Roman-photo 05/06/2012 à 16h17

Le roman-photo de Jack et Monique Lang : « C’est sublime » les Vosges

Marie Kostrz | Journaliste Rue89

(De Saint-Dié-des-Vosges, Vosges) « Non, je ne suis pas fatigué ! Qu’est-ce-que vous croyez, que je suis un vieux croulant ? » Voilà qu’après avoir été ministre de l’Education nationale, de la Culture, député du Loir-et-Cher et du Pas-de-Calais, Jack Lang cherche à rempiler pour cinq ans à l’Assemblée nationale : à 73 ans, il ratisse en ce moment la deuxième circonscription vosgienne dans laquelle il se présente aux législatives.

C’est François Hollande, dit-il, qui lui a demandé, « pour que l’hémicycle soit diversifié, que les anciens apprennent aux plus jeunes ». Jacky Homel, son directeur de campagne, le jure increvable :

« C’est nous qui sommes fatigués de le suivre ! »

On le croit. En une journée et demie, Jack Lang a écumé une kermesse, quatre vide-greniers, une rencontre d’agriculteurs bio, une fête du cheval, deux concerts et un bar.

Jack et Monique Lang à la kermesse


Jack Lang avec une habitante du quartier Kellermann à Saint-Dié-des-Vosges (Marie Kostrz/Rue89)

Il faut pouvoir traîner d’un lieu à l’autre la même allure décontractée de 8h30 à 23 heures, en ne marchant ni trop vite, ni trop lentement, avec une main fourrée dans la poche de son pantalon. L’autre toujours prête à serrer la main du badaud.

Il est relax et ça marche. Samedi après-midi, c’est jour de kermesse à Kellermann, cité de Saint-Dié-des-Vosges. Jack Lang file prendre le thé sous une tente algérienne, tchatche avec les jeunes. Les gens apprécient.


Monique Lang à la kermesse de Kellermann à Saint-Dié-des-Vosges (Marie Kostrz/Rue89)

Pendant ce temps, Monique Lang, qui suit son mari « deux ou trois jours par semaine » fait aussi son petit tour. Lunettes de soleil, talons noirs compensés (Chanel) et sac-à-main (Chanel), elle admire le boubou d’une passante dont le bleu est « incroyable ».


Jack Lang avec une habitante du quartier Kellermann à Saint-Dié-des-Vosges (Marie Kostrz/Rue89)

Elle se réjouit d’accompagner son mari :

« On apprend beaucoup et puis c’est très sympa. Les vide-greniers par exemple, ces gens qui vendent des choses pour trois fois rien ! »

– Vous avez déjà fait un vide-grenier ?

– Moi ? Non... peut-être quand j’avais 20 ans, avec mes parents. »

Jack avec Balasko, qui « tape » une clope


Josiane Balasko à la kermesse de Saint-Dié-des-Vosges le 2 juin 2012 (Marie Kostrz/Rue89)

L’actrice Josiane Balasko, grande amie de Jack Lang, joue elle aussi le jeu, « pour soutenir la gauche » : elle est venue de Paris pour parrainer une association de quartier, demande si elle peut « taper une clope » et ne refuse jamais une photo souvenir.

Chez une agricultrice bio


Jack Lang invité par des agriculteurs de la campagne vosgienne (Marie Kostrz/Rue89)

Une demi-heure de voiture plus tard, Jack, Monique et le directeur de campagne filent chez Karine, une agricultrice bio qui a du mal à boucler ses fins de mois. Sa maison est nichée au creux d’une vallée surplombée par une forêt de sapins. « C’est sublime », dit Jack Lang.

Karine était surprise qu’il se présente dans les Vosges mais le soutient :

« Il est à l’écoute, c’est quelqu’un de bien. On le rencontre souvent, il va voir tout le monde. C’est un peu le ministre au milieu des vaches ! »

Monique : « Pas me taper un repas africain »


Jack Lang au bar de la Petite Raon (Marie Kostrz/Rue89)

Un concert africain va bientôt commencer à La Petite Raon à quelques kilomètres de là. Ça se passe dans un restaurant, pas dans un bar comme on lui avait annoncé.

Jack Lang : « Oh non, ça va la foutre mal si on part en plein milieu. Oh, j’ai pas envie de rester longtemps. »

Monique Lang : « Oh non, je ne veux pas me taper un repas africain ! »

Rue89 : « Vous n’aimez pas la nourriture africaine ? »

Monique : « Si, si, c’est fantastique, j’adore ça, on est souvent allé au Sénégal avec Jack, ils font des trucs superbes. »

Bon. Jack Lang se décide, souriant, à pousser la porte du restaurant. A l’intérieur, l’ambiance est chaleureuse, la clique commande une bière locale.

Quand le concert commence, ils sont tous sous le charme. Jack Lang ferme les yeux et se balance au rythme de la musique sur son tabouret. « C’est très sympa. »

La soirée dans un bar de jeun’s


Un trac de Jack Lang entre un verre de rosé et une galette de pomme de terre (Marie Kostrz/Rue89)

De retour à Saint-Dié-des-Vosges, Jack Lang ne veut pas déroger à l’habitude qu’il s’est fabriquée depuis le début de sa campagne. Pour dîner, il va manger une tartine de fromage grillé au Darou, un bar de jeun’s. Il est 23h30 et il n’est toujours pas couché.

Il faudra pour cela attendre le lendemain. Dimanche, c’est le jour des vide-greniers. Le premier se trouve à la Celles-sur-plaine. « Là où Monique est partie en colo lorsqu’elle était petite ! » place Jack Lang.

