à lire sur Libération 12/12/2012 à 12h05

Droit de vote des étrangers : Harlem Désir écrit aux parlementaires

Harlem Désir, premier secrétaire du PS, adresse ce mercredi une lettre aux parlementaires en faveur d’une loi sur le droit de vote des étrangers aux élections locales. Il les appelle à examiner la question « sans considération partisane » et à « donner force de loi à une promesse que la République doit enfin tenir ».

Dans le même temps, les députés socialistes « ont mis hier une pression inattendue sur l’exécutif demandant “dans les plus brefs délais” un projet de loi reprenant en partie » l’engagement 50 de François Hollande. Les députés socialistes souhaitent donc que Jean-Marc Ayrault présente un projet de loi d’ici à l’été 2013.

« On croyait la promesse [...] en passe d’être enterrée, voilà les socialistes qui se disent prêts à aller au bout d’une réforme que les électeurs de gauche attendent depuis trente ans », estime Libération, qui publie en exclusivité la lettre d’Harlem Désir, dont voici quelques extraits :

« Mesdames et messieurs les parlementaires, au nom des socialistes, j’ai l’honneur de vous écrire pour vous faire part d’une conviction profonde, partagée par une majorité de nos compatriotes : le temps est venu que la République reconnaisse aux étrangers qui résident dans notre pays le droit de vote aux élections municipales. [...]

Contrairement aux idées reçues, cette promesse n’est pas née il y a trois décennies mais il y a plus de deux siècles. La Constitution de 1793 proposait déjà les dorits civiques à “tout étranger âgé de 21 ans [...] qui, domicilié en France depuis une année, y vit de son travail, ou acquiert une propriété, ou épouse une Française, ou adopte un enfant, ou nourrit un vieillard [...] ou sera jugé par le corps législatif avoir bien mérité de l’humanité”. [...]

Tous les grands progrès collectifs ont été portés par des femmes et des hommes de bonne volonté, qui ont su faire prévaloir l’unité nationale sur les affrontements partisans : la Sécurité sociale, la construction européenne, la légalisation de l’IVG ou l’abolition de la peine de mort témoignent de notre capacité à nous unir pour enrichir la République de nouveaux droits et de libertés nouvelles.

Le droit de vote des étrangers aux élections locales est déjà ouvert dans notre pays aux ressortissants de l’Union européenne et nul ne songerait à revenir sur cette avancée. Il existe dans de nombreux autres pays en Europe et à travers le monde, aussi divers que la Corée du Sud, le Maroc ou la Norvège. Mais surtout, seize pays de l’Union européenne ont déjà accordé le droit de vote à l’ensemble ou à une partie de leurs résidents étrangers et non aux seuls communautaires. [...] Partout où il est appliqué, le droit de vote est un lien fort entre l’étranger et le pays qui l’accueille, un premier pas dans la communauté nationale. Il ne faut donc pas l’opposer à la naturalisation, mais le considérer plutôt comme un encouragement, une étape vers l’accès à la pleine citoyenneté.

En France, les étrangers en situation régulière sur notre sol paient des impôts, travaillent, produisent de la richesse et contribuent à la solidarité nationale. [...]

Le droit de vote renforcera la cohésion sociale, la démocratie locale, le sens du devoir civique, en associant chacun à notre destin commun. Le droit de vote renversera la tentation du refuge communautaire en étant une clé de l’intégration ! Je crois en la force de la citoyennenté pour faire partager l’esprit républicain.

D’aucuns redoutent une citoyenneté à deux vitesses et un affaiblissement de la nationalité française, profondément liée au droit de vote. En réalité, le droit de vote sera un moment important dans les parcours d’intégration, comme l’apprentissage de notre langue et de nos valeurs. Avec cette pratique démocratique, nous renforcerons la citoyenneté nationale. Les inquiétudes relatives à la souveraineté n’ont pas lieu d’être, s’agissant de conseillers municipaux étrangers qui [...] ne pourront être maires ni grands électeurs, et ne traiteront que d’affaires locales. Quant à la crainte d’un vote sous influence, c’était déjà l’argument employé contre le droit de vote des femmes avant 1945. [...]

Alors que les discours extrémistes, l’intolérance et la xénophobie sont nourris par la crise, j’appelle tous les démocrates et les humanistes à se rassembler autour d’une grande loi de progrès, d’égalité et de fraternité. Mesdames et messieurs les parlementaires [...], faisons preuve de courage politique et d’audace démocratique ! »

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  • Zééva
    Zééva
    Autistement vôtre...
    • Posté à 13h47 le 12/12/2012
    • Internaute 191780
      Autistement vôtre...

