Survie 11/06/2012 à 13h13

Mélenchon KO : le couple du Front de Gauche en grand péril

Eric Dupin | Journaliste

Après la défaite de Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont, l’alliance originale du Parti de gauche (en déroute) et du PC (en déclin) est soumise à rude épreuve.


Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont, le soir du 10 juin 2012 (Denis Charlet/AFP)

Mélenchon a commis la faute politique de défier Marine Le Pen à Hénin-Beaumont sans analyser de manière réaliste la situation locale. Il a cherché sa revanche contre la dirigeante du FN, qui l’avait dominé lors du scrutin présidentiel, au risque d’aggraver les divisions d’une gauche déjà fort mal en point dans le secteur. Loin de parvenir à « éradiquer politiquement » l’extrême droite, son initiative a sans doute renforcé les chances de victoire de son leader.

Les limites de l’antifascisme virulent

Son élimination dés le premier tour dans la onzième circonscription du Pas-de-Calais augure mal de la suite des évènements pour le couple Parti de gauche - Parti communiste. Le Parti de gauche devrait se contenter d’un seul député. Et nombre de députés sortants du PCF sont devancés par le PS.

Le coprésident du Parti de gauche a négligé l’enracinement limité de sa famille politique dans cette circonscription. Il n’est jamais très bon signe de devoir faire venir des militants de l’extérieur. Mais c’est surtout l’orientation de sa campagne qui est à l’origine de son insuccès. L’antifascisme virulent, promettant au FN de « raser les murs », ainsi que le recours à des références idéologiques et historiques éloignées des préoccupations de la population ont prouvé leurs limites.

En bon militant du mouvement ouvrier, Mélenchon a réagi avec une dignité responsable à sa défaite. Il n’a pas pu néanmoins s’empêcher de s’en prendre aux sondeurs, alors même que ceux-ci se sont plutôt trompés en sa faveur... Et il s’est gardé de la moindre autocritique.

LeParisien.fr

Le Parti de gauche en déroute

Au-delà de cette mésaventure, le jeune Parti de gauche sort en triste état de l’épreuve législative. Ses candidats sont presque partout éliminés dès le premier tour, devancés par le PS et dans l’incapacité de se maintenir. C’est le cas de Martine Billard, député sortante, à Paris. Tous les espoirs du PG ont été sévèrement déçus, qu’il s’agisse de François Delapierre dans l’Essonne, d’Eric Coquerel en Corrèze ou encore de Corinne Morel-Darleux dans la Drôme.

Le seul député qui portera les couleurs de ce parti au Palais-Bourbon (trois sortants) sera sans doute Marc Dolez, député du Nord, qui avait publiquement émis des réserves sur la stratégie de Mélenchon à Hénin-Beaumont.

Le PG est ainsi pris au piège du partage des rôles qu’il avait accepté avec le PCF. La direction communiste avait accepté la candidature présidentielle de Mélenchon en échange de la part du lion des investitures législatives. Fort de son réseau d’élus locaux, le Parti communiste était légitime à représenter le Front de Gauche dans la grande majorité des circonscriptions. Le PG souffre, pour sa part, d’une implantation beaucoup plus faible et d’une jeunesse qui le prive de bastions.

Le Parti communiste en déclin

Mais la direction communiste a, elle aussi, de sérieuses raisons d’être mécontente de ce premier tour. En dépit de la bonne performance de Mélenchon le 22 avril, le PCF va voir le nombre de ses députés diminuer alors même que la gauche s’apprête à retrouver la majorité à l’Assemblée nationale. L’Humanité se plaint amèrement de « l’effet bipolarisation ».

Beaucoup de députés communistes (ou apparentés) sortants ont été devancés dimanche par les candidats soutenus par le PS (ce qui signe normalement leur élimination en vertu de la « discipline républicaine » à gauche). C’est le cas de Jean-Pierre Brard ou encore de Patrick Braouezec en Seine-Saint-Denis. Dans les Hauts-de-Seine, les deux circonscriptions communistes ont vu le PS arriver en tête. Même cas de figure dans un autre département de vieille implantation communiste, en Seine-Maritime, qui perdra ses deux députés PCF.

