« Libérer l’information » 02/10/2012 à 20h54

L’UMP a raison : il faut libérer les journalistes de droite

François Krug | Journaliste Rue89

Les journalistes de droite, jusqu’ici bâillonnés, reprennent espoir : l’UMP Guillaume Peltier et son courant la Droite forte réclament en effet des quotas d’embauche sur le service public, pour « libérer l’information ». Il ne leur reste plus qu’à définir exactement ce qu’est un journaliste de droite...


Eric Brunet (CAPMAN/SIPA)

Guillaume Peltier n’est pas le seul à étouffer. Nicolas Beytout, l’ancien patron des Echos, préparerait « un Mediapart de droite », et Robert Ménard vient de lancer son site de débats. Ouf : sur le Web, le rééquilibrage de l’information est en bonne voie.

Si seulement on pouvait en dire autant de l’audiovisuel public ! Guillaume Peltier a beau zapper de France Inter à France Info, de France 2 à France 3 : partout, tout le temps, que des bien-pensants et des bobos de gauche.

Les modèles : Zemmour et Brunet

A tel point que, jusqu’ici allergique à la discrimination positive, il veut l’imposer à Radio France et France Télévisions. C’est une des propositions du « Pacte citoyen » de la Droite forte, le courant dont il est le cofondateur à l’UMP :

« Démocratiser les chaînes du service public, assurer la pluralité des sensibilités politiques dans les rédactions et libérer l’information en garantissant l’embauche de journalistes de droite sur les radios et télévisions financées par les contribuables français. »

On voit d’ici les bien-pensants s’étrangler. La Droite forte leur rappelle à juste titre qu’en 1981, François Mitterrand avait permis au Parti communiste de placer des journalistes de L’Humanité à France Inter ou à TF1, alors publique.

Il ne reste plus qu’à trouver qui envoyer sur France 2 ou sur France Inter. Justement, la Droite forte a des noms – ou plutôt, des exemples :

« Les penseurs et journalistes de droite, comme Eric Brunet, Eric Zemmour et Elisabeth Lévy sont très peu représentés dans l’audiovisuel français. »


Eric Zemmour (JACQUES DEMARTHON/AFP)

Les bobos de gauche éclatent de rire ? Il n’y a vraiment pas de quoi. Eric Zemmour ? Censuré, évidemment ! Lui qui tentait de combattre la pensée unique chez Laurent Ruquier a été lâchement remplacé par Natacha Polony, une gauchiste notoire.

Eric Brunet ? C’est sans doute à lui que la Droite forte pensait en parlant de « penseurs de droite » : l’animateur de RMC refuse d’être considéré comme un journaliste, tant cette profession de moutons socialo-communistes l’a écœuré.

Comme Rue89 l’avait révélé, s’il a abandonné sa carte de presse, c’est surtout parce qu’il était très occupé par ses activités de communicant. Il lui est même arrivé de faire de la pub déguisée pour ses clients à l’antenne. Pas grave : il est de droite, cela fera l’affaire.

Un temps de parole obligatoire

Une fois les hommes placés, il faudra revoir les grilles des programmes. Là aussi, la Droite forte a tout prévu :

« Sur le modèle des chaines infos [...], les chaines d’information du service public, radios comme télévisions, mettraient en avant, aux heures de grande écoute, le matin, à midi comme le soir, des journalistes se réclamant de la droite afin d’assurer une meilleure représentativité des opinions des Français.

Ces nouveaux formats d’équité de traitement médiatique seraient obligatoires lors des matinales comme des journaux de 13 heures et de 20 heures des chaînes du service public. »

C’est évidemment un immense chantier. Une petite suggestion pour commencer : et si on organisait un duel quotidien d’éditorialistes sur France Info, vers 8h50 ? Un de droite, un de gauche, et que le moins bien-pensant gagne.

Imaginons un peu le casting : Sylvie Pierre-Brossolette du Point contre le social-démocrate Laurent Joffrin, Jean-Sébastien Ferjou d’Atlantico contre son homologue gauchiste Pierre Haski... Et pendant ce temps-là, France Inter offrirait aussi une chronique dans sa tranche matinale à Nicolas Beytout.


Elizabeth Lévy (BALTEL/SIPA)

Tout cela existe déjà ? Peu importe : on étouffe quand même sur le service public. Alors que sur les chaînes d’info privées, nous rappelle la Droite forte, on peut assister à de grands moments de liberté, comme « le duel Macé-Scaron/Thréard sur i>Télé ».

Encore un exemple bancal. Aucun doute, Yves Thréard du Figaro est bien ce qu’on peut appeler un journaliste de droite. Mais Joseph Macé-Scaron en a aussi été un : avant de rejoindre Marianne, il dirigeait Le Figaro Magazine. Si on ne peut même plus se fier aux journalistes de droite...

Quand le RPR voulait former les journalistes

C’est à se demander s’il ne faudrait pas être encore plus audacieux. Pourquoi ne pas adopter en France le système de la « lottizzazione » qui organisait la Rai, en Italie ? Une chaîne publique attribuée à chaque parti politique, et l’affaire serait réglée, bien mieux qu’avec des quotas.

Peut-être faudrait-il aussi régler le problème à sa source. Les jeunes fondateurs de la Droite forte devraient ainsi se replonger dans l’histoire du RPR, l’ancêtre de l’UMP, et demander conseil à Michèle Alliot-Marie.

