L'édito 13/01/2012 à 10h27

Pourquoi Sarkozy s'aventure-t-il vers le mariage homosexuel ?

Pascal Riché | Redchef Rue89


La une de Libération du 13 janvier 2012 

Selon Libération, qui le tient de « plusieurs députés » de l’UMP, Nicolas Sarkozy pourrait inclure le mariage gay dans son programme électoral.

Une telle annonce, après celle sur la taxe Tobin – elle aussi lancée par des « proches » – peut surprendre : Nicolas Sarkozy était jusque-là hostile à une telle réforme, et le président ne se place pas précisément sur le terrain de son électorat naturel, le conservateur d’âge mûr. Il risque même de fâcher certains de ses électeurs attachés aux valeurs morales traditionnelles, pour ne pas dire homophobes.

Que cherche-t-il dans cette affaire ? A faire plaisir à Carla Bruni son épouse, aile gauche du couple présidentiel ? L’hypothèse est trop courte.

On peut en faire une autre : en lançant des ballons d’essai sur le mariage gay ou la taxe Tobin, Sarkozy applique la tactique de la « triangulation “. C’est un truc imaginé par les stratèges de Bill Clinton, qui sera imité par Tony Blair et bien d’autres par la suite. Il s’agit de piquer au camp adverse quelques idées, quelques slogans, pour l’empêcher d’exister. Ainsi, vous occupez entièrement l’espace médiatique (les médias se passionnent pour les prises de position inattendues) et vous rendez muet l’adversaire. Vous l’asphyxiez. Vous apparaissez de surcroît comme étant ‘au dessus’ du clivage gauche-droite.

Une ‘triangulation’ pour asphyxier l’adversaire

Bill Clinton a le premier utilisé cette tactique pour sa réélection en 1996, sous l’influence de son conseiller Dick Morris. ‘L’ère des gouvernements dépensiers est terminée’, avait-il par exemple lancé, reprenant une obsession républicaine. Les républicains étaient alors bien embarrassés.

Ce vendredi matin, sur France inter, bien embarrassé aussi était le socialiste Laurent Fabius, pourtant un politicien plus qu’aguerri, lorsqu’il a été interrogé sur le projet de Nicolas Sarkozy de réformer le mariage. Il est resté muet, rappelant seulement que c’était une idée des socialistes. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, homosexuel, n’a pu qu’exprimer sa colère, dénonçant sur Canal+ un coup ‘électoraliste’.

Nicolas Sarkozy est dans une situation comparable à celle dans laquelle était Clinton en 1996. Avec toutefois une vraie différence : les électeurs de gauche de Bill Clinton étaient captifs. Dans un système bipartite, le président américain ne prenait pas grand risque à les bousculer : ils n’allaient pas voter pour Bob Dole ! Dans le cas de l’élection française de 2012, c’est très différent. Les électeurs homophobes peuvent, par agacement, aller voter François Bayrou, Marine Le Pen ou Christine Boutin.

On ne voit pas pourquoi Nicolas Sarkozy prendrait sciemment un tel risque, à moins d’imaginer un calcul cinq bornes complètement tordu (exemple : je donne une dynamique à Bayrou qui va finir par bouffer Hollande, mais qui n’aura pas les voix de gauche au second tour ; ou alors : je prépare un nouveau 21 Avril avec Marine Le Pen, seule façon pour moi de gagner... ).

L’hypothèse la plus simple, c’est qu’il n’a pas conscience du danger que représente pour lui sa tactique ‘triangulatoire’. Après tout, ceux qui crient au génie électoral de Sarkozy ne le font que sur la base d’une seule campagne, celle de 2007. Il a perdu toutes les élections, sans exception, qui se sont déroulées sous son mandat (sans parler de l’élection de 1995 ou du référendum de 2005).

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  • vinz26
    vinz26
    Artiste du dimanche
    • Posté à 11h22 le 13/01/2012
    • Internaute 115286
      Artiste du dimanche

    Hum, juste pour dire au gaucho de rue89 qu’il me semble qu’on puisse être contre le mariage gay sans être homophobe... Il suffit pour cela d’être pour une conservation du mariage comme institution assurant la reproduction humaine dans un cadre familiale patriarcal.

    J’espère seulement que les homosexuels ont encore le choix de leur opinion et qu’ils peuvent ne pas être pour l’idéologie libérale sexuelle qui possèdent les mêmes défauts que sa grande soeur économique.

    Le communautarisme et l’amalgame, c’est vraiment pas qu’une spécialité de droite...

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working Class Blero
    • Posté à 11h27 le 13/01/2012
    • Internaute 164574
      Working Class Blero

    A trop chercher ou troubler les électeurs socialistes, il risque aussi d’envoyer ses fans conservateurs (et tous les vieux terrorisés qui ont été son électorat principal de 2007 ) dans les bras des petis gars de la Marine.
    Puis, il peut appliquer toutes les stratégies qu’il veut, il nous prouve juste sa totale absence de programme ou d’idées nouvelles et un cynisme éhonté qui s’accorde parfaitement avec les coups de com récents pleins d’esbrouffe (sale mec, la guerre) ou le vidage des poubelles (DSK) qu’il peut encore nous sortir de sa manche d’ici avril. *
    La peur de la défaite ou l’appel du vide.
    Quelle vacuité finalement derrière ce pseudo activisme...

  • vinz26
    vinz26 répond à yabon
    Artiste du dimanche
    • Posté à 13h22 le 13/01/2012
    • Internaute 115286
      Artiste du dimanche

    C’est son utilité et origine historique pour moi au lieu de la changer, il faudrait mieux accorder aux homosexuels et aux couples moderne une union institutionnelle nouvelle. En plus, cette nouvelle institution pourrait très bien s’avérer meilleur, plus utile et plus moderne. Le film montrant notamment des mariages en CDD en Iran pourrait donner beaucoup d’idée pour une nouvelle institution.

    Lien

    Tout le monde y trouverait son compte. C’était un peu le but du PACS mais il s’avère un peu trop froid, léger et administratif. Il peut cependant, très bien s’améliorer.

    La volonté des gays à vouloir impérativement le « mariage », malgré des possibilités d’union assuré par l’état, relève véritablement d’une fronde contre les origines religieuses et historiques de celui-ci, une bonne vieille lutte communauté/communauté, ce que je déteste.