Face aux riverains 08/02/2012 à 19h32

Philippe Poutou : « Il faut dégager Sarkozy dès le premier tour »

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89
Louis Lepron | Journaliste

Face aux riverains de Rue89, le candidat fustige « la bande » au pouvoir, rappelle les bases de la révolution et s’exprime sans pudeur sur les difficultés du NPA.


Philippe Poutou à la rédaction de Rue89, le 7 février 2012 (Louis Lepron)

Philippe Poutou arrive pile à l’heure, accompagné de deux autres militants du NPA. L’un tient le rôle d’attaché de presse, alors que le second restera dans l’encadrement de la porte : c’est le garde du corps, car « on ne sait jamais », dit Philippe Poutou.

Quand il est à Paris, l’ouvrier de chez Ford-Blanquefort a un emploi du temps minuté. Ce Girondin au regard clair est bavard une fois lancé : il déroule un projet révolutionnaire (abolition de la propriété privée, de la prison, de la brigade anticriminalité, etc.) qui n’a pas bougé depuis que le Grand Soir est promis. Lui y croit, à ce Grand Soir, mais sans faire de pronostic. Il s’amuse :

« 2012, c’est la fin du monde qu’ont prévu les Mayas, c’est peut-être la fin du monde capitaliste, c’est peut-être ça qui va se passer le 21 décembre... »

Il a un léger accent du Sud-Ouest et une franchise certaine, parfois désarmante. Ainsi quand il déballe, sans fausse pudeur, les difficultés de son parti :

« C’est vrai qu’on perd des militants. Depuis trois ans, on va de déception en déception. »

Le Front de Gauche, force d’appoint du PS

Au moment de notre interview, il y avait plus de 300 commentaires sous l’appel à questions lancé aux riverains. Un thème revenait : l’alliance des forces de « la gauche de la gauche » afin de peser plus dans le débat de la présidentielle.

Poutou voit dans le Front de Gauche une force d’appoint du PS et lui reproche de ne pas rejeter le capitalisme.

« Le Front de Gauche, ce n’est pas la révolution sociale, c’est la révolution par les urnes – c’est même leur slogan –, ce n’est pas que le peuple renverse le capitalisme. Ils ne sont pas anticapitalistes, Mélenchon le dit lui-même. »

C’est par ce thème que l’entretien commence. Il sera aussi question, pêle-mêle, de Lejaby, Voltaire, Louise Michel, Porto Alegre ou Rosa Luxembourg.

  1. Pourquoi pas d’alliance avec LO et FDG ?
  2. Le PS et les 500 parrainages
  3. Quelles nouvelles institutions en cas d’élection ?
  4. Sa candidature va-t-elle ruiner le NPA ?
  5. Le refus de personnaliser la candidature
  6. La mutation de la LCR en NPA est-elle un échec ?
  7. La crise renforce le Front national
  8. Le programme du NPA
  9. La révolution, le Grand Soir, est-ce pour bientôt ?

Commençons par les questions les plus nombreuses.

  • Protagoras  : pourquoi ne rejoignez-vous pas le Front de Gauche ? J’ai lu les programmes du FDG et du NPA et je ne vois pas d’orientation différentes.
  • Iguane Crevée : pourquoi ne faites-vous pas cause commune avec Nathalie Arthaud de Lutte ouvrière ?
  • Lebondoscié : tous ces gens jusqu’aux Verts n’ont aucune volonté de réunir leurs forces.

Philippe Poutou : C’est toujours délicat de commencer en essayant de s’expliquer par rapport aux autres, en se justifiant d’exister. Le plus simple est de défendre nos idées et ensuite de discuter de ce qui nous différencie des autres mais là, ça commence comme ça.

Il y a des points communs entre le FDG et nous, et entre LO et nous. Sur les revendications, sur le constat de la crise et de l’appauvrissement et même, sur certaines solutions. La différence, elle est au niveau stratégique et des perspectives politiques. Ce qui nous distingue du FDG, c’est qu’il se prépare à avoir des perspectives du côté du PS. Participer à un gouvernement socialiste, Mélenchon dit qu’il n’ira pas mais le PC n’exclut pas une nouvelle gauche plurielle.

Nous, on dit qu’il n’y a rien à attendre de François Hollande. On ne fait aucune confiance au PS. Tant que la stratégie n’est pas claire de ce côté là, on ne va se faire embarquer, on ne veut pas entrer dans cette logique de soutien au PS, au niveau des candidatures aux législatives. C’est le cas aujourd’hui dans les régions, les élus du FDG ont voté partout les budgets avec le PS. Et les budgets, nous, on les dénonce. Ce sont des millions donnés aux grandes entreprises capitalistes : c’est, même sur les cantines scolaires ou les transports publics, des choix qu’on ne partage pas.

