Tribune 22/07/2012 à 14h12

Attention, la réforme fiscale de Hollande est en voie de disparition

Verhaeghe | Auteur


Jérôme Cahuzac, ministre du Budget (/AFP) (Pierre Verdy/AFP)

Peut-être vous souvenez-vous que Thomas Piketty [économiste proche du PS, ndlr] et consorts, en janvier 2011, avaient proposé une très belle réforme fiscale qui devait inspirer le Parti socialiste. Leur intention répondait à une forte exigence de justice, comme dirait Jean-Marc Ayrault.

L’essentiel des recettes de l’Etat provient en effet de la fiscalité indirecte sur les personnes, qui est injuste, alors que la fiscalité directe, en principe progressive, tient compte des capacités contributives de chacun.

L’idée implicite qui guidait l’ouvrage de cette équipe n’était pas sans rappeler la revendication d’un impôt universel telle que les économistes physiocrates l’avaient formulée dans les années 1770 et 1780. Chacun doit contribuer à la dépense publique de façon équitable, c’est-à-dire proportionnelle à son revenu.

820 milliards d’euros de contributions

Ce principe est très éloigné du système fiscal français contemporain, qui est à la fois lourd à porter et très inégalement structuré.

Pour être précis, la France prélève aujourd’hui plus de 820 milliards d’euros de contributions publiques de toutes sortes, sur un produit intérieur brut de presque 2000 milliards d’euros. Traditionnellement, les analystes distinguent :

  • les 500 milliards d’impôts,
  • les 320 milliards de cotisations de sécurité sociale.

Sur aucune de ces lignes de recettes, l’universalité de l’impôt n’apparaît dominante.

Des impôts discriminatoires

Les 500 milliards de l’Etat sont en effet prélevés de façon extrêmement discriminatoire.

  • La TVA en représente plus du quart (près de 130 milliards). Elle frappe les consommateurs et favorise les épargnants. Comme ces derniers appartiennent statistiquement aux catégories les plus aisées de la population, la TVA pénalise donc les moins riches.
  • Les impôts directs, c’est-à-dire la contribution sociale généralisée et l’impôt sur le revenu, apportent à eux deux un montant équivalent à la TVA : 130 milliards d’euros environ. Mais l’impôt sur le revenu souffre de nombreuses faiblesses, puisqu’un ménage sur deux seulement y est assujetti.
  • Les autres taxes, c’est-à-dire les 210 milliards d’euros restants qui constituent les recettes de l’Etat, sont prélevés par de l’imposition indirecte, sous une forme ou sous une autre. Sauf l’impôt sur les sociétés.

    C’est par exemple le cas de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance, qui touche les assureurs mais est en réalité payée par l’assuré, puisque répercutée sur les tarifs.

Au total, 360 des 500 milliards d’impôts en France sont prélevés de façon indirecte. Et, hormis les 83 milliards d’euros de CSG, aucun impôt universel n’existe.

Le même phénomène se produit pour les 320 milliards de cotisations de sécurité sociale, qui frappent les 23 millions de salariés du privé et abondent un système universel dont les principaux bénéficiaires ne sont plus salariés.

Hollande a promis plus d’universalité

L’instauration d’une réforme fiscale tendant à une plus grande universalité répond donc à une vraie nécessité en France. Elle participe en outre à une salutaire reconstruction démocratique, puisque c’est par l’impôt que chacun contribue effectivement à l’édifice commun.

En écho à cette idée, François Hollande avait, dans son discours du Bourget du 22 janvier 2012, annoncé un rapprochement puis une fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu. L’enjeu était simple : redonner une universalité à l’imposition directe. Il s’agissait au fond de reconstruire le lien entre le citoyen et l’Etat.

Début février, Jérôme Cahuzac avait réduit la voilure en annonçant une harmonisation de l’assiette de la CSG et de l’impôt sur le revenu. Puis le candidat Hollande, le 27 février, a encore réduit la peau de chagrin de sa réforme fiscale : relèvement de la dernière tranche actuelle de 41 à 45% et création d’une tranche à 75% au-dessus du million de revenus.

Ambitions perdues et occasion manquée

La déclaration de politique générale s’est contentée de confirmer cette dernière mesure en abandonnant toute ambition réformatrice sur le fond.

En termes éthiques, ces choix sont très discutables. De longue date, l’impôt sur le revenu souffre de taux trop élevés qui compensent mal une assiette trop étroite. La politique gouvernementale accroîtra ce phénomène, au détriment d’une universalisation de notre imposition.

Ces deux mesures mises en exergue sont très en-dessous de la hausse d’impôts nécessaire pour atteindre un déficit à 3% du PIB en 2013. La loi de finances initiale présentée à l’automne comportera donc très probablement des hausses de CSG et de TVA bien plus lourdes que cette réformette de l’impôt sur le revenu annoncée par Jean-Marc Ayrault.

Comment ne pas se dire qu’une occasion a été manquée : celle de reprendre les ambitions affichées par François Hollande en janvier 2012 et abandonnées sans explication depuis lors ? Notre démocratie y aurait gagné.

