Témoignage 16/07/2012 à 16h27

J’ai 24 ans et j’ai eu le malheur de croire Arnaud Montebourg

Aurélien Orsola | Cadre éducatif en formation / Prof de Théâtre


Arnaud Montebourg au Conseil économique, social et environnemental (Cese), lors de la Grande conférence sociale, le 9 juillet 2012 (Kenzo Tribouillard/AFP)

J’ai 24 ans. Issu d’une famille plutôt de droite, je m’intéresse à la vie politique depuis 2005. A l’époque du référendum sur le traité européen, je ne suis pas encore en âge de voter mais je lui suis favorable, car naïvement favorable à l’Europe. En 2006, je suis pour le CPE. Villepin est pour moi l’homme du non à la guerre en Irak, j’aime son style emphatique je suppose.

En 2007, j’aime l’énergie de Sarkozy. Mais je me refuse à voter pour lui dès le moment où il lie génétique et délinquance dans Philosophie magazine puis émet sa volonté de créer un ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration.

C’est à cette époque-là que je vois en Bayrou une alternative. Il parle déjà de dettes, est très pro-européen. Je n’ai pas en main les clés pour comprendre tous les enjeux mais c’est celui qui me rebute le moins.

« Porter la voix des sans-grade »

Sarkozy est élu, à mon grand désarroi. Puis vient la crise. Un choc. Je prends conscience que la politique menée depuis trente ans est la même et nous mène dans le mur. Toujours plus de chômage et toujours plus de déficits.

Le pire dans l’histoire, c’est que personne dans le personnel politique n’est porteur d’un espoir de changement.

Pas de ces changements que l’on trouve dans les slogans mais d’un vrai changement. D’une réorientation de l’Europe pour qu’elle cesse de n’être qu’un grand marché – la plupart du temps en défaveur des Européens eux-mêmes. J’attends alors quelqu’un qui soit capable de porter les voix des sans-grade pour leur donner un sens et une direction.

Arrive la primaire PS. Une personnalité émerge : Arnaud Montebourg. Il est porteur d’un discours neuf – ou plutôt il rajeunit un discours porté en d’autres temps par Chevènement (et Séguin, différemment).

« Suicide collectif »

Il parle de démondialisation. Il explique qu’il faut rompre avec le libre échange total qui n’est que du « perdant-perdant » pour les salariés et du « gagnant-gagnant » pour les actionnaires et les financiers. Il a compris le problème :

« Le modèle de la démondialisation a pour objectif de soigner la maladie de la concurrence effrénée. La course au moins-disant salarial et environnemental est un suicide collectif. »

Malgré son côté bourgeois, j’ai envie de croire que ses idées ne sont pas qu’une façon de prendre un espace politique vide pour y faire sa place. Son discours est mobilisateur, non pas volontariste (le volontarisme étant le cache-sexe de l’immobilisme et du renoncement) mais volontaire.

Je vais donc voter à la primaire – ô première fois – avec un certain enthousiasme. Je crois vraiment qu’il peut réunir derrière lui un certain nombre de gens de gauche et même de droite car l’heure n’est plus au clivage gauche-droite mais au clivage néolibéralisme-nouveau modèle (appelez-le comme vous le voulez).

Mélenchon, « le plus proche de la vérité »

Il réunit 17% des voix et se construit un capital pour l’avenir. Le système est en crise : ses idées ne peuvent que trouver un écho chaque jour plus grand.

Par loyauté, il soutient Hollande. C’est une attitude que je respecte. Personne n’aurait compris qu’il apporte son soutien à Mélenchon.

Je ne vote pas pour Hollande au premier tour. J’ai longtemps hésité entre Mélenchon et Dupont-Aignan, tous deux tenants d’une « autre » politique, en rupture avec le laisser-faire intégral.

Je choisis finalement Mélenchon, malgré les approximations de son programme. Parce qu’il était le plus proche de la vérité : on ne peut croître indéfiniment dans un monde fini avec des ressources naturelles limitées. Il était le seul à pouvoir défendre cette idée, les Verts n’étant que des affidés du PS prêts à tous les renoncements pour des strapontins.