Nous on pense qu’il faut une stratégie de rupture avec le PS et ça veut dire une indépendance totale. La question qui se pose c’est celle de l’unité dans les combats sociaux, comment on peut faire pression par en bas.

Comment peut-on arriver un jour à imposer une vraie politique de gauche ? C’est ça qu’il faut qu’on arrive à discuter et le FDG ne discute pas clairement.


Philippe Poutou à la rédaction de Rue89, le 7 février 2012 (Louis Lepron)

Il y a aussi des divergences dans les revendications. Le drapeau bleu-blanc-rouge et la Marseillaise dans les meetings, ça n’est pas possible pour nous : on est internationalistes, on n’est pas républicains ou cocardiers, c’est quelque chose qui nous sépare.

La question de l’écologie et du nucléaire, la sortie de la dette, on n’est pas d’accord, on est pour l’annulation de la dette et l’arrêt du paiement des intérêts de la dette.

Sur les licenciements, l’interdiction des licenciements boursiers du FDG n’a pas de sens pour nous : on est contre les licenciements tout court.

De l’extérieur, peut-être que les gens ne perçoivent pas ça... Nous, on voudrait pouvoir dire que dès le 1er tour, il faut dégager Sarkozy en disant clairement dès maintenant qu’on n’a pas confiance dans le PS. Cette voix-là est hyper importante, on doit y être pour dire ça.

Ça n’empêche pas qu’il y ait des discussions et un débat politique avec le FDG et LO sur les perspectives. Ou dès maintenant d’ailleurs : on pense qu’il faut organiser la riposte contre l’austérité.

La stratégie du NPA, la question de LO et du FDG

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  • -Protagoras-
    -Protagoras-
    Relativiste relatif
    • Posté à 19h59 le 08/02/2012
    • Internaute 161557
      Relativiste relatif

    > Rue89 : Concrètement, si vous êtes élu président...
    > Ça fait sourire à chaque fois quand on dit ça...

    Et voila, tout est dit. Le NPA ne se présente pas pour gagner, mais juste pour foutre le bordel. ALors certes, c’est marrant un moment le bordel, ça fait plaisir aux rebelles qui se cachent en nous, et ça flatte le ras-le-bol global contre le gouvernement actuel, mais ça va pas plus loin.

    Au moins, au FdG, ils ne sourient pas a cette pensée. Ils la préparent activement, meme s’ils n’ont, malheureusement, pas une grosse chance de l’emporter.

  • Noureka
    Noureka
    Etudiante
    • Posté à 20h53 le 08/02/2012
    • Internaute 111635
      Etudiante

    Merci pour cette belle idée, d’un monde profondément différent.
    Car, comme vous le précisez à maintes reprises, ce que vous souhaitez au NPA ce n’est pas un changement par le haut avec des lois, des négociations entre dirigeants de pays qui se mettent d’accord etc... Mais un changement par le bas. Un changement en profondeur, qui balaierait l’état du monde actuel. Redémarrer sur de nouvelles bases.
    C’est sans doute une utopie, car je crois que nous sommes trop nombreux pour parvenir à une révolte globale. Trop nombreux pour pouvoir s’écouter, pour pouvoir entendre toutes les voix. Mais c’est grâce à des personnes qui croient en ces utopies que, petit à petit, les choses avancent.
    Je vous souhaite de tout coeur d’obtenir les 500 signatures car vous êtes nécessaires au débat politique.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 22h05 le 08/02/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Après avoir lu l’intégralité de l’intervention de Poutou, j’ai eu une larme à l’œil et un frisson m’a parcouru le dos. Je me suis revu à la fête de l’Huma en 1972 avec The Who en vedette sur la scène principale de la Courneuve et Marchais au micro, tous les PC du monde étaient présents, la vodka Russe était de première. Bref, j’avais 22 ans, la lutte des classes et l’internationale avait un sens.
    La lutte des classes ?
    « La question, ce n’est pas que l’un ou l’autre arrive au pouvoir, c’est une question de pouvoir collectif, de pouvoir de la population, des habitants, des salariés, c’est la véritable démocratie. »
    Les salariés, à part ceux qui ont reçu une culture politique, une infime minorité, ils en ont rien à battre du pouvoir, ce qu’ils veulent c’est que le pouvoir répartisse équitablement les richesses qu’ils produisent.
    Le combat international ouvrier ?
    Avec la circulation de l’information tout un chacun peut voir que les luttes sont ailleurs et que les asiatiques où les tunisiens, égyptiens, libyens et maintenant syriens ont certainement plus de choses à nous apprendre que nous n’avons à leur apporter.
    Bref Poutou, le NPA et toute l’extrême gauche devraient mette à jour leurs logiciels de lutte des classes, ils sont complètement dépassés dans le fond et dans la forme

  • hneet
    hneet
    • Posté à 22h30 le 08/02/2012
    • Internaute 154584

    Passants de la rue, merci d’éviter les commentaires non constructifs...