MERCI RIVERAINS ! thilou
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  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable absolument
    • Posté à 15h11 le 22/07/2012
    • Internaute 53186
      inconsolable absolument

    La volonté d’établir une plus grande justice fiscale, se mesurera d’abord, par la politique mise en place pour lutter contre la fraude fiscale, déjà dans le système en vigueur :

    4 milliards d’euros de fraudes fiscales et sociales en 2011 | BFM Business

    Mis à part les déclarations très médiatisées de Yannick Noah, les mesures promises se font attendre :

    • jccman
      jccman répond à Anastaze
      • Posté à 18h02 le 22/07/2012
      • Internaute 71353

      et l’évasion fiscale c’est encore plus. Une trentaine de milliards...

    • Brachamul
      Brachamul répond à Anastaze
      Multi-Taskeur
      • Posté à 04h45 le 23/07/2012
      • Internaute 94825
        Multi-Taskeur

      4 milliards de perte sur 820 milliards de contributions, ça fait un petit 0,5%.
      Que ce soit important d’avancer sur ce terrain, d’accord, mais ce ne sera qu’une goutte d’eau.

      • Tezka
        Tezka répond à Brachamul
        ex étudiant des chinois du FBI
        • Posté à 09h52 le 23/07/2012
        • Internaute 122782
          ex étudiant des chinois du FBI

        Quand il s’agit de fliquer les fraudeurs des diverses allocs pour économiser quelques centaines de millions d’euros, on sort l’artillerie lourde. En revanche, les 4 milliards de la fraude fiscale, ça demeure une « goutte d’eau », autant s’intéresser à autre chose n’est-ce pas ?

         
        • Brachamul
          Brachamul répond à Tezka
          Multi-Taskeur
          • Posté à 13h20 le 23/07/2012
          • Internaute 94825
            Multi-Taskeur

          « N’est-ce pas ? »
          Ben non, les fraudes aux allocs aussi c’est une goutte d’eau, surtout étant donné le volume de gens qui ne demandent pas les allocs auxquelles ils ont droit.

          • Tezka
            Tezka répond à Brachamul
            ex étudiant des chinois du FBI
            • Posté à 14h01 le 23/07/2012
            • Internaute 122782
              ex étudiant des chinois du FBI

            Le gouvernement hollandreou racle des fonds de tiroirs pour quelques dizaines de millions d’euros afin de réunir quelques milliards afin de rembourser l’emprunt que nous avons contracté auprès de bettencourt & ses amis, emprunt qui a servi a compenser les réductions d’impots que les gouvernements précédent leur ont offert.

            Donc non, 4 milliards d’euros, ce n’est pas une « goutte d’eau ». Mais il est certain que les branquignols que les pigeons de français ont mis à la tête de l’état vendront pères & mères avant de s’attaquer au portefeuille de leurs employeurs, c’est à dire bettencourt & ses amis.

            • Brachamul
              Brachamul répond à Tezka
              Multi-Taskeur
              • Posté à 16h37 le 23/07/2012
              • Internaute 94825
                Multi-Taskeur

              Un emprunt auprès de Bettencourt et compagnie ? Mais vous vous êtes fait laver le cerveau mon ami ? La dette Française appartient aux épargnants européens et aux pays étrangers. Allez voir la Chine en leur disant qu’on est trop pauvres pour les rembourser, ça les fera bien rigoler.

              Vous voyez, quand la Tunisie explique qu’elle ne remboursera pas une partie de la dette contractée sous Ben Ali, on peut les comprendre. Ce n’est pas un choix du peuple Tunisien que d’avoir supporté les excès d’un dictateur. Vous n’avez pas l’impression que nous faisons figure d’enfants gâtés, à côté de ça ? Nous qui nous sommes endettés tous seuls, comme des grands, parce que nous n’avons voté (et pas moi, je vous rassure) un coup à gauche, à coup à droite, mais toujours pour plus de dette ?

        3 autres commentaires
  • Rose.Arno
    Rose.Arno
    Enseignante
    • Posté à 14h36 le 22/07/2012
    • Expert 136988
      Enseignante

    Plus d’universalité ?

    Il faut donc que plus de gens payent l’impôt sur le revenu. Donc que l’on baisse l’assiette. Les assiettes d’en bas vont faire la gueule.

    • I.P
      I.P répond à Rose.Arno
      Il manque Hulk en baskets
      • Posté à 14h57 le 22/07/2012
      • Internaute 25391
        Il manque Hulk en baskets

      Pas forcément, si la CSG (qui est à taux fixe) et l’ISR (taux variable suivant les tranches) sont fusionnés on peut calibrer les assiettes de manières à ce que les plus bas revenus ne voient pas la différence.

      • Rose.Arno
        Rose.Arno répond à I.P
        Enseignante
        • Posté à 15h25 le 22/07/2012
        • Expert 136988
          Enseignante

        D’un autre coté, si des revenus plus bas voyaient la différence, ça ferait surement une différence.

