Quand un Premier ministre de gauche osait parler de rigueur
Dans son discours de politique générale, ce mardi, Jean-Marc Ayrault prononcera-t-il le mot qui fâche ? Nommé comme lui pour incarner l’alternance, Pierre Mauroy est le seul Premier ministre à avoir promis « la rigueur ». Depuis, même la droite ne s’y est pas risquée.
Sans surprise, le discours de politique générale du 8 juillet 1981, était très marqué à gauche. Plus surprenant, Pierre Mauroy reste un des seuls à avoir osé prononcer le mot « rigueur » :
« Nous avons paré au plus pressé avec le double souci de la relance et de la solidarité nationale [...]. Dès lors, avec la durée, nous pourrons changer la vie et changer la France.
Cette démarche, que je viens d’inscrire dans la durée, sera conduite dans la rigueur.
Cela signifie la rigueur budgétaire. »
L’électorat de gauche était prévenu. Pourtant, il vivra comme une trahison le fameux « tournant de la rigueur » de 1983.
Un tabou
Cela n’avait pas empêché à son tour le successeur de Pierre Mauroy, Laurent Fabius, d’utiliser à nouveau le mot dans son discours de politique générale, le 24 juillet 1984 :
« Qui pourrait d’ailleurs imaginer qu’aujourd’hui, alors que notre action vise à mettre en œuvre des engagements du président de la République qui portent sur sept ans, alors que le chemin est entamé, alors que la rigueur apporte déjà certains résultats, qui pourrait imaginer que mon gouvernement se relâche et qu’il compromette les acquis ? »
Depuis, le mot est devenu tabou. Y compris à droite. Y compris pour François Fillon qui, ce mardi, ne manquera pas de reprocher au discours de Jean-Marc Ayrault son manque de... rigueur.
Raffarinade
Dans son propre discours de politique générale, le 3 juillet 2007, François Fillon s’en était tenu au vocabulaire technique, celui du maintien du « cap du désendettement et du retour à l’équilibre budgétaire » et de la « remise à niveau de nos finances publiques ».
Jean-Pierre Raffarin, lui, avait au moins eu le mérite de l’inventivité. C’est à lui qu’on doit un des seuls extraits d’un discours de politique générale passés à la postérité. Le 3 juillet 2002, il expliquait aux députés :
« Notre route est droite mais la pente est forte. »
Une formule qui, à elle seule, pourrait résumer tous les discours de politique, mais qui ne correspond vraiment pas au style de Jean-Marc Ayrault.
Il reste donc à savoir si le Premier ministre aura préféré s’inspirer de la franchise de Pierre Mauroy ou de la langue de bois de François Fillon.
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Nalyseur de proximité.
Nalyseur de proximité.
« Notre route est droite mais la pente est forte. »
On ne s’en lasse pas.
Sinon il ne faut pas avoir peur des mots.
Ce ne sont pas les mots qui font peur mais celui qui les prononce.
Un exemple au hasard, prenons le mot « rigueur ».
Prononcé par Fillon, c’est une horrible mesure de droite, symbole d’une politique injuste frappant comme d’habitude les plus démunis.
Prononcé par Ayrault, cela devient une courageuse et réaliste mesure de gauche, symbole d’une politique juste mettant à contribution les plus démunis comme les plus favorisés.
Dans un cas on a peur dans l’autre cas on est rassuré.
Bon, ça dépend bien sûr des opinions de chacun. Mais là, je parle pour moi, je suis rassuré (pour au moins cinq ans).
Après... on aura de la rigueur (injuste) de droite.
Ça fout la trouille.




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