Jeux de mots 17/08/2012 à 16h12

A l’UMP, Guillaume Peltier s’offre le monopole de la « droite républicaine »

François Krug | Journaliste Rue89

Mis à jour le samedi 18 août 2012 à 14h00
L'article a été complété : Guillaume Peltier a confirmé l'information ce samedi sur France Inter, mais les registres de l'Inpi contredisent en partie son explication.

François Fillon, Jean-François Copé ou Nathalie Kosciusko-Morizet : à l’UMP, tout le monde prétend incarner la « droite républicaine ». Sauf que désormais, seul Guillaume Peltier en a le droit. Plus malin que les autres, ce sarkozyste passé par le FN a discrètement déposé l’expression...


La marque « La Droite républicaine » à l’Inpi

Depuis fin juillet, Guillaume Peltier est officiellement propriétaire de la marque « La Droite républicaine », déposée auprès de l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle). Lui seul peut utiliser ce label sur des affiches, des tracts ou sur Internet. D’ailleurs, le nom de domaine a déjà été acheté.

Ce trentenaire ancien du FN et du MPF de Philippe de Villiers a-t-il voulu faire une petite blague aux prétendants à la présidence de l’UMP ? Quand il faut se situer par rapport à l’extrême droite, tous se réfugient derrière la « droite républicaine », un concept fourre-tout et à la définition plutôt souple :

  • François Fillon explique qu’il veut « faire en sorte que les militants puissent être fiers de défendre les valeurs de la droite républicaine » – comprendre : pas en draguant le FN comme Jean-François Copé ;
  • Jean-François Copé lui répond qu’il est « le tenant d’une ligne politique claire, celle d’une droite républicaine, moderne et décomplexée » – tout est dans le « décomplexée » ;
  • Nathalie Kosciusko-Morizet veut que l’élection du président de l’UMP soit « la forge d’un nouvel alliage au sein de la droite républicaine » – un alliage 100% républicain, sans FN ;
  • Bruno Le Maire estime que la question de l’extrême droite « n’est pas le bon débat pour la droite républicaine ».

Poursuivre « la révolution » de Sarkozy

Guillaume Peltier, lui, préfère parler de droite « forte » – comme la France que promettait Nicolas Sarkozy. C’est même le nom qu’il a choisi pour son courant à l’UMP. Fin juillet, il expliquait au Figaro :

« La Droite forte, c’est une droite qui a pour fondation le sarkozysme [...]. La droite de demain ne pourra gagner que si elle poursuit la révolution programmatique initiée par Nicolas Sarkozy et que si elle est fière de ses valeurs. »

Pas question, donc, de renier la droitisation engagée pendant la campagne présidentielle. Et à laquelle il avait participé comme conseiller du candidat Sarkozy, aux côtés de Patrick Buisson.

Comment s’y retrouver à l’UMP

Ne pas confondre La France droite (le courant de NKM) avec La Droite forte (celui de Guillaume Peltier), tous les deux inspirés par le slogan « La France forte » du candidat Sarkozy. Ne pas confondre non plus La Droite populaire (menée par Thierry Mariani) et La Droite sociale (celle de Laurent Wauquiez, un peu moins à droite). Quant aux Amis de Nicolas Sarkozy (l’association formée autour de Christian Estrosi et Brice Hortefeux), ce ne sont pas des Humanistes (les centristes réunis autour de Jean-Pierre Raffarin).

A l’UMP, on ne veut plus entendre parler de Patrick Buisson – ou alors, pour le rendre responsable de la défaite. Mais Guillaume Peltier est prêt à reprendre le rôle, en mode « gendre idéal ».

Comme lui, il est passé par l’extrême droite et juge nécessaire de muscler le discours de l’UMP. Comme lui, il est expert en sondages et a monté sa petite entreprise dans ce domaine.

D’ailleurs, en même temps qu’il enregistrait à l’Inpi la marque « Droite républicaine », il y déposait une seconde, « Le Club de l’opinion ». C’est aussi le nom de l’émission politique de LCI qui, à la fin des années 90, avait révélé Patrick Buisson. Un hommage ?

Pour se justifier, un petit mensonge

Les messages laissés par Rue89 à Guillaume Peltier sont restés sans réponse. Ce samedi sur France Inter, il a confirmé avoir déposé le label « Droite républicaine » à l’Inpi – en soulignant l’avoir enregistré en même temps que la « Droite forte », début juillet :

« J’ai choisi de déposer aussi la marque “Droite républicaine” parce que je considère que la droite et la République sont deux valeurs essentielles, et évidemment je le fais au nom de l’UMP, donc François Fillon, Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et les autres pourront l’utiliser [...]. »

Vraiment ? Selon les registres de l’Inpi, Guillaume Peltier a déposé la « Droite forte » le 7 mai, dès le lendemain de la défaite de Nicolas Sarkozy, et n’a enregistré la « Droite républicaine » que deux mois plus tard, au moment où tous les leaders de l’UMP voulaient s’attribuer cette étiquette...

MERCI RIVERAINS ! Pierrestrato
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  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 16h45 le 17/08/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    La droite républicaine devient une marque comme la vache qui rie ou Prince de Lu. L’UMP n’a plus de ligne politique et ses différents leaders, à défaut d’idées, s’achètent des concepts, ce n’est même plus du marketing, c’est du gadget . Et pendant ce temps là les secrétaires nationaux commencent à ruer dans les brancards Les critiques internes se multiplient à l’UMP. L’élection prochaine du président de l’UMP va être passionnante, surtout pour définir l’idéologie du parti pour les 5 ans à venir et ensuite qui va la défendre, tout un programme.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 17h56 le 17/08/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Quel rigolo va déposer :

    « La droite républicaine la plus bête du monde ? »

    On a bien le droit, je présume, de qualifier « la droite républicaine » ?

  • sliwa
    sliwa
    xénophile
    • Posté à 18h34 le 17/08/2012
    • Internaute 147010
      xénophile

    Dire que l’UMP croassait à nous en faire péter les tympans quand avaient lieu les débats de la primaire socialiste... Ca promet une jolie poilade pour les mois à venir, avec les quelques jeunes loups qui viendront mordiller les mollets des vieux briscards. L’UMP va souffrir et devoir montrer ses divisions en interne, loin des numéros de claquette et de la langue de bois.

    Ca promet aussi une petite bataille idéologique qui pourrait être très instructive. Reste à savoir si les électeurs voudront un Sarko-bis...

    Quant à Guillaume Peltier et son parcours sinueux (il fallait le voir chez Ruquier défendre ce bon Fifi de Villiers, il y a quelques années), j’ai du mal à ne pas le considérer comme un phénomène de mode qu’on remisera une fois la mêlée enclenchée. Un communicant à vendre au plus offrant.

  • amonhumbleavis
    • Posté à 22h30 le 17/08/2012
    • Internaute 93168

    Voilà l’avenir du débat politique : des dépôts de marques !

    Après que certains partis aient vidé des concepts politiques de leur sens, voilà l’achat de concept.

    De la vraie SF.

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