« Boutique » 04/01/2012 à 11h03

A EELV : « On est pauvres alors certains pensent qu'on truande »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


José Bové, Dominique Voiynet, Eva Joly, Cécile Duflot et Noël Mamère le 1er décembre 2011à Paris (Charles Platiau/Reuters)

Bien obligé de mettre ses slogans en cohérence avec ses actes, Europe Ecologie - Les Verts va peut-être devoir faire la lumière sur sa comptabilité. Cela fait déjà des mois que des critiques sur la gestion du Parti par l’actuelle direction pointent en interne.

Cette fois, c’est la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) qui a émis des « réserves » et retoqué une partie des remboursements au Parti.

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Dans son dernier rapport, elle pointe notamment la hausse de 221% sur un an des facturations aux candidats. Le montant s’établit à 2 820 167 euros en 2010, un chiffre très supérieur aux autres partis (par exemple, pour le Parti socialiste, ce poste s’élève à peine plus d’1 million d’euros).

La Commission, qui n’a pas de pouvoir d’enquête, relève qu’il faut veiller à ce que « le système de remboursement des dépenses électorales mis en place par le législateur n’aboutisse pas à la mise en place de procédés de financement public supplémentaires des partis politiques. »

En plus clair :

« La réalisation de prestations intellectuelles ont donc vocation à être intégrées dans le compte de campagne du candidat. »

« Une petite boutique qui a traversé une crise de croissance »

Mickaël Marie, qui était trésorier national du Parti sur la période concernée, fait valoir :

« Europe Ecologie - Les Verts est une petite boutique qui a traversé une crise de croissance. La Commission a pointé le risque que certaines prestations vendues aux candidats soient surfacturées car elles sont faites en interne, mais si on avait fait appel à de grosses agences de com comme les autres partis, elle n’aurait rien dit.

Sauf que nous n’avons pas les moyens avec un budget global de seulement 6 millions d’euros. Rappelons qu’en 2010, nous avons eu les élections régionales et cantonales, où nous avons présenté plus de candidats que jamais.

C’est fascinant comme parce qu’on est pauvres certains pensent qu’on truande. »

« Certains », c’est un petit noyau de nouveaux venus dans le Parti, et souvent proches de Pierre Larrouturou, l’économiste issu du PS et qui a récemment démissionné.

Une motion « censurée » en octobre

Hugues Bonneville est entré à EELV il y a un an et demi pour porter la question de la transparence et les conflits d’intérêts en politique. Très déçu, il a posé de nombreuses questions restées sans réponses, comme :

  • Pourquoi certains prestataires du Parti ont des liens privilégiés avec la direction en place ?
  • Que fait le centre de formation du Parti (le Cédis, dont Jean-Vincent Placé était directeur jusqu’il y a peu) des bénéfices accumulés grâce à l’argent des élus ?

Puis, dans l’espoir d’insuffler « un changement radical de pratiques », il a proposé au conseil fédéral du mois d’otobre, le parlement du Parti, une motion demandant un audit externe et l’adoption de mesures pour lutter contre les conflits d’intérêts.

Cette motion, portée par Felipe de la Roche, a été selon ses auteurs « censurée » alors que ce sujet est « l’ADN de l’écologie politique ».

Eva Joly : « Je peux demander un audit externe »

Philippe Meirieu, président du conseil fédéral, conteste toute « censure » et concède, après le rapport de la CNCCFP :

« Si cela s’avère nécessaire, on n’exclut pas un audit externe. Mais il faut d’abord laisser travailler la commission Finances qui doit présenter de premières conclusions au prochain conseil fédéral à la fin du mois de janvier.

Si cette commission, plurielle et indépendante, conclut que tout va bien, on en restera là. Si elle met le doigt sur des choses embêtantes ou qu’on a des incertitudes, on verra comment les éclaircir. »

L’idée d’une déclaration d’intérêts est selon lui « recevable ».

Eva Joly, qui base sa campagne sur l’éthique, nous avait répondu sans s’être plongée dans le sujet, mais par principe :

« Si nécessaire, je peux demander un audit externe. »

Comme le dit Felipe de la Roche :

« Ce serait montrer à la société qu’on accorde nos actes et nos paroles. »

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  • cactusun
    cactusun
    retraité
    • Posté à 11h56 le 04/01/2012
    • Internaute 50486
      retraité

    C’est vrai que la tentation de surfacturer des dépenses qui seront rembourser, ou tout simplement d’intégrer dans des commandes des frais non liés à une campagne, ça s’est déjà vu.

    Ensuite, la première éthique serait de respecter ses propres statuts, Et là, Mamère, par exemple, a fait avaler de nombreuses couleuvres éthiques aux membres de son parti.

  • Johnfante
    Johnfante
    Energies Vertes
    • Posté à 11h58 le 04/01/2012
    • Internaute 62204
      Energies Vertes

    Ca fait un peu penser aux comptes de la campagnes de 1995 où ceux de Balladur et Chirac ont été acceptés mais pas celui de Jacques Cheminade.
    Il semble qu’il soit toujours plus facile de s’attaquer aux faibles qu’aux puissants.
    Il n’en demeure pas moins que EELV et les autres partis ont le devoir d’être exemplaires quelque soit la représentation qu’ils revendiquent.

  • Pas lolo
    Pas lolo répond à Autist Reading -
    fasciné
    • Posté à 12h40 le 04/01/2012
    • Internaute 29635
      fasciné

    Non, ils ne sont quand même pas suicidaire. Pour la présidentielle ils vont faire assez sobre.
    Lien
    Y a d’autres sources qui indiquent que les instances ont bien conscience du risque et vont limiter le nombre de meetings.

    C’est pour les autres élections où ils sont sur d’être remboursés qu’ils facturent trois fois plus à leurs candidats que le PS.

  • Pas lolo
    Pas lolo
    fasciné
    • Posté à 12h48 le 04/01/2012
    • Internaute 29635
      fasciné

    « Rappelons qu’en 2010, nous avons eu les élections régionales et cantonales, où nous avons présenté plus de candidats que jamais. »
    « Le montant s’établit à 2 820 167 euros en 2010... (... pour le Parti socialiste, ce poste s’élève à peine plus d’1 million d’euros). »

    Les verts ont présentés 3 fois plus de candidats que le PS ?

    « Si cela s’avère nécessaire, on n’exclut pas un audit externe. Mais il faut d’abord laisser travailler la commission Finances qui doit présenter de premières conclusions au prochain conseil fédéral à la fin du mois de janvier. »

    Encore à huis clos le prochain conseil fédéral, comme le dernier ?

    C’est quand même dommage, les mecs sont de sacrés comiques. Et comme au final on pait, en tant que contribuables, on aurait quand même droit, nous aussi, de se marrer un peu.

    Un audit externe si nécessaire ? Je reconnais bien là le souci de transparence des Verts.
    Perso, je propose qu’on refasse l’audit des centrales nucléaires. On le confie à EDF, avec « audit externe pas exclu si nécessaire ».
    Pareil pour le CE de la RATP, « audit externe pas exclu si nécessaire ».

    Quant à EVA qui « peut demander un audit externe ». Je confirme, elle peut demander. Pas vrai, Jean-Vincent, qu’elle peut demander ?

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 17h25 le 04/01/2012
    • Internaute 125168
      Changer le monde, c'est se (...)

    On croyait les écolos différents ! Non, ce parti est un joyeux bordel à l’image de notre monde et notre société. Parler c’est bien, mais par ces temps de disette on aurait aussi besoin de comptables et sur ce coup, ils ne montrent pas l’exemple.