Dessine-moi un parti 07/07/2012 à 17h24

Ils ont tout, et pourtant... : le blues des socialistes

Mathieu Deslandes | Rédacteur en chef adjoint Rue89

Autour du projet « Dessine-moi un parti », des militants socialistes se sont réunis au Sénat samedi pour préparer le congrès socialiste d’octobre.

Avoir tous les pouvoirs mais se sentir très vulnérable. Et étouffer d’insatisfaction. C’est la drôle de sensation qui habite nombre de militants socialistes. Pendant un an et demi, ils se sont tus. Tendus vers la réussite des élections cantonales, puis des sénatoriales, de la primaire, de la présidentielle et des législatives. Maintenant que tout est gagné, ils peuvent se lâcher.

Près de 80 d’entre eux étaient réunis ce samedi matin au Sénat. De tous âges. Des hommmes franciliens pour la plupart. Parmi eux, beaucoup d’ex-Royalistes et quelques anciens de clubs rénovateurs comme Nouvelle voix ou Ré-Génération.

« Parti godillot »

Tous s’impliquent dans le projet « Dessine-moi un parti » : ils sont là pour élaborer une contribution « participative » (ce n’est pas la seule) en vue du congrès socialiste qui aura lieu fin octobre à Toulouse.

Les deux initiateurs – Gaëtan Gorce, sénateur de la Nièvre, et Juliette Méadel, conseillère municipale à Paris – briguent en duo le premier secrétariat du PS, pour contrer le ticket formé par Jean-Christophe Cambadélis et Harlem Désir. Une affiche, qui, ici, désespère tout le monde (« Est-ce que monsieur Harlem Désir a des idées ? »)


Réunion du collectif « Dessine-moi un parti » au Sénat, le 7 juillet 2012 (Mathieu Deslandes/Rue89)

Assis dans des fauteuils bleus, face à un portrait de François Mitterrand, les participants sont donc venus rêver ensemble à un PS qui ne soit pas « un parti godillot », « réduit à répéter ce que dit le gouvernement, comme dans les années 1980 », qui puisse « être le réceptacle de ce qui se passe dans la société et s’en faire l’écho ».

Un PS « néocolonialiste »

Mais au micro, pendant deux heures, c’est un défilé de frustrations. Tout y passe :

  • l’état-major de Solférino qui « ne fait que de la com » ;
  • « la pauvreté des débats » dans les sections où prévaut « un regard sur la société caricatural, simpliste et condescendant » ;
  • l’incapacité du parti à attirer de nouveaux membres ;
  • l’absence de « diversité sociale » en ses rangs et la « coupure » avec les chômeurs, les ouvriers, les travailleurs indépendants – « On ne représente qu’une partie très réduite de la société », insiste Marc ;
  • le fait de ne pas être au cœur de la « vie réelle » – « Quels partis appuient les luttes ? A PSA Aulnay-sous-Bois, c’est Lutte Ouvrière, à travers un délégué CGT », regrette Richard.

Pour eux, comme dirait Ségolène Royal, « tout est lié » : un petit nombre d’élus noyaute le parti ; ils sont préoccupés par la conservation de leur pouvoir ; toute la vie du parti est donc tournée vers les échéances électorales à venir ; le parti ne prend pas le temps de réfléchir à son rôle dans la société.

Une autre critique revient avec insistance : la façon « néocolonialiste » dont le PS aurait traité la question de la diversité.

Quand ils ont fini de s’exprimer, René, Odile, Daniel, Jules, Gilles, Farid, Hervé, Fabio, Bertrand, Philippe, Nicolas, Albert et les autres semblent soulagés d’avoir trouvé un lieu « où on dit vraiment les choses, où on met les pieds dans le plat, sans ces apparatchiks qui parlent beaucoup mais ne disent rien ».

Des codirections homme-femme partout ?


Farid : « Il nous faut une gouvernance bottom-up » (MD/Rue89)

Quelques pistes sont lancées pour rénover « la vieille maison » :

  • supprimer les courants, « clé » de répartition à partir de laquelle tous les postes sont distribués partout où règne le PS ;
  • instaurer « une gouvernance bottom-up » [qui part des propositions de la base, ndlr] ;
  • organiser les débats et désigner les candidats aux élections sur une base régionale, pour court-circuiter les barons départementaux ;
  • étendre le principe de la primaire à d’autres désignations que le candidat à la présidentielle ;
  • instaurer des codirections homme-femme à la tête de chaque section, chaque fédération... ;
  • « cesser de fonctionner en suivant des valeurs que l’on dénonce : l’hyperlibéralisme, la concurrence, le rapport de force » ;
  • « reprendre le travail intellectuel » ;
  • réserver une vraie place aux sympathisants : « Ce n’est pas parce qu’on n’est pas physiquement présent dans les réunions qu’on n’a pas envie de s’impliquer sur un sujet. »

Il leur reste quelques jours pour travailler en ligne (les contributions doivent être déposées le 18 juillet). Ils comptent ensuite faire parler d’eux à La Rochelle où se tiennent, fin août, les universités d’été du parti.

Ils sont conscients de la difficulté de leur entreprise. Ils savent aussi qu’ils reprennent à leur compte des combats anciens. Yves, un vieux militant, se souvient :

« Dans le fond, en 1984, Ségolène Royal, François Hollande et leurs amis énonçaient déjà toutes ces idées-là ».

Il ajoute :

« Là, je sens que c’est mûr. »

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  • AutistReading
    AutistReading
    Au snack elle prend pas de kebab
    • Posté à 18h18 le 07/07/2012
    • 184876
      Au snack elle prend pas de kebab

    « Quels partis appuient les luttes ? A PSA Aulnay-sous-Bois, c’est Lutte Ouvrière, à travers un délégué CGT », regrette Richard.

