L'internaute 15/12/2011 à 17h18

Bayrou, du tracteur à Twitter

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

Plus spontané que ses adversaires UMP et PS, le candidat du MoDem « se démerde extraordinairement bien sur Internet ». Enquête sur un internaute sincère.

C’est sur Twitter que François Bayrou a tenté de rattraper sa boulette. La veille, Canal + avait diffusé une séquence le montrant monter dans l’Audi d’un ami – après avoir prôné le « achetez français » et pesté contre les publicités qui incitent « à consommer allemand, dans l’automobile en particulier ». Des images ravageuses. Mardi 13 décembre, donc, le candidat à la présidentielle s’est fendu de ce « tweet » :

« On Audi pas tout ! Un ami vous raccompagne : changer d’ami ? Non ! Le persuader de changer de voiture ? Mieux ! En rire ? Encore mieux ! »


Compte Twitter de François Bayrou

« Je tape plus vite que toi »

Humour (en public) et réactivité. Deux qualités que l’on n’associait pas naturellement au président du MoDem. Twitter est le premier lieu où il s’est exercé à montrer ce nouveau visage.

Inscrit par son équipe fin 2008, il s’est mis à « tweeter » en mars. « J’utilise ce compte personnellement. Quand mon équipe ajoute un message, elle le signe “^CM” [“community manager”, ndlr] », lit-on sur son profil. « CM », en l’occurrence, c’est ML, Matthieu Lamarre, ex-journaliste qui a rejoint le MoDem il y a un an. Il est « responsable web » de la campagne présidentielle.

Deux jours plus tard, il est le premier politique français à se prêter au jeu d’une interview sur Twitter (au MoDem, on dit : « twinterview »). Bayrou est devant son ordinateur. Lamarre, 22 ans, s’approche : « Comment fait-on ? Vous voulez me dicter vos réponses ? » Bayrou, 60 ans : « Je tape plus vite que toi. »

Chose rare parmi les responsables politiques de sa génération, encore très papier-stylo, Bayrou s’est mis à l’informatique « avec les premiers Amstrad » – et à l’e-mail « depuis qu’Internet existe », prétend-il contre toute vraisemblance. Il « est » Mac, change ses machines tous les deux ans (et refile les anciennes à ses enfants).


Compte Twitter de François Bayrou

Des « smileys » dans les interviews

Avec force « smileys », il a réitéré l’exercice de la « twinterview » en juin et le 7 décembre, avec moins d’adresse, juste après le « message aux Français » qui marquait son entrée en campagne. Lamarre assure qu’il « adore le côté direct » et veut « en faire plein » :

« Quand vous faites un déplacement sur le terrain, vous touchez un profil socioprofessionnel particulier, un lieu particulier. Là, il discute de sujets variés avec des gens très différents. S’il est élu, il continuera. »

En attendant, c’est aussi une manière de faire campagne à peu de frais.

Il ne tweete pas (encore) de son iPhone. Mais a pris goût à ces échanges avec des gens qui se lâchent, vannent et « clashent ». A la différence des habitués de sa page Facebook, où s’expriment essentiellement des admirateurs.

Son équipe – aux commande du compte @nousbayrou – est chargée de répondre à chaque fois qu’elle voit passer une question qui concerne le candidat. Ils sont cinq, devraient être une vingtaine dans quelques semaines. « Sur Twitter, il faut répondre dans les cinq minutes, sinon ça ne vaut plus la peine », martèle son directeur web. Selon lui :

« Bayrou sera le seul candidat qui pourra faire ça. Les écolos pourraient mais ils préfèrent les petites vidéos. Le PS et l’UMP, eux, ont des appareils et des processus de validation beaucoup trop lourds. »

« Comme le poète qui prie les muses »

Lubie de campagne ? Pas seulement. L’éclosion de nombreux blogs politiques en 2006-07 l’avait passionné. « Non seulement Bayrou a compris l’intérêt du Web, comme Juppé et Fillon, mais il s’y intéresse vraiment », jure l’ex-blogueur Luc Mandret.

« Il lit énormément les commentaires des blogs et de la presse en ligne », assure de son côté l’auteur de L’Hérétique – une des quelques adresses qui comptent dans la blogosphère de sensibilité MoDem.

« Ce que les gens pensent de lui, ça le touche. Mais il cherche aussi des idées, des sujets de réflexion, comme le poète qui prie les muses pour être inspiré.

Son nouveau positionnement, à égale distance de la gauche et de la droite, est vraiment en phase avec ce qu’attendait la blogosphère démocrate (ndlr : au sens de mouvement démocrate). »

Il arrive aussi que Bayrou intervienne lui-même dans des discussions en ligne :

Reste qu’il n’y a pas de responsable du numérique dans son « shadow cabinet ». « C’est parce que François s’en occupe lui-même », assure-t-on au MoDem. Des cinq forums qui vont structurer sa campagne, il n’a pas non plus prévu d’en consacrer un au numérique. « C’est un sujet transversal, c’est pour ça. »

Il vante Wikipédia chez Drucker

Avide de nouveautés (il a fait en sorte d’être le premier chef de parti français sur Google +), il adhère à l’idéologie dominante sur Internet : il croit au « pouvoir du citoyen-acteur », à « l’intelligence collective ». Quand il est invité chez Drucker en décembre 2010, il convie sur le canapé rouge Florence Devouard, l’une des fondatrices de Wikimedia France.

