Duo gagnant 15/06/2012 à 16h38

Législatives : les quatre circonscriptions bêtement perdues par la gauche

Fanny André | Rue89

Mis à jour le vendredi 15 juin 2012 à 17h30
C'est dans neuf circonscriptions et non huit, comme précédemment écrit, qu'il y aura des duels entre le FN et l'UMP au second tour des législatives.

Candidatures dissidentes, accords non-respectés ... Dans plusieurs circonscriptions où la droite sera seule au second tour des législatives, la gauche aurait pu l’emporter.

Dimanche prochain, le FN sera présent dans 31 duels. Dans neuf circonscriptions, c’est un candidat UMP qui affrontera un frontiste. Des duels de droite pour un électorat de gauche en tête au premier tour : en additionnant les scores de ses différents candidats, la gauche a obtenu plus de 40% des voix dans la plupart des circonscriptions concernées.

Dans quatre circos, on observe le même scénario :

  • la gauche est en force en nombre de voix au premier tour ;
  • le député UMP sortant est menacé ;
  • les divisions de la gauche permettent au sortant de se retrouver dans un second tour confortable face au FN ;
  • militants et électeurs de gauche se sentent bafoués par les divisions et rechignent à suivre le « désistement républicain » prôné par Martine Aubry.

Comment la gauche s’est-elle tirée une balle dans le pied ? Démonstration à Givors, Cavaillon, Aubagne et Vernon.

1

Le parachutage catastrophique d’une Marseillaise

A Givors, dans le Rhône


France Gamerre (Generation-ecologie.fr)

Les électeurs de la onzième circonscription du Rhône n’ont pas compris comment France Gamerre était arrivée chez eux. Un parachutage complexe a imposé cette Marseillaise de 71 ans pour représenter la gauche dans le sud du département.

Gabriel Montcharmont, ancien député de la circonscription, a sa petite idée sur les tractations qui ont précédé la nomination. Il l’explique en trois points :

  • « La 11e circonscription a été attribuée aux radicaux de gauche par le jeu des accords. »
  • « Ce parti avait besoin d’une femme pour respecter la parité. »
  • « En l’absence de candidate dans la circonscription, ils ont sollicité une militante de Génération écologie. »

« La pauvre France Gamerre »

Venue d’une autre région, d’un parti peu connu, « la pauvre France Gamerre » comme la désigne un autre membre du PS local, ne partait pas gagnante.

Elle a quand même rassemblé près de 18% des voix, pas suffisant pour se qualifier. Face à la candidate officielle, deux dissidents, un socialiste (aujourd’hui exclu du PS) et un écologiste, ont dispersé les voix de la gauche.

Dépité, Gabriel Montcharmont appelle à voter blanc ou nul dimanche, en dépit de la position officielle du PS.

« Ce parachutage a été un fiasco et notre circonscription a été bien peu considérée alors je ne vois pas pourquoi on se comporterait maintenant comme des petits soldats au garde-à-vous. »

2

« Les socialistes se battaient sur les marchés »

A Cavaillon, dans le Vaucluse

« On ne parle que du cas Marion Maréchal-Le Pen dans la troisième circo », se désole Patrice Lorello, secrétaire fédéral du PS, attristé par le sort de la deuxième circonscription du Vaucluse.

A quelques kilomètres de Carpentras, « la gauche aurait gagné très largement si elle s’était qualifiée au second tour », regrette le responsable socialiste.

Deux campagnes pour un même Président

Avec la dissidence d’un élu local, une guerre des campagnes a commencé. Une confusion qui a affecté tous les acteurs de la gauche :

  • Les militants : « Sur le terrain, c’était violent : des socialistes se tapaient dessus pendant les tractages sur les marchés. Il y a eu plusieurs dépôts de mains-courantes » ;
  • les électeurs : « Ils étaient perdus, ils ne savaient pas pour qui voter. Il y avait continuellement quelqu’un qui passait les voir pour dire : “C’est moi qui représente François Hollande”. »

Conséquence, les deux candidats remportent presque le même nombre de voix et aucun ne réussi à se qualifier. Pour Patrice Lorello, le choix de dimanche aura un goût vraiment amer :

« Les gens ont voté Jacques Chirac en 2002 après l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Ils ont le sentiment de s’être fait avoir. Une fois ça va, mais cette fois, ça ne passera pas. Je pense qu’une grande partie d’entre eux ira à la pêche dimanche plutôt que d’aller voter. »

3

Anne Mansouret et Hélène Ségura pèchent par leur « ego mal placé »

A Vernon, dans l’Eure


Anne Mansouret à La Rochelle le 26 août 2011 (Patrick Kovarik/AFP)

Pas un(e) mais deux dissidentes socialistes. Partout en France, l’accord PS-EELV a créé des frustrations et provoqué des dissidences parmi les élus PS locaux.

