Joseph Stiglitz : « La fin de l’euro ne serait pas la fin du monde »
Nous avons posé vos questions au prix Nobel d’Economie. Il condamne l’Europe et son austérité, prône plus de sécurité pour les salariés, mais pas de protectionnisme.
Il profite de quelques minutes entre deux rendez-vous pour consulter ses e-mails. Concentré derrière sa petite table, dans le bureau de son éditeur en France, il ne répond pas au « bonjour » lancé. Ce n’est pas le moment sans doute.
Dès que l’heure de l’interview sonne, Joseph Stiglitz relève la tête et change de mode. Il va répondre aux questions que les riverains de Rue89 lui ont posées durant deux jours sur le site. Ses petits yeux bleus s’allument. L’homme s’installe dans le canapé moelleux de l’hôtel particulier et se prête au jeu de la séance photo, tout sourire.
D’un ton calme, précis, sans digression, il déroule son discours et les 509 pages de son livre, « Le Prix de l’inégalité » (éd. LLL, paru le 5 septembre 2012), dont il vient faire la promo à Paris pendant trois jours. Inutile d’essayer de l’interrompre tant qu’il n’a pas terminé une réplique. C’est calibré : ni trop long, ni trop court.
Sur le ton d’un médecin bienveillant, il égraine son discours d’« Indigné » : l’Occident passe de l’industrie aux services et doit revoir la structure de son économie pour accompagner cette révolution. L’Etat doit réorienter, mais également renforcer ses interventions. Surtout, il faut arrêter avec cette austérité assaisonnée à toutes les sauces. Ça ne fait qu’entretenir la crise.
Pour Stiglitz, c’est toujours « possible »
Joseph Stiglitz a également pensé à apporter son kit de solutions :
- harmonisation financière ;
- harmonisation fiscale ;
- harmonisation des dettes dans la zone euro ;
- lexisécurité du marché du travail ;
- séparation des activités des banques ;
- etc.
Pas de protectionnisme en revanche. Mais pourquoi pas une sortie de la zone euro si on galère vraiment trop.
Facile à suivre, pédagogue, le prix Nobel d’économie ne s’aventure pas sur le terrain du très concret, de la mise en place de ces réformes qui impliquent des changements de paradigmes. Pour lui, c’est toujours « possible ».
Quand on lui demande cependant s’il est vraiment possible de faire évoluer le système de l’intérieur, l’ancien conseiller de Bill Clinton, qui a démissionné de la Banque mondiale, marque un temps d’arrêt. Il n’a plus de réponse.
Poliment, il disparaît pour un autre rendez-vous. Sans avoir touché au gâteau qu’il aime tant, constate une éditrice navrée. Ce sera la seule information un peu personnelle que nous aurons à nous mettre sous la dent.
- Changer la structure de notre économie
- L’austérité n’est pas la solution
- Les décisions européennes sont trop limitées
- Mutualiser les dettes, harmoniser les impôts
- Et si l’Allemagne quittait la zone euro ?
- La fin de l’euro n’est pas la fin du monde
- Le protectionnisme serait une erreur
- L’emploi industriel décline, c’est le prix du succès
- Flexibiliser le marché du travail n’est pas la solution
- Un monde sans Goldman Sachs est possible
- Séparer les activités de dépôt et d’investissement des banques
- Difficile de changer le système quand on est à l’intérieur
MeMyselfAndI : Quelles sont, selon vous, les causes de la crise économique mondiale ? Est-ce simplement une crise de surproduction « classique » ?
Joseph Stiglitz : Ce n’est pas une crise de surproduction. Le problème, c’est le manque de demande. Mais derrière, il y a un autre problème : les Etats-Unis et l’Europe vont avoir besoin de changer la structure de leur économie. Ça devient urgent.
Au XIXe siècle, nous sommes passés de l’agriculture à l’industrie. Il s’est trouvé plus de travailleurs agricoles que nécessaire. Il a fallu qu’ils fassent autre chose et cette autre chose, ça a été l’usine. Nous nous retrouvons aujourd’hui dans la même situation.
Nous passons de l’industrie aux services. Nous avons une industrie qui marche très bien, qui est très productive. Mais qui fournit du coup moins d’emplois qu’avant. D’autant moins que certains partent dans les pays émergents. Les marchés ne font pas un très bon boulot par rapport à ça. Il y a là une place à prendre pour les gouvernements.
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