    • Féline
      Féline répond à Rose.Arno
      fée
      • Posté à 14h59 le 22/07/2012
      • Internaute 111221
        fée

      Pour modifier l’assiette rapidement, on pourrait estimer à la louche quelle fourchette de revenus rapporte le plus. Mais ça risque de créer vis à vis des contribuables une ambiance à couper au couteau.

      • Rose.Arno
        Rose.Arno répond à Féline
        Enseignante
        • Posté à 15h23 le 22/07/2012
        • Expert 136988
          Enseignante

        Ce serait effectivement dommage de troubler l’entente cordiale qui règne depuis deux mois.

      • pablico
        pablico répond à Féline
        Co-NOBEL de la Paix
        • Posté à 18h04 le 22/07/2012
        • Internaute 14278
          Co-NOBEL de la Paix

        pas si on lance en même temps la chasse aux fraudeurs d’impôts, de taxes, la chasse aux religieux croyants fanatiques de paradis fiscaux. etc. avec beaucoup de pub...

         
        • simla
          simla répond à pablico
          desperate housewife
          • Posté à 21h50 le 22/07/2012
          • Internaute 164811
            desperate housewife

          Faut quand même pas rêver ! ! ! !

        1 autres commentaires
      • Yvon le Zébulon
        Yvon le Zébulon répond à Féline
        L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
        • Posté à 23h27 le 22/07/2012
        • Internaute 65781
          L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

        Et il faudrait un plancher qui ne dépasse pas un certain plafond ?

         
        • Féline
          Féline répond à Yvon le Zébulon
          fée
          • Posté à 00h52 le 23/07/2012
          • Internaute 111221
            fée

          Assiette, louche, fourchette, couteau : je vous l’accorde, ce n’était pas terrible mais je m’amuse d’un rien ; -)

          • Yvon le Zébulon
            Yvon le Zébulon répond à Féline
            L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
            • Posté à 10h11 le 23/07/2012
            • Internaute 65781
              L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

            De toutes façons, votre post autour de quelques mots de
            la batterie de cuisine et des couverts, prouve que vous
            avec bien du talent : en vérité, il m’a fait bien rigoler ! ! !
             ; -))
            Pour moi, c’était plutôt un exercice de style bien réussi...
            ...chez d’autres, on dirait que cet humour est passé inaperçu.

            Avec un tout petit effort de plus, vous nous feriez du « Devos » ?

        2 autres commentaires
    • Collectiste
      Collectiste répond à Rose.Arno
      analyste du politique
      • Posté à 17h54 le 22/07/2012
      • 185081
        analyste du politique

      Pas du tout ! Il faut que les plus hauts revenus paient bien au-delà de ce qu’on leur demande pour l’instant. Le plus juste est sans doute qu’ils paient davantage que 100% d’impôt, démonstration : Lien

      • Rose.Arno
        Rose.Arno répond à Collectiste
        Enseignante
        • Posté à 15h40 le 23/07/2012
        • Expert 136988
          Enseignante

        Grandissime plan.
        Vous pourriez peut être y ajouter des stages ruraux de rééducation pour les revenus dépassant 500 000 euros. Ces stages seront financés par les stagiaires eux mêmes, par un travail d’interêt général.

         
        • friandise
          friandise répond à Rose.Arno
          avenant
          • Posté à 18h48 le 23/07/2012
          • Internaute 190343
            avenant

          Rien à voir ( ou presque ) avec le sujet, pardonnez moi, donc ..
          Si vous aimez lire des histoires qui ne sont pas inventées ..

          Lien

          Faites tourner ! je déséspère presque .., tant vous m’ignorez ..

          • Rose.Arno
            Rose.Arno répond à friandise
            Enseignante
            • Posté à 23h34 le 23/07/2012
            • Expert 136988
              Enseignante

            Vous, même si vous faites pas 500 000 euros, ça sera le camp de vacance agricole, le travail aux champs vous fera le plus grand bien.

        2 autres commentaires
  • Téel
    Téel
    ni de gauche, ni de droite... (...)
    • Posté à 14h49 le 22/07/2012
    • Internaute 128037
      ni de gauche, ni de droite... (...)

    Franchement, il y en a que ça étonne que le gouvernement ne tienne pas des promesses qu’il n’a jamais faites ?

    Bon sang, mais redescendez sur Terre !

  • I.P
    I.P
    Il manque Hulk en baskets
    • Posté à 14h56 le 22/07/2012
    • Internaute 25391
      Il manque Hulk en baskets

    Est ce que quelqu’un pourrait un jour dire clairement combien 1 point de CSG fait d’euros en moins sur le salaire ? Ou donner la formule pour calculer ce montant si ce n’est pas une somme fixe.
    Tout le monde se gargarise des 11 milliards que ça doit rapporter mais ça serait bien de dire combien ça va coûter à chacun !

