« Briser un tabou » 26/09/2012 à 14h43

« Racisme antiblanc » : le dérapage très contrôlé de Copé

François Krug | Journaliste Rue89


Jean-François Copé à Binic, le 29 août 2012 (FRED TANNEAU/AFP)

Jean-François Copé s’en félicite : selon lui, en évoquant un « racisme antiblanc » en France, il aurait brisé « un tabou ». Vraiment ?

Les mots ne sont pas anodins. Le contexte non plus. Le 18 novembre, les adhérents de l’UMP devront élire leur président. C’est-à-dire, veut convaincre Jean-François Copé, choisir entre une droite molle, celle de François Fillon, et une « droite décomplexée » – la sienne. Et même si, sur le fond, les deux hommes sont en fait assez proches.

Pas un meeting, donc, où Jean-François Copé ne s’attribue la paternité de la loi interdisant le port de la burqa. Et son poste de secrétaire général de l’UMP lui permet de prendre l’initiative sur François Fillon, par exemple en lançant une pétition sur le droit de vote des étrangers.

« Des Français qualifiés de “gaulois” »

C’est dans ce contexte que sortira, la semaine prochaine, son « Manifeste pour une droite décomplexée ». Le Figaro Magazine en publiera trois pages d’extraits ce week-end, qu’il a déjà envoyés aux journalistes. Ce qu’on y découvre ? Rien de nouveau, en fait.

Jean-François Copé rappelle l’histoire de sa famille, des juifs roumains qui lui ont appris « l’amour de la France », et son expérience sur le terrain, comme député-maire de Meaux.

C’est justement en évoquant une de ses administrées qu’il en vient à ce fameux « racisme antiblanc » – une expression qu’il maintient, comme par coquetterie, entre guillemets :

« Cette femme [...] se sent comme étrangère dans ce quartier où elle habite depuis des années. Un “racisme antiblanc” se développe dans les quartiers de nos villes où des individus – dont certains ont la nationalité française – méprisent des Français qualifiés de “gaulois”, au prétexte qu’ils n’ont pas la même religion, la même couleur de peau ou les mêmes origines qu’eux.

[...] Je sais que je brise un tabou en employant le terme de “racisme antiblanc” mais je le fais à dessein, parce que c’est la vérité que vivent certains de nos concitoyens et que le silence ne fait qu’aggraver les traumatismes. »

Une idée pas si nouvelle

Briser un tabou... ou simplement acter en quelques mots une réalité, celle de la radicalisation de l’UMP ? L’idée d’un « racisme antiblanc » n’est en effet pas si nouvelle. Et ce ne sont d’ailleurs ni le FN, ni l’UMP qui l’ont popularisée.

En mars 2005, des manifestations lycéennes dérapent : des casseurs s’en prennent aux manifestants. Une dizaine de personnalités lancent alors un appel très controversé.

Parmi elles, le philosophe Alain Finkielkraut (futur soutien de Nicolas Sarkozy), Bernard Kouchner (encore classé à gauche) ou Jacques Julliard (à l’époque éditorialiste au Nouvel Observateur) :

« Les manifestations lycéennes sont devenues, pour certains, le prétexte à ce que l’on peut appeler des “ratonnades antiblancs”.

Des lycéens, souvent seuls, sont jetés au sol, battus, volés et leurs agresseurs affirment, le sourire au lèvres : “Parce qu’ils sont Français.” »

L’UMP s’emparera aussi du thème – mais pèsera davantage ses mots. Seuls quelques francs-tireurs évoqueront ouvertement un « racisme antiblanc ». Comme le député François Grosdidier, qui s’illustrera notamment avec une proposition de loi contre les rappeurs encourageant, selon lui, à une haine contre les Blancs.

« Une situation qui est réelle » pour Fillon

Nicolas Sarkozy, à l’époque ministre de l’Intérieur, n’ira pas aussi loin dans ses paroles. Mais il n’hésitera pourtant pas à évoquer un lien entre délinquance et origines ethniques. En 2006, il dénoncera ainsi un « phénomène très préoccupant » dans les banlieues, celui de « bandes constituées sur des critères ethniques avec une violence endémique ».

