Roman photo 20/02/2012 à 18h37

Dans un bus UMP, à la recherche du Sarkozy de 2007

Audrey Cerdan | Photographe Rue89

Partis de Carpentras, les militants UMP du Vaucluse s’imaginaient retrouver leur « machine de guerre », pour son premier meeting de campagne à Marseille.

(De Carpentras et Marseille) On passerait par-là sans savoir, impossible de deviner que c’est la fédération UMP du Vaucluse qui se salue, s’embrasse et blague.

« J’ai mis un peu de rouge pour tromper l’ennemi. Toi, tu as gardé ta cravate bleue ? »

Pas de vêtement à message, ni badge ni logo UMP sur des drapeaux et encore moins de chants à la gare routière de Carpentras, dimanche midi.


Montée dans le bus (Audrey Cerdan/Rue89)

A l’aller

Deux bus de militants vauclusiens sont au départ de Carpentras pour aller assister au premier grand meeting de Nicolas Sarkozy – on m’installe dans le second : il sera plus « dynamique ».

On démarre. Valérie, 44 ans, assistante parlmentaire de Jean-Michel Ferrand (député UMP de la troisième circonscription du Vaucluse), organise le voyage. Elle prend le micro.

« Bon, on va voir notre candidat à Marseille, on va arriver vers 14 heures. On espère qu’il va venir. »

« Et Carla ! » lance-t-on à l’avant.

Candidat, « Sarkozy est enfin libre ! »

Je demande à Florent, 20 ans, Jeune pop assis tout seul à l’avant, la différence entre le Sarkozy président et le Sarkozy candidat qu’ils vont voir.

« Le candidat, c’est le vrai Nicolas Sarkozy, sans contrainte, avec sa vraie personnalité. Il va montrer à nouveau qui il est.

Quand on est président, le poids de la fonction est trop important. C’est un carcan, on ne peut pas être soi-même. »


Florent, 20 ans, Jeune populaire (Audrey Cerdan/Rue89)

Sandrine, commerçante de 43 ans, ajoute avec impatience :

« Il est enfin libre ! Il était enfermé dans le protocole, maintenant il va redevenir lui-même. Enfin, il va répondre aux adversaires et sortir tous ses atouts. »

Ils voudraient revoir, tout à l’heure, le Nicolas Sarkozy de 2007, la « machine de guerre », celui qui les fait vibrer en meeting. Oublier un peu ce Président coincé dans sa fonction, qui « ne peut pas cogner ».


Au fond du bus (Audrey Cerdan/Rue89)

Mais comment allez-vous faire campagne avec le bilan du quinquennat ? On me demande de quoi je parle.

« Il est bon le bilan, la France a avancé. »

« C’était une crise terrible, ça, il n’y est pour rien. Mais on n’est pas dans la situation de la Grèce, et ça c’est grâce à lui. »

Et surtout :

« Il va passer grâce à la crise. On ne change pas de capitaine dans la tempête. »

Ce qu’on entendra reformulé dans la bouche du candidat deux heures plus tard.

« Les gens sont des crêpes, il faut pilonner »

A l’arrière, Marc et Sandrine, les yeux sur leurs iPhone et BlackBerry, parlent réseaux sociaux :

« Vous assistez en direct à la création du compte Twitter de monsieur. Il faut être partout pendant la campagne, comme Nicolas Sarkozy. »

Le fond du bus réplique :

« Ah oui, Twitter, c’est comme ça que tu apprends que DSK est en cabane, c’est ça ? »

Création de compte Twitter dans le bus pour Marseille (Audrey Cerdan/Rue89).

Récemment créé, le compte Twitter du président-candidat inspire et questionne. Sandrine, qui a des comptes Facebook et Twitter depuis « un bail », fait du prosélytisme.

« Franchement entre 2007 et maintenant, c’est la même chose pour les militants, sauf qu’il y a le Web pour faire campagne.

Sur Facebook, j’ai un compte militant, avec 2 500 amis. Pas que des UMP : des hésitants, des centristes, même des gens qui votent FN, donc c’est une vitrine pour convaincre.

Je poste les bons articles de presse, mais ce qui marche le mieux, ce sont les photos avec un commentaire : ça, ça se partage beaucoup. »


Marie (Audrey Cerdan/Rue89)

Pour ne pas prêcher que les convaincus, Marie, ancienne comptable, procède autrement.

« J’utilise beaucoup le site OVS (pour “On va sortir !”) pour aller au théâtre ou faire des randonnées. Là, je rencontre toutes sortes de gens. Quand on commence à avoir des affinités, je parle politique, j’explique. A force de démonstrations, les gens comprennent.