    Ben oui mais Richard, pourquoi n’adhérez-vous pas à LO plutôt qu’au PS ?

    Vous voulez soutenir les luttes ?
    Adhérez à un parti qui soutient les luttes.
    Plutôt qu’à un parti qui entend ratifier le TSCG pour les capitalistes, contre les travailleurs.

  • thierry reboud
    • Posté à 18h40 le 07/07/2012
    • Internaute 20923

    Peut-être que les militants du PS ont la nostalgie de l’époque pas si lointaine où ils étaient socialistes, ça pourrait se comprendre. Le social-libéralisme, c’est peut-être efficace électoralement, mais bon... c’est pas très bandant, c’est sûr.

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 19h01 le 07/07/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Les militants PS non élus expriment souvent des idées de ce genre, très gauchistes au fond, puis une fois passées par les urnes, ils s’oublient dans la gestion du pouvoir, mais aussi des tendances, des synthèses, des subtils équilibres pour satisfaire tout le monde et in fine ne satisfaire personne.
    Un parti avec un spectre trop large, obligé de l’être pour satisfaire les obligations du bi partisme électoral français, et amalgamer des gens finalement très disparates.
    C’est tout simplement le constat de la faillite de la représentation démocratique au sein des partis eux mêmes, avant même de refaire ce constat dans les assemblées élues.
    L’UMP souffre des mêmes maux, mais faut rester gros, pour pas laisser la place à une troisième voie.

  • erodote
    erodote
    ancien observateur
    • Posté à 08h04 le 08/07/2012
    • Internaute 187995
      ancien observateur

    Il n’y a pas que les militants PS qui ont le blues, les électeurs aussi ! Ils ont voté pour une gauche pugnace sur les enjeux forts de la campagne (renégociation du traité, volet croissance, Eurobonds...) Qu’a-t-on vu ? Trois petit tours et on rentre dans le rang, un peu de poudre de perlimpinpin et on s’aligne et on votera la règle d’or scélérate. L’action actuelle ? Du Sarko ripoliné ! Attention, François, la base va te lâcher !

  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas
    Fou du volant
    • Posté à 10h00 le 08/07/2012
    • Internaute 79165
      Fou du volant

    « dessine moi un parti » . C’est vraiment la republique des droits du bisounours. Déjà qu’on vote souvent dans des écoles maternelles au milieu de dessins d’enfants débiles.

  • soleilsoleil
    soleilsoleil
    postdoc rapatrié
    • Posté à 10h34 le 08/07/2012
    • 184743
      postdoc rapatrié

    Alors donc les socialistes sont critiqués, depuis leur invention, pour ne pas être de gauches comme d’autres voudraient qu’ils soient de gauches (ou pas d’ailleurs...) c’est ça ? ça fera presque deux siècles que les mêmes choses sont dites sur les socialistes...

  • Mon-Al
    Mon-Al répond à Joseph Gratteur
    roturière : -)
    • Posté à 15h23 le 08/07/2012
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    Il ne faut pas oublier que le PS et le Président ont obtenu la majorité, non pas avec uniquement les voix du PS - même si certains ne considèrent plus le PS comme un parti « de gauche ». Dans cet électorat il y a des votes centristes et beaucoup de votes antiUmp qui se sont résolus à voter PS pour « nettoyer » le terrain politique.

    Les militants PS, eux, peuvent garder leurs idées à « gauche-toute ». Par contre les dirigeants sont bien obligés de faire « pour tous ».

  • Paleologu
    Paleologu
    enseignant
    • Posté à 16h56 le 08/07/2012
    • Internaute 187502
      enseignant

    Des réflexions de bon sens quand il est dit que le PS n’est pas au cœur de la vie réelle ou qu’il pose un regard condescendant sur la société.

    Des exemples ? La course au sociétal (mariage et adoption homo, droit de vote des étrangers aux municipales etc.) quand on ne peut plus agir concrètement sur le social.

    Le mariage gay c’est très bien, bravo, mais ça ne remplit pas l’assiette, ça n’empêche pas l’usine de fermer et le tabac du coin de se faire braquer à la Kalach pour la troisième fois dans l’année...

    Bref on fait dans le « bougisme », on « déplace le curseur », on brasse du vent quoi...

    Et ceux qui mouftent sont traités de « ringards » ou de « réacs ».

    On connait ça par coeur, c’est vieux comme le congrès de Rennes...

  • Kluh en Collants
    Kluh en Collants
    Gaucho tortilleur de fion
    • Posté à 17h11 le 08/07/2012
    • Internaute 189261
      Gaucho tortilleur de fion

    On croise beaucoup trop de ces étranges militants au PS, et on finit par se demander ce qu’ils font là. Ils sont en total décalage avec les électeurs du PS, qui sont majoritairement des socio-libéraux de classes moyennes et supérieures. Quand on a des idées gauchistes voire révolutionnaires comme cela semble être le cas de ces militants, il faut mettre ses actes en accord avec sa pensée, et démissionner du PS pour aller militer dans des partis certes plus petits, mais où au moins leurs idées seraient partagées. C’est quand-même ridicule d’avoir autant de militants du PS qui ont voté Mélenchon ou Poutou au premier tour de la présidentielle.
    D’ailleurs, si le PS veut conserver le pouvoir durablement, il ferait mieux de s’assumer pour de bon sur cette ligne libérale sociale qui lui donne la majorité aux élections, et donc d’expulser ceux de ses militants et dirigeants qui rêvent de « vraie gauche » (quelle foutaise).

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