    Je ne vois pas pourquoi les étrangers vivant en France depuis un certain temps, ne participeraient pas à cette grande farce qu’est le vote.

    • Ishtar
      Ishtar répond à Zééva
       ? ?
      • Posté à 13h58 le 12/12/2012
      • Internaute 26226
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      Un paradoxe en quelque sorte ? Au moment où nombre de citoyens se détournent de la politique car écoeurés par les gouvernements successifs le droit de participer à la vaste escroquerie du suffrage universel va être élargi à de nouveaux participants.
      Ils auront le droit d’élire parmi les têtes de gondole qu’on nous présente depuis des lustres.Les visages changent mais le projet reste le même,voire devient de plus en plus sombre et cynique

      • trouble fêtes
        trouble fêtes répond à Ishtar
        aconforme
        • Posté à 21h34 le 12/12/2012
        • Internaute 156689
          aconforme

        Tout à fait en accord avec vous sauf que certains, et de plus en plus, se détournent du « faux suffrage universel » mais pas du politique, ils font, eux, du vrai politique par l’éducation

         
        • Ishtar
          Ishtar répond à trouble fêtes
           ? ?
          • Posté à 08h58 le 13/12/2012
          • Internaute 26226
             ? ?

          Je suis persuadée que l’éducation dont il est question dans toutes ses formes ne doit pas réjouir les élites politiques de ce pays .Chasse gardée des médias depuis des années l’« éducation » politique ou plus justement la propagande distillée chaque jour n’a rien à voir avec le développement d’un vrai esprit critique.Et je ne crois pas me tromper quand je vois une certaine jubilation dans l’expression des candidats aux élections quand ils se lamentent sur l’abstention.Celle-ci fait partie de la mise en scène.

        1 autres commentaires
  • Ishtar
    Ishtar
     ? ?
    • Posté à 13h52 le 12/12/2012
    • Internaute 26226
       ? ?

    Au sujet du droit de vote accordé aux étrangers dans les pays européens voir deux articles qui apportent des précisions et pour l’un une carte assez claire.
    le monde explique aussi le principe intéressant de réciprocité.

    Lien

    Lien

    a noter aussi que le cas de la Lituanie et de l’Estonie est intéressant car le droit de vote aux étrangers inclut celui accordé aux citoyens russes souvent malmenés dans ces pays.Peut-être est-ce une condition négociée au moment de l’indépendance dans les années 90 ? ? ?

  • Paul-Louis
    Paul-Louis
    Hollandais
    • Posté à 18h25 le 12/12/2012
    • 183502
      Hollandais

    Tandis qu’on hésite encore sur le vote des étrangers résidant en France, on va continuer à accepter que des Christian Clavier (ou depuis quelques semaine Chris Keyboard), Gérad Depardieu (Gerhardt van Doorgod), continueront à participer aux scrutins et donc aux orientations politiques d’un pays dont ils ne souhaitent plus partager la destiné. Ils ont fait carrière grâce à leur talent diront certains, mais surtout grâce à une industrie du cinéma largement subventionnée en France. Vivre grassement de cette manne ils acceptent, contribuer à l’alimenter ils refusent. Si retirer la nationalité serait sans doute inconstitutionnel, retiront leur au moins le droit de vote,

  • Flevig
    Flevig
    Oranie
    • Posté à 19h24 le 12/12/2012
    • 180996
      Oranie

    Faut-il être à ce point naïf ? Je suis marié à une femme Française d’origine Algérienne alors évacuons le racisme ! Il n’y aura pas de maires étrangers dit-il ? la belle affaire. Monsieur Chérif (par ex) Français-musulman pratiquant se présente aux élections. La communauté musulmane (pas tous, on est d’accord !) vote pour lui (dans les banlieues c’est le plein) il sera donc élu. Maire il aura alors les pouvoirs de : par exemple, faire enlever telle statue ici, telle croix là-bas (je suis athée, mais j’estimerais à ma culture j’y tiens) . Je sais cela fait réactionnaire mais vous savez bien que nos étrangers ne sont pas les mêmes que ceux de Corée de sud en tout cas moins nombreux là-bas. Suffit de voir la déclaration dans El Watan d’un joueur de foot de St-Etienne Franco-Algérien qui ayant joué avec l’Equipe de France Espoirs choisit dorénavant le maillot de l’Algérie en disant dans ce journal : « Je me sens plus Algérien que Français ! » merci pour ce que lui a donné la France. Belle reconnaissance ! il y a tant à dire mais c’est politiquement incorrect. Avec H. Désir, le Ps (pour qui j’ai quand même voté du bout des doigts) a gagné à la loterie.