Ayrault est nommé Premier ministre et Montebourg fait partie du casting. Au « Redressement productif », tout un programme. Mais comment redresser l’industrie dans le cadre actuel ? J’attends de voir quelles seront ses marges de manœuvre dans ce gouvernement, et quelle sera la direction donnée.

« Merkozy » et « Merkhollande »

Sans surprise, le discours de politique générale de Ayrault, c’est : « Tiens, la situation est vraiment grave, on va devoir se serrer la ceinture les enfants, mais on va bien le faire nous, dans la justice ! » Ré-enchanter le rêve français, qu’ils disaient.

Hollande doit renégocier le traité pour y ajouter un volet croissance. C’était déjà le cas sous Jospin et on se rappelle ce qu’il est advenu. Le mot croissance a été rajouté et les socialistes l’ont ratifié. Sans que quelque chose ait été changé au fond.

Montebourg affirmait qu’une majorité de gauche « ne votera[it] jamais » un tel texte car le traité « Merkozy » infligeait « l’austérité à toute l’Europe et nous plonge[rait] dangereusement dans la récession ».

Quelle différence entre le traité « Merkozy » et le traité pseudo « croissanciste » « Merkollande » ? Et pourtant, Montebourg le défend, ce traité, tenu qu’il est sans doute par la solidarité gouvernementale. Prêt à dire tout et son contraire en quelques mois, en somme.

Mon respect pour cet homme en a pris un gros coup.

Démissionnez, monsieur Montebourg

Suite à l’annonce de suppression de postes par PSA, Montebourg est convié (ou se convie) au « 20 Heures » de France 2. Il affirme que « la question de la compétitivité n’est pas un gros mot ».

Certes, PSA n’a pas forcément eu la stratégie industrielle adéquate (mais est-ce aux salariés de trinquer ?) mais la question ne porte pas seulement sur PSA : elle porte sur l’industrie française dans son ensemble. Un million d’emplois industriels perdus depuis dix ans. Trois millions depuis trente ans.

Le redressement productif semble n’être qu’une vaine incantation. La compétitivité, je veux bien, mais les idées de protectionnisme, de démondialisation, où sont-elles passées ? Pourquoi avoir accepté ce poste si ce n’est que pour faire comme Estrosi – se résoudre aux délocalisations accompagnées du soutien de l’Etat ?

Démissionnez, monsieur Montebourg, puisque visiblement, votre voix ne porte pas dans ce gouvernement (mais essayez-vous seulement de peser dans ce sens ?).

Démissionnez, monsieur Montebourg, ou je vais devoir en arriver à cette triste et décevante conclusion : vous avez escroqué vos électeurs.

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  • Dupont georges
    Dupont georges
    Et l'ANI? On en parle?
    • Posté à 16h42 le 16/07/2012
    • 181137
      Et l'ANI? On en parle?

    Montebourg est un bon archétype du socialiste d’aujourd’hui.

    Très à gauche dans les discours, la main sur le coeur, toussa toussa.

    Mais une fois aux affaires, il endosse immédiatement le costume du valet au service de la finance.

    Un politique comme les autres quoi. De jolis discours, des belles promesses mais ne va certainement pas mordre la main qui le nourrit, la soupe est bonne.

  • nonewsfan
    nonewsfan
    conseil en com
    • Posté à 17h10 le 16/07/2012
    • Internaute 190087
      conseil en com

    si j’ai bien compris vous voulez être prof de théâtre et vous avez un problème à comprendre les jeux de rôles ?

