Pour/contre 30/08/2012 à 19h20

Chômage des jeunes : pour ou contre les contrats aidés ?

Pascal Riché | Cofondateur Rue89

Difficile, alors que le chômage des jeunes, en hausse, atteint 22,5%, d’être radicalement « contre » les emplois d’avenir, ces contrats de travail subventionnés proposés pour aider à l’embauche de jeunes en difficulté.

La gauche et la droite ont chacune créé leurs propres contrats : souvenez-vous des TUC (1984), des CES (1990) des CIE (1995), des emplois-jeunes et CEC (1997), des CJE (2002), CI-RMA (2005), des CUI (2010)...

« Les mesures sont souvent modifiées avant que leurs effets n’aient été mesurés », se désolait Philippe Séguin, président de la Cour des comptes, en 2005.

Les emplois d’avenir
Le projet de loi, présenté par Michel Sapin, vise à subventionner à hauteur de 75% 150 000 emplois d’ici fin 2014 : des CDI ou des CDD, réservés aux moins de 25 ans en très grande difficulté de recherche d’emploi et dans les zones où le chômage est très élevé.

Mais difficile aussi d’être enthousiaste : ces contrats aidés sont un pis-aller pour pallier l’échec dans la lutte contre le chômage. Ils ne sauraient se substituer à une vraie politique de l’emploi.

Eric Woerth, ancien ministre du Budget, avait froidement comparé ces contrats à des « airbags ». Des amortisseurs qu’on gonfle quand la conjoncture et les statistiques du chômage vont mal, qu’on dégonfle ensuite...

Des mouvements de yoyo qui ne facilitent pas la construction d’un système d’insertion réfléchi.

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Pour

  • Ces dispositifs sauvent des jeunes en grande difficulté

Une des critiques adressées aux emplois-jeunes de Lionel Jospin était que ces derniers détournaient des jeunes diplômés vers des emplois moins qualifiés que ceux auxquels ils pouvaient aspirer et ils profitaient peu aux non-diplômés.

Les emplois d’avenir lancés par le gouvernement actuel sont réservés aux jeunes en difficulté, vivant dans des banlieues difficiles ou des campagnes isolées, « éloignés » du marché du travail.

  • Ils ont eu des résultats par le passé

Le PS, pour démontrer cela, produit une étude de la Dares [PDF] de novembre 2006. Les résultats des emplois-jeunes, en termes d’insertion, sont plutôt bons :

  • 63% des personnes qui avaient un emploi-jeune en 1999 ont été embauchées par leur employeur ;
  • 85% avaient un CDD ou un CDI dix-huit mois plus tard ;
  • 72% avaient un CDI dix-huit mois plus tard.

Grâce aux accompagnements personnalisés et aux formations, de nombreux jeunes ont pu se remettre le pied à l’étrier grâce à ces contrats. Il faut toutefois nuancer ce bilan : ce sont surtout les jeunes diplômés qui ont bénéficié de ces embauches.

  • Ils ne font pas concurrence à l’emploi marchand

François Hollande a tenu à ce que le dispositif des contrats d’avenir soit réservé aux associations, collectivités locales et administrations, pour ne pas créer des « effets d’aubaine » (des entreprises profitant du système pour des postes qu’ils auraient de toute façon pourvus).

Il y aura des exceptions à la règle, indique le gouvernement : si les entreprises démontrent qu’il n’y a pas d’effet d’aubaine, elles pourront accéder à ces contrats, mais la subvention sera moindre.

  • Ils irriguent la démocratie

Les syndicats, les associations, ont besoin de ces contrats aidés. Sans eux, ils ont du mal à remplir leur activité, maintenir des permanences, etc. Ces emplois permettent aux contre-pouvoirs de rester actifs.

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Contre

La critique contre les emplois aidés (et le traitement social du chômage) est portée tant par les libéraux (qui considèrent que seul le marché est efficace pour créer des emplois) et une partie de la gauche, qui juge que ces politiques masquent l’absence d’audace en matière de politique économique.

  • Ils sont complexes et inefficaces contre le chômage

Ce sont de simples béquilles, seuls les emplois marchands sont efficaces.

Le Sénat en 2006 et la Cour des comptes en 2011 ont rédigé des rapports remettant en cause l’efficacité des contrats aidés sur l’emploi. Beaucoup de jeunes sont ballotés d’un contrat aidé à l’autre.