    • salengro
      salengro répond à I.P
      quand le verbe se fait chair, (...)
      • Posté à 18h02 le 22/07/2012
      • Internaute 107017
        quand le verbe se fait chair, (...)

      pas possible de te donner une réponse fixe, puisque cette ponction est un pourcentage d’une assiette de salaire
      La formule de ponction P , pour un point de CSG prélevée sur le salaire brut (SB) est la suivante :

      P = SB x 0.9825* x 0.01

      * car l’assiette n’est pas 100% du salaire de base brut mais 98,25 ù...du moins encore pour l’instant.

      Cette ponction évidemment ne se retrouve plus dans le net payé, mais parfois dans le net fiscal, s’il s’agit d’une hausse de la CSG non déductible

      • I.P
        I.P répond à salengro
        Il manque Hulk en baskets
        • Posté à 18h37 le 22/07/2012
        • Internaute 25391
          Il manque Hulk en baskets

        Merci !

  • thierry reboud
    • Posté à 15h03 le 22/07/2012
    • Internaute 20923

    D’accord, je ne risque pas d’être déçu par Hollande dans la mesure où la seule chose que j’espérais de lui, c’était qu’il vire Sarkozy. C’est fait et donc, de ce point de vue, il a parfaitement fait ce que j’attendais de lui. D’autant que, sur ce chapitre précis de la réforme fiscale, Hollande a laissé dire mais n’a jamais pris le moindre engagement.

    N’empêche... La débâcle en rase campagne devant une réforme fiscale digne de ce nom n’est, pour le moment du moins, que le signe le plus apparent que Hollande est bien le porte-parole du social-libéralisme et pas celui d’une social-démocratie qui devrait nécessairement commencer par la réhabilitation de l’impôt comme outil de redistribution sociale. On a beau ne pas être déçu, ça énerve tout de même.

    Cela dit, nous n’en sommes qu’au début du quinquennat : laissons-lui le temps de faire moins encore. Il en est capable.

    • MarxForEver
      MarxForEver répond à thierry reboud
      L'argent n'existe pas
      • Posté à 16h11 le 22/07/2012
      • Internaute 124072
        L'argent n'existe pas

      Je n’avais pas vu ton commentaire avant de publier le mien. Je suis évidemment d’accord, mais je ne suis pas certain qu’on parle de la même réforme fiscale que l’auteur de l’article. Je n’ai pas l’impression que la redistribution soit l’objectif qu’il visait.

      • thierry reboud
        • Posté à 12h42 le 24/07/2012
        • Internaute 20923

        Tu as raison : apparemment, lui et nous ne récriminons pas pour les mêmes raisons. Encore que... Quand on parle de l’assiette de l’impôt sur le revenu, on peut considérer qu’il y a bel et bien un problème d’assiette par le biais des diverses exemptions... ce que, pudiquement, on appelle les niches fiscales. Après tout, si les revenus locatifs (par exemple) étaient imposés de la même manière que le salaire, ce ne serait pas forcément aberrant.

    • Resistant 89-
      Resistant 89- répond à thierry reboud
      Anti-mensonges- socialistes
      • Posté à 07h22 le 23/07/2012
      • Internaute 190069
        Anti-mensonges- socialistes

      « La débâcle en rase campagne ... “ alors que ‘Hollande a laissé dire mais n’a jamais pris le moindre engagement.’ ?

      On vous sent tiraillé... dur dur d’être mélenchono-coco après la belle débâcle électorale en rase campagne !

      A propos, comment va Jean-Luc ?
      Il est en vacances chez les amis de Cuba ?
      Ou dans un club appartenant à un comité d’entreprise de la CGT-PCF ?

    • Tezka
      Tezka répond à thierry reboud
      ex étudiant des chinois du FBI
      • Posté à 09h55 le 23/07/2012
      • Internaute 122782
        ex étudiant des chinois du FBI

      Hollande se couche devant les plus fortunés tel un Blum devant le patron du comité des forges.

  • dlebouc
    dlebouc
    internaute
    • Posté à 15h13 le 22/07/2012
    • Internaute 36062
      internaute

    Comment est-il possible à quelques lignes d’écart :
    - d’une part, de soutenir une fiscalité progressive en fonction des revenus
    - d’autre part, de dire que « chacun doit contribuer à la dépense publique de façon équitable, c’est-à-dire proportionnelle à son revenu ».

    Où est la logique ? L’auteur est-il pour une fiscalité proportionnelle (une « flat tax » à l’anglo-saxonne) ou progressive (un impot sur le revenu à la française) ?

    De surcroît, il est inexact de dire que la TVA est injuste car :
    - il y a un taux réduit pour les produits dits de « première nécessité » qui représentent (hélas) une proportion plus forte de la consommation des bas que des hauts revenus
    - l’épargne n’est qu’une consommation différée dans le temps. Lorsqu’elle est utilisée (ou que son produit est utilisé) elle subit la TVA
    - la TVA a le mérite de taxer aussi les revenus noirs ou gris qui échappent à CSG et impôt sur le revenu.