Accusé de parachutage, il rappelle que le couple est originaire des Vosges, qu’ils sont allés à la fac à Nancy. L’IUT de Saint-Dié, son école d’ingénieur, les vitraux de la cathédrale... tout ça, c’est grâce à lui, répète-t-il à qui mieux-mieux.

Il sort de ses gonds lorsque je lui demande pourquoi, lorsqu’il a voulu être député pour la première fois, il n’a pas brigué une circonscription dans les Vosges :

« J’aime le challenge. »

Il se présente dans une circonscription de droite. C’est en fait la plus facile des Vosges à récupérer pour la gauche, puisqu’elle l’a longtemps dirigée avant 2002.

Tennis sales au tournoi de beach-volley


Au milieu, Jack Lang en tennis sales à un tournoi de beach-volley dans les Vosges (Marie Kostrz/Rue89)

Arrivé à la Celles-sur-plaine, surprise : un tournoi de beach-volley est organisé sur les rives du lac qui jouxte la ville. Ni une ni deux, Jack Lang traîne ses Campers dans le sable mouillé.

Laura et Sylvia, organisatrices, apprécient :

« Le pauvre, il a oublié ses sandales ! C’est bien, il est accessible. Moi je dis qu’il n’y a pas d’âge : du moment qu’il a des bonnes idées et qu’il agit, c’est nickel. »

Avec le Front de Gauche qui cause politique !


Deux militants du Front de Gauche tendent un programme à Jack Lang (Marie Kostrz/Rue89)

Au vide-grenier, il se heurte à deux électeurs du Front de Gauche. Ils lui demandent pourquoi, en tant que député, il a voté pour le traité européen « alors que le peuple s’était déjà prononcé contre » :

« Oh écoutez, les questions de politique maintenant... on est sur un vide-grenier. »


Le dvd « Love and Basket ball que Jack Lang a acheté au vide-grenier (Marie Kostrz/Rue89)

Et on repart. Au total, sur les quatre vide-greniers, Jack Lang a acheté :

  • un disque vinyl de Jean Ferrat, un autre de Jean-Jacques Goldman, John Fogerty et des “Cigognes d’Alsace” ;
  • quelques DVD, piochés au hasard sur les stands parmi lesquels “Love and Basketball”.

Ça y est : Monique en a marre


Jean-Marie Lalande, premier secrétaire de la fédération PS des Vosges à un vide-grenier (Marie Kostrz/Rue89)

Monique Lang, à qui Jack refourgue ses trouvailles sitôt achetées, n’est pas enthousiasmée par toutes ses vieilleries qu’elle doit ramener à Paris.

Elle a froid, a envie de faire pipi mais répugne à aller aux toilettes chimiques installés auprès du stand où Jack Lang vient d’acheter un pâté vosgien. Oui, elle est fatiguée, oui c’est dur de suivre son mari, “surtout à mon âge”, souligne-t-elle.

Souvent, elle a du mal à tenir le rythme de Jack, qui galope 10 m devant. Jean-Marie Lalande, secrétaire PS de la fédération vosgienne, vient parfois lui toucher deux mots. Jack Lang a une autre préoccupation :

“Mais dis bonjour aux gens, Jean-Marie !”

Au bar du vide-grenier, on n’est pas dupe


Corinne Foucal au bar d’un vide-grenier dans les Vosges (Marie Kostrz/Rue89)

Au bar du vide-grenier, Corinne Foucal, habitante d’un petit village du coin, raille Jack Lang :

“Vous êtes venu ici un peu par dépit quand même !”

Elle dit que beaucoup des habitants, même s’ils accueillent bien l’ancien ministre, “ne sont pas dupes” :

“Tout est fait pour qu’on le voit, il est partout, mais avant on l’a jamais vu dans les Vosges. Je me demande si les Vosges ne sont pas une transition vers sa retraite !”

Jack et Monique Lang à l’hôtel Ibis ?


Jack et Monique Lang marchent vers l’hôtel Ibis où ils logent à Saint-Dié-des-Vosges (Marie Kostrz/Rue89)

Entre chaque vide-grenier, Jack Lang pique du nez dans la voiture. Jean-Marie Lalande lui jette des petits regards en coin.

Monique Lang a elle aussi envie de faire un somme. Par méfiance à mon égard ou élégance, elle enfile ses lunettes de soleil avant de fermer les yeux. Arrivé à la fête des pompiers de Laveline-devant-Bruyères, Jack Lang ouvre les siens et sort de la voiture tout en souplesse.

Sa femme, elle, repart rapidement pour Paris (Place...des Vosges, où elle habite avec Jack). Elle repasse avant à l’hôtel Ibis de Saint-Dié-des-Vosges. Le couple dit avoir acquis un appartement “ en face de la cathédrale ”, mais c’est devant cet hôtel que je les ai à chaque fois rejoints.

MERCI RIVERAINS ! Alexandre Le Bars
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  • MarxForEver
    MarxForEver
    L'argent n'existe pas
    • Posté à 18h43 le 05/06/2012
    • Internaute 124072
      L'argent n'existe pas

    « mais avant on l’a jamais vu dans les Vosges ».

    Là je confirme. Cet article ne cite que des coins dont je connais le moindre caillou depuis des années, et je n’y ai jamais vu le Jacquot ou entendu parler de lui par les locaux. Tant qu’à revenir dans sa région natale, Nancy aurait été un choix bien plus logique au regard de son histoire perso, d’autant qu’il y a encore des amis. Il aurait pu y jouer sur la corde du retour aux sources. On aurait même pu tester s’il était encore capable d’escalader les grilles de la Place Stanislas.

    A part celà, je confirme le titre : les Vosges c’est super !

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