Au total, seule une dizaine de candidats du Front de Gauche devraient devenir députés le 17 juin contre 21 dans l’Assemblée sortante. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, a déjà fait ses calculs et demandé un nouvel abaissement du nombre minimal d’élus nécessaires à la constitution d’une groupe (15 aujourd’hui).

Des perspectives stratégiques différentes

Dans le malheur, beaucoup de couples se disputent et finissent parfois par se séparer. C’est ce qui menace aujourd’hui le Front de Gauche. Cette alliance originale – qui a eu le mérite de revigorer les militants communistes et aussi d’attirer une nouvelle génération à l’engagement politique – va être soumise à rude épreuve.

Chacun sait que les perspectives stratégiques du PG et du PCF n’étaient pas identiques. Le premier a clairement annoncé qu’il n’entendait pas participer au gouvernement alors que les dirigeants communistes ont indiqué qu’ils se décideraient après le scrutin législatif.

Leur affaiblissement parlementaire et la perspective, désormais probable, d’une majorité absolue du PS et de ses satellites à l’Assemblée nationale compliquent encore la définition d’une ligne commune. Il sera difficile, pour le Front de Gauche, de peser sur le gouvernement dans une Assemblée où leurs votes ne seront pas décisifs. Et il sera plus périlleux encore d’opter pour une stratégie du recours misant sur l’échec de la présidence Hollande.

Le Front de Gauche pèsera institutionnellement moins que des écologistes qui, par la grâce d’une entente avec le PS, devraient envoyer de 16 à 18 des leurs au Palais-Bourbon. Mais les socialistes auraient tort de l’enterrer. La bataille présidentielle a prouvé l’existence d’une sensibilité répandue dans le pays à la gauche du PS. La démarche du Front de Gauche a intéressé nombre de syndicalistes. Sa survie suppose néanmoins que ses dirigeants aient le courage d’une analyse lucide de leurs échecs.

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  • Alankazame
    Alankazame
    jeune chercheur
    • Posté à 13h24 le 11/06/2012
    • Internaute 171426
      jeune chercheur

    La principale erreur a été d’abandonner toute forme de campagne nationale. Présenter Mélenchon à Hénin était finalement une faute politique. Il aurait fallu envoyer Méluche battre les estrades de France et de Navarre pour garder son électorat mobilisé en faveur du Front de gauche.

    Ce qui s’est passé hier, c’est tout simplement que les bastions communistes ont été submergés par la vague rose, et qu’une grande partie des électeurs de Mélenchon se sont abstenus, quand quelques autres sont retournés voter PS par légitimisme... Le Front de gauche a cru qu’il lui suffirait de surfer sur le succès de JLM. Voila le résultat.

  • Lem87
    Lem87
    Professeur
    • Posté à 13h37 le 11/06/2012
    • Expert 84424
      Professeur

    Il est bien dommage que Jean Luc Mélenchon se soit enfermé dans cette stratégie têtue contre M. Le Pen. On peut en comprendre le sens, tout de suite après le 2° tour des présidentielles, mais une réflexion mûrie aurait dû lui faire prendre conscience du piège. C’est d’autant plus regrettable que la présence de députés du Front de Gauche aurait été souhaitable à l’Assemblée Nationale pour « booster » à gauche la politique du gouvernement. Une assemblée regroupant toutes les tendances de la gauche aurait favorisé la richesse de la réflexion.

  • cartesi1
    cartesi1
    pHD student
    • Posté à 13h45 le 11/06/2012
    • 182555
      pHD student

    Je crois que Mélenchon doit avoir sérieusement le PS dans le pif et surtout Martine Aubry car il est évident qu’il comptait sur un accord avec le PS pour gagner la bataille. Ceci n’ayant pas été possible selon lui à cause de Martine Aubry.