    • Sissi des bois
      Sissi des bois répond à dlebouc
      ...
      • Posté à 18h46 le 22/07/2012
      • Internaute 53905
        ...

      Pour ce qui concerne la TVA et les points que vous avez avancés on peut considérer vos arguments autrement.

      - Le taux réduit s’applique principalement à la nourriture. Ce qui signifie que si un pauvre n’utilise son revenu que pour manger il paiera le taux réduit sur l’intégralité de son revenu. Par contre, le riche, sur la part revenant à sa subsistance paiera lui-aussi le taux réduit. Du coup, l’écart ne touchera que les biens, inaccessible au pauvre de l’exemple, que le riche acquiert avec la part « superflue » de son revenu. Il paye donc tout deux le même taux sur les achats communs et l’on en revient au fait que pour acheter la même chose, ils payent tous deux la même TVA. C’est sur ce point que c’est injuste puisque l’écart, ensuite, n’est le résultat que du pouvoir d’achat supérieur du riche.
      De plus, la part supplémentaire du revenu permet l’investissement qui aura la possibilité ensuite d’accroitre le revenu du riche. C’est votre point deux, allons y ...

      - L’épargne. Il y a une chose que vous n’avez pas du tout prise en compte, c’est le revenu de l’épargne. Vous avez considéré que puisque le placement à sa toute fin, capital et intérêt, sera utilisé pour la consommation il n’y a donc aucune différence. Que nenni.
      Reprenons notre riche et notre pauvre. Ils gagnent tout deux 100€. Le pauvre les dépense intégralement et paye donc x % en TVA, mettons 10% pour faciliter le calcul. Il paiera donc 10€ de TVA pour ses 100€ dépensé. Le riche les place à un taux supérieure à l’inflation (sinon ça ne marche évidemment pas). Il les place à un pourcentage qui en euro constant va lui permettre de récolter au bout de quelques temps disons 120 € net. Sur les 20€ d’intérêt, retirons immédiatement la TVA pour faciliter la démonstration. Il reste 18€. On peut donc considérer que notre riche peut dépenser 118 € et qu’il ne paiera de TVA sur ce montant que les 10€ qu’il aurait payé sur le revenu initial. Au final donc, sur les 100€ de départ il a payé moins de TVA que le pauvre grâce au fait que ces 100€ faisait parti de la part « superflue » de son revenu (voir le point 1).

      - C’est un mérite relatif puisque vous ne considérez que la part de consommation que l’on pourrait qualifier de publique. Si je paye au noir des travaux et que cet argent paye au noir un ouvrier qui va faire ses courses, la part de TVA reçu par l’état correspondra au montant initial qu’il aurait reçu si j’avais dépensé mon argent dans une boutique. Par contre, il y perd toutes les cotisations et impôts qu’il aurait perçu si les choses avaient été légale.
      Il faut aussi considérer que s’il n’y avait pas eu de TVA je n’aurait pas fait mes travaux au noir ... et de fait, sans TVA mais avec une retenu intégrale à la source l’économie souterraine serait beaucoup moins importante puisque le grand principe du « noir » c’est principalement d’échapper à la TVA. quant au travail au noir il est financé justement par ces montants échappant à la TVA. Sinon, où un artisan, si tout ses travaux été déclarés, trouverait-il l’argent pour payer un ouvrier au noir ? Au premier contrôle fiscal il serait cuit puisqu’incapable d’expliquer où sont parti les sous qui ont servi à payer au noir.

      • dlebouc
        dlebouc répond à Sissi des bois
        internaute
        • Posté à 19h39 le 22/07/2012
        • Internaute 36062
          internaute

        Point 1 : je n’ai toujours pas compris pourquoi l’impot devrait être progressif et non pas proportionnel aux revenus. Surtout dans une société avec des prestations sociales dégressives (je parle en théorie et non pas faisabilité immédiate en temps de crise).

        Point 2 : je n’ai compris votre démonstration. Si le « riche » après quelque temps se retrouve avec 120 € et qu’il les dépense, il paiera 12 € de TVA (et peut être aussi quelques import sur le revenus sur les intérêts).

        - Point 3 : je ne suis pas, loin s’en faut, un défenseur du travail au noir. Toutefois celui-ci n’escamote pas que la TVA mais aussi les cotisations sociales (exemple : le baby sitting) et même l’impot sur les revenus déclarés. Sur les travaux d’artisanat, c’est un jeu où 3 parties (le patron artisan, l’ouvrier de l’artisan et le client) gagnent et où la collectivité perd. Evidemment le black ne figure pas dans la comptabilité du patron artisan.
        Avec une retenue à la source en sus des cotisations sociales l’incitation à « noircir » sera au moins aussi forte qu’aujourd’hui.

         
        • Sissi des bois
          Sissi des bois répond à dlebouc
          ...
          • Posté à 21h57 le 25/07/2012
          • Internaute 53905
            ...

          Merci d’avoir lu. Je reconnais qu’il n’est pas simple de faire passer des explications assez complexes en quelques lignes.