    Je comprend mieux les raisons du rejet de l’alliance avec le FdG.
    Par contre j’ai pas compris pourquoi pas d’alliance avec la LCR.

  • oestler
    oestler
    ouvrier
    • Posté à 23h10 le 08/02/2012
    • Internaute 131015
      ouvrier

    Je n’ai jamais aimé les dogmes et je trouve que le NPA s’attache à des dogmes pour penser. Et puis se présenter à une élection pour dire qu’on veut la révolution, c’est comme spéculer pour être contre la spéculation. Je trouve sympathique Mr Poutou mais il s’accroche au rêve que le monde est uniforme, que les gens sont uniformes dans leurs désirs, dans leurs façons de réagir. Le constat devrait être simple : un vote égale un vote, qu’on soit privilégié ou pas. C’est au gens de se prendre en main et ne pas attendre une hypothétique étincelle révolutionnaire.

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur répond à padiran
    Working Class Blero
    • Posté à 08h59 le 09/02/2012
    • Internaute 164574
      Working Class Blero

    Ce sont les intérets économiques qui gouvernent la diplomatie mondiale et notre « démocratie » nationale, ce sont des lobbies économiques qui fournissent à nos députés des amendements clé en main, ce sont les courants conservateurs de cette économie qui ne veulent pas de proportionnelle « trop paralysante et incertaine à leurs yeux ».
    L’appât du gain si on le laisse faire atteint à nos libertés comme il atteint à nos démocraties, par sa simple existence. La loi commune doit être plus forte que l’intéret économique qui profite au bout de la chaîne à quelques uns.
    La lutte pour le partage des richesses est une lutte de classes, même si ce mot est trop connoté aujourd’hui. Les tenants ne veulent rien lâcher aux aspirants de l’égalitaire donc deux solutions les urnes ou le coup de force, Poutou ne choisit pas vraiment entre les deux.
    La stratégie du NPA est incompréhensible et inconstante, donc totalement out, mais Poutou a une analyse respectable, faite de constats flagrants, même si je ne voterai pas pour lui.

  • Bob Moog
    Bob Moog répond à -Protagoras-
    Voltage Controlled
    • Posté à 10h59 le 09/02/2012
    • Internaute 136928
      Voltage Controlled

    Pour ma part, je suis arrivé comme d’habitude après la bataille mais une question me taraude en lisant tout ça : à quoi sert de voter pour lui même si on en crève d’envie.

    Parce que visiblement ça ne servira même pas à lui rembourser sa campagne vu que les 5% paraissent difficilement atteignables, comme d’habitude d’ailleurs avec le NPA/LCR.

    Pour une fois je ne voterai pas LCR/NPA, et pourtant je trouve les réponses de Philippe particulièrement limpides à des questions claires. Mais j’ai cru comprendre en filigranes dans ses propos qu’il fallait voter Hollande dès le premier tour, pour éliminer sarko coute que coute sans tenter le moindre risque. Lui n’est là que pour nous rappeler qu’à l’heure du bilan, on ne pourra pas dire que personne n’avait constaté la léthargie de notre Société amorphe.

  • Bernardo Zorro
    Bernardo Zorro répond à Bob Moog
    Il était une fois dans le Sud- (...)
    • Posté à 11h05 le 09/02/2012
    • 176980
      Il était une fois dans le Sud- (...)

    « Mais j’ai cru comprendre en filigranes dans ses propos qu’il fallait voter Hollande dès le premier tour, pour éliminer sarko coute que coute sans tenter le moindre risque »

    C’est pas du tout ça, relisez... : -)

  • jpouille
    jpouille
    Fils du vent
    • Posté à 11h48 le 09/02/2012
    • Internaute 31114
      Fils du vent

    Mais mettez-vous avec Mélenchon, sans déconner les gars ! Oubliez les pseudos gaucho du PS et rejoignez Mélenchon. Un grand front de gauche pour balayer une droite divisée et un FN qui n’est pas sur d’avoir toutes ses signatures (quoique à chaque élection c’est pareil, ils font leur pleureuse et comme par magie ils les ont...) et pour faire pression sur un PS trop timoré.