  • licha
    licha
    içi ou là, àa dépend
    • Posté à 17h14 le 16/07/2012
    • Internaute 107398
      içi ou là, àa dépend

    Article trés intéressant où l’on voit bien que la relation de son auteur à la politique n’est que le prolongement de la relation producteur/consommateur, ou plutôt devrais-je dire distributeur/consommateur. Ce ne sont pas les idées qui l’intéresse mais les discours. Il consomme de la politique, changeant d’étiquette tout le temps, avec l’air du temps, de la mode et des beaux parleurs. Pourquoi ne pas avoir continué à voter Bayrou en 2012 ?
    Ce qui est frappant c’est l’absence totale de conviction, de philisophie politique. Aucune référence à l’Histoire, aux écrits, aux autres pays.
    L’auteur, comme beaucoup de ses compatriotes, me met en colère car, il nous fait rendre compte, qu’en France, on ne forme plus des citoyens. On forme des consommateurs. Résumer la politique à l’économie est bien pauvre et triste en plus d’être faux. C’est ce que j’appelle la nouvelle « idélogie » BFM-TV : tout sur l’économie mais en mal dit et sans contradicteur. Du vite-à-penser. Du vite-à-voter.

  • islands
    islands
    Ilien
    • Posté à 17h58 le 16/07/2012
    • Internaute 151030
      Ilien

    Bienvenue au club Aurelien !
    En depit du caractere insultant des commentaires, on est bien tous passes par la il me semble. J’ai vote Mitterrand mais finalement j’ai fini par regreter Chirac, et on se rend compte que oui, on se fait plaisir en votant ci parcequ’on croit que ca va le faire, est elu ca et on croit que ca va etre le desastre, et puis finalement on constate que ci ou ca ne change pas grand chose.
    Sauf Sarkozy.
    Sachez bien qu’au moins 20% des gens qui ont vote Hollande ce coup-ci (statistique purement personnelle) ont avant tout vote pour le calme, et ca au moins on l’a.
    Maintenant, on est un paquet de plus de 40 balais a avoir compris que croire en un homme politique est une erreur, et on sait bien que le changement, c’est surement pas pour maintenant : plus dupes !
    Montebourg, quelles que soient ses idees ne peut pas grand chose aux decisions des entreprises, PSA ou autres. Il ne peut que dire des phrases, s’insurger et condamner tant qu’il le souhaite, il ne peut pas pour autant revoquer le droit des entreprises. Un gouvernement le pourrait, lui tout seul : non. En plus le con, il tient surement a son poste de ministre qu’il va au moins vouloir garder un an, donc c’est mort. Il nous faudrait bien plus qu’un Arnaud Montebourg. Il faudrait un gouvernement ayant la volonte de casser le droit des actionnaires, dont les richesses cumulees en 1 an sont superieures au besoin tri-annuel de la France pour resorber son deficit budgetaire (voir sur google « dividendes du CAC 40 2012 »). Et meme ca c’est pas encore suffisant. Notre monde est malade de boulimie financiere, une boulimie dont seuls quelques uns souffrent mais qui detiennent tout pouvoir. Tout gouvernement qui voudra s’y attaquer perdra la bataille car un montage financier c’est facile a faire hors frontieres, et la bataille ne sera jamais internationale. Donc c’est re-mort.
    Seul le mega desastre systemique tant voulu par le Yeti pourrait y faire quelque chose, mais les goinfres ont le bras long, et des tas d’amis non frequentables. Donc avant que ca se produise, vous pouvez bien voter pour X ou Y, voire MLP : hormis satisfaire vos convictions personnelles, ce qui est deja beaucoup, ne songez surtout pas a participer au changement tant attendu, ca ne le fera pas. Pas dans ce monde, et surement pas dans ce siecle.
    En attendant, bonne vie a vous !

  • Aurélien Orsola
    Aurélien Orsola répond à licha
    Auteur(e) de l'article Cadre éducatif en formation / (...)
    • Posté à 22h41 le 16/07/2012
    • Internaute 190068
      Cadre éducatif en formation / (...)

    Pourquoi ne pas avoir continué à voter Bayrou ? Car la crise a changé ma façon de voir les choses et que j’ai compris qu’il défendait le système plutôt que de vouloir changer les choses. Cet homme a un droiture appréciable mais il est aveuglé par son européanisme... il est incapable de remettre en cause sa vision du monde. Il est le passé. Voila pourquoi. Et non je ne consomme pas j’essaie - de plus en plus - d’aller au dela des discours. J’ai voulu croire en les convictions de cet homme. J’ai eu vraisemblablement tort.
    Je ne vois pas où il y a absence de conviction, je cherche justement la personne qui se rapproche le plus de mes convictions...