          Pour le point 1 je ne discutais pas le principe de l’impôt proportionnel ou progressif. Je tentais juste de comparer les revenus et leurs parts respectives de TVA.

          Pour le point 2 il s’agissait juste de montrer que les 18 € supplémentaires puisqu’ils émanent des 100 € initiaux sont en bonus si je puis dire. On pourrait donc considérer que, si les pourcentages de TVA par rapport aux montants totaux dépensés sont les mêmes, pour 100 € engagé le riche ne paiera non seulement pas la TVA (puisqu’on peut la considérer comme financée par l’intérêt) mais en plus il lui restera 108 € HT à claquer une fois les 12 € de TVA retirés. Alors que le pauvre n’a dépensé que 90 € HT.
          J’avais précisé 120€ net d’impôt en euros constant pour justifier l’absence d’impôt supplémentaire, donc pas d’impôt sur le revenu.
          Il est vrai que le riche devra attendre pour récupérer son argent et faire le gain. Mais il peut justement se le permettre puisque cette part vient des revenus non nécessaires à la subsistance que le pauvre n’a pas.

          Le point 3 mettait l’accent sur le fait que sans TVA l’intérêt du black pour le client n’existe plus ou est nettement atténué en regard des inconvénients (pas de garantie légale et donc pas de recours en cas de malfaçon ou de problèmes quelconques).
          Les contrôles sont aussi plus faciles. Par contre je me doute bien que cela ne mettrait pas fin à la comptabilité souterraine.

        1 autres commentaires
  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 15h26 le 22/07/2012
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « la fiscalité indirecte sur les personnes, qui est injuste »
    ► Quand on n’a pas d’argument, suffit de décréter soi même ce qui est juste et injuste..

    ––––––-

    « la fiscalité directe, en principe progressive, tient compte des capacités contributives de chacun. »

    ► La fiscalité directe n’est en rien « en principe » progressive.. elle pourrait très bien être proportionnelle (la flat taxe pratiquée en Europe de l’Est.. plus logique.. plus « juste » puisque « proportionnelle aux revenus de chacun ».. deux fois plus de revenus.. deux fois plus de taxes.

    ––––––-

    « Chacun doit contribuer à la dépense publique de façon équitable, c’est-à-dire proportionnelle à son revenu. »

    ► Il semble que vous vous mélangiez les pinceaux,
    vous vilipendez la fiscalité proportionnelle, en la qualifiant d’ « injuste »
    et préconisez une fiscalité proportionnelle... faudrait savoir...

    ...votre rhétorique émotionnelle a du mal à se marier avec une analyse rigoureuse et dépourvue d’effets sentimentaux.

    • dzan
      dzan répond à Pierrrrre
      • Posté à 19h17 le 22/07/2012
      • Internaute 26357

      @ Pierrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrre
      Qui qu’avait dit, que les paradis fiscaux n’existaient plus ? ? ?

      Lien

  • Docteur Ralph
    Docteur Ralph
    polymorphe
    • Posté à 15h27 le 22/07/2012
    • Internaute 92084
      polymorphe

    C’est incroyable. On nous propose enfin une réforme fiscale lisible, transparente et surtout juste qui aurait l’immense mérite de mettre à bas une usine à gaz épouvantable faite de l’agrégation anarchique de ponctions sans queue ni tête, mais les personnes aux manettes de l’Etat préfèrent persévérer dans la véritable mascarade que constitue l’organisation des prélèvements obligatoires en France.

    Il faut dire qu’il est tellement plus simple d’ajouter une énième strate au millefeuille fiscal français qui n’a jamais été revu en profondeur depuis le Directoire, de remplacer ce que l’on détricote par un arsenal encore plus complexe et illisible, de créer de véritables aberrations fiscales qui accablent certaines parties de la population et en exemptent d’autres.

    Tous les économistes, de droite ou de gauche, s’accordent à dire que le système d’imposition français prend l’eau de toutes parts. Il exacerbe voire crée des inégalités, et sa complexité est la source même de son inefficacité dont certaines données (fraude, évasion fiscale, ménages non soumis à l’impôt) en sont le piteux reflet.

    Mais, après tout, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

    Le changement, c’est toujours pas maintenant.

  • xuk
    xuk
    expatrié
    • Posté à 15h31 le 22/07/2012
    • Internaute 113443
      expatrié

    Le système français peut être simplifié, peut être que cela économiserai des postes de fonctionnaires.
    C’est bien de s’interroger sur ce qui est juste ou pas.
    Appliquer la CSG sur les retraites, est-ce juste ?
    La progressivité de l’impôt actuelle est elle juste ?

    « La TVA en représente plus du quart (près de 130 milliards). Elle frappe les consommateurs et favorise les épargnants ».

