite verglaçantes et notre destination du jour, Domrémy-la-Pucelle (Vosges), est encore distante d’une trentaine de kilomètres.

On se dit que c’est peut-être sur ces rondes collines qui dominent le pays meusien que Jeanne d’Arc a entendu les voix divines. Aujourd’hui, cette terre pauvre et caillouteuse accueille des éoliennes. Et, bientôt, des déchets radioactifs.

« Bure Stop », c’est le nom de l’association qui a racheté et retapé une « maison de résistance à la poubelle nucléaire » dans cette commune d’une centaine d’habitants. Laquelle maison serait habitée à l’année, nous a-t-on soufflé. Avec le bilan carbone qui est le nôtre, nul doute que nous y seront accueillis à bras ouverts.

Porte close à la maison des antinucléaire

Postés à l’entrée du village, deux agriculteurs nous donnent une idée de l’ambiance des lieux : « Nous, on n’a pas de lit », lâchent-ils pour couper court à toute idée fantaisiste que nous pourrions avoir.

« Mais vous pouvez toujours essayer de sonner à la porte du Marcel, ce serait bien le genre, il habite à côté de la maison des écolos. »


A notre arrivée, « la maison de la résistance à la poubelle nucléaire » est fermée (Raphaël Krafft)

Voilà la fameuse « maison des écolos », un corps de ferme situé en plein village, entre le cimetière et le monument aux morts. Nous y trouvons porte close. Personne. Au bout du fil, un dénommé Maxime, membre de l’association Bure Stop, ne peut rien faire pour nous. La nuit commence à tomber.

« Au fait, connaissez-vous Marcel ?

– Oui, c’est notre voisin. Mais ne comptez pas sur lui pour vous loger, ce n’est pas le genre. »


Marcel et Monique nous ont tout de suite accueillis chez eux (Raphaël Krafft)

Qu’à cela ne tienne, nous fonçons chez Marcel. A notre grande surprise, l’affaire est réglée en un rien de temps : consultée du regard par son époux, Monique donne son accord après une inspection rapide de nos mines, dans le vacarme des aboiements de leur chienne Dora. « Et ça tombe bien parce que j’étais justement en train de préparer des crêpes », nous crie-t-elle.

« Vous avez de la chance, parce qu’elle n’ouvre pas sa porte à tout le monde ! », précise Marcel. La maîtresse des lieux acquiesce :

« C’est vrai mais puisqu’il n’y a personne à la maison des écolos, vous n’aurez qu’à coucher au sous-sol. Vous n’allez pas nous manger la nuit ! »

Marcel, un agriculteur écolo mais pragmatique

Nous dormirons dans la chambre de leur fille cadette, qui a depuis longtemps quitté le foyer pour s’installer à Paris, où elle travaille « dans l’informatique ». Les draps en lin ont dû être battus pendant des générations au lavoir, ils sont bordés-serrés comme chez grand-mère. Il fait une chaleur étouffante chez Marcel et Monique. Le four à bois duquel ressort un enchevêtrement de tuyaux destinés à chauffer toute la maison fait la fierté de Marcel, qui se présente à nous comme un « agriculteur écolo ».

Ecolo mais pragmatique. En vue de sa retraite et de l’installation programmée du site de déchets radioactifs sur la commune, Marcel a vendu toutes ses terres à la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), presque au double du prix du marché. Ce qui lui a valu d’être traité de traître par ses voisins militants. Comment a-t-il pu vendre ces terres que sa famille laboure depuis des générations ? Il ironise :

« La terre, la terre... Les jeunes s’en foutent maintenant ! J’en ai racheté de bien meilleures du côté de Bar-le-Duc pour mon fils. Et puis je vais vous dire, mon grand-père a été blessé à Verdun en 1916 et aujourd’hui ma fille se marie avec un Allemand, alors vous savez la terre… »

« Moi je dis “pas ici, ailleurs je m’en fous !” »

