Philippe Poutou : « Il faut dégager Sarkozy dès le premier tour »
Face aux riverains de Rue89, le candidat fustige « la bande » au pouvoir, rappelle les bases de la révolution et s’exprime sans pudeur sur les difficultés du NPA.
Philippe Poutou arrive pile à l’heure, accompagné de deux autres militants du NPA. L’un tient le rôle d’attaché de presse, alors que le second restera dans l’encadrement de la porte : c’est le garde du corps, car « on ne sait jamais », dit Philippe Poutou.
Quand il est à Paris, l’ouvrier de chez Ford-Blanquefort a un emploi du temps minuté. Ce Girondin au regard clair est bavard une fois lancé : il déroule un projet révolutionnaire (abolition de la propriété privée, de la prison, de la brigade anticriminalité, etc.) qui n’a pas bougé depuis que le Grand Soir est promis. Lui y croit, à ce Grand Soir, mais sans faire de pronostic. Il s’amuse :
« 2012, c’est la fin du monde qu’ont prévu les Mayas, c’est peut-être la fin du monde capitaliste, c’est peut-être ça qui va se passer le 21 décembre... »
Il a un léger accent du Sud-Ouest et une franchise certaine, parfois désarmante. Ainsi quand il déballe, sans fausse pudeur, les difficultés de son parti :
« C’est vrai qu’on perd des militants. Depuis trois ans, on va de déception en déception. »
Le Front de Gauche, force d’appoint du PS
Au moment de notre interview, il y avait plus de 300 commentaires sous l’appel à questions lancé aux riverains. Un thème revenait : l’alliance des forces de « la gauche de la gauche » afin de peser plus dans le débat de la présidentielle.
Poutou voit dans le Front de Gauche une force d’appoint du PS et lui reproche de ne pas rejeter le capitalisme.
« Le Front de Gauche, ce n’est pas la révolution sociale, c’est la révolution par les urnes – c’est même leur slogan –, ce n’est pas que le peuple renverse le capitalisme. Ils ne sont pas anticapitalistes, Mélenchon le dit lui-même. »
C’est par ce thème que l’entretien commence. Il sera aussi question, pêle-mêle, de Lejaby, Voltaire, Louise Michel, Porto Alegre ou Rosa Luxembourg.
- Pourquoi pas d’alliance avec LO et FDG ?
- Le PS et les 500 parrainages
- Quelles nouvelles institutions en cas d’élection ?
- Sa candidature va-t-elle ruiner le NPA ?
- Le refus de personnaliser la candidature
- La mutation de la LCR en NPA est-elle un échec ?
- La crise renforce le Front national
- Le programme du NPA
- La révolution, le Grand Soir, est-ce pour bientôt ?
Commençons par les questions les plus nombreuses.
- Protagoras : pourquoi ne rejoignez-vous pas le Front de Gauche ? J’ai lu les programmes du FDG et du NPA et je ne vois pas d’orientation différentes.
- Iguane Crevée : pourquoi ne faites-vous pas cause commune avec Nathalie Arthaud de Lutte ouvrière ?
- Lebondoscié : tous ces gens jusqu’aux Verts n’ont aucune volonté de réunir leurs forces.
Philippe Poutou : C’est toujours délicat de commencer en essayant de s’expliquer par rapport aux autres, en se justifiant d’exister. Le plus simple est de défendre nos idées et ensuite de discuter de ce qui nous différencie des autres mais là, ça commence comme ça.
Il y a des points communs entre le FDG et nous, et entre LO et nous. Sur les revendications, sur le constat de la crise et de l’appauvrissement et même, sur certaines solutions. La différence, elle est au niveau stratégique et des perspectives politiques. Ce qui nous distingue du FDG, c’est qu’il se prépare à avoir des perspectives du côté du PS. Participer à un gouvernement socialiste, Mélenchon dit qu’il n’ira pas mais le PC n’exclut pas une nouvelle gauche plurielle.
Nous, on dit qu’il n’y a rien à attendre de François Hollande. On ne fait aucune confiance au PS. Tant que la stratégie n’est pas claire de ce côté là, on ne va se faire embarquer, on ne veut pas entrer dans cette logique de soutien au PS, au niveau des candidatures aux législatives. C’est le cas aujourd’hui dans les régions, les élus du FDG ont voté partout les budgets avec le PS. Et les budgets, nous, on les dénonce. Ce sont des millions donnés aux grandes entreprises capitalistes : c’est, même sur les cantines scolaires ou les transports publics, des choix qu’on ne partage pas.
Nous on pense qu’il faut une stratégie de rupture avec le PS et ça veut dire une indépendance totale. La question qui se pose c’est celle de l’unité dans les combats sociaux, comment on peut faire pression par en bas.
Comment peut-on arriver un jour à imposer une vraie politique de gauche ? C’est ça qu’il faut qu’on arrive à discuter et le FDG ne discute pas clairement.
Il y a aussi des divergences dans les revendications. Le drapeau bleu-blanc-rouge et la Marseillaise dans les meetings, ça n’est pas possible pour nous : on est internationalistes, on n’est pas républicains ou cocardiers, c’est quelque chose qui nous sépare.
La question de l’écologie et du nucléaire, la sortie de la dette, on n’est pas d’accord, on est pour l’annulation de la dette et l’arrêt du paiement des intérêts de la dette.
Sur les licenciements, l’interdiction des licenciements boursiers du FDG n’a pas de sens pour nous : on est contre les licenciements tout court.
De l’extérieur, peut-être que les gens ne perçoivent pas ça... Nous, on voudrait pouvoir dire que dès le 1er tour, il faut dégager Sarkozy en disant clairement dès maintenant qu’on n’a pas confiance dans le PS. Cette voix-là est hyper importante, on doit y être pour dire ça.
Ça n’empêche pas qu’il y ait des discussions et un débat politique avec le FDG et LO sur les perspectives. Ou dès maintenant d’ailleurs : on pense qu’il faut organiser la riposte contre l’austérité.
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Relativiste relatif
Relativiste relatif
> Rue89 : Concrètement, si vous êtes élu président...
> Ça fait sourire à chaque fois quand on dit ça...
Et voila, tout est dit. Le NPA ne se présente pas pour gagner, mais juste pour foutre le bordel. ALors certes, c’est marrant un moment le bordel, ça fait plaisir aux rebelles qui se cachent en nous, et ça flatte le ras-le-bol global contre le gouvernement actuel, mais ça va pas plus loin.
Au moins, au FdG, ils ne sourient pas a cette pensée. Ils la préparent activement, meme s’ils n’ont, malheureusement, pas une grosse chance de l’emporter.




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