    C’est vrai qu’en ce moment les épargnants sont favorisés, les taux d’intérêts sont si élevés que beaucoup vivent de leur épargne. : -)

    • zinzolin09
      zinzolin09 répond à xuk
      Mauvais esprit
      • Posté à 18h09 le 22/07/2012
      • Internaute 70144
        Mauvais esprit

      @ xuk
      Ce qui serait juste, c’est que chacun (actif, retraité ou actionnaire) paye, pour un même revenu quelle qu’en soit la provenance, le même impôt, ce qui est loin d’être le cas actuellement.
      Le taux d’intérêt de l’épargne n’a aucun intérêt, dans la mesure où tel qui épargne a la possibilité matérielle de le faire, en surplus de ce qui lui est nécessaire pour vivre (souvent largement).

  • tlaloc
    tlaloc
    Retraité
    • Posté à 15h59 le 22/07/2012
    • Internaute 47359
      Retraité

    Le problème est que Pickety propose de remplacer le quotient familiale par un dégrèvement forfaitaire par enfant comme dans tous les pays de l’OCDE. Le malheur c’est que cette révolution est impossible en France (comme de réformer les vacances d’ailleurs ou de diminuer drastiquement le nombre de communes). Déjà supprimer toutes les niches fiscales sera très difficile.

    • zinzolin09
      zinzolin09 répond à tlaloc
      Mauvais esprit
      • Posté à 18h13 le 22/07/2012
      • Internaute 70144
        Mauvais esprit

      Ce qui est impossible, c’est qu’un responsable politique ait la volonté et les c... de le faire.
      Hollande a un gouvernement, une Assemblée Nationale et un Sénat à sa botte..
      Dira-t-on de lui comme de l’Aiglon
      « Que pouvait-il ? Tout.
      Qu’a-t-il fait ? Rien. »

  • MarxForEver
    MarxForEver
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 16h16 le 22/07/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    « Universalisme », un beau mot que certains s’acharnent à mettre à toutes les sauces, comme « durable », « écologie » etc...

    Les belles périphrases qui constituent cet article s’écroulent sitôt qu’on arrive au coeur de son propos : l’impôt qur le revenu qui souffre d’« une assiette trop étroite ». Ben oui : il y a trop de pauvres dans ce pays !

    Au lieu de chercher comment faire payer des impôts aux sdf et allocataires des restos du coeur, cherchez donc à éradiquer le mécanisme frauduleux qui engendre l’enrichissement d’une minorité au détriment du plus grand nombre et vous l’aurez votre impôt universel !

    La « salutaire reconstruction de la démocratie » passe d’abord par un état au service de ceux qui l’ont élu et non de groupes d’intérêt financier. Si réformer l’impôt veut dire faire payer les victimes de la crise, alors Hollande a parfaitement raison d’abandonner cette piste.

    C’est de plus parfaitement censé politiquement, puisque chaque jour nous apprend que le développement de la pauvreté n’est pas le résultat de mécanismes objectifs mais de supercheries montées par les acteurs véreux du système économique.

    • mezneth
      mezneth répond à MarxForEver
      Onomatopée antropomorphe
      • Posté à 23h25 le 22/07/2012
      • Internaute 70709
        Onomatopée antropomorphe

      Il est clair que si on gagnait tous la même chose, personne ne râlerait en étant imposé à 50 % comme son voisin...

      Beaucoup de pauvres seraient ravis de payer énormément d’impôts, ils n’en ont juste pas les moyen( sauf à faire une croix sur leur survie à court terme, bien entendu)

  • çavapasser
    çavapasser
    toubib
    • Posté à 16h08 le 22/07/2012
    • Internaute 162231
      toubib

    Un article RUE89 : 6000 signes, donc il faut faire court. Tout dire, mais en glissant sur ce qui pourrait défriser les révolutionnaires sur PC

    « l’impôt sur le revenu souffre de nombreuses faiblesses, puisqu’un ménage sur deux seulement y est assujetti “...
    autrement dit la moitié des Français ne payent pas d’impots
    ce n’ est certainement pas un pouvoir socialiste (qui se gargarise de ‘justice’) qui va s’en émouvoir, et pourtant l’idée que tout le monde participe à la mesure de ses moyens semble de simple justice. Mais là NON.

    ‘Le sécurité sociale...dont les principaux bénéficiaires ne sont plus salariés’
    Lire : les vieux attendent perfidement d’etre retraités pour bénéficier d’ étre malade, LES SALAUDS !

  • Pili pili
    Pili pili
    Piment d'oisif
    • Posté à 16h15 le 22/07/2012
    • Internaute 188535
      Piment d'oisif

    On peut tourner ça dans tous les sens, si on veut un impôt avec une assiette très large, il y a :
    - la CSG
    - la TVA
    C’est tout.

    La CSG touche aussi les revenus du capital, ce qui est bien. Mais elle n’est pas redistributive. Si le gouvernement introduit des tranches pour la CSG, ce sera une bonne mesure.