En 2000, interrogée dans CFJ Hebdo, le magazine des étudiants de la principale école de journalisme parisienne, MAM résumait la situation – qui n’a visiblement pas évolué en douze ans :

« Il y avait dans le temps de grands journalistes sensibles à nos idées. Aujourd’hui, je constate que ce n’est plus le cas. »

La solution était là, toute simple. Il fallait que le RPR forme lui-même les futurs journalistes, en les aidant à préparer les concours des écoles et en leur offrant des stages dans les publications du parti :

« Comme ça, nous aurons dans la presse des gens sensibles à nos idées. »

Si le RPR avait mis en œuvre ce plan, on n’en serait peut-être pas là. On n’assisterait pas à ce verrouillage de l’information par des journalistes qui, comme le constate la Droite forte, restent tous prisonniers de leur idéologie. Par exemple :

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 21h40 le 02/10/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Ca va peut être donner des idées au FN qui va demander aussi des quotas d’embauche dans le service public de l’information ? A moins que « la droite forte » ne représente cette droite extrême ?

    Cette pauvre droite ne se rend pas compte qu’elle tient les infos économiques pour faire passer les idées libérales comme étant naturellement inéluctables. Eh bien, la gauche forte exige l’embauche de journalistes économiques de gauche sur les ondes radio et télé publiques. On entendrait enfin parler de croissance et pas toujours de la nécessité absolue de combler la dette par du serrage de ceinture populaire.

  • Inquisiteur
    Inquisiteur
    Chanteur de charme
    • Posté à 21h48 le 02/10/2012
    • Internaute 132321
      Chanteur de charme

    C’est une proposition qui n’a pas de sens.
    S’il est effectivement légitime d’attendre du journalisme télévisuel qu’il représente une certaine forme de pluralité politique, en faire une loi, un dogme, serait une mauvaise idée.

    On ferait comment ? Des quotas ? Merci mais non merci
    Il faudrait être encarté dans un parti de droite pour être engagé ?
    On demanderait à chaque journaliste une déclaration sur l’honneur quand à ses orientations politiques, et on ferait le tri ensuite ? Ri-Di-Cule !

    Pour régler ce genre de problèmes, il faudrait surtout que soient placés à la tête des chaînes des directeurs intègres, compétents et professionnels, qui prendraient avant tout les meilleurs journalistes (et donc indépendants), et non le copain qui va construire une ligne éditoriale dans le sens du poil.

  • uhryks
    uhryks
    Feignant et sans avenir
    • Posté à 23h35 le 02/10/2012
    • 178734
      Feignant et sans avenir

    La droite m’étonnera toujours par sa volonté de se faire passer aujourd’hui pour une victime du système alors qu’il ont été principalement aux commandes de la France depuis au moins les débuts de la Vème république.
    Peut-être cela prouve-t-il à quel point ils sont incompétents ?

  • Warum
    Warum
    Rien ne sert à rien
    • Posté à 00h11 le 03/10/2012
    • Internaute 147878
      Rien ne sert à rien

    Moi j’ai beaucoup aimé la partie « afin d’assurer une meilleure représentativité des opinions des Français ».

    Si les Français ont déjà tous une opinion, c’est qu’ils ne sont pas influencés par les journalistes. Alors, pourquoi réclamer plus de journalistes de droite si ce n’est pour alimenter la légende urbaine du complot socialo-communiste ?

    Je me trompe peut-être, mais il me semble que les gens de droite étaient moins débiles il y a quinze ou dix ans.

  • Yamede
    Yamede
     ? ? ?
    • Posté à 10h29 le 03/10/2012
    • Internaute 112460
       ? ? ?

    Et ca, ce n’est que la proposition #1 de « La Droite Forte » (tiens, d’ailleurs, ca me rappelle un slogan politique entendu il-y-a quelques mois.... pas vous ?).

    Voici les autres propositions (sur leur site) :

    2- instaurer le référendum national d’initiative populaire comme en Suisse

    3- supprimer le financement public des syndicats qui doivent vivre des cotisations de leurs adhérents.

    4- garantir la transparence syndicale en mettant fin au monopole syndical issu de la loi du 23 décembre 1946.

    5- Rétablir le lien entre le citoyen et la Nation en instaurant un service militaire et humanitaire obligatoire de trois mois pour tous les jeunes Français à 18 ans.

    6- Diviser par deux le nombre d’élus en France en limitant le nombre de sièges à 400 à l’Assemblée nationale (contre 577 aujourd’hui), à 250 au Sénat (contre 348) et à 2500 conseillers régionaux et généraux (contre 5800).

    7- Instaurer une dose de proportionnelle pour les élections législatives à hauteur de 15% des sièges, soit 60 (sur 400).

    8- Imposer aux partis politiques de présenter 50% de leurs candidats issus du secteur privé aux élections législatives.

    9- Aligner le régime du service public sur celui du privé concernant les jours de carences.

    10- Soumettre les collectivités territoriales aux règles de bonne gestion

    Perso, le #2, ca me plait bien comme idee... J’suis sur qu’on trouvera bien 1 mio de personnes pour une petition sur l’euthanasie, la ganja, et qq autres sujets tabous...)

    Les autres, moins deja (a part le #6 !)

    Et vous ?

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