Législatives : orphelins de l’UMP, ils ne choisiront pas entre PS et FN
A Forbach en Moselle, Eugène, mineur à la retraite, Julian, vraie fourmi de 23 ans, et Njoku, médecin fasciné par de Gaulle, voteront blanc dimanche.
Forbach (Moselle), à la frontière allemande, accueille un duel dimanche 17 juin. Le porte-parole de campagne du Rassemblement bleu marine, Florian Philippot, affronte Laurent Kalinowski, candidat PS.
Le député sortant UMP, élu depuis 2002, Pierre Lang, a été sorti au premier tour des législatives. Ses électeurs, orphelins, vont décider de la suite. S’ils votent massivement FN, Florian Philippot entrera à l’Assemblée nationale.
Rencontre avec trois d’entre eux qui, à froid, assurent qu’ils vont voter blanc. (Dans l’isoloir, il peut y avoir des surprises.)
- Eugène, l’ancien mineur qui ne juge pas
- Njoku, médecin ORL méritocrate
- Julian, le gars du coin raisonnable
Eugène, retraité de 57 ans, est envahi par ses souvenirs souterrains. Comme si il n’y avait que cela qui avait compté. Il est venu à notre rencontre habillé comme avant : bleu de travail, casque blanc, petite lampe portative qu’il pose sur la table de la brasserie. Il a l’air fragile. Sa tête gentille, moustache blanche à reflets roux et yeux bleus très clairs, n’arrange rien.
Il ne parle quasiment pas de la surface : de sa femme, de ses goûts. Eugène décrit la mine, ce qu’il y faisait. Ses mots sont trop précis, ses gestes impénétrables. La seule chose qu’on est certain d’avoir comprise : un jour, il a été enseveli sous une montagne de charbon, il n’a survécu que parce qu’il faisait 120 kilos.
Il raconte aussi les combats syndicaux de la désindustrialisation (et son désamour de la CGT).
Au premier tour, Eugène a voté pour Pierre Lang. Il pense que le député sortant n’a pas fait grand-chose, il ne l’a pas vu sur le terrain. Mais il aime l’UMP et Nadine Morano s’est intéressée au régime de retraite des mineurs (lui gagne 1 700 euros par mois).
Au second tour, il votera blanc, parce qu’il n’a pas d’autre choix.
- Eugène ne peut pas voter FN.
Cela ne colle pas avec son expérience de la vie. Il ne peut pas s’engager pour un parti qui est violent avec les Arabes ou les Noirs. Eugène a travaillé avec des immigrés, sous terre. Des « grands bosseurs », « intégrés », et « quand on sortait de la mine, il n’y avait plus de couleurs, on était tous tout noirs ».
« Il y avait beaucoup de danger et de camaraderie en même temps. Personne ne commandait. C’était une solidarité parfaite. »
D’autre part, l’ancien mineur souhaite que la politique s’attaque à l’insécurité, mais le discours du FN lui paraît trop simple.
Ces dernières semaines, il y a eu plusieurs émeutes avec des voitures brûlées dans une ancienne cité minière où des nuages sont peints sur les tours (Le Wiesberg). Ici, vivent les enfants et les petits-enfants des mineurs immigrés de sa génération. Ces jeunes se lèvent tard, achètent des bouteilles de vodka, et peuvent être violents en fin de journée.
Mais Eugène ne juge pas. Il n’y a pas de boulot dans la région. Il pense aussi que les jeunes d’aujourd’hui, ceux qui ont moins de 30 ans, ne sont plus les mêmes, malgré eux. Ils ont grandi avec la télé, et ne comprennent pas pourquoi ils devraient vivre dans l’abnégation plutôt que dans une BMW.
« Leurs parents travaillaient dignement, et eux ont du mal à accepter un travail contraignant pour un salaire minuscule. J’ai croisé un jeune en apprentissage boulangerie qui voulait changer de voie quand il a appris qu’il fallait se lever tôt le matin et travailler sept jours sur sept. Ils n’ont pas de courage et ils font honte aux anciens. »
Eugène veut réfléchir à des solutions pour les sortir de là. L’envie de piger, c’est justement ce qu’il manque au FN. Le parti nationaliste propose dans la cité un recours à la violence (expulsions).
Il appelle systématiquement Florian Philippot, « Filippetto » : il y a beaucoup d’Italiens à Forbach, et Aurélie Filippetti est du coin. « Je ne voterai pas Filippetto. »
- Eugène ne veut pas voter PS
Les enfants d’immigrés ne sont pas les seuls concernés par la malédiction de la BMW. Eugène a trois enfants. Son fils, plus âgé, s’en est sorti sans problème. Mais avec ses deux filles, cela n’a jamais marché. Elles ont fait une formation (dans le social et la couture), mais elles sont toutes les deux au RSA. La CAF paye leur loyer. Elles ont refusé de passer leur permis.
Il les engueule, mais « cela passe par une oreille et ressort par l’autre ».
« Dans dix ans, ici, ce sera la misère. L’argent de l’époque, des anciens mineurs et des veuves de mineurs, ne sera plus là. Il n’y aura plus que les jeunes sans travail, qui vivent des aides. »
Il trouve que les socialistes font trop de social : ses filles ne devraient pas bénéficier d’aides, elles vont encore être accompagnées dans leur paresse.
Lui, qui a commencé à travailler à 15 ans, a bénéficié des Assedics, une courte période, quand son entreprise de bâtiment dans le nord de la France a licencié dans les années 80. Peu de temps après, il a retrouvé du travail à 600 km, à Forbach, à la mine. Pour un salaire trois fois moins important.
Quand il a déménagé, pendant des mois, le temps d’obtenir un logement, il est rentré le week-end dans le Nord voir sa femme. Il prenait la voiture le samedi à l’aube, après un café et avoir passé la nuit dans la mine. Retour le lundi matin.
La semaine, il faisait les trois-huit. Il a loupé la naissance d’une de ses filles, parce que la voiture était en panne. Il l’a vu une semaine plus tard. Une nuit, il a failli rentrer dans un poid-lourd. Alors, voilà, à 57 ans, il pourrait encore travailler, mais il ne voit pas pourquoi il s’embêterait pour ces jeunes.
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Working class bléro
Working class bléro
Moi, le fréquent abstentioniste de gauche , je comprends Eugène, sans doute républicain pour l’égalité des chances, qui voit que sa république en lambeaux.
Par contre, Ndjoku pourrait pourtant s’en prenndre à De gaulle, son fascinant général qui s’est taillé une constitution sur mesure, indestructible, qui conduit, lui son fan, à ne pas pouvoir s’exprimer dans les urnes, dimanche.
Quant à Julien, il pourrait -juste un peu quoi- faire une (auto)critique de l’UMP, parce que s’il en est là, c’est parce que l’UMP est défaite et battue.




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