L’art du paradoxe. Les groupes d’intérêt public créés pour arroser la région de subventions ont financé 80% du prix du ravalement de sa maison, ainsi que celle qu’il loue de l’autre côté de la rue. Mais Marcel demeure résolument opposé au site d’enfouissement de déchets radioactifs et peste contre les réverbères allumés jusque tard depuis que l’Agence nationale de gestion des déchets radioactifs (Andra) est arrivée dans la région. Sa position s’avère toutefois plus nuancée que celle de ses voisins écolos :

« Les écolos disent “ni ici, ni ailleurs”. Moi je dis “pas ici, ailleurs je m’en fous !”. Qu’ils les mettent en Sibérie par exemple, il n’y a personne là-bas. »

Le repas n’a pas commencé que nous nous mettons à douter des convictions écologistes de Marcel. Nous l’interrogeons sur ses intentions de vote, sur Eva Joly notamment :

« Le problème avec Eva Joly, c’est les pesticides. Vous savez, on n’aurait pas pollué la terre, on ne serait plus paysan. »

Texte  : Raphaël Krafft. Vidéo : Alexis Monchovet.

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  • P.E. Schwartz
    P.E. Schwartz
    étudiant
    • Posté à 19h44 le 23/02/2012
    • Internaute 162168
      étudiant

    de plus en plus, en lisant rue89, je me pose cette question : « mais c’est quoi cet article ? quel est l’intérêt ? pourquoi ? » sérieusement, il y a deux parties dans cet article :
    -la première nous fait comprendre que les écolos de bure n’existent pas, plus. (ont-ils seulement existé ?)
    -la seconde nous donne l’avis de marcel
    chouette. qui se soucis de l’avis de marcel. perso j’attends d’un journaliste qu’il fasse autre chose que me donner l’avis de marcel. par exemple (juste une piste, je ne suis pas journaliste) une enquête sur comment un lobby (nucléaire) finance des régions désertées par l’Etat. est ce son rôle ? est ce acceptable ?
    en attendant on a l’avis de marcel...merci

  • Jerome_B
    Jerome_B répond à P.E. Schwartz
    • Posté à 09h25 le 24/02/2012
    • Expert 81512

    C’est un instantané, une image ponctuelle de quelques français d’aujourd’hui tel qu’on les connaît tous (ou presque ....).
    C’est une manière de montrer comment se font les opinions politiques chez un sujet particulier ... ça n’a évidemment pas valeur d’absolu ou d’analyse mais ce n’est pas inintéressant .....

  • Zéro plus Zéro
    Zéro plus Zéro
    La tete a Toto
    • Posté à 11h22 le 24/02/2012
    • 182033
      La tete a Toto

    L’ensemble de « l’article » produit un certain malaise.
    La vidéo est particulièrement édifiante.... quant à la morgue hautaine et méprisante du « journaliste », qui a sans doute l’impression d’être incisif et sans concessions (plus facile de l’être avec un agriculteur âgé pris de court par l’avalanche et l’agressivité des questions, qu’avec un politicien rompu au débat d’idées et à la rhétorique), quand il bouscule son interlocuteur par des questions biaisées. L’article prétend que Marcel « se présente à nous comme un “ agriculteur écolo ” ». La vidéo montre un journaliste qui demande s’il est « du genre écolo » au vieil homme qui vient de leur ouvrir la porte, lequel répond vaguement « Ben oui, plutôt »... Lors de l’interview, les propos de Marcel « vous », « les écolos » indiquent nettement qu’il ne s’associe pas spontanément au mouvement écologiste (une analyse lexicale minimale suffit).

    Mais le « journaliste », l’estomac bien plein des plats qui lui ont été généreusement servis, s’efforce de le coincer d’un ton hautain et agressif autour de la contradiction entre rejet des déchets nucléaires et utilisation de pesticides. Hum, les déchets nucléaires, potentiellement radioactifs pendant des centaines d’années sont-ils tout-à-fait comparables avec les pesticides (eux-mêmes imposés par les firmes de l’industrie chimique) ? Le journaliste se pose en juge : « remarque, vous avez largement contribué à la polluer pendant 60 ans.... » Quelles étaient les politiques agricoles mises en place en France avant le récent boom des cultures bio ? A partir de quel niveau de rendements son exploitation est-elle rentable ?