« C’est une révolution ? » demande l’animateur. « Peut-être plus que ça », répond le politique.

« Vivement Dimanche », 5 décembre 2010, France 2

Surtout, Bayrou se sent une grande proximité avec les internautes. Quand il parle d’eux, c’est à une manière d’autoportrait idéal qu’il se livre. Il les imagine habités par « une volonté d’autonomie et d’indépendance », défenseurs de « l’idée que tout n’est pas marchand » (« la plus grande idée de civilisation »), et représentant un « moyen de résistance aux médias hyperpuissants qui autrement auraient le monopole de l’information ».

Facile à dire ? Flatteries destinées à une catégorie électorale ? Sauf que pour l’instant, ses actes n’ont pas contredit son discours :

  • il s’est opposé à Hadopi et à la riposte graduée ;
  • est désormais favorable à « une idée de licence globale » ;
  • a voté contre la loi Dadvsi (la loi « relative au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information ») ;
  • milite pour le logiciel libre ;
  • a voté pour la proposition de loi socialiste sur la neutralité du Net ;
  • n’a pas jugé irresponsable la divulgation de câbles diplomatiques par Wikileaks.

« Sexy », juge Arnaud Dassier

Tout cela fait un candidat assez bien armé pour la campagne en ligne. « Il se démerde extraordinairement bien sur Internet, à ma grande surprise et stupéfaction – parce que ce n’est pas la tradition chez les démocrates-chrétiens », salue Bruno Walther, le « monsieur Internet » de la campagne Chirac 2002.

« Il s’est appuyé sur une génération de mecs bons dans ce domaine sans doute aussi parce qu’il était seul. Mais à l’arrivée, c’est le premier candidat français qui utilise le Web pour ce que c’est : de l’émotion, de l’image. Son site est “tablettes-ready” et élégant. »

« Vraiment innovant, complet, sexy », renchérit Arnaud Dassier, qui fit le même travail pour Sarkozy en 2007. Avant d’avertir :

« Un site, c’est un peu un QG virtuel. L’endroit où un candidat pose ses affaires et ses supporters. L’essentiel reste à faire : se projeter à l’extérieur. »

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  • Fantomax
    Fantomax répond à Pierrrrre
    génie du mal
    • Posté à 18h10 le 15/12/2011
    • Internaute 157606
      génie du mal

    Je ne connais plus personne
    En Massey Ferguson

  • Loescalade
    Loescalade
    Etudiant
    • Posté à 18h48 le 15/12/2011
    • Internaute 153210
      Etudiant

    Comment fait-on ? Vous voulez me dicter vos réponses ? » Bayrou, 60 ans : « Je tape plus vite que toi. »

    J’ai bien ri :)

    Il a toutes les clés pour être président, un peu plus de « lui » a la tv est c’est gagné, ca sera aussi un grand pas pour la France, la fin du bipartisme.

  • Iv
    Iv
    Roboticien utopiste
    • Posté à 00h12 le 16/12/2011
    • Internaute 39192
      Roboticien utopiste

    « Mais à l’arrivée, c’est le premier candidat français qui utilise le Web pour ce que c’est : de l’émotion, de l’image. »

    N’importe quoi ! Ça doit être quelqu’un qui vient de la télé. Si Bayrou fonctionne bien pour le net, c’est à mon sens parce qu’il est l’anti-thèse d’un candidat-télé : réfléchi, bien meilleur à l’écrit qu’à l’oral (on sent l’ancien prof de Français), posé, ça ne passe pas du tout à la télé où en effet il faut être sexy, plein d’émotions et d’image.

  • Zoltic
    • Posté à 05h52 le 16/12/2011
    • Internaute 15456

    C’est sûr que par rapport à un Sarkozy qui n’aime pas les ordinateurs et rêve de mettre en coupe réglée un internet qu’il ne comprend pas, Bayrou détonne.

    Mais concernant HADOPI, il a tout de même particulièrement tardé à se positionner (palme aux Verts), a été totalement absent des débats à l’assemblée. On ne l’a pas beaucoup vu sur LOPPSI non plus.

    Il semble moyennement disposé à affronter les lobbies du droit d’auteur, pas plus qu’Hollande et Sarkozy, alors qu’il gagnerait à se démarquer sur ce point là vu l’électorat qu’il vise.

    Enfin, alors qu’il avait quelques écologistes patentés dans sa manche, il a raté le coche d’une démonstration que l’écologie n’est pas une valeur réservée à la gauche.

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