    La TVA est le seul impôt qui favorise la compétitivité internationale, ce qui est une bonne chose. Mais elle est anti-redistributive.
    Or, rien n’empêche d’établir un plancher à la TVA, pour défiscaliser les plus modestes. Ah tiens, j’avais écrit un truc à l’époque...lien

    • nanabel
      nanabel répond à Pili pili
      1ère version
      • Posté à 17h23 le 22/07/2012
      • Internaute 97292
        1ère version

      Vous faites comme beaucoup de gens, hélas, une confusion entre taxe et impôt. Seul l’impôt est redistributif. La taxe est assignée à un objet particulier. Elle ne peut donc pas être redistributive. Par exemple la CSG n’est pas un impôt, mais une taxe sur les cotisations sociales, qui a pour objet de financer les intérêts de la dette publique. Elle ne peut servir à rien d’autre. Au même titre que la TVA, qui est une taxe sur la valeur des services et marchandises, qui ne peut pas être affectée ailleurs qu’au financement des subventions de l’Etat au développement des collectivités territoriales.

      Les taxes ne sont pas redistributives pour le contribuable, seul l’impôt peut l’être, mais elles financent quand même le bien commun de manières indirectes, d’où son appellation d’impôt indirect.

      Si l’Etat utilise la collecte de la TVA pour financer le salaire des fonctionnaires, par exemple, il serait passible de détournement d’argent public. Seul l’impôt peut financer les ministères, le train de vie de l’Etat et sa politique extérieure.

      • Pili pili
        Pili pili répond à nanabel
        Piment d'oisif
        • Posté à 17h32 le 22/07/2012
        • Internaute 188535
          Piment d'oisif

        « Les taxes ne sont pas redistributives pour le contribuable »
        Elle peuvent l’être, c’était justement l’objet de mon article.
        Qui peut lever une taxe peut en aménager les modalités et les compensations.

        Ce qui m’inquiète, bien plus que le sujet de l’article, c’est que le glissement de l’impôt du national vers le local se fait au détriment de la redistributivité.

         
        • nanabel
          nanabel répond à Pili pili
          1ère version
          • Posté à 18h18 le 22/07/2012
          • Internaute 97292
            1ère version

          La délocalisation des financements par l’impôt vers les collectivités locales, financées par les taxes, devrait effectivement inquiéter les contribuables.

          • Pili pili
            Pili pili répond à nanabel
            Piment d'oisif
            • Posté à 18h25 le 22/07/2012
            • Internaute 188535
              Piment d'oisif

            Vous m’avez l’air de bien connaitre le sujet, alors j’en profite pour poser la question à deux balles [fond sonore de « qui veut gagner des millions“] :

            Si le comportement de l’État, en ce qui concerne le cloisonnement des objets de financement par la taxe et par l’impôt, est tel qu’il mélange allègrement les deux, les règles qui déterminent ce qu’on finance et avec quoi on le finance ne sont-elles pas un peu obsolètes, de fait ?

            • nanabel
              nanabel répond à Pili pili
              1ère version
              • Posté à 19h58 le 22/07/2012
              • Internaute 97292
                1ère version

              Pas du tout. Les règles ne sont pas obsolètes bien au contraire. C’est la question inverse qu’il faut se poser. Si les taxes financent des objets particuliers externes au budget de l’Etat et que les impôts financent les budgets des ministères et autres frais inhérents à l’exercice de l’Etat, alors pourquoi mélanger ce qui revient au budget de l’Etat et ce qui revient au financement de ce que l’Etat délègue à d’autres personnes ? Le mélange des règles trouve des explications dans l’intérêt personnel, la corruption, le détournement d’argent public à des fins partisanes et autres joyeusetés.

              Les choses ont été très bien faites dès le départ. D’un côté les frais internes de l’Etat financés par l’impôt et de l’autre les frais extérieurs subventionnés par l’Etat, financés par les taxes. La différence entre impôt et taxe fait partie de notre propre histoire. Il faudrait remonter au moyen-âge pour expliquer la différence entre les seigneurs qui devaient payer l’impôt et les serfs qui devaient payer des taxes à leurs seigneurs. Les taxes ne sont pas destinées au profit de l’Etat. Contrairement aux impôts qu’il encaisse directement, le trésor public ne fait que collecter les taxes pour ensuite les distribuer aux différents objets qu’elles financent (redevance audiovisuelles, subvention aux collectivités territoriales, taxe carbone européenne, etc....)

              L’Etat ne peut percevoir uniquement l’argent qui sert à financer les dépenses régaliennes. Autrement dit les ministères et la politique extérieure et cela s’arrête là. Et pour ses frais, il ne peut que prélever des impôts.

              Les taxes servent à financer des dépenses particulières contribuant au bien public dont l’Etat en a délégué l’objet. C’est-à-dire, les collectivités locales, l’énergie, certaines industries fondamentales, la presse et autres affaires sociales qui oeuvrent pour la solidarité nationale, ainsi que les instances européennes percevant des subventions.

              Alors soit l’Etat nationalise toutes les institutions qui contribuent à la culture, à la solidarité sociale ainsi que toutes les industries fondamentales à l’économie nationale, soit il perçoit des taxes pour payer la contrepartie du caractère indispensable à l’intérêt commun de ces institutions. Le mode de financement des institutions est un choix politique, adopté par le peuple.

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