Le piège 16/06/2012 à 12h06

Le FN à l’Assemblée nationale : comment ça pourrait se passer

François Krug | Journaliste Rue89

S’il était de retour dans l’hémicycle, le parti frontiste pourrait gêner la droite même avec une marge de manœuvre limitée.


Marine Le Pen, Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen (AFP)

Marine Le Pen, sa nièce Marion ou Gilbert Collard à l’Assemblée nationale ? Dimanche soir, le Front national pourrait retrouver l’hémicycle, après quinze ans d’absence. Même isolée, l’extrême-droite pourrait y démontrer sa capacité de nuisance.

A première vue, le FN aurait pourtant du mal à peser à l’Assemblée nationale. On est en effet plus proche de la situation de 1997 que de 1986, les deux élections législatives qui lui avaient permis d’être représenté à l’Assemblée nationale :

  • en 1986, grâce au scrutin proportionnel, le FN avait pu réunir 35 députés dans l’hémicycle et de constituer un groupe parlementaire ;
  • en 1997, il n’avait obtenu qu’un seul député, Jean-Marie Le Chevallier, à l’époque maire de Toulon ;
  • cette année, si le FN revient à l’Assemblée, il ne sera pas en mesure de former un groupe, le seuil étant fixé à 15 députés.

Temps de parole limité

Sans groupe, difficile de peser. Les groupes se partagent les responsabilités – notamment dans les commissions – et l’essentiel du temps de parole, et ils bénéficient de moyens, comme un secrétariat et une équipe de collaborateurs.

Le ou les députés FN seraient donc isolés – littéralement – à l’extrême droite de l’hémicycle. Ils devraient se contenter d’un temps de parole limité et des places vacantes dans les commissions (Jean-Marie Le Chevallier avait atterri à la commission de la Défense).

Ceci dit, François Bayrou n’avait pas été non plus en mesure de former un groupe MoDem : cela ne l’avait pas empêché de se faire entendre. Si elle était élue, Marine Le Pen saurait elle aussi attirer l’attention de ses collègues – et des médias.

C’est ce qu’avait tenté de faire Jean-Marie Le Chevallier – brièvement. Entré à l’Assemblée en juin 1997, il en était ressorti dès février 1998 : son élection avait été invalidée pour violation des règles du financement électoral. Le maire de Toulon avait été déclaré inéligible, et le FN avait perdu la législative partielle qui avait suivi.

La stratégie : diviser la droite

Ce bref passage de Jean-Marie Le Chevallier à l’Assemblée pourrait cependant donner des idées à un ou aux éventuels élus FN. Le député du Var s’était fixé un objectif : diviser la droite en l’obligeant à prendre position sur les arguments frontistes.

Le gouvernement socialiste lui en avait fourni une occasion rêvée, en novembre 1997, avec sa réforme de l’acquisition de la nationalité française. Droit du sol ou droit du sang ? L’opposition de droite avait eu du mal à dénoncer le texte sans cautionner les thèses du FN.

Le débat sur la nationalité à l’Assemblée en 1997

Pas besoin de groupe parlementaire pour déposer une proposition de loi : en réponse au texte du gouvernement, Jean-Marie Chevallier en avait déposé deux, sur la nationalité et sur les titres de séjour. En sachant bien, faute de poids à l’Assemblée, qu’elles ne seraient pas examinées.

Jean-Marie Le Chevallier avait néanmoins réussi un joli coup, en faisant examiner en séance un amendement supprimant le droit du sol. Et en assurant qu’il ne faisait que reprendre des idées déjà exprimées par des figures de la droite.

« Une démarche diabolique »

Le RPR n’avait pas eu d’autre choix que de dénoncer une idée « contraire à nos traditions ». Comme l’UDF, qui avait dénoncé par la voix de Renaud Donnedieu de Vabres « une démarche diabolique »... ourdie selon lui par la gauche :

« D’une certaine manière, [cet amendement] serait conçu pour nous intimider et faire en sorte que nous renoncions à nous exprimer, que soit accréditée l’idée selon laquelle entre le Front national et le Parti socialiste, il n’y aurait rien, bref qu’il y ait confusion des genres. »

En cas de retour du FN à l’Assemblée, l’UMP pourrait donc se retrouver dans le même piège : comment justifier, auprès de l’électorat frontiste, le refus de voter les amendements de Marine Le Pen, de sa nièce Marion ou de Gilbert Collard ?

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  • pablico
    pablico répond à pateris
    Co-NOBEL de la Paix
    • Posté à 12h36 le 16/06/2012
    • Internaute 14278
      Co-NOBEL de la Paix

    pfff au petit niveau c’est complètement dépassé d’être député.

    pour se faire remarquer il suffit de tweeter gros... en 140 caractères bien choisis et pesés, on génère des tonnes d’articles, de réactions, nationales et internationales...

    pour pas cher, et pas besoin de se déplacer à l’assemblée faire le guignol, devant les caméras que personne ne regarde.

    on en a la preuve tout les jours.
    On peut faire du populisme efficace, pas cher avec le tweet..

  • Fantomax
    Fantomax
    génie du mal
    • Posté à 13h03 le 16/06/2012
    • Internaute 157606
      génie du mal

    S’il y a Gilbert Collard comme député et Ségolène Royal comme Présidente, je résilie mon abonnement à La Chaine Parlementaire.

  • Conventionnel
    Conventionnel répond à Gérard Manhut Aussichot
    On ne peut régner innocemment
    • Posté à 13h05 le 16/06/2012
    • Internaute 169038
      On ne peut régner innocemment

    D’un point de vue républicain, il n’est pas souhaitable d’empêcher une ou deux brebis galeuses d’entrer dans la bergerie : ça sera beaucoup plus facile de les contenir dans la cage dorée, en les condamnant à la solitude et au silence.
    Merci au modérateur d’avoir effacé le commentaire de provocation concernant les bulletins FN.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 13h40 le 16/06/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    L’analyse de la stratégie à venir du Front National est parfaitement exacte à l’exception près que le FN aurait cette fois ci comme caisse de résonance a ses propositions de loi sur le droit du sang ou sur l’identité nationale l’apport de la Droite populaire. Pour rappel et selon Wikpédia est
    « Le Collectif parlementaire de la Droite populaire, aussi connu sous le nom de Collectif parlementaire pour la liberté d’expression, est un groupe parlementaire rassemblant 42 députés français membres de l’UMP cherchant à mettre en avant certaines thématiques, notamment sur l’identité française, la sécurité ou l’immigration »
    Ce collectif compte, entres autres dans ses rangs Lionnel Luca, Richard Mallié, Jean-Paul Garraud et Thierry Mariani, Brigitte Barèges, Bernard Carayon, Philippe Meunier, Jacques Myard et Christian Vanneste (toujours pas exclu de l’UMP). D’autres viendront bientôt les rejoindre comme Morano.
    Il ne serait pas inimaginable qu’un groupe parlementaire « populaire/populiste » se constitue et qu’il serve de cheval de Troie pour rassembler l’UMP et le FN en vue des futurs élections.

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