  • Ils coûtent cher à l’Etat

En année pleine et en rythme de croisière, le coût des emplois d’avenir est estimé à 1,5 milliard par an. Dans la situation financière de l’Etat, c’est une dépense peu responsable, plaident les libéraux. Pour eux, il faut tenir compte, dans le bilan que l’on fait des emplois aidés, des emplois détruits par les impôts nécessaires à leur financement.

Pour l’ancien Premier ministre François Fillon :

« Le financement de l’Etat qui est prévu ne correspond donc pas à une dépense productive et qualitative pour l’emploi. Il viendra gonfler le déficit, donc peser sur les ressorts de la croissance, sans pour autant garantir un véritable avenir professionnel aux jeunes concernés. »

  • Ils stigmatisent les jeunes

Avoir sur son CV un TUC, un CUI, un CAE n’est pas forcément une bonne carte de visite. Selon Bernard Gomel, chercheur au Centre d’études de l’emploi, les jeunes passés par le dispositif emplois-jeunes sont certes bien insérés dix ans plus tard, mais pas mieux que les autres, et sont surtout « pénalisés » par un salaire inférieur.

  • Ils ne font l’objet d’aucune étude préalable, évaluation ou permanence

La France pourrait s’inspirer d’autres systèmes, plus stables, plus simples, assortis de formations et d’apprentissage, tels ceux en œuvre dans les pays scandinaves – Suède ou Danemark – par exemple.

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  • Steelskin
    Steelskin
    Dangereux gauchiste gay
    • Posté à 19h44 le 30/08/2012
    • Internaute 25107
      Dangereux gauchiste gay

    « Il viendra gonfler le déficit, donc peser sur les ressorts de la croissance. »
    Un jour, il faudra donner des leçons d’économie de base à nos chers politiques. Qu’on m’explique en quoi plus de déficit influe le PIB de manière négative ? En fait, j’aurais même plutôt tendance à penser qu’un emploi en plus, même aidé, va directement augmenter la production de richesses - en plus de la consommation, mais admettons qu’on en fasse abstraction.

  • Gwenwhyfar
    Gwenwhyfar
    En recherche d'emploi
    • Posté à 20h17 le 30/08/2012
    • Internaute 164511
      En recherche d'emploi

    Le contrat aidé subventionné par l’État, vous voulez parler des employeurs qui en abusent parce que justement ils ne payent qu’une infime partie du salaire et se permettent d’être finalement odieux tout en faisant miroiter pour un temps une « possible reconduction », alors qu’il n’y a aucun suivi par pôle emploi et les pseudo-tuteurs ?
    Merci bien, les contrats aidés...

  • Lokiel
    Lokiel
    ex-étudiant
    • Posté à 20h18 le 30/08/2012
    • Internaute 129379
      ex-étudiant

    Personnellement, je n’ai rien contre, dans la mesure où ils sont temporaires. En effet, ça fait un moment qu’en économie on sait que le marché du travail est soumis à de forts effets d’hystérèse donc ça m’a l’air d’être une bonne solution pour éviter leur installation quand l’activité se casse la gueule.

    Pour moi, la seule critique réellement pertinente de l’article est celle concernant la stigmatisation. Mais elle peut se régler simplement en rendant la nature aidée ou non du contrat des précédentes expériences professionnelles confidentielle : tout ce que l’employeur aura le droit de savoir c’est si c’était un CDD ou un CDI, point.

  • myosotis_lys
    myosotis_lys
    Précaire
    • Posté à 20h43 le 30/08/2012
    • Internaute 89449
      Précaire

    Mouais... Personnellement, « jeune diplômée », je suis pas convaincue.
    Qu’on propose plutôt des formations qualifiantes à ces jeunes sans qualifications plutôt que des boulots bouche trous sans avenir et payés une misère. Une expérience, d’accord, mais il faut une formation dessus pour valider ses acquis. Je ne parle même pas des abus de la part des secteurs qui utilisent ces contrats aidés et qui abusent de la précarité des jeunes bénéficiaires.

    On a des déjà plein de mesures incitatives pour embaucher des jeunes à moindre coût. Mais personne n’en veut car maintenant il faut être un mouton à 5 pattes, débarquer sur le marché du travail diplômé mais pas trop, avec de l’expérience mais pas trop, mais des exigences salariales mais pas trop, être mobile jusqu’en chine orientale.... La France est un pays de vieux qui tiennent à leurs postes et qui ont peur des jeunes.