    Je pense qu’il y a une autre chose qui risque de mettre une sérieuse épine dans le pied de Mélenchon et du fdg. Si j’en crois les dernières déclarations des dirigeants de l’UMP j’ai l’impression que l’UMP et la droite « parlementaire » prend sa revanche sur le PS en présentant le fdg comme un parti farfelu et prodictatures (propos de Mélenchon sur cuba exploités par Copé par exemple). Par conséquent l’UMP fait du FDG un parti infréquentable tout comme le PS et Mitterrand avait fait du FN un parti infréquentable pour éviter toute alliance avec le FN.

    Si ça n’était pas de la politique je dirais pauvre Mélenchon ...

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 13h50 le 11/06/2012
    • Internaute 5159
      Chroniqueur Grolandais

    Le FDG a commis une faute politique majeure, il n’a pas voulu faire un accord de gouvernement avec les socialistes et il en paye les conséquences. La volonté de ne rien négocier, même à minima, se paye cash et aucune circonscription n’a été « ménagée » pour ses candidats, contrairement à EELV qui n’a pourtant pas le même impact politique dans la population. Mélenchon voulait remettre la lutte des classes d’actualité, il se contentera de s’occuper de son avenir personnel qui commence sérieusement à s’assombrir

  • Elred
    Elred répond à Multicul
    Pléonasme
    • Posté à 13h58 le 11/06/2012
    • Internaute 132515
      Pléonasme

    Merci de ne pas oublier que si Lepen a fait 40%, c’est du fait de l’absence d’un candidat UMP dans cette circonscription... Avant de troller le FdG comme ça renseignez vous... Et c’est d’ailleurs une honte que Rue89 n’ait même pas souligné le fait.

    Mélenchon est pas passé loin de la qualif au second tour mine de rien. C’était un pari politique, hyper risqué, qui aurait rapporté gros s’il avait gagné, et il a perdu, soit.

    Ca ne change rien aux revendications du FdG, qui sont partagées par un petit 11% des français votants quand même.

    Moi ce qui m’effraie particulièrement dans les résultats de la circonscription en question, c’est que les électeurs UMP se soient reportés sur Lepen... Y a-t-il donc tant de ressemblance entre les idées du FN et celles de l’UMP ? La droite assumera-t-elle un jour sa xénophobie constatée ?

  • nestor38
    nestor38
    inséré ?
    • Posté à 14h01 le 11/06/2012
    • Internaute 60788
      inséré ?

    Ces résultats ont une certaine logique, après de nombreuses années de droite dure, les électeurs ont voté « moins pires » ce qui profite au PS. Quand le PS ménera une politique de droite, les électeurs de gauche vont être plus nombreux à voter écolo ou front de gauche suivant leur sensibilité.
    Comme de nombreux électeurs de droite mécontents ont voté FN aux dernières élections.

    Le score du Front de gauche aux présidentielles avec un gouvernement aussi droitier que celui de sarko est plutôt un bon score, on aurait pu penser qu’encore plus du monde voterait « utile ».
    Bref on verra ce qu’il en sera quand tous ces gens qui ont voté PS pour se débarasser de Sarko et de sa clique se retrouveront face aux mesures d’austérité européennes.

    Je pense donc qu’il est un peu tôt pour connaitre l’avenir du Front de gauche, de mon côté même s’ils n’ont pas tout ce qu’ils espéraient, je ne pense pas qu’on puisse parler de désastre, de déclin ou d’échec.

    Je dis ça sans être proche du front de gauche, considérant que ce ne sont pas les élections qui changent le monde mais la mobilisation à la base (et j’ai bien peur que ce soit compliqué ces prochains temps).

  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas
    Fou du volant
    • Posté à 14h07 le 11/06/2012
    • Internaute 79165
      Fou du volant

    Fanfaronnade ou courage , Mélenchon s’est explosé tout seul, ce qui fait bien l’affaire de Hollande le président normal qui semble décidément avoir la baraka en son début de règne .

    Je n’ai pas envie de tirer sur l’ambulance, Mélenchon a dit beaucoup de conneries mais pas que . Son réveil de l’extrême gauche, ses rassemblements a la Bastille et dans toute la France étaient pas mal . Simplement son échec pose des questions a l’extrême gauche.

