L’édito 09/09/2012 à 21h57

Pour deux ans, François Hollande met la France en « redressement »

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

En privé, François Hollande est un homme très drôle qui fait rire son auditoire. Ce dimanche soir, sur TF1, il était moins marrant, dans le rôle du monsieur météo venu annoncer des tomberaux de pluie :

  • la croissance s’est « effondrée depuis déjà quelques mois » (le budget devrait être calé sur 0,8% pour l’an prochain) ;
  • l’inversion du chômage n’est pas à attendre avant un an ;
  • la rigueur continuera : dans l’immédiat, elle se traduira par 10 milliards d’euros d’économies budgétaires, 10 milliards de prélèvements supplémentaires (sur les plus aisés, mais cela reste à vérifier), 10 milliards de prélèvement sur les grandes entreprises.
François Hollande dans le « 20 Heures » de TF1, 9 septembre 2012

Via TV Buzz Info

François Hollande s’est donné deux ans pour mettre en place son « agenda du redressement » sur les fronts de l’emploi, de la compétitivité, des finances publiques. Etrange, ce mot de « redressement » : il a deux sens, dont l’un ne promet rien de bon.

Consensus Medef-PS

En privé, François Hollande est connu pour être un homme de consensus. Il adore cela : rapprocher les positions, trouver les voies médianes. Ce dimanche soir sur TF1, il semble avoir cherché la synthèse entre centre gauche, centre droit, Medef et CFDT.

Pour ce qui est de l’emploi et de la compétitivité, le Président entend faciliter l’accès des PME au crédit, rendre le marché du travail « plus souple et plus protecteur » (la fameuse « flexécurité ») et modifier le financement de la protection sociale, afin que la part prise sur les salaires n’augmente pas.

Il a évité en revanche les sujets qui fâchent : les conflits sociaux actuels, le contrôle des licenciements, le traité européen qui divise tant la gauche.

Retour au centre gestionnaire

En privé, François Hollande n’est pas Robespierre. C’est un homme très modéré, très centriste. Pendant la campagne présidentielle, il avait réussi à gauchir un peu son image, notamment avec l’annonce d’une taxe de 75% sur les revenus dépassant 1 million, et par la désignation claire de son adversaire, « la Finance ».

Ce dimanche soir sur TF1, François Hollande a clarifié la situation : il ne cherchera pas coûte que coûte les financements pour mener une politique de gauche.

Le début de son quinquennat sera marqué par une politique gestionnaire classique. Le cap principal reste celui d’un déficit public à moins de 3%. On commence par le fameux « redressement », pendant deux ans, et on verra après.

Pas de taxe à 75% pour les revenus du capital

Et pour ce qui est de la taxe de 75% sur les revenus gagnés au-delà de 1 million d’euros par an, François a confirmé qu’elle s’appliquerait aux rémunérations du travail, mais pas aux rémunérations du capital. Ces derniers seront « pris en compte par l’impôt sur la fortune », a-t-il justifié, ce qui est un contresens : l’ISF ne porte pas sur les revenus, mais sur la richesse totale. La taxe de 75%, par ailleurs, ne durera que deux ans, a-t-il déclaré.

Les riches peuvent respirer : ce qui était l’emblème de sa campagne n’est qu’un gadget.

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  • thierry reboud
    • Posté à 23h02 le 09/09/2012
    • Internaute 20923

    Ce que Hollande annonce, c’est une politique centriste (centriste, c’est-à-dire ni de gauche, ni de gauche) qui est tout à fait dans le ton du personnage.

    Ce n’est pas tout à fait comme si nous n’avions pas été prévenus, notamment par le candidat du FdG : s’il arrive à Mélenchon de dire des trucs qu’on peut aisément qualifier avec des adjectifs tout à fait hors charte, on peut dire que Hollande semble s’acharner à lui donner raison à propos de sa consistance d’homme de gauche. Il faut dire que Mélenchon connaît son Hollande sur le bout des doigts pour l’avoir beaucoup fréquenté jadis...

    Inutile de refaire l’histoire des dernières élections mais, vu de gauche, on constate la justesse de l’analyse selon laquelle il fallait empêcher le PS d’avoir la majorité absolue en le lestant d’un fort groupe FdG.

    Et quand je pense qu’il va encore y avoir des gens de droite pour hurler au socialo-communisme... Y aurait de quoi se les mordre.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 01h13 le 10/09/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Mitterrand a commencé son septennat par 2 ans de politique « de gauche » avant de virer de bord.
    Pour commencer son quinquennat, Hollande annonce 2 ans de serrage de ceinture droitiste. Peut être virera-t-il de bord après les 2 ans à désespérer les électeurs de gauche ou bien, il devra mettre de l’eau dans son vin (Gevrey Chambertin racheté par les Chinois) avant ...

  • sanglier intrépide
    • Posté à 13h16 le 10/09/2012
    • Expert 161050

    François Hollande a effectivement bien esquivé la question de l’Europe. Ça aurait rappelé aux électeurs de gauche que la France ne peut pas faire grand chose contre la crise tant qu’elle est dans la zone euro. On assiste à un petit jeu de dupes entre un monde de la finance qui règne sur les travailleurs, et un peuple à distraire avec des promesses de lendemains qui chantent. Une bonne solution, ce serait de quitter la zone euro et de reprendre en main l’économie même menée par l’Etat. Franchement quand on voit l’ampleur de la crise on se dit que ce n’est pas un luxe. Je préfère un Etat qui protège plutôt que des institutions européennes un peu à côté de leur sujet. En somme, la droite et la gauche sont deux bourgeoisies gagnées par la finance (le PS n’y a adhéré que vers 1991 mais aujourd’hui il en est un fidèle vassal).

    C’était donc kif-kif l’hyper-président et l’hypo-président. J’ai voté pour le premier en me bouchant le nez parce que la seule différence avec le second, c’est qu’on n’aurait pas eu en prime le mariage gay et l’euthanasie. Mais en m’excusant auprès des africains et des arabes à qui il a manqué de respect pendant cinq ans.

  • beerootfr
    beerootfr
    retraité baroudeur
    • Posté à 13h59 le 10/09/2012
    • Internaute 40978
      retraité baroudeur

    Je pense qu’il faut toujours se méfier des « redressements » : ils précèdent souvent la liquidation judiciaire.

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