    Le journaliste ne pose pas ces questions mais se contente de se poser lui-même en garant bien pensant de l’idéal moral (bobo bio) « mais en même temps, y a de nouvelles formes d’agriculture »... Sans avoir un minimum défriché le terrain : quel pourcentage l’agriculture bio représente-t-elle en France ? Quelles répercussions sur la productivité, les volumes et coût de production si ce modèle était généralisé ? Faudrait-il avoir davantage recours à l’importation ? (Vive le déficit de la balance commerciale !) Quelles répercussions sur les prix ? Qui en France peut se permettre de se nourrir exclusivement avec des produits bio ? Facile de piéger quelqu’un, de le tancer et le moraliser, quand on ne connaît rien au secteur en question, et que l’on ne fait pas même l’effort d’évaluer toutes les implications de la question qu’on pose !

  • Pascal Riché
    Pascal Riché répond à P.E. Schwartz
    Redchef Rue89
    • Posté à 12h14 le 24/02/2012
      éditeur
    • Journaliste 7
      Redchef

    Je ne comprends pas bien ces critiques.
    On reproche trop souvent aux journalistes de ne pas bouger leurs fesses pour aller voir ce qui se passe en dehors du périph’. Pour une fois, vous avez deux journalistes qui s’y collent, à vélo pour faciliter le contact, avec un format joyeux et une approche plutôt tendre des français... La campagne est l’occasion de prendre le poul de ce pays. A leur façon, Raphaël et Alexis le font, par petite touches ils dressent un tableau de la France non parisienne. Le journalisme, ce n’est pas seulement des interviews d’experts, des résumés de PV d’instruction ou des collections de petites phrases.

  • Pascal Riché
    Pascal Riché répond à Zéro plus Zéro
    Redchef Rue89
    • Posté à 12h23 le 24/02/2012
      éditeur
    • Journaliste 7
      Redchef

    Vous lisez, je crois, ce que vous avez envie de lire. Je ne trouve pas que Marcel ait été piégé. Le regard des deux journalistes est plutôt tendre et compréhensif. Et l’article n’est pas du tout méchant à son endroit, au contraire. C’est une toute petite facette de la France qui est montrée ici. Facette par facette, étape par étape, Alexis et Raphaël dressent un tableau qui, au final sera j’en suis sûr très éclairant.

  • Vinny
    Vinny répond à Pascal Riché
    • Posté à 13h50 le 24/02/2012
    • Internaute 26623

    Ce que vous dites est globalement censé, notamment sur la nécessité pour les journalistes d’aller sur le terrain. En cela le concept de ce binôme à vélo est même doté d’un potentiel énorme. Mais sur cet article, force est de constater que ce n’est pas le cas, P.E. marque clairement un point car ce texte reste en surface si bien qu’il ne sert plus à rien, encore un peu et on se croirait sur un blog voyage...
    Je pense que sur ce coup, Raphaël et Alexis auraient pu passer un peu plus de temps à Bure, quelques jours au moins, le temps de concocter un véritable article sur la situation de cette bourgade, avec des vrais morceaux d’information dedans, au lieu de raconter des impressions et des petits instants de vie somme toute assez insignifiants.

  • FireCrunch
    FireCrunch répond à P.E. Schwartz
    we are legion...
    • Posté à 15h18 le 24/02/2012
    • Internaute 164531
      we are legion...

    Vous ne lisez que ce qui vous intéresse sans cherchez à comprendre, l’article vient de deux journaliste qui parcourent la France en vélo tout en effectuant un sondage d’opinion sur les divers sujets qui sont ou vont être débattu pendant les présidentielles.
    Marcel n’est qu’un riverain qu’ils rencontrent parmi tant d’autre, en plus clair pour vous cet article est un passage de leur carnet de voyage...
    maintenant si vs n’êtes pas content de l’article et que vs voudriez du sang, du suspense, des morts, des arnaques à hautes échelles, vs n’avez qu’a faire vos propres investigations au lieux de critiquer le travail de gens serieux...