Parler de « racisme antiblanc » ? Cela ne dérange pas non plus François Fillon. Ce mercredi, il a expliqué aux journalistes qui l’interrogeaient sur le livre de Jean-François Copé :

« Cela ne me choque pas. Le FN n’est propriétaire de rien. Il décrit une situation qui est réelle. Je n’ai aucune difficulté avec cela. »

Une vision ethnique des banlieues déjà acceptée à l’UMP, une expression qui ne demandait plus qu’à l’être : si Jean-François Copé a brisé un tabou, celui-ci était surtout sémantique.

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  • sissa
    • Posté à 15h12 le 26/09/2012
    • Internaute 39778

    La dénonciation du racisme anti-blancs par des gens qui n’ont jamais eu le moindre mot pour dénoncer le racisme en général, n’est, bien entendu, qu’une façon de faire passer un message xénophobe.
    Cela ne date pas d’hier : déjà il y a trente ans, j’entendais des gens justifier leurs discours anti-arabes par des « ils nous détestent plus que nous ne les détestons ». C’est un grand classique de la rhétorique raciste, comme l’est devenue la référence aux « tabous » , étrange retournement du discours de la libération sexuelle des années 70.
    Ce qui est particulièrement affligeant dans ce cas, c’est que Copé n’a rien d’un beauf de base et qu’il ne nourrit très probablement pas de haine particulière pour les étrangers. C’est juste un politicien arriviste prêt à jouer avec le pire pour satisfaire son ambition.

  • firefly
    firefly
    Corvéable à merci...
    • Posté à 15h15 le 26/09/2012
    • Internaute 22885
      Corvéable à merci...

    Les blancs subissent ils une discriminations à l’embauche ou pour un logement ? Les blancs sont ils une minorité en france ? Les blancs sont ils arrêtés plus souvent que les non blancs par la police ?

    En fait le theme que referme le mot « blanc » derrière tout ça et on le pressent serait plutôt le racisme anti-christianisme sauce pan-européenne.

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 17h38 le 26/09/2012
    • 49273
      Petit agité

    Bien que je ne sois pas convaincu que la ligne de Copé soit extrêmement judicieuse et pertinente, même si on voit à peu près à quel genre d’instinct de conservation il fait appel, la condamnation par la gauche consistant à nier catégoriquement qu’il puisse exister un racisme anti-blanc est elle aussi malsaine, voire condescendante et paternaliste.

    Ça signifierait qu’il ne peut y avoir du racisme que de la part des Blancs (ce qui est déjà raciste) envers les autres origines ethniques, soit en France principalement les Noirs et les Arabes qui se retrouvent ainsi enfermés dans un statut de victimes exclusives qui leur maintient la tête sous l’eau (quoique beaucoup d’entre eux semblent s’être affranchis de cette victimisation imposée).

  • alankin
    alankin
    peu importe
    • Posté à 22h22 le 26/09/2012
    • Internaute 140809
      peu importe

    on croyait juste être débarrassé de tout ça après le départ de Sarkozy...
    entendre copé parler de sujets majeurs, par exemple comment sortir de notre pb économique et de nos millions de chômeurs, ça c’est trop compliqué pour lui..
    on s’est déjà tapés le discours de Grenoble, puis après on a eu l’identité nationale, puis ensuite le Hallal, puis hier le port de la Kippa..aujourd’hui le racisme anti blanc. demain les asiatiques diront qu’ils ne sont pas acceptés par les musulmans qui ne sont pas acceptés par les blancs.
    ça me coupe la digestion ce genre de débat.
    alors que je suis de droite modérée, je vais faire comme Rocard : ce copé n’a jamais été capable de tenir le moindre discours constructif.
    il n’y a plus d’espace pour la droite sociale.. je ne vais quand même pas aller chez borloo, qui n’a jamais mouffeté sur les dérives de son président...pauvre, pauvre, pauvre droite, voyez ce qu’elle est devenue..

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