    Enfin, que faire de la génération perdue, celle des « jeunes » entre 26 et 30 ans, qui ont fait des études, qui se sont endettés pour les faire et qui au final ne peuvent faire partie d’aucun dispositif d’aide à l’emploi ou à la formation ?

  • Quand Le Tigre Lit
    Quand Le Tigre Lit
    en rédaction de Sutras du Tigre
    • Posté à 21h23 le 30/08/2012
    • Internaute 189949
      en rédaction de Sutras du Tigre

    Au lieu de toutes ces usines à gaz qui depuis des années ont fait montre de leur relative efficacité, est-il envisageable de mettre en place plusieurs smics selon l’âge ? 1100 € de 15 à 20, 1300 € de 20 à 25, 1500 € de 25 à..., quelque chose dans ce genre. J’étais distrait quand j’ai cru entendre que des pays le faisaient, merci de votre aide.

    En poussant la logique à son bout, on peut faire la même pour les séniors, avec la progression inverse.

    J’interviens plutôt dans les sujets culturels, donc ne tapez pas trop fort.

  • thierry reboud
    • Posté à 21h47 le 30/08/2012
    • Internaute 20923

    Quand j’entends les patrons ou la droite stigmatiser les contrats aidés, ça me fait immanquablement penser à l’apologue cher au président Mao selon lequel il ne faut pas donner de poisson à celui qui a faim, mais lui apprendre à pêcher. Peut-être que le passage de Denis Kessler des maoïstes au MEDEF via la bienveillance de Strauss-Kahn a eu des effets inattendus.

    C’est vrai que, dans l’absolu, il est préférable de donner les moyens à chacun de subvenir à ses besoins et c’est vrai que, dans le cadre d’une société libérale (ce que nous sommes, bon gré mal gré), subvenir à ses besoins passe par l’acquisition de compétences et d’un emploi correctement rémunéré.

    Sauf qu’en attendant de fournir les moyens de pêcher à ceux qui ont faim, ceux qui ont faim crèvent tout bonnement. En attendant de fournir un emploi correctement rémunéré à ceux qui en ont besoin, ceux qui sont au chômage n’ont rien. Les emplois aidés ne doivent pas être autre chose qu’une mesure d’urgence.

    Quand c’est le MEDEF qui peste contre les emplois aidés, j’ai un peu envie de m’étrangler de rage, et pour plusieurs raisons.

    La première, c’est que ces chantres du libéralisme et du moins d’Etat sont en fait les premiers à quémander les aides. Revendiquer de ne pas avoir à assumer la formation de leurs travailleurs (comme l’a encore fait Parisot sur France Culture ce matin) pour refiler cette charge à la collectivité nationale et à l’école, c’est demander que des investissements propres à chaque entreprise soient en fait pris par l’impôt et les cotisations sociales.
    Remarque voisine concernant la revendication patronale récurrente contre les cotisations sociales, abusivement rebaptisées « charges » : vouloir faire baisser les cotisations sociales, cela revient en fait à vouloir faire baisser le salaire des travailleurs.

    La deuxième, c’est que ce sont aussi les patrons qui, par leurs décisions, empêchent les chômeurs d’obtenir un emploi correct. S’ils préfèrent que l’Etat ne se mêle pas des emplois, qu’ils fassent le nécessaire.
    Au passage, en France, les patrons des grands groupes sont la plupart du temps d’anciens hauts fonctionnaires qui ont fait jouer leurs relations (ce qui s’appelle en clair du trafic d’influence) pour faire du privé sans en assumer les risques : les patrons des grands groupes français sont tout sauf des entrepreneurs, ce sont des administrateurs.

    Mais la troisième raison, et la plus importante, c’est qu’on attend toujours que le patronat français nous montre l’étendue de ses compétences, et si possible dans ce qui devrait être leur terrain privilégié, c’est-à-dire dans les entreprises. Il me semble que l’exemple de Charles Doux (désolé, l’article est en accès payant), et de ce qu’il a fini par faire de son groupe en accumulant les décisions douteuses, devrait inciter le patronat français à un petit peu plus de modestie. La compétitivité des entreprises n’est pas qu’une question de niveau de cotisations sociales et de coût du salaire : elle est aussi une question de compétence des dirigeants.