  • Flevig
    Flevig
    Oranie
    • Posté à 19h35 le 12/12/2012
    • 180996
      Oranie

    Et oui je suis aussi d’accord avec Paul Louis (au-dessus) . En plus du droit de vote je m’interrogerai sur leur accès aux hôpitaux français. Mais je reconnais aussi qu’ils ont davantage renfloué la Sécu Sociale avec leurs cotisations que moi avec les miennes. Alors d’accord pour l’hosto mais pas de vote. Peut-être s’en foutent-ils d’ailleurs ? Mais le Comte de Monte Christo reviendra un jour chez Mercedes , pardon chez Marianne ! ! –- enlever ’j’estimais ’ à ma contribution précédente.

  • trouble fêtes
    trouble fêtes
    aconforme
    • Posté à 21h16 le 12/12/2012
    • Internaute 156689
      aconforme

    Ouais ! ? ! ? ! « Racolage passif » ?
    Le droit de choisir sa prison, sa « liberté ( ?) de choisir » sa CAGE POLITIQUE de « l’élection parmi des candidats » (le faux « suffrage universel »), cette procédure géniale qui donne la quasi totalité du pouvoir politique aux riches du moment.
    « Paradoxe étonnant que les ouvriers et employés, incités en cela par les partis (et c’est peut-être ça, l’explication du paradoxe qui conduit à s’emprisonner soi-même dans la cage de l’élection), défendent comme une vache sacrée ce faux “ suffrage universel ”, comme s’il était l’alpha et l’oméga de leur “émancipation” et de leur liberté.
    La population n’a JAMAIS, ou quasiment jamais, gagné une élection : même en 1936 (symbole remâché de “ victoire électorale pour le peuple ”), il n’y avait aucun proposition sociale dans le programme de Blum et de son ministre des finances Auriol, qui avait même (comme tous ses prédécesseurs sous la IIIe) été promettre au Gouverneur de la très privée Banque de France et également Président du Comité des Forges (MEDEF de l’époque), QU’IL NE MONTERAIT PAS LES SALAIRES ! Résultat miteux, sur l’essentiel, acquis par l’élection, donc.
    Ce n’est que la grève générale — avec occupations d’usines dans tout le pays — à qui nous devons les congés payés et la semaine de 40 heures ; beaucoup plus qu’à l’élection.

    Donc, observant que nous (la population) perdons toujours toutes les élections, nous les prolétaires, nous pourrions prendre acte de ce que l’élection est RÉELLEMENT un piège à cons, une procédure PAR ESSENCE aristocratique — DONC oligarchique — qui permet aux riches, TOUJOURS ET PARTOUT, d’acheter le pouvoir politique et d’ensuite faire écrire un droit qui leur est favorable par ceux qu’ils ont mis au pouvoir (et qu’ils remettront au pouvoir s’ils sont bien obéissants) : ça s’appelle “le capitalisme”.
    Il est simple de constater que les parlementaires et les gouvernements qui l’écrivent sont presque TOUJOURS élus à l’issue d’une CAMPAGNE ÉLECTORALE RUINEUSE qui en fait — mécaniquement, systématiquement, PAR CONSTRUCTION — les DÉBITEURS de leurs financiers. Je parle des élus qui font majorité et qui décident tout à notre place depuis 200 ans.

    Certes, la soumission par la dette est une vieille affaire, mais la possibilité de s’en servir en matière politique à grande échelle n’a que 200 ans, je crois : ça s’appelle “ le gouvernement représentatif ”, ça n’a RIEN à voir avec la démocratie, c’en est même le strict CONTRAIRE (ça prive le demos de tout cratos réel), et ça REND POSSIBLE LE CAPITALISME.

    Pire : ÇA LE VERROUILLE durablement.

    • Ishtar
      Ishtar répond à trouble fêtes
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      • Posté à 22h27 le 13/12/2012
      • Internaute 26226
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      La dette a explosé au moment où les états ont été obligés d’emprunter aux marchés financiers et ce depuis qqs décennies.L’état ne pouvait plus emprunter à la banque de France mais aux puissantes banques qui non seulement prêtent à des taux prohibitifs mais s’octroient le droit de noter les états.C’est la spoliation organisée des peuples auxquels on explique qu’ils ont trop dépensé et qu’ils doivent honorer les dettes des politiques qui ont fait de mauvais choix.
      Le suffrage universel est effectivement une escroquerie car nul ne peut avoir réellement le choix.Le choix entre la peste et le choléra depuis des lustres.

      Leon Blum, n’est pas celui qui était au pouvoir pendant certaines répressions chez les peuples sous mandat français ?

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