Novlangue 20/09/2012 à 19h06

Traité européen : apprenez à dire « non mais oui » comme un socialiste

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89


Une contortionniste au Festival de Cannes, le 23 mai 2012 (Anne-Christine Poujoulat/AFP)

Le pacte budgétaire européen suscite au sein de la majorité une folle créativité sémantique. En dehors de quelques « non » francs (Marie-Noëlle Lienemann), on observe beaucoup de contorsions chez :

  • tous ceux que ce traité n’emballe pas mais qui ne veulent pas bafouer l’autorité du duo Hollande-Ayrault ;
  • tous ceux qui l’acceptent mais ne veulent pas se mettre à dos l’aile gauche du parti à cinq semaines du congrès de Toulouse ;
  • tous ceux qui ne savent plus très bien quoi penser.

Florilège.

Le « non de soutien »

Forgée par le député de l’Essonne Jérôme Guedj, cette formule est à la fois la plus faux-cul et la plus absurde. Le ministre des Relations avec le Parlement, Alain Vidalies, lui a répondu par une évidence :

« La meilleure façon de soutenir quelqu’un, c’est de dire “oui”. Le “non de soutien”, ça n’existe pas ! »

Le « oui de soutien »

C’est la lapalissade opposée à la formule précédente par Bruno Le Roux et François Rebsamen, les patrons des groupes socialistes à l’Assemblée et au Sénat.

Le « oui raisonnable »

Le choix de la raison, pas celui du cœur : ainsi Philippe Martin, le député du Gers, souligne-t-il son manque d’enthousiasme.

Le oui de désamour

L’ancienne ministre des Affaires européennes Elisabeth Guigou a affirmé au JDD.fr qu’elle « n’aime pas ce traité », qu’elle le trouve même « superflu » mais estime « qu’il n’est pas nécessaire d’aimer un traité pour le ratifier ». Elle le considère comme un mal nécessaire :

« Si on veut faire plus et mieux en Europe, il faut le ratifier. »

Le « oui de résistance »

Voilà le slogan retenu par Bernard Cazeneuve, eurosceptique mais actuel ministre des Affaires européennes. Sa « résistance » est dirigée contre « le fédéralisme technique », son « oui » est censé signifier l’espoir d’une « intégration solidaire », dont ce traité serait une « première étape »...

Le non « à titre personnel »

La formule « à titre personnel » est censée atténuer l’opinion exprimée – on se souvient du choix de Bayrou « à titre personnel » pour Hollande entre les deux tours de la dernière élection présidentielle.

Cette fois, c’est François de Rugy, le coprésident du groupe EELV à l’Assemblée qui y recourt : « A titre personnel, je voterai contre », a-t-il indiqué au Figaro. Avant d’ajouter :

« N’en faisons pas une affaire. Ce traité n’est pas un acte fondateur pour la France et l’Europe. »

L’abstention solidaire

C’est l’option retenue par tous ceux qui, comme le député de l’Ardèche Olivier Dussopt, veulent voter non mais ne sont pas prêts à rompre « la solidarité gouvernementale ». C’est aussi l’attitude prônée par Pascal Canfin, le vert ministre délégué au Développement.

Le vote « pas pour »

La députée du Doubs Barbara Romagnan ne votera pas tout à fait « contre » ; elle ne votera « pas pour » – nuance. Elle l’a écrit dans une tribune publiée par Libération :

« Ce que je vais exprimer par mon vote, c’est une volonté de dépasser le TSCG. »

Mais elle en fait des caisses pour ne pas être vue comme une vilaine dissidente :

  • « dans le sens de l’action de François Hollande, il faudra soutenir une augmentation du taux de la taxe sur les transactions financières » ;
  • « il n’y a rien de plaisant à se retrouver minoritaire dans le vote d’un texte présenté par sa majorité au risque de sembler vouloir s’en démarquer » ;
  • « c’est un choix de conviction motivé par un engagement politique entier en faveur de la mise en œuvre du projet socialiste. »

Le oui « fort »

C’est celui que Jean-Marc Ayrault appelle de ses vœux. Il l’a répété mercredi 19 septembre : « Plus le vote sera fort, plus la voix de la France sera forte, plus nous pourrons continuer à travailler à la réorientation de l’Europe. » Pour les durs à cuire, il a tenté une raffarinade :

« Pour gravir un escalier il est pertinent de ne pas s’arrêter à la première marche. »

Le oui sarkozyste

Les parlementaires UMP n’auront aucune difficulté à voter le texte présenté par le gouvernement. Ils répètent tous que c’est, à la virgule près, le « traité signé par Nicolas Sarkozy en mars dernier ». Et en profitent pour s’admirer en « opposants constructifs ».

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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 21h32 le 20/09/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    il devrait y avoir une autre catégorie : le « non » malgré nous.
    Il serait réservé aux députés qui voteraient « non » en conformité au voeu des électeurs qui l’ont élu.
    Cette catégorie d’honnêtes députés devrait être la plus nombreuse, mais ...

  • Pas lolo
    Pas lolo
    fasciné
    • Posté à 11h36 le 21/09/2012
    • Internaute 29635
      fasciné

    « Plus le vote sera fort, plus la voix de la France sera forte, plus nous pourrons continuer à travailler à la réorientation de l’Europe. »

    Le même argument depuis Maastricht.
    Plus on se liera les mains fermement, plus nous serons libres de nos mouvements.
    J’ai bien peur que l’argument ne serve plus qu’à sauver (et encore) la face depuis 2005.

  • Mathieu Deslandes
    Mathieu Deslandes
    Auteur(e) de l'article Rédacteur en chef adjoint Rue89
    • Posté à 12h04 le 24/09/2012
      éditeur
    • Journaliste 141178
      Rédacteur en chef adjoint

    En bonus : le « non fédéraliste » de Jean-Vincent Placé.

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