Mais la cinquième circonscription de l’Eure bat des records dans ce domaine avec la candidature dissidente d’Anne Mansouret et celle d’Hélène Segura.

Le patron du PS eurois critique la stratégie des deux socialistes, aujourd’hui exclues du PS :

  • « Elles avaient un réelle animosité à l’égard des Verts, alors que notre candidat EELV a toute sa légitimité dans la circonscription. »
  • « Elles ont un ego mal placé qui leur a fait préférer une aventure individuelle. »
  • « Elles pensaient chacune gagner seule, alors que les conditions d’une dissidence n’étaient pas réunies, elles n’avaient pas de courant militant. »

« Elles se sont senties pousser des ailes »

Pour décrire la réaction de ses militants, Marc-Antoine Jamet ne manque pas d’adjectifs : « Ecœurés, excédés, tristes et malheureux. »

« Elles ont flingué la bonne entente entre militants socialistes et écologistes, c’est inquiétant pour les municipales. »

4

Les socialistes n’ont pas su pour qui voter : EELV ou Front de Gauche ?

A Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône

Dans la neuvième circonscription des Bouches-du-Rhône, l’accord PS-EELV n’a pas été rejeté mais plutôt mal compris.

Denis Grandjean, le candidat EELV officiel explique que les socialistes étaient divisés sur sa candidature.

« A La Ciota, les socialistes m’ont soutenu dans le cadre de l’accord entre nos deux partis. Mais ceux d’Aubagne ont préféré soutenir le Front de Gauche car ils sont ensemble au conseil municipal. »

Alliés municipaux vs alliés nationaux

Le responsable du PS dans le département confirme qu’à « Aubagne les socialistes n’ont pas su lesquels de leurs alliés soutenir » :

« D’un côté, ils étaient alliés avec les communistes au conseil municipal. De l’autre, il y avait cet accord national avec EELV. »

Bilan, les voix de gauche se sont partagées entre les deux candidats et l’UMP affrontera le FN au second tour.

« Tout le monde est très déçu, on a raté l’occasion de faire tomber un député de droite, ça devrait nous servir de leçon pour l’avenir. »

MERCI RIVERAINS ! gnub
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  • GéBé56
    GéBé56
    pas a plaindre
    • Posté à 18h25 le 15/06/2012
    • 183610
      pas a plaindre

    On a le même cas de figure dans la 4ème circonscription du Morbihan. Après plus de 30 ans de Bouvard on avait l’opportunité de voir un député de gauche se faire élire. Eh bien non ! ! ! le PS a préféré « donner » la circonscription à François Guéant fils de Claude en imposant un candidat vert et UdB et cela par dessus la tête des militants du cru sans concertation. Je vais voter pour ce candidat , mais sans joie , uniquement par discipline pour tenter de battre la droite Je l’ai trop en travers de la gorge, le candidat PS qui s’est présenté en dissidence a évidemment été exclu !
    On voudrait nous dégoûter de la politique qu’on ne ferait pas mieux.

  • GWERN
    GWERN
    Ex militant du vaste mouvement (...)
    • Posté à 19h30 le 15/06/2012
    • Internaute 60684
      Ex militant du vaste mouvement (...)

    « Les militants : “ Sur le terrain, c’était violent : des socialistes se tapaient dessus pendant les tractages sur les marchés. Il y a eu plusieurs dépôts de mains-courantes ” “
    Quelque part au Nord de Paris, une équipe FdG arrête un colleur d’affiches UMP :
    ” Bon on se colle et on se recolle depuis 1/2 heure, on pourrait peut-être se partager les panneaux, non ?
    -si vous voulez , de toute façon je ne suis pas militant UMP, je suis plutôt socialiste, mais je en supporte pas le candidat officiel ! “
    S’étonnera-t-on encore du vote blanc et de l’abstention ?

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