Ça a marché avec une amie FN, elle a fini par dire que j’avais raison, qu’il fallait garder celui-ci. Il faut arriver à capter les indécis, qui ne savent pas où ils en sont, ni comment ça fonctionne. Mais les gens sont des crêpes, il faut pilonner, jamais lâcher, revenir plusieurs fois. »


Valérie (Audrey Cerdan/Rue89)

On approche de Marseille, Valérie reprend le micro.

« Il y a beaucoup de monde déjà là-bas, on n’aura pas de places assises. Mais il fait 14° C, sortez les maillots ! »

Le bus grommelle.

« On est venus pour le voir en vrai, Nicolas ! »

Et à nouveau :

« Carla, aussi ! »

Le meeting

Arrivés au parc Chanot, quelques drapeaux français se déplient, mais toujours pas de sigle UMP. Les militants vauclusiens se pressent jusqu’à l’entrée, le groupe se disperse dans la foule.

Arrivée à Marseille (Audrey Cerdan/Rue89).

Quelques-uns se retrouvent pendant le discours de Nicolas Sarkozy, debout devant un écran. Quelques applaudissements, un regard admirateur parfois, des sourires. On ne discute pas beaucoup, on écoute.

Pendant le meeting (Audrey Cerdan/Rue89).

Thierry, 42 ans, assistant parlementaire de Jean-Michel Ferrand (comme Valérie) prend sa jeune fille sur ses épaules pour qu’elle puisse voir le Président.

« Une fois, j’ai eu une conversation avec lui »

Le meeting terminé, Roger, directeur de société à la retraite, regrette de n’avoir pu approcher le Président :

« Parfois, il est plus abordable, on arrive même à discuter. Une fois, j’ai eu une conversation avec lui, on a parlé photo. »

Le petit groupe traîne un peu, histoire de voir si le candidat se dirige vers eux. Peine perdue. Retour au bus.

Au retour


Discussions sur la route du retour (Audrey Cerdan/Rue89)

Sur la route du retour, les adjectifs ne manquent pas pour raconter le meeting. « Beau », « bien structuré », « clair », « convaincant », « courageux », « franc », « déterminé », « combatif », « lucide »...

Olivier, conseiller municipal de Carpentras, trouve la formule :

« Il nous avait habitué à la passion. Il y ajoute la raison. On peut dire aussi l’émotion. »


Thierry et sa fille (Audrey Cerdan/Rue89)

Thierry, à côté de sa fille qui s’endort, nuance un meeting bleu-blanc-rouge exempt de tout symbole UMP.

« On voit qu’il est sortant, il fait moins de militantisme. Ça manquait de moments forts pour les militants : il ne veut pas rentrer dans le jeu politique UMP. Au niveau de l’ambiance, ça se ressent. Quand les gens se mettent à applaudir, il les arrête, il stoppe. C’est l’habitude de la fonction. Il se force à ne pas être l’homme d’un camp contre un autre, ne pas être l’homme d’un parti. »


Au retour vers Carpentras (Audrey Cerdan/Rue89)

Si le tant aimé Nicolas Sarkozy de 2007 tarde à refaire surface, personne ne se montre déçu. Au fond du bus :

« Nous on est contents, mais les journalistes sont de gauche, donc on sait très bien ce qui va en ressortir. »

« On est crevés mais on va poster sur Facebook »

Arrivée à Carpentras.

« On est crevés, mais on ne va pas dormir tout de suite. On va poster sur Facebook et regarder le JT. »


Sandrine et Marc à l’arrivée à Carpentras (Audrey Cerdan/Rue89)

MERCI RIVERAINS ! Malène
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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 19h57 le 20/02/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    et le chauffeur du bus ? il en pense quoi ? content d’avoir voyagé avec un autocollant sur son pare brise ou bien ça a été pour lui un boulot comme un autre, mal payé, mais peut être un peu plus le dimanche ?

  • Pas tripette.
    Pas tripette.
    Si j'aurais su, j'aurais po lu.
    • Posté à 20h09 le 20/02/2012
    • Internaute 117974
      Si j'aurais su, j'aurais po lu.

    .

  • Tmal
    Tmal
    Parti rider...
    • Posté à 22h07 le 20/02/2012
    • Internaute 112672
      Parti rider...

    Et ben c’est pas compliqué ! Je leur ai retrouvé, moi, leur Sarko de 2007 ! Merci qui ?

  • Guiome414
    Guiome414
    Archimaginatif
    • Posté à 09h53 le 21/02/2012
    • Internaute 150103
      Archimaginatif

    « On ne change pas de capitaine dans la tempête. »

    Ah si si, on peut.