  • Cataphractaire
    Cataphractaire répond à Aurélien Orsola
    Keodedour ar bed
    • Posté à 10h27 le 17/07/2012
    • Internaute 58787
      Keodedour ar bed

    Vous avez une pensée typiquement de droite. Vous cherchez l’homme providentiel. Celui qui changera la société.
    Quant à moi je soutiens Montebourg, humblement, depuis une douzaine d’années. J’ai trente ans.
    Au fait on n’influence pas en trois jours. Mais en plusieurs années. Le gars ne fait pas de miracle. Seulement un travail de long temps.

  • nanabel
    nanabel répond à Aurélien Orsola
    1ère version
    • Posté à 10h54 le 17/07/2012
    • Internaute 97292
      1ère version

    Vous êtes la preuve physique de la réussite totale du processus de destruction des valeurs politiques, mis en oeuvre, dès les années 70 par les friedmaniens anglais. Le lavage de cerveau, entrepris par les mondialistes ultralibéraux, a très bien fonctionné sur vous.

    Vous ne faites même plus la différence entre l’ultralibéralisme (théorie de Friedman), le libéralisme (pensées de Keysnes), le socialisme (modèle de Trotsky) et le communisme (selon Marx). Chaque parti politique a son penseur fondateur. C’est d’une importance capitale lors du choix de société. Car l’électeur ne vote jamais pour un seul homme, mais toujours pour une idéologie partisane.

    Par exemple, les friedmaniens, sont mondialistes. Leur idéologie ne tolère aucune contrainte politique. C’est pour cette raison qu’ils défendent la destruction de toute idéologie concurrente.

    Le parti socialiste français a démontré, pendant 14 ans de pouvoir, qu’il n’avait de social que le nom. Mitterrand était friedmanien. Cela s’est traduit pas la volonté de supprimer le clivage gauche/droite, tel qu’on le percevait et à promouvoir le mondialisme, a tel point que les français avaient d’eux-mêmes rebaptisés le PS, la gauche caviar.

    Pour les mondialistes, l’idée de nation doit disparaitre, ainsi que tout ce qui s’y réfère, leurs constitutions, leurs différences culturelles, leur autodétermination nationale, leurs systèmes de classes sociales, etc,... Friedman était un économiste de génie qui a inventé un modèle économique dépourvu de politique locale au profit d’une gouvernance mondiale, qui devrait, si elle était mise en oeuvre, supprimer les inégalités internationales en matière économique et politique. Les plus fervents adeptes de Friedman, en France, sont ceux qui diffusent l’idée d’un choc de civilisation, tels que, Jacques Attali (un mitterrandien), Rocard (mitterrandien également) Alain Minc (conseiller économique de Sarkozy) Elie Cohen (conseiller économique de Hollande), pour ne prendre que quelques exemples parlants.

    Mais vous avez raison, depuis les années 70, les friedmaniens ont réussi à prendre le pouvoir en Europe, en passant par l’Angleterre, après que De Gaule nous avait pourtant prévenu qu’elle était le cheval de Troie des USA.

    Leurs moyens d’action n’est pas le débat d’idées, mais le financement des partis, par le biais de lobbies en tous genres (+ de 3000 à l’A.N., ils sont + de 10 000 à Bruxelles) , faisant des professionnels de la politique leurs salariés. Et le job est très très bien payé. Montebourg est mondialiste, donc il est.....

    Votre génération n’a rien connu d’autre que le mondialisme. Votre témoignage prouve que vous n’êtes plus capable de faire un choix idéologique. Mais, comme beaucoup de votre génération, il vous est insupportable d’admettre que, depuis votre enfance, vous avez été manipulé par une propagande partisane. Vous êtes un enfant de Mitterrand. Tuez le père !

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