16/12/2011 à 19h45

De Rama Yade à François Fillon, pour ou contre les parachutages ?

François Krug | Journaliste Rue89

Une candidate même pas inscrite sur les listes électorales locales (Rama Yade), un Premier ministre cherchant un point de chute (François Fillon), une étoile montante préférée à une députée sortante (Cécile Duflot)... Les parachutages pour les législatives de 2012 relancent le débat : un député peut-il être légitime sans ancrage local ?

La liste des parachutages – et des polémiques – est longue, de Paris à... Pékin. Exemples :

POUR

Un député n’est pas censé représenter les habitants d’une circonscription, mais tous les Français. C’est un principe fondateur de la République. La Constitution de 1791 explique ainsi :

« Les représentants nommés dans les départements ne seront pas représentants d’un département particulier, mais de la Nation entière [...]. »

Il ne faut pas confondre ce mandat national avec un mandat local. Le Code électoral fixe d’ailleurs des règles très différentes :

  • pour se présenter aux cantonales ou aux municipales, il faut habiter ou payer des impôts dans le département ou la commune, ce qui permet aussi d’être inscrit sur les listes électorales ;
  • rien de tel pour les législatives : Rama Yade, par exemple, peut très bien se présenter aux législatives à Colombes même si elle vit, paie ses impôts et vote à Paris.

Pour représenter la nation, donc, la compétence et les idéaux politiques sont plus importants que la géographie. Après tout, les territoires sont déjà représentés au Parlement par les sénateurs, qui sont désignés par les élus locaux.

Bien sûr, un député s’intéresse quand même aux questions locales. Justement, un parachuté d’envergure nationale peut être utile aux habitants. Les Corrèziens ne se plaignent pas d’avoir accueilli un futur président, Jacques Chirac, et peut-être même un second, François Hollande.

CONTRE

Depuis la Révolution, les enjeux ont tout de même un peu évolué. La France s’est décentralisée. Défendre les intérêts locaux, ce n’est pas forcément nier ceux de « la Nation entière », comme on pouvait le penser en 1791.

Justement, qui maîtrise mieux les intérêts locaux qu’un local ? Un parachuté, quel que soit son talent, n’a ni cette connaissance du terrain, ni la légitimité acquise par des années de militantisme auprès des habitants.

C’est ce que Danièle Hoffman-Rispal, députée socialiste de Paris, explique dans une lettre à Martine Aubry, dévoilée par Rue89. Le PS a cédé sa circonscription à Cécile Duflot. La députée sortante se représentera quand même :

« Ces difficultés [du quartier, ndlr], depuis 2002, je les porte à l’Assemblée nationale [...]. Etre député, cela dépasse le champ des compétences fixées par la Constitution. Etre député, c’est tisser un lien entre les velours de l’hémicycle et les pavés des faubourgs. »

Rachida Dati, elle-même parachutée à la mairie du VIIème arrondissement en 2008, évoque aussi la légitimité locale dans une lettre violente à François Fillon, publiée par Le Monde :

« [Votre candidature] est le retour d’une manière de faire de la politique, celle qui soumet les règles et les usages aux pressions de l’ambition solitaire des puissants, celle des appareils politiciens [...]. »

Un député a une autre raison de défendre ceux qui l’ont élu : ce sont aussi eux qui décideront de le réélire... ou non.

L’expérience du socialiste Vincent Peillon devrait inciter les parachutés à la prudence. Elu dans la Somme en 2002, il a privilégié son rôle de législateur, jusqu’à voter un texte limitant l’ouverture de la chasse. Les chasseurs de la Somme ne le lui ont pas pardonné. Aujourd’hui député européen, il peut enfin se présenter sans risques comme un représentant de la France entière... et pas seulement d’une circonscription.

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  • 101.7
    101.7
    Promeneur
    • Posté à 20h27 le 16/12/2011
    • Internaute 59121
      Promeneur

    Il y a pas mal de poids lourds politiques qui, sans parachutes risquent de s’écraser lamentablement dans quelques mois.

    Il est grand temps de revoir tous ces mécanismes de passe-droits et de favoritisme pour enfin avoir des personnes qui s’investissent dans la vraie politique, celle qui est au service des citoyens et ps au service des personnes qui prétendent les représenter.

  • cousinmachin
    cousinmachin répond à pablico
    humaniste misanthrope
    • Posté à 21h29 le 16/12/2011
    • Internaute 166102
      humaniste misanthrope

    La politique ne devrait pas être un métier. Deux mandats de cinq ans,différents et non renouvelables, point barre. Ça aurait l’avantage de rapprocher (entre autres) l’assemblée nationale et la société réelle. Mais va falloir faire le ménage nous-même parce que ce n’est pas cette bande de parasites qui va voter ce type de loi...

  • yabon
    yabon
    Klingon
    • Posté à 22h46 le 16/12/2011
    • Internaute 98602
      Klingon

    Avec la proportionnelle intégrale, plus de circonscriptions, donc plus de parachutages. Et ils n’auront plus d’excuses pour l’absentéisme pour voter les textes et contrôler l’action du gouvernement et de l’administration.

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 23h22 le 16/12/2011
    • Expert 24356
      Chercheur

    D’accord avec certains commentaires plus haut. Ce qui me choque, c’est le cumul des mandats (et des salaires qui vont avec), pas le parachutage.
    Dans n’importe quel métier, vous avez le droit de changer de ville et de déménager sans qu’on vous accuse de quoi que ce soit. Ces accusations de parachutages fleurent la xénophobie. En plus, ça cache bien souvent la défense de systèmes clientélistes avec des députés qui s’accrochent à leur siège comme une moule à son rocher.

  • MeLgO
    MeLgO
    sarcastique désenchanté
    • Posté à 12h28 le 17/12/2011
    • Internaute 171616
      sarcastique désenchanté

    Je ne vois pas pourquoi les parachutages sont si critiqués. Peut importe que cet élu soit quelqu’un « du cru ». Son boulot consiste à siéger à l’Assemblée et à voter des lois Nationales. Dans ce cadre il rentre dans le jeu des partis politiques et je préfère avoir un député parachuté qui défend des idées politiques proches des miennes qu’un véritable « gars de chez nous ». Et puis ça permet de trouver des sièges à des personnalités du monde politique qui vivent toutes principalement à Paris la majorité de l’année. Il n’y aurait pas assez de circonscriptions pour tous ces prétendants.

    Certains vont me dire que ça serait l’occasion de voir émerger une nouvelle génération de politiques. C’est pas faux...

    J’ai un anecdote à ce sujet : un ami vivant en Ardèche m’a raconté que son député se serait vanté à une époque d’être le député qui avait le plus haut taux d’absentéisme à l’Assemblée en avançant qu’il était de ce fait beaucoup plus proche des affaires de sa région. Oui, bravo ! Un vrai gars du cru ça... Alors ça ou un parachuté, voyons voir...

    Pour les politiques locales, il y’a le Conseil Général, le Conseil Régional, etc... Ils font très bien leur boulot.

  • Un vieux
    Un vieux
    retraité
    • Posté à 14h17 le 17/12/2011
    • Internaute 38946
      retraité

    Ce n’est pas le parachutage qui me gène, ce serait plutôt les « circonscriptions imperdables »...

    Rien que le fait qu’un de ceux (celles) revendique un de ces « fiefs » est la preuve qu’il (elle) est incapable d’être élu(e) autre part... incapable d’exercer la fonction à laquelle ils (elles) prétendent...

    Du pantouflage aux frais du contribuable plutôt qu’en entreprise...