    D’abord doit-elle se polariser sur le FN et jouer sur son terrain . Après tout ça fait plus vingt ans qu’il fait entre 13 et 18 % des voix et qu’il ne représente aucun danger pour la démocratie au suffrage majoritaire, en dehors des pires de l’ UMP qui reprennent ses idées et se plantent . Et quand la proportionnelle sera instituée , les choses seront peut être différentes mais on verra bien .

    Ensuite, doit elle se greffer sur ce qui reste du parti communiste ou non . Et doit elle nous ressortir les vielles lunes des bonnets phrygiens et bastilles en carton ? Et même doit elle se polariser sur le nationalisme et le refus de l’ Europe ou essayer de la refonder de fond en comble ?

    Moi je trouve que l’extrême gauche ou la gauche de la gauche, en dehors de LO la sectaire que je respecte, c’est devenu absolument n’importe quoi et ça me désole . Il serait vraiment temps de la refonder sur de nouvelles bases critiques .
    Ou de bonnes anciennes bases critiques : -)
    Lien

  • Joseph Gratteur
    Joseph Gratteur
    Working class bléro
    • Posté à 14h18 le 11/06/2012
    • Internaute 164574
      Working class bléro

    Autant dans le programme du Front de gauche, il demeure beaucoup de choses dignes d’intéret, autant les alliances d’appareils ne fonctionnent que dans la victoire, et la défaite signe l’éclatement.
    On peut se gausser de la personne JLM, qui aura donc servi d’épouvantail utile ( dédicace pour fantomax) à tout l’échiquier politique français ( du PC au FN), mais pas de la sincérité de ses troupes qui aspirent à un véritable changement de société.
    Les utopistes se heurtent donc aux réalistes et à un code électoral en acier trempé, réalistes qui se contenteront de gérer l’existant avec les moyens de l’économie de marché gérant le plus grand nombre pour le seul profit de quelques uns..
    Certes, le champagne coule à flots dans les rangs socialistes, mais attendons les premiers écueils, qui devraient arriver très vite, nous verrons alors si leur synthèse interne qui va de l’extreme gauche molassonne aux libéraux moyennement durs (lol) tiendra bien longtemps, sans compter une guerre des égos qui n’a jamais cessé depuis que tonton est parti.
    Il ne faut pas oublier que les Français ont d’abord viré Sarko et ses pieds nickelés, et pas franchement voté pour un changement normal auquel personne ne croit.
    On peut se distraire du spectacle navrant du Mélenchon, mais faudrait pas qu’ils oublient qu’ils ont du boulot, les socdem..

  • MarxForEver
    MarxForEver répond à Alankazame
    Fioraso murdered Zola
    • Posté à 15h26 le 11/06/2012
    • Internaute 124072
      Fioraso murdered Zola

    Je ne pense pas que l’on puisse parler de « vague rose ». C’est plutôt qu’une partie de l’électorat de gauche s’est démobilisée en se disant que l’élection était pliée. Et encore une fois, un de nos représentants de talent (car Mélenchon en a incontestablement) en fait les frais.

    La partie mélenchoniste du FdG a indiscutablement manqué de lucidité. Laisser la chatelaine se faire battre par Kemel, un inconnu du grand public dont on voit qu’il est parfaitement bien implanté localement, eût été bien plus efficace.

    Le véritable axe de campagne du FdG, c’était d’obtenir des députés sans avoir à passer d’accord avec le PS. Il y est arrivé et c’est un vrai succès, puisqu’on sait que tout le système est fait pour éliminer ceux qui n’ont pas d’accords avec un parti de gouvernement. Pierre Laurent n’a pas à râler. Depuis des années, le PCF n’existait plus que par de tels accords. Maintenant, il a recouvré son indépendance et sa légitimité.

    Le FdG est donc bien une réussite (désaccord ici avec Rue89), sauf que l’on ne construit pas un grand mouvement en 1 jour.

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