  • célajavableue
    célajavableue
    retraité
    • Posté à 22h37 le 30/08/2012
    • Internaute 155990
      retraité

    Ce n’est pas la panacée mais pour avoir vécu « les emplois jeunes de Jospin » je peux dire que mes deux demoiselles n’ont pas mal réussi avec stages et formation à se trouver du boulot.
    Au boulot pas au dodo, certes !
    On veut les jeunes au boulot ou au dodo ?
    A ceux qui râlent encore sur la mesure donnez une autre solution ! Même si 30% de jeunes peuvent survivre MERDE donnons leur la chance pour pouvoir vivre.L

  • Anarcho-Stalinien
    Anarcho-Stalinien
    commentateur precaire
    • Posté à 22h47 le 30/08/2012
    • Internaute 191801
      commentateur precaire

    Il y en a qui trinquent encore avec les TUC !

    J’ai vu des jeunes en concurrence passer des examens d’embauche draconiens, afin de décrocher pour quelque temps un emploi de CES à 50% du SMIC consistant à badigeonner de peinture des balustrades ou arracher des mauvaises herbes à longueur de journées !

    En tant que simple citoyen, mais aussi en tant que parent d’élèves, aux côtés des enseignants, dans l’Éducation Nationale, j’ai combattu l’introduction de ces emplois précaires et sous-payés, pour finir ensuite par manifester contre leur suppression, comme lorsque les AVS et EVS étaient purement et simplement remerciés...

    Mais le pire, c’est toutes les aides et exonérations sociales et fiscales dont les patrons ont bénéficié au prétexte de l’emploi des jeunes.

  • mamzelle K
    mamzelle K
    recherche apprentissage
    • Posté à 22h55 le 30/08/2012
    • Internaute 189615
      recherche apprentissage

    Pour avoir travaillée un an au sein d’une mission locale (association dont le but est l’insertion des moins de 25 ans), j’ai pu constater que leurs actions, aussi louables soient elles, sont comparables à un pansement posé sur une hémorragie... malheureusement...

    Au final on cherche plus à occuper les jeunes par divers stages, services civiques où ils sont plus exploités qu’autre chose. Alors oui ça remet le pied à l’étrier mais faire 35h pour 350 euros... c’est dur. Et à la fin de cela, là où je travaillais en tout cas, c’était plutôt rare d’avoir un CDD ou CDI derrière, et on recommençait à zéro, comme si on avait rien fait finalement. Aux plus chanceux on leur propose un CUI, mais quand le contrat arrive à son terme, l’entreprise perd ses avantages et généralement ne garde pas la personne.

    A mon sens, il faut totalement repenser le système d’insertion des jeunes, l’apprentissage serait une piste à creuser je pense.

    Au final ces contrats sont encore plus restrictifs que ses précédentes versions au niveau du public visé, moins de 25 ans, non qualifié... je trouve cela dommage. Je n’apprécie pas particulièrement Woerth mais ça métaphore avec l’airbag est plutôt juste je trouve.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 23h40 le 30/08/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Autant que je m’en souvienne, les emplois jeunes étaient réservés à des « nouveaux métiers », dans les écoles, par exemple, ils ont permis à des jeunes de monter des services informatiques, à des collectivités locales d’embaucher des médiateurs dans des tas de domaines, des associations ont pu se développer, etc. c’est pourquoi, ce sont plutôt des jeunes à BAC + 2 en général qui ont été embauchés. Les heures de formation étaient obligatoires. Un volet « pérennisation du poste » figurait dans la demande. Les emplois jeunes ont permis d’innover, or, cette dimension n’existe pas dans les emplois de Hollande, qui ne visent que des non diplômés. Seules vont rester les heures de formation.
    J’ai connu pas mal d’emplois jeunes. Leur satisfaction dépendait de leur employeur, soit il jouait le jeu, soit il les considérait comme des employés ordinaires. Beaucoup de ces jeunes étaient heureux de pouvoir commencer leur vie active et d’acquérir une expérience. Ils étaient en général d’accord d’être payés au SMIC puisqu’ils n’avaient aucune expérience professionnelle.

    Je suis plutôt favorable aux emplois jeunes aidés s’ils restent dans le secteur non marchand. Encore faut-il que les jeunes puissent y recevoir une formation qualifiante. Il n’y a aucune raison de filer encore de l’argent aux entreprises, elles ont d’autres moyens pour avoir des salariés pas cher, entre les apprentis et les stagiaires.

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