Idées Land 07/12/2011 à 19h09

Marchais, Le Pen et Bayrou : l'épopée du « Acheter français »

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

« Acheter français. » François Bayrou a trouvé la formule pour parler d’un sujet autour duquel toute sa campagne va tourner (avec l’éducation) : la réindustrialisation de la France.

« On est en train de crever, il faut inverser le mouvement et redonner envie d’acheter français, c’est une démarche civique », a-t-il lancé dimanche 4 décembre au « Grand Jury » RTL - Le Figaro - LCI.

Son idée est développée dans son livre-programme, « 2012, Etat d’urgence » :

« Il faut que les Français consommateurs soient le soutien actif des Français producteurs. Il faut et il suffit que, chaque fois que nécessaire, sur les rayons, la transparence soit établie sur la localisation de la production.

Le label “produit en France” dira au consommateur qu’il est engagé dans le produit, qu’il achète un peu pour lui-même, pour son emploi, pour sa sécu et sa retraite. Il ne s’agit nullement de protectionnisme, il s’agit de transparence. »

Marine Le Pen : « Je l’ai dit bien avant lui »

Pour ne pas (trop) prêter le flanc aux accusations de protectionnisme, il précise que « ce label ne sera pas réservé aux entreprises françaises » :

« Il sera ouvert à tous les produits pourvu qu’ils soient produits en France. »

L’idée a fait mouche. Aussitôt, Marine Le Pen, qui propose « une loi Achetons français », a clamé qu’elle l’avait « dit bien avant lui ».

Le député (radical) de Seine-et-Marne Yves Jego, lui, a accusé Bayrou de plagiat sur son compte Twitter :

« Les propositions de Bayrou sur le “Made in France” sont celles de mon rapport remis à Sarkozy en mai 2010. »


Compte Twitter d’Yves Jégo

Jégo préconisait notamment la création d’un label « Origine France ». Créé en mai dernier, ce label, porté par une quarantaine de produits, indique qu’au moins 50% de leur valeur provient de France. Des matières premières peuvent être importées mais les éléments doivent être assemblés en France.

Préservatifs, automobiles et fruits

L’ex-secrétaire d’Etat à l’Outre-mer a peut-être oublié la pétition et la campagne lancées deux ans avant son rapport par le Parti radical. « Pour protéger nos emplois, le meilleur moyen, à qualité égale, achetez “Made in France” », clamaient des affiches sur fond de préservatifs, d’automobiles, de fruits...


Campagne « Achetez Made in France »

Les promoteurs de cette campagne expliquaient qu’il s’agissait de « patriotisme économique et social ». Ils avaient essuyé pas mal de railleries : le thème était devenu ringard. Et sulfureux, depuis qu’au début des années 2000, le FN s’était mis à proclamer : « Produisons français, avec des Français. »

Si la deuxième partie du slogan est une création lepéniste, sa première partie est un vieux mot d’ordre communiste.

La mémoire collective a retenu « Achetons français », mais cette injonction était implicite. Après guerre, « le discours économique popularisé par le PCF s’adresse plutôt aux forces productives – ouvriers, paysans, salariés – qu’au consommateur », note Pierre Boichu, spécialiste des archives du Parti communiste aux Archives départementales de la Seine-Saint-Denis.

« Produire pour sauver la France »

Il a trouvé trace d’un « Produire pour sauver la France » dans le matériel de propagande édité en 1945-46.


Marchais pendant la campagne présidentielle de 1981 (INA)

Mais la grande époque du « Fabriquons français » commence en 1977, en réaction à la désindustrisalisation qui commence. Mis à part un « Made in France ! D’accord » en 1981, les affiches des « eighties » proclament toutes : « Produisons français ». On en voit une derrière Georges Marchais, dans son spot de campagne de 1981 – l’affiche est visible pour la première fois à 3’26.

Georges Marchais, 14 avril 1981

La dernière affiche de ce type est éditée en 1988, pour la campagne présidentielle d’André Lajoinie : « Produisons français, ça fera des emplois ».

On n’est pas loin de la « démondialisation » d’Arnaud Montebourg.

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  • pateris
    pateris
    serial lecteur
    • Posté à 12h22 le 08/12/2011
    • 174584
      serial lecteur

    C’esty ça ! On va inverser dix années de déclinologues (la seule exception française que lesdits décolinologues ne vilipendent pas), on veut inverser la tendance alors qu’acheter français, c’est le MAL, puisqu’on est tous fainéants, incapables, ineptes, etc… et qu’il faut se réjouir de voir le voisin au chômage (tant que ça n’est pas soi, n’est-ce pas…)
    D’ailleurs, vous avez vu à quel vitesse Toyota a retiré sa pub ? Ils ont compris que c’était du suicide commercial !

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 13h41 le 08/12/2011
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    La question n’est peut-être pas tant de ce qu’on devraiit acheter (sauf en matière de ce qui n’est pas « délocalisable » et qui pourrait nous faire économiser des millions de Kwh), mais de ce qu’on pourrait vendre...
    Pour prendre l’exemple (à ne pas suivre à la lettre) des Italiens, on voit que leur économie est dopée par leur capacité à vendre (par exemple) des voitures de luxe sur les nouveaux marchés suscités par les pays émergents.
    Il me semble bien que la forêt française (en grande partie domaine de l’état) recèle de considérables richesses en une grande variété de ces bois avec lesquels on savait fabriquer ces meubles « rustiques » que les antiquaires s’arrachent afin de les exporter.
    Importer du meuble de Scandinavie (« européen ») et du tek serait un moindre mal si nous savions exporter, parallèlement, ce mobilier d’ébénisterie dont les savoir-faire ne sont pas encore tous perdus et qui constituent une niche d’emplois très valorisants pour les « exécutants », et à haute valeur ajoutée.
    La « confection à domicile » et/ou en entreprises artisanales (cuirs/bagagerie/chaussures/vêtements) de nos régions est parfaitement compétitive sur les marchés mondiaux malgré les médiocres contrefaçons asiatiques ; elle ne présente que l’inconvénient de ne pas donner lieu à un système de commercialisation générant une énorme fraude fiscale par une succession de facturations intermédiaires par paradis fiscaux interposés.
    Ce n’est donc probablement pas « la mondialisation » qui est en cause, mais uniquement les marchés financiers qui s’en sont emparés afin de rémunérer des individus/« organisations parfois criminelles » dépourvus de scrupules... qui ne seront pas dénoncés par les « braves gens » (dépourvus, eux, d’intelligence) dont l’épargne est d’autant mieux rémunérée que leur voisin sombre dans la misère.
    Quand Bayrou vend un cheval (élevé sur des terres dont il aurait probablement du mal à justifier « républicainement » qu’elles soient siennes), il ne remarque pas que son argent sent beaucoup plus mauvais que le crottin !

  • Geminy
    Geminy
    grillon du foyer
    • Posté à 13h57 le 08/12/2011
    • Internaute 163383
      grillon du foyer

    Bayrou est un Saint Hypocrite qui , en son temps a pris position pour l’Europe Grand Marché telle que la rêvait les anglo-saxons . Alors venir nous parler d’acheter « français » maintenant , c’est vraiment se foutre du monde.

  • Waldeck
    Waldeck
    Le désenchantement, c'est (...)
    • Posté à 14h14 le 08/12/2011
    • Internaute 36864
      Le désenchantement, c'est (...)

    - « Acheter français »